‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 129 sur 277 · ADÉMAR III, DIT LE BARBU · texte numérisé non relu

ADÉMAR III, DIT LE BARBU

1090. Adémar III fut le successeur d'Adémar II , son père. Vers l'an 1104, on le voit en guerre avec Hélic Rudel , comte de Périgord , auquel il redemandait une part dans ce comté par droit de consanguinité. Adémar , suivant Geoffroi du Vigeois , marchait, dans cette guerre, accompagné de deux cents chevaliers avec leurs suites , à la tête desquels il ravagea le Périgord; ce qui excita une sédition, dit le même auteur, entre les habitants du Puy- Saint Front et les bourgeois de Périgueux. Les hostilités durèrent plusieurs années ; mais ni Geoffroi ni aucun autre écrivain ne dit comment elles se terminèrent. Adémar fut ensuite obligé de tourner ses armes contre Gaucelme de Pierre-Buffière, pour arrêter les courses qu'il faisait sur le territoire de Limoges. Gaucelme était fils de Pierre, que les gens du vicomte avaient tellement maltraité, comme il revenait de Charroux , qu'il élait allé expirer trois jours après à l'abbaye de Solignac , des coups qu'il avait reçus. C'était donc pour venger la mort de son père que Gaucelme ravageait les terres d'Adémar. La désolation qu'il causa fut si grande, que l'évêque Pierre Viroald, ne pouvant en soutenir le spectacle, prit le parti d'abandonner le pays, laissant le soin du diocèse à Guillaume de Carbonnière. Mais les gens du vicomte , ayant fait prisonnier Gaucelme dans une rencontre, renfermèrent

dans le château de Segur. Il en sortit au bout d'un an par les soins d'Eusîorge, nouvel évêque de Limoges , et d'Amblard , abbé de Saint Martial , qui négocièrent son élargissement. On fit à ce sujet un traité, d^t Geoffroi du Vigeois, compris dans une charte partie parles Ifllresde l'alphabet, dont une moitié, après l'avoir coupée , fut déjiosée aux archives de l'église de Sauit -Martial . et l'autre délivrée à Gaucelme. Ceci doit être arrive au plutôt l'an 1117 , époque de IVlection d'Amblard , postérieure de onze ans à celle de l'évéque Eustorge. Quoique Gaucelme eût été relâché à des conditions favorables, Ebles de "Veiitauour , son o-.icle, ne put pardonner au vicomte de Limoges son emprisonnement. Sachant qu'il était allé er» pcleri-» nage à ÎSotre-Dame du Pui en Vêlai, il le fit épier au retour, et fut si bien servi, qu'Adémar donna dans 1 embuscade , et fut pris. Maître de sa personne , il le mît dans une étroite prison , où il le retint l'espace de deux ans, pendant lesquels il laissa croître sa barbe qu'il ne voulut plus couper depuis, ce qui lui valut le surnom de BaPiBU, Sa rançon lui coûta cher : elle fut miss à douze mille sous d'or , dont Ebles ne voulut sien rabattre. Les habitants de Limoges, apprenant sa délivrance, vinrent au devant de lui , et le ramenèrent comme en triomphe dans leur ville.

Quelques années avant sa captivité , Adémar s'était associé Gui , son fils aîné, que nous nommons Gm III , et qu'on surnommait Graul^ c'est-à-dire corbeau, dit Geoffroi du Vigeois, à cause de sa noirceur ; jeune seigneur plein de valeur, libéral et de grande espérance , qui avait administre sagement la vicomte pendant la détention de son père. Mais sa belle-mère, Marie de Carrio (ou dEsc.ARS, suivant le Laboureur ), voulant mettre Hélie, son propre fils , en sa place, lui fit donner, par deux fols, du poison, et deux fois il en guérit au moyen d'un antidote que lui fit prendre Adémar , abbé de »Saint-Martial. Ce dernier étant mort, le 2.6 août i 124 , sans laisser sa recette, la marâtre donna une troisième dose de poison à son beau-fils, qui périt trois mois après la mort de i'abbé. Mais elle échoua dans ses vues ambitieuses, Hélie, son fils, ayant suivi de près Gui au tombeau. Ces deux fils d'Adémar ne furent pas les seuls que la mort lui enleva ; il perdit ses autres enfants qui étaient en grand nombre, à l'exception de deux filles, Ilrunissende , dite aussi Humberge , femme d'Archambaud le Barbu, vicomte de Comhorn , à qui elle donna plusieurs fils et filles, et Emme , laquelle ayant perdu Bardon de Cognac, son premier mari, sans en avoir eu d'enfants, épousa en secondes noces, l'an n36 , Guillaume X , duc d'Aquitaine, à qui elle fut presque aussitôt enlevée par

