ORIGINE DES BOURGUIGNONS
Aj' Auteur de la nouvelle histoire de Bourgogne, après avoir solidement refuté différentes opinions sur l'origine des Bourguignons , préfère, comme le mieux établi, le sentiment de ceux qui croient que les Bourguignons , dans leur première origine , ont jait partie de ces plus anciens peuples de Germanie qu'on appelait Vandales, c'est-à-dire, comme D. Plancher lo dit ailleurs, que les Bourguignons étaient limitrophes des Vandales. Ils habitèrent d'abord sur la Vistule , dont ils occupaient apparemment les deux rivages, où sont à présent (1786) la Prusse royale et la Prusse ducale : ils furent chassés de celte première demeure , l'an 24^ , par Fastida , roi des Gépides. La seconde habitation des Bourguignons fut en-deça de l'Llbe ^ où Procope les place un peu au-dessous des ïhuringiens. De là , s'étant avancés vers le Rhin , ils le passèrent en 276 , et se rendirent maîtres de plus de soixante-dix villes en-deçà de ce fleuve. Mais, l'an 277, l'empereur Probus les contraignit de le repasser après les avoir défaits en plusieurs batailles. J-.'an 287 , ils rentrèrent dans les Gaules , d'où ils furent encore chassés par Maximien Hercule. Ils occupaient alors les bords du Rhin , et dans cette nouvelle demeure , ils eurent de fréquents démêlés avec les Allemands, leurs voisins, dont ils n'étaient séparés que par le Mein. Cette contrée étant moins âpre que les forêts qu'ils avaient quittées , ils commencèrent à prendre des mœurs plus douces et plus sociales. Au lieu de la chasse , qui ^vait fait jusqu'alors leur unique exer-i
cice et cVoù ils tiraient leur nourriture et leurs vêtements, ifs. s'adonnèrent à l'agriculture et aux arts qui en dépendent. Les Allemands ayant fait à leur tour, des incursions sur les terres des Romains, l'empereur Valentinien appela les Bourguignons à son secours pour les repousser. Ils vinrent au rendez-vous en grand nombre; mais, n'y ayant point trouvé l'armée romaine à laquelle ils devaient se joindre, ils s'en retournèrent, après l'avoir long-tems attendue, fort mécontents de ce manque de parole. Ils auraient bien voulu se venger par une nouvelle irruption dans les Gaules ; mais la vigilance et la valeur des g'^néraux romains les en empêchèrent. Ils vivaient tranquilles depuis trente-six ans sur les bords dii Rhin , ou du moins ils n'étaient occ.qtés qu'à se défendre contre les Allemands, lorsque le perfide Stllicon leur ouvrit cette barrière ,. et les invita , amsi que les autres barbares du Nord , à venir s'établir dans les Gaules, dans le dessein où il était de les faire servir à 1 élévation de son fils Eucher qu'il voulait placer sur letrône impérial. Ce fut sur la fin de l'an 4o6 qu'ils se dlspo-» sèrent à passer pour la dernière fols le Rhin , sous la conduite de Gondlcalre , leur hendln ; c'est ainsi qu'ils nommaient [e chef de la nation, qui se gouvernait en république la plus libre qui eût jamais été. Tel était en effet l'amour de la liberté chez les Bourguignons, qu'Us avalent peint un chat si.r leurs enseignes pour la figurer. Cette nation était dès-lors, chrétienne. C'est l'historien Socrate , 1. 