‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 193 sur 277 · CHARLES IL · texte numérisé non relu

CHARLES IL

t5o5. Charles II , fds de Gilbert de Bourbon, conile de ISlontpensier et dauphin d'Auvergne , et de Claire de Gonzague , né le i^ février 149'^? devint duc de Bourbon par son mariage , contracté, le 10 mai i5o5, avec Susanne, fille du duc Pierre II , auprès duquel il avait été élevé; princesse petite et contrefaite , mais d'un excellent caractère. Ses domaines ,

} "oints à ceux que sa femme lui apporta , le rendirent le prince e plus opulent de l'Europe après les têtes couronnées ; il était en même tems duc de Bourbon, d'Auvergne, de Châtelleraut, comte de Cler'mont en Beauvaisis, de Montpensier, de Forez, de la Marche et de Gien , dauphin d'Auvergne , vicomte de Cariât et de Murât , seigneur de Beaujolais , de Combraille , de Mercœur, d'Annonai , de la Pioche-en-Regnier , et de Bourbon-Lanci. Ses richesses ne se consumèrent point dans une lionteuse oisiveté. L'an iSoy , il accompagna le roi Louis XII , au voyage de Gênes. Deux ans après , il revint avec ce monarque en Italie, et fut du nombre des seigneurs qui se distinguèrent le plus à la bataille d'Agnadel , ou de Giraddada, donnée contre les "Vénitiens, le 14 rnai iSog. D'autres exploits, par lesquels il prouva sa valeur et son habileté, lui méritèrent l'épée de connétable que le roi François I lui donna le lo ou le 12 janvier i5i5 (n. st. )

François n'étant que duc de Valois, avait contracté une étroite amitié avec Charles de Bourbon. Mais Louise de Savoie, duchesse d'Angoulênie, mère du premier, n'avait pas les mêmes sentiments pour le second, parce cju'il était gendre d'Anne, duchesse île Bourbon , qu'elle avait toujours haïe. Anne s'était attiré l'aversion de Louise par le peu de considération qu'elle lui avait témoigné , lorsqu'elle gouvernait le royaume sous le règne de Charles VIII, snn frère. La duchesse d'Angoulême , adroite, insinuante, employa dans toutes les occasions le pouvoir qu'elle avait sur l'esprit du roi , son fils , pour nuire au" connétable, tantôt en lui inspirant.de la jalousie sur lamagni-::

ficence de ce prince, tanlôt en donnant des couleurs odieuses à ses actions qui en étaient le moins susceptibles. Mais le connétable se maintenait par son mérite l'econnu et l'importance de ses services. Ils se couvrit de gloire à la bataille de Marignan , donnée le 1 3 et le 1 4 septembre i5i5, et contribua plus que tout autre à la victoire que nous y remportâmes sur les Suisses. Le roi s'étant rendu maître de Milan, le 4 octobre suivant, en nomma vice-roi le connétable. Mais le peu de forces qu'il lui laissa pour conserver cette conquête, le mit en danger de la perdre. Il vint cependant à bout de repousser l'empereur Maxiïnillen , qui était entré dans le Milanez , et de l'obliger à fuir ,: le 2.S mars i5i6, avec trois cents chevaux. Ce succès fut compté pour rien à la cour, et le connétable fut rappelé par les intrigues de la duchesse , son ennemie, qui ne cessait de décrier sa conduite. A son retour, il trouva le roi entièrement changé à son égard. Ses états, ses gages et ses pensions furent rayés. L'an i5i9, nouvelle disgrâce. Le roi marchait, accompagné du connétable et du duc d'Alençon, contre l'empereur Charles- Quint , campé sQus Valenclennes. Résolu de lui livrer bataille ^ il donna au duc d'Alençon, son beau-frère, le commandement de l'avant-garde , qui appartenait au connétable par le droit de sa charge. Ce dernjer sentit d'où le coup partait, et dit, à ce qu'on prétend, que le roi suwait en cela les impressions d'une fenwie qui naoait pas plus d'équité que d'honneur. Le refroidissement qu'occasiona ce passe-droit entre le monarque et lui , et sa haine pour la duchesse,, allèrent toujours en augmentant. Ses malheurs domestiques favorisèrent la vengeance et l'ambition de sa rivale. L'an i52i y. la perte qu'il avait faite de son fds unique , né au mois de juillet iSiy , fut suivie de celle de sa femme , morte le 28 avril à Châtelliîraut : ce fut l'époque de sa ruine. Louise de Savoie,, cousine germaine de- Susanne, prétendit lui succéder, comme plus proche héritière^ dans tous ses domaines , et intenta procès à ce sujet au connétable. La cause fut plaidée au parlement par les trois avocats les plus célèbres de leur tems , en présence du roi et de la duchesse ,'sa mère. François de Monlnolon plaida pour le connétable , Guillaume Poyet pour la duchesse, et Pierre Lizet pourle roi. 11 n'y eut point de jugement définitif rendu ; mais , par, l'arrêt du commencement d'août 1622, les parties furent appoint tées au canseil ; et cependant , par provision , ordonné qite tous le» biens contentieux seraient séquestrés. Ce jugement, que le î-oi autorisa en permettant l'exécution du séquestre, jeta le connétable^ dans le désespoir. Furieux de se voir dépouillé, il oublie ee qu'il doit à sa naissance, au roi et à sa patrie^ et prend lar.ésûT- Sution de passer au service de l'empereur.

Dès que Charles-Quint fut instruit de ses dispositions, il lui dépêcha secrètement un seigneur de sa cour , avec lequel 11 fit ison traité tel qu'il voulut le dicter. Il s'engageait à faire révolter cinq provinces dont il était le maître; et l'empereur, de son côté, devait lui envoyer une armée par la Franche-Comté. Tandis qu'il attend de Charles-Quint l'effet de sa promesse , le roi se prépare à passer en Italie avec toutes les forces de la France. Le connétable devait le Joindre, et avait un beau pré~ texte de s'emparer de Lyon, de lever des troupes, et d'ouvrir aux Impériaux la voie pour venir le joindre. Dans cet extrême danger de la France, Dieu permit que deux gentilshommes nor- Jmands , qui étaient entrés dans la conspiration , révélassent au roi ce qu'ils en savaient. Us ne purent pas tout dire; car on ne leur avait confié qu'une partie du secret. Le roi était alors tn marche. Il va trouver à Moulins le connétable qui était malade , ou feignait de l'être , lui parle à cœur ouvert sur son Jirojet, et tache de l'en détourner par les promesses les plus flatteuses. Bourbon nia le traité ; mais il en dit assez pour devoir tire arrêté. Le roi ne le fit pas, et se contenta de lui ordonner «le le suivre en Italie. Bourbon le promit ; mais aussitôt que le roi fut parti de Moulins, il se déguisa, et, suivi d'un seul gentilhomme, il se retira, non sans beaucoup de difficulté, en Franche-Comté, d'où il alla joindre l'armée de l'empereur au-delà des monts. Il employa contre la France la même valeur qu'il avait fait paraître pour la défendre, et finit par le siège de Éome, ou il se fit tuer le 6 mai i^^y , en montant le premier à l'assaut (i). Le parlement, par son arrêt du i6 juillet suivant, déclara réuni au domaine royal son duché de Bourbon, ainsi que ses autres fiefs qui relevaient de la couronne. ( Voyez Charles II , dauphin d'Auvergne. )

L'an i65i , par contrat du 26 février, le roi Louis XIV céda le duché de Bourbon à Louis II, prince de Condé , en échange <lu duché d'Albret, de la baronnie de Durancc, et d'autres domaines. Par ce même contrat, le roi céda à M. le Prince, pour en jouir, par lui et sa postérité légitime, à titre d'engagement, ainsi que du duché de Bourbon, les droits de nomination aux Lénéfices et de présentation aux offices; mais en même - tems Sa Majesté se réserva les bois de haute futaie.

(i) On prétend que ce fut un italien, nommé Benvenuto , qui 1q tua : du moins celui-ci s'en vantait.

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