GUI I
Gui , dont nous venons de raconter les exj)loits , succéda Van joooau plus tard, avec Emme, son épouse, fille d'Adémar.^ vicomte de Ségur, et son héritière, à Girard, son père, dans, la vicornté de Limoges. Il était en possession depuis peu de cet héritage , lorsqu'il vit éclater une confédération formée par- Guillaume ic Grand , duc d'Aqu/itaine, et quatre comtes y,
Arnaud d'Angoul^me, Hélie de Périgord, Boson et Aldebert, de la haute el de la basse Marche, pour lui enlever le château de Brosse. Comme ils assiégeaient la place , Gui et Adémar, son fds , tombèrent avec leurs troupes sur eux et firent des leurs un grand carnage , ce qui les obligea de lever le siège. (Bouq. , tom. X, pag. 14^.) Adémar alla se présenter cnsuiîc devant le château du Saut , dont il s'empara le vendredi de la deuxième semaine de Carême ( i mars). iMais Hugues de Gàigilesse l'ayant surpris, le fit prisonnier avec cinq autres nobles, après quoi il reprit le château du Saut et celui de Brosse, dont il rasa la tour. {Ibid. ^ page 344 et ^45.) L'an 1002 au plus tard, le vicomte Gui ne pouvant obtenir de Grimoard, évêque de Périgueux, le monastère de Brantôme, qu'd lui demandait en présent, se saisit de sa personne, et rcnternia dans la tour de Limoges. Cet emprisonnement excita des murniures, et Gui i, dans la crainte d'une sédition, reiàchi !e pn-lat , à certaine;? conditions. Grimoard, de retour chez lui, cita le vicomte à Rome. Gui s'y étant rendu, la cause fut plaidée en plein cousis-^ toire, le saint jour de Pâques. Le jugement qui émana de ce tribunal fait horreur. Il y fut décidé que quiconque oserait mettre la main sur un évêque , devait être attaché par les pieiis à des chevaux indomptés , pour être traîné , mis en pièces et. ensuite exposé à la voirie : principe dont la sentence fit l'application au vicomte, qui fut , en conséquence, mis en garde à sa partie, en attendant l'exécution. Mais trois jours avant ce moment terrible, Grimoard et Gui s'accommodèrent, et, ia veille da jour destiné au supplice , étant sortis de Fiome secrètement, ils s'en retournèrent chacun chez eux. Ce fut soiis le pape Silvestre II (le fameux Gerbert), que cette afti-etise sentence fut rendue, et Adémar de Chabannais dit positivement <|u'il y présida. (Labbe , Bibl. mss. , tom. II , pag. 17 «•) Il faut néanmoins l'avouer, celte anecdote , quoique rapportée par un auteur presque contemporain, et quoique recueillie comme vraie par la plupart des modernes , choque si visiblement la vraisemblance, qu'il nous est impossible de l'admcltre. Aimoin qui vivait à peu près dans le même teras qu'Adéraar de Chabannais; Aimoin, dis-je, qui, dans son troisième livre, chap. 5, des miracles de saint Benoit , déclame avec feu centre le comte Gui et son fils, à cause des torts qu'ils avaient faits à l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, dans les domaines qu'elle possédait en Limosin, donne un tout autre molit au voyage du premier à Rome , que celui que lui prête ce chroniqueur , et ne parle nullement de condamnation prononcée contre lui par le pape et le sacré collège. Il est à propos de mettre sous les yeux de nos lecteurs, la substance de son récit. Adémar, dit-il, fils du