7, col. 3o, qui l'atteste , et voici comment il fait le récit de ce qui occaslona la conversion des Bourguignons. » Je raconterai, dit -il , une ■» chose bien admirable qui arriva vers ce tems-là (la fin du y> quatrième siècle). Il y a au-delà du Rhin une nation qu'on » appelle vulgairement les Bourguignons. Les Huns entraient » souvent à main armée dans leur pays , ravageaient leurs » champs , et en massacraient un grand nombre. Dans la dé— » tresse où ils se trouvaient , ils ne s'adressèrent à aucune i> puissance humaine pour lui demander du secours, mais ils » résolurent de recourir à quelcjue puissante divinité; et ^ »> ayant appris que le dieu des Romains, donnait un secours » efficace à ceux qui l'adoraient et le craignaient , tous , » d'un commun accord, se portèrent à croire en Jésus Christ, •>j Dans ce dessein , ils se rendirent dans une cité des Gaules w (Mayence ou Trêves probablement) et demandèrent à l'évêque » d'être baptisés. Le prélat, après leur avoir prescrit un jeûiie 31 de huit jours , pendant lesquels il les instruisit , leur conféra jj le sacrement de la régénération, et les renvoya en paix dans M leur pays. Pleins de confianre, à leur retour ils allèrent M droit à leurs ennemis pour les combattre , et ne furent point
î>ES ROIS DE bourgogne; 359
ito frustpés (le leur espérance. Car le roi des Huns^" noramé Up- »> tanus étant mort dans ces entrefaites d'nn excès de vin, les » Bourguignons les attaquèrent comme ils étaient sans chef; » et, quoiqu'en moindre nombre, n'étant que mille contre M dix mille, ils se ruèrent sur eux avec tant d'impétuosité, »> qu'ils en firent un grand carnage et remportèrent une glo— » rieuse victoire. Depuis ce tems , cette brave nation cultive .» la religion chrétienne avec une grande ferveur. » Ce que ■Socrate dit ici des Bourguignons, a été copié par Nicéphore clans son Histoire ecclésiastique. Ces deux historiens ajoutent que les Bourguignons, à leur entrée dans les Gaules, étaient la plupart charpentiers, métier qui convenait bien à une nation qui habitait dans les bois et n'employait point d'autre matière pour jbàtir. Sidoine Apollinaire, dans une de ses poésies, les appelle des hommes de sept pieds , septipedes , expression poétique <]u'il ne faut pas prendre à la lettre, et qui désigne seulement qu'ils étaient communément d'une taille avantageuse.
GONDICÂÏRE, PREMIER ROI DES Bourguigîs^oîhs.
GONDICAIRE, appelé Gundaha.ire par Gondebaud, l'un ■àe ses successeurs , passe le Rhin à la tête d'une partie des Bourguignons , l'an 407 , et se rend maître sans peine de la pi'emière Germanie , qu'il trouva sans défense par la trahison , ■comme on l'a dit, de Stilicon qui en avait retiré les garnisons romaines. Quelques années après (en ^là) ^ les autres Bourguignons qui étaient restés au-delà du fleuve , étant venus joindre leurs compatriotes , toute la nation rassemblée se trouva en forces pour faire tête aux troupes que le patrice .Constance , successeur de Stilicon dans le ministère , avait .«nvoyées pour arrêter ses progrès. Les Bourguignons, semblables à un torrent impétueux , rompent les digues qu'on leur opposait , chassent devant eux les Romains , et se répandent dans la première Belgique et la Séquanaise. Les peuples de ces provinces les reçurent moins comme des ennemis que comme des hôtes qui venaient pour repeupler leur pays et le défendre contre de nouvelles incursions dont il était menacé. C'était en effet de toutes les nations barbares celle qui avait le plus de conformité avec leurs mœui^s. Outre l'humanité, accompagnée de bravoure, ils apportaient avec eux la vraie foi qu'ils avaient reçue de l'évêque et des clercis qui les avaient nouvellement convertis ; créance dans laquelle ils persévèrent sans aucun mélange d'erreur , l'espace de plus d'un siècle. Quelques auteurs ont prétendu qu'ils réduisirent jen servitude les peuples qui se sounairent à leur dorainationj