Cuillaume Taillefer , fils et héritier de Wulgrin , comte d'Angoulëme ; ce qui aurait occasioné , dit Geoffroi du. Yigeois , une guene sanglante sans la mort du duc , qui arriva dans le printems de Tannée suivante. Adémar choisit les deux fils aînés de sa fille lîrunissende pour ses successeurs; après quoi il se retira, l'an ii.^ à Tabbaye de Cluni. Il était alors fort avancé en âge , silîcernius , dit le même auteur , et il finit ses jours quelque tems après dans cetlo retraite. On ignore le nom de sa première femme, tille était, suivant Geoffroi du Vigeois, sœur de Guillaume llf, dit Taillefer, comte d' Vngouléme. Le Laboureur la confond avec la femme d'Adémar 11 , en l'appelant Humberge. Geoffroi du Vigeois rapporte sur ce vicomte le trait suivant, qui peut entrer dans le tableau des mœurs du tems. <' Le comte de « Poitiers, dit-il, Guillaume (le Vieux), gendre du comte de » Toulouse , étant venu à Limoges, Adémar le défraya suivant n la coutume. Or il arriva que le maître-d'hôtel demanda « du poivre à Constantin de la Sana : (c'était une denrée »> fort rare alors. ) Celui-ci le mena dans une chambre où il w trouva le poivre répandu à terre, comme le gland qu'on donne » aux pourceaux. Voilà, dit-il, du poivre pour les sauces de » votre maître; et, ayant pris une pelle, il lui présentait moins » le poivre qu'il ne le lui jetait. Cela fut rapporté comme une u magnificence au comte, qui ne manqua pas d'y faire atten— n tion. Adémar vint à son tour à Poitiers. Guillaume fit défense M de lui vendre du bois, afin de l'empèchcr de faire sa cuisine, » Alors les gens du vicomte , ayant ramassé toutes les noix qu'ils »» purent trouver , en firent de grands monceaux auxquels ils » mirent le feu ; ce qui produisit des brasiers très-ardents, dont « ils se servirent pour apprêter les mets de leur maître. Le » comte , ajoute Geoffroi, l'ayant appris, loua beaucoup Tesprit » des Limosins qu'il traitait auparavant de gens stupides et n grossiers. » Un autre trait de la vie du vicomte Adémar nue nous ne devons pas oublier, c'est l'honneur qu'il eut de rece-« voir à'I.imoges le roi Louis le Jeune, lorsqu'il allait épouser à Bordeaux l'héritière de Guienne. Ce monarque arriva inopinément, le i". juillet II 3-', à Limoges,, où Ravmond , comte de Toulouse , et quantité de seigneurs, s'étaient rendus à l'occasion de la fête de Saint-Martial, qui s'était célébrée la veille de son arrivée. Geoffroi du Vigeois {rap 4^ ) dit que Tévêque Eustorge , et les seigneurs qui se trouvaient à Limoges , l'ayant reçu processionnellement , le conduisirent à Saint-Martial, d'où il alla camper avec sa suite sur les bords de la Vienne. Quoique cet historien ne fasse pas mention du vicomte en cette occasion, il n'y a pas lieu de doutsr

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qu'il ne Tait mise à profit pour obtenir les bonnes grâces de stft^ souverain , qui par son mariage allait devenir son suzerain im-i médiat.

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