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vicomte Gui, jeune seigneur, plein d'ambition, voyant s'accroître le nombre de ses frères, et craignant que les biens de sa maison ne suffisent pas pour les doter, résolut, pour fnre ressource, de s'emparer de ceux de ses voisins. Il commença par le château de Brosse , dont la moitié appartenait à un seigneur assez puissant, nommé Hugues. Etant venu à bout de l'en dépouiller, il s'y défendit cuntre Guillaume, comte de Poitiers, et Roson , comte de Périgord, qui étaient venus Ty assiéger. Trouvant ensuite à sa bienséance la ville et le prieuré de Saint-Benoît du Saut, en Limosin , qui appartenaient à l'abbaje de Saint-Benoît-sur- Loire, il forma le dessein de les envahir. Pour en venir à bout , il saisit le moment où le prévôt Othier, qni en avait la garde, était absent, et y entra comme un voleur, le vendredi de la deuxième semaine de Carême, l'an looo de l'Incarnation. Othier, qui n'était pas loin, apprit aussitôt cet événement, et sans perdre de tems , il va trouver Hugues de Gargilesse, à qui Adémar avait enlevé la moitié du château de Brosse , l'engage à lui prêter secours, et l'amène avec ses troupes, pour faire le siège du prieuré du Saut. Arrivés devant la place, le mardi de la troisième semaine de Carême, ils y jettent des matières enflammées qui embrasent les bâtiments, et obligent Adémar à se sauver dans le clocher. De là il demande quartier à Hugues , qui promet ■ de lui conserver la vie et les membres, s'il veut se rendre prisonnier avec les siens. Il y consent, on ouvre les portes de la place où plusieurs seigneurs sont pris avec Adémar. Cependant Gui, son père, qui lui avait conseillé cette expédition, voulant faire croire le contraire, était parti pour Home, sous prétexte de dévotion. Mais, dans la roule, il fut attaqué d'une maladie cpii l'aifaiblit à tel point, qu'il fallut le ramener sur un brancard. Voilà un motif de ce voyage, bien différent que celui que rapporte Adémar de Chabannais , et sans contredit bien plus vraisemblable. 11 est , en effet, surprenant que les critiques n'aient pas senti l'absurdité du récit de ce dernier. Quoi ! l'illustre Gerbert , l'homme de son siècle le plus humain et le plus éclairé, ce phisosophe , qui avait élevé des empereurs et des rois, ce pontife qui montra tant de sagesse sur le saint siège, aurait porté la barbarie jusqu'à condamner à un supplice affreux, et cela le saint jour de Pâques , un seigneur, son compatriote, pour avoir mis un évêque en prison ! INous osons le dire , on ne peut, sans heurter de front le bon sens, admettre un pareil conte. H n'en est pas de même du trait suivant rapporté par Geoffroi du Yigeois. J.a femme du vicomte Gui, dit-il, allant, par dévotion, à Saint-Michel en l'Herm, fut enlevée par dos pirates normands , et emmenée au-Jela de la
tMt t OÙ elle demeura captive l'espace de trois ans. Son mari étant enfin convenu avec eux de sa rançon, enleva, pour faire la somme , quantité d'or et d'argent du trésor de Sainl-Marlial. Mais les Normands, après l'avoir reçue , refusèrent de rendre la vicomtesse. Gui s'adressa au duc de iNnrmandie , Richard le Bon i, qui trouva moyen de la retirer de leurs mains par adresse, et la rendit à son époux. (Labbe, bibl. wss. , tom. II, pag. 174') Adémar de Chabannais dit que le vicomte fit Iti voyage de la Terre-Sainte avec l'évêque Alduin, son frère j| ce qui dut arriver avant l'année looi, qui fut celle, a^i plus tard , de la mort de ce préiaf. ( Gali. Christ, no- , tom. il , col. 5i2.) Peut-être même Gui entreprit- il ce pèlérmage dix vivant de son ppre. C'était la dévotion seule , de quelque manière qu'on l'entende , qui pouvait 1 inspirer, Lar il ne s'agissait point encore, ni m^^me long-tems depuis, d'aller chercher en Palestine de la gloire , en signalant sa valeur contre les ennemis du nom chiétlen. Gui mourut , suivant Adémar dô Chabannais, dans le tems que Guillaume le Grand, duc d'Aqui-taine , revenait d'Italie, où il s était rendu pour sonder les dispositions des îtaliens, qui lui avaient offert la couronne impériale. Ce voyage est de Tan iou5. La chronique d'Aquitaine, qui donne le nom d'Odon à Gui, marque plus préci-^ sèment le tems de sa