36o Chronologie historique
Il est certain au contraire qu'ils partagèrent avec eux \(*s terres et les serfs. Mais il faut avouer que la raison du plu» fort fit pencher la balance , dans ce partage , du côté des Bourguignons. Ceux-ci eurent un tiers de serfs , et les deux tiers des terres qui furent pris dans certains quartiers qu'on leur assigna , ou plutôt qu'ils choisirent. Du reste , on ne voit point qu'ils aient inquiété les anciens habitants dans la portion qu'ils leur avaient laissée. Paul Orose , écrivain da tems , fait en peu de mots , un bel éloge des mœurs de celte nation. « Maintenant, dit-il , les Bourguignons sont chréliens et » catholiques , grâces aux soins de nos clercs qu'ils ont fai> vorablement accueillis. Mêlés parmi les Gaulois , ils le» » traitent , non pas comme des sujets , mais comme leurs » fi-ères dans le Christianisme , menant au milieu d'eux une » -vie douce , innocente et tranquille. » (1. 7 , col. ult.) Cependant ils ne négligeaient pas les occasions de s'agrandir et de s'étendre au-delà des limites où ils s'étaient d'abord renfermés. Constance se trouvant dans l'impuissance de les léprimer par la force , fit avec eux , à ce qu'on prétend , un traité par lequel il leur assurait une partie des pays qu'ils avaient conquis, en les reconnaissant pour alliés de l'empire. Quoi qu'il en soit, voyant leur domination affermie, ilg songèrent à lui donner une forme nouvelle ; et , préférant le gouvernement monarchique au républicain qu'ils avaient suivi jusqu'alors, ils déférèrent la royauté à Gondicaire , pour récompense de ses services; ce qui arriva l'an /^i3 ou 4'4» C'est proprement à l'une de ces deux années qu'on doit fixer l'époque du premier royaume des Bourguignons dans les Gaules. Gondicaire établit d'abord son trône â Genève ; mais il le transféra depuis à Vienne , qu'il soumit à ses lois dès qu'il eût paru devant ses murs. Lyon , qu'il avait conquis auparavant, n'avait pas fait plus de résistance. Il se rendit maître ensuite d'Autun et de toute la Séquanaise. Il voulut aussi étendre ses conquêtes dans la première Belgique. Mais le général Aè'tius, étant accouru au secours de cette province, la déli\Ta du joug des Bourguignons par une victoire qu'il remporta sur eux , l'an 4^^ > ^t dans laquelle il leur tua , dit - on , vingt mille hommes ; ce qui les obligea , suivant Sidoine Apollinaire , à demander à genoux la paix au générai romain : Burgundio , dit-il , flexo poplite supplient quietem. L'année suivante ou environ fut encore plus funeste à Gondicaire. Apprenant que le roi des Huns , prêt à passer le Hhin , mena^^ait d'une irruption ses états , il marche à sa rencontre , lui livre bataille sur les bords de ce fleuve , la perd 5 et y périt. Gundicarium Burgundionum, regem ^ dit
DES ROIS DE BOURGOGNE. 3b"l
Cassîodore dans sa Chronique , non muUb posi Hiinni percnurunt. Goiidicaitc eut plusieurs fils qui, de son vivant avaient eu part au gouvernement. C'est ce que témoigne son petitfils Gondebaud , lorsque dans ses lois , parlant de ses ancêtres , il dit : Patrem qxioque noslruiii et Patruus rcgiœ même— rit£. Aj'ais il paraît qu il n'y eùl que Gondioc qui lui sui — vécut.
GONDIOC , ou GONDERIC , II^ roi de Bourgogne.
