JACQUES II DE BOURBON
1093. Jacques II eut dans la succession de Jean de Bour^ l)on , son père, les comtes de la Marche et de Castres, avec les.
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seigneuries de Montaigu et de Bellac. Marie, sa sœur, s'étant fait enlever par le chevalier Jean de Beyne, seigneur des Croix, il la poursuivit , et , l'ayant arrêtée, il l'enferma dans le château de Cornète, en Albigeois , où elle languit pendant plus de trente ans. (Délivrée par ordre du roi Charles Vil, elle se porta pour héritière de Jean, son frère, seigneur de Carenci , à l'exclusion 4Îe ses enfants, qu'elle qualifiait de bâtards; mais dans la litispendance , elle vendit ses prétentions pour la somme de vingt mille écus d'or à Jacques d'Armagnac, duc de Nemours. )
Le comte delà Marche accompagna, l'an 139G, Jean de Bourgogne, dit le comte de Nevers, dans son expédition de Hongrie, et demeura prisonnier des Turcs la même année, à la bataille de Nicopoli, donnée le 28 septembre. S'étant racheté moyennant une grosse rançon, il fut, à son retour en France , créé grand -chambellan le ^fi juillet i39y. Zélé pour le service de la France, il courut avec quelques vaisseaux dans la Manche, et remporta plusieurs avantages sur les Anglais. Owen - Glendour réclamait alors la principauté de Galles, comme le patrimoine de ses ancêtres que le roi d'x\ngleterre avràt usurpé. Le comle de la Marche fit avec lui un traité par lequel il s'engageair à mener aux Gallois huit cents hommes d'armes et trois cents aibalétriers. Ravi de trouver cette occasion d'occuper l'Anglais dans ses propres étals, le ministère de Fiance donna au comte «ne somme de 100 millt; écus d or pour les frais de l'expédition qu'il projetait. Mais, an lieu «l'employer celte somme à l'objet de sa destination, il la dissipa au jeu et en fêtes. H fil néanmoins semblant de vouloir tenir l'engagement qu'il avait pris, el s'embirqua effectivement, comme pour aller au secours de son allié, ^îais repoussé par la tempête, il s'en revint promplement , et essuya , en passant par (ïrléans, les railleries des écoliers , qui lui criaient : Mare ndit et fusait.
Attaché depuis long lems à la maison de Bourgogne, il prit son parti, l'an 1407 , contre celle d'Orléans, après l'assassinat du chef de cette dernière. Il s'en trouva bien d al)ord ; car ayant élé nommé, l'an 1409, par la faction bourguigaone avec le comte de Vendôme, son frère, et le comte de Saliil-Pol, pour réformer les abus de l'administration, il commença par retirer roijiigation qu'il avait faite pour les 100 mille écus d'or qu'on lui avait donnés pour son expédition d'Angleterre, et peut être s appropria -t-il encore une partie des dépouilles des financiers, qui furent presque-tous ruinés parles recherches et les vexations de ces prétendus réformateurs, sans que le peuple en reçût aucun soidagemcnt. Mais étant à la tête d'un parti de bourgui^ gnons, il lut vaincu devant Tours, et fait prisonnier, l'an 14^11, par les Orléanais , qui le firent conduire à la tour de Bourges,
DES COiyiTES DE LA MARCHîf. slg
â*où il ne sortit qu'à la paix conclue, Tannée suivante, â Auxerre. ( Vularet, in-4°. tom. YIÎ , pag. 96.) Remis en liberté, il va surprendre Louis, son frère, dans sa ville de Vendôme, le fait prisonnier, et nelui rond la liberté qu'au bout de huit mois, après avoir niéprisé les prières cl bravé les menaces que des personnes puissantes lui avalent faites , pour obtenir sa délivrance. Ce furent les remords de sa conscience qui l'obligèrent à faire ce que les motifs humains les plus pressants n'avaient pu opérer. Honteux de retenir dans les fers Tin frère qui n'avait à ses eux d'autres crimes que d'être plus opulent que lui , il alla ui-mème les briser, et dit en l'embrassant : «Vous réunissez, » par l'estime que vous inspirez , les intérêts les plus contraires; »> il est juste que je me rende aux sentiments qui vous sont dus. » Je me suis fait jusqu'ici violence en y résistant , pour céder ji au plus vil sentiment qui m'arme contre vous ; reconnaissez » un frère qui vous délivre, ou bien celui qui vous enchaîna ». C'est le discours que lui prèle un ingérileux moderne. Jacques étant devenu veuf, l'an 141 4 au plus tard, de BÉatrix , lille de Charles 111, roi de Navarre ( qu'il avait épousée le )4 septembre 1406, el non pas en i.-iijy ) , il contracta une nouvelle alliance, l'an i^iS, avec Jeanme II, reine de Naples el de Sicile. Mais les grands démêlés qu'il eut avec celte princesse le déterminèrent, au bout de quelques années, à se séparer d'elle et à se retirer en France. ( Voyez /es rois de Naples et de Sicile. ) Il y rentra sur la fm de 1422, après avoir erré quelque tems ea Italie. Son retour ne fut pas inutile au roi Charles VII , nouvellement élevé sur le trône. Ce monarque l'ayant nommé, l'an 1424» gouverneur de Languedoc, il arrêta les courses des Anglais, des Bourguignons et des routiers, qui désolaient le pays. 5lais, à la demande du roi , il se démit, l'année suivante, pour lui obéir et lui complaire ^ de ce gouvernement, en faveur da comte de Foix, qu'on ne pouvait détacher qu'à ce prix du parti des ennemis de la France. Une pension de 12 mille livres sur les revenus du Languedoc , fut le dédommagement que Charles Vri lui accorda, le i3 avril, pour ce généreux sacrifice. ( l'aissète^ tom. IV, pag. 4^4» 4^6. )
Jacques de Bourbon conservait toujours le titre, les lionneurâ et le cortège de la royauté ; mais il n'en soutint point le caractère , surtout dans les dernières années de sa vie. On vit dans sa conduite un mélange ridicule de faste et de faiblesse qui le fit tomber dans le mépris. Il s'aperçut lui - m^me de sa décadence dans l'opinion publique ; el la vénérable Colète , réformatrice de l'ordre de Sainte-Claire, acheva de le déprendre du faux éclat des grandeurs humaines dans les entretiens qu'il eut avec elle. Les exhortations pathétiques de cette pieuse fille le
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touchèrent au point qu'il prit le parti de se faire cordeïier. n choisit le couvent de Besançon pour le lieu de sa retraite, et s'y rendit, l'an i435, dans l'écjuipage le plus bizarre et le plus propre à faire soupçonner le dérangement de son cerveau. «J'ai i> lu , dit Brantôme ( tome I ) , dans l'histoire de ce grand Oli- >» vier de la Marche , qui estoit lors à Besançon , et le vit quand! }> ce roy s'y vint rendre cordeïier ; dit qu'il se faisoit porter » par quatre hommes en une civière , telle sans aultre diffé- 3) rence que les civières que l'on porte les fiens , fumiers et or— » dures, et estoit demy couché.... demy appuyé et levé à l'en- » contre d'un meschant et desrompu oreiller de plumes , vestu ^ » pour toute parure , d'une longue robe grise de petit prix ; et j> estoit ceint d'une corde nouée en la façon d'un cordeïier, et i> en teste avoit un gros bonnet blanc de laine, noué et bridé M par-dessous le menton.... JJit pourtant ledict messire Olivier j, que ledict roi de sa personne paroissoit un grand chevalier, » fort beau , fort bien fourré de bons membres, ayant le visage j) bon, agréable, et portant une chère joyeuse en sa veuil— }, lette vers chascun.... Il avoit à sa suite quatre cordeliers de w l'observance, que l'on disoit grands clercs et de sainte vie ; » et après iceulx sur le coin où il pouvoit avoir 200 chevaux, j) dont il y avoit litière, chariot couvert, haquenées, mules, 3> mulets dorés , harnachés honorablement ; et avoit sommiers j> couverts de ses armes, et nobles et serviteurs bien vestus et 3> en bon point.... et en cette pompe humble et dévote ordon— 3) nance fit son entrée de Besançon, comme il avoit fait dans » toutes les autres villes ; et puis entra au couvent , où depuis M on le vit rendu cordeïier. » il mourut, le 24 septembre i438, à l'âge de soixante-huit ans , et fut enterré au couvent des religieuses de Sainte-Claire , dans la chapelle qu'il y avait fait bâtir, Beatrix , sa première femme , lui donna Eléonore , mariée , l'an 14^9» ^ Bernard d'Armagnac , comte de Pardiac , qui, dès l'an 1435, prenait le titre de comte de la Marche.
BERNAPvD D'ARMAGNAC.
1435. Bernard, comte dePardiac, second fils de Bernard Vif, comte d'Armagnac , fut pourvu, l'an i435, du comié de la Marche , par le roi Charles VII , après la retraite de Jacques de Bourbon. En mourant (l'an 1/^62 au plus tard), il transmit ce comté à son fils aîné, qui suit. ( Voyez /e5 comtes de Pardiac. )