mort, en disant qi/elle arriva le 27 octobre I025 , et que sa sépulture fut à Saint-Martial. (J^bbe^ Bibl. no. mss. , tom. I, pag. 291 ) Nous avons une charte de Gui, donnée celte même année en faveur de l'abbaye de Tourtoirac,.au diocpse de Périgueux, dans laquelle il fait mentioni de Géraud, son père, de Rothilde, sa mrre , d'EMME , sa femme , d'Ademar et de Mélisende , ses beau-père et bellemère, d'Âdémar, son fils, de Sénégonde, femme de ce dernier y de Pétrone ou Pierre, son autre fils, et de Sulpicie, femme de celui-ci. {Gull. Chr. nov. , tom. II, prob. , coi. Â^g. ) Il avait eu beaucoup d'autres enfants, du nombre desquels était Gérard, qui monta sur le siège épiscopal de Limoges, en 1012, et descendit au tombeau l'an 1022. Nous croyons devoir aussi compter , pour un de ses fils, Adalric , duquel et de Pierre, il est dit dans la vie manuscrite de Gauzlin, abbé de Fleuri , mort en 1029, que ces deux frères, jouissant alors du comté de Limoges , duo germant fratres LernuiHcde urhis comlfuiii insignes , firent donation à ce monastère d'une rente de q linze muids de vin. {Bibl. Regince Sueciœ*) Gui du! mour r dans un âge très-avancé, puisque, dos l'an 970, il avait les armes à la main. Emme, sa femme, dont la mort suivit la sienne, lui avait apporté en dot, comme on l'a déjà dit, le château de Ségur, qui resta uni à la vicomte de Limoges. C'est la raisoft
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rquo prêt
pourquoi Gui, dans une charte, appelle Adéraar, père d'Emmej" son prédécesseur. (^Foy. Boson H, comte de Périgord.)
ADÉMAR, ou AIMAR I.
1025. Adémar, ou Aimar, fils aîné dli vicomte Gui, lui succéda , dit Adémar de Chabanrtais ( pag. i8i ), par le choix de Guillaume, comte de Poitiers et de Limoges, à la prière du comte d'Angoulème. La vicomte de Limoges n'était donc pas encore héréditaire. Adémar devait être avancé en âge à la mort de son père j car, depuis Ion g- teins , comme on Ta vu ci-dessus ; il était connu par ses exploits. Nous avons dit , qu'ayant enlevé à Hugues de Gargilesse, la portion qui lui appartenait dans te château de Brosse, il s'était ensuite rendu maître du prieuré de Saint-Benoît du Saut , mais qu'à l'aide de ce même Huges, te prévôt Othier, étant venu l'assiéger, l'avait contraint de se rendre prisonnier. Maître de sa personne , Hugues te mena devant le château de Brosse , et , le montrant à Girard, qui était chargé de défendre la place, il protesta qu'il allait lui abattre la tête, si on ne lui en ouvrait sur-le-champ les portes, La menace fit son effet, Girard obéit , et remit à Hugues la i-our dont Adémar s'était emparé. Voilà ce que raconte Aimoin, (Liv. 2, de mir. S. B. , c. 6. ) Adémar de Chabannais dit au contraire que, te vicom^te Gui s'étanÈ emparé du château de Brosse , Guillaume , comte de Poitiers, vint l'assiéger avec quatre autres comtes , savoir : Hélie , comte de Périgord , Arnaud d'Angoulème , Boson et Aldeb^rt de la Marche ; mais que Gui et son fils étant tombés sur les assiégeants ^ l^i>i' tuèrent beaucoup de monde, et les mirent eu fuite. Ces deux récits ne peuvent se concilier ; mais nous n'avons rien qui puisse absolument nous déterminer à don^nep la préférence à l'un plutôt qu'à l'autre. INous pencherions plus néanmoins pour celui d'Aclemar de Chabannais.
Le vicomte Adémar fut présent, l'an 1028, à la dédicace de l'église de l'abbaye d'Arnac , fit ensuite le pèlerinage de la Terre-Sainte, et mourut avant son retour. Il était bègue, dit Geoffroi du Vigeois, et disait en jurant, ma fe te permet 9^ voulant dire je te promets sur ma parole. De SÉnégonue , sa femme, il laissa quatre fils. Gui et Adémar, qui suivent; Geoffroi et Bertrand, avec urte fille, nommée Mélisende.