436. Gondioc, ou Gonderic, qu'on a mal-à-propos confondu avec Gondicaire , sou père , lui succéda au royaume tle Bourgogne, ou plutôt dans la partie de ce royaume qu'Aëtius lui avait laissée en lui accordant la paix , c'est-à-dire dans la Séquanaise ; car il parait assez clairement que ce général , après avoir battu les Bourguignons , remit les Romains en possession de la première Germanique , de la première Belgique et de la première Lyonnaise. Mais il leur donna en dédommagement des terres dans la Sapaudie, c'est-à-dire dans ce que nous appelons aujourd'hui la Savoie, le Chablais et la Bresse. Gondioc observa fidèlement durant plusieurs années le traité fait entre son père et les Romains. Aëllus, l'an 45 1 , lui ayant demandé du secours contre les Iluns, il lui envoie un corps de troupes v mais il n'est pas vrai qu'il se soit trouvé en personne à la funeste bataille donnée la même année contre Attila dans les plaines catalauniques. L'an 4-^6 j Maxime , nouvel empereur, voulant s'attacher le roi des Bourguignons, le décore du titre de maître de la milice, et donne celui de patrice , à Chdpéric , son fds aîné. Gondioc et Chljpérlc marchent la même année contre les Suèves , qu'ils défont dans une bataille où leur roi Réclalre est pris. Les Bourguignons rompirent la paix l'année suivante par de nouvelles entreprises sur les terres des Romains, (^e sont eux en effet qu'il faut entendre par ces baibares que l'empereur Majorien , l'an 457, au commencement de son règne , d^^logea de Lyon dont ils s'étaient emparés. Mais les troubles qui suivirent la mort de ce prince et qui entraînèrent en peu d'années la ruine totale de l empire d'Occident, leur facilitèrent les moyens, qu'ils saisirent avec ardeur, de se relever de leurs pertes, ils firent plus, ils accrurent leurs conquêtes et secouèrent entièrement le joug des Romains. L'empereur Anthème , pour les mettre dans ses intérêts , vint lui-même au-devant de leurs désirs , par la cession qu'il leur fit de la ville de Lyon et de toute cette portioa des Gaules qu'on nomma depuis la Lyonnaise germanique.
ZC)2 CHROÎSOLOGIE HISTORIQUE
Gondloc fut constamment attaché à la foi catholique. Ce fut à lui que le pape Hilaire s'adressa , l'an /^6S , pour terminer la contestation qui s'était élevée entre Léonce , évêque d'Arles , et saint Mamert , évêque de Vienne , touchant l'ordination d'un évêque de Die , que le dernier avait faite au préjudice du premier. Dans la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet , il l'appelle son fds et le traite d'homme illustre On n'est pas d'accord sur l'année de la mort de ce prince. L'abbé du Bos la met en 407, d'autres en 47-^ ? ^t quelques-uns la reculent même jusqu'en I^-j^, Cette dernière opinion nous paraît la moins probable; car il y a tout lieu de croire qu'en 47^1 Gondloc elait déjà remplacé par son fds Ctiilpéric. Outre celui - ci , Gondloc en laissa trois autres en mourant, savoir, Gonde- Laud, Godomar ou Gondemar, et Godégisèle. M. Dunod donne pour mère à ces enfants , Cahatene, sœur , à ce qu'on croit, du patrice Rlcimer , morte après son mari dans un monastère qu elle avait fondé à Lyon. 11 paraît que ce fut sous Gondloc que le royaume des Bourguignons acquit sa dernière consistance et sa plus grande étendue. Entouré des Vlslgoths dans la première Aquitaine et la seconde Narbonnalse , et des Momains dans ce qui restait de la Belgique , il comprenait la grande Séquanalse , la Viennoise, la province des Alpes, la première Lyonnaise , le ^Nivernais dans celle de Sens , et la partie de la seconde Narbonnaise qui est entre le Rhône et la Durance. (Dunod.)
CHILPÉRIC, nie. ROI DE Bourgogne.
CniLPJÉRic , ou HiLi'ÉRJC, fds aîné de Gondloc, devint son successeur après avoir été son collègue dès l'an 4^^ au plus lard. Des modernes soutenant contre D. Plancher que la succession de Gondloc fut partagée entre ses quatre fils, restreignent en conséquence la portion de Chilpérlc au pays dont Genève était la capitale , donnent à Gondebaud ce que nous appelons le comté et le duché de Bourgogne; à Godemar, Vienne avec le Dauphlné et partie de la Provence ; et à Godégisèle , le voisinage du Rhône. Nous convenons que les frères puînés de Chilpérlc eurent les départements qu'on vient de marquer ; mais nous pensons qu'ils ne les possédèrent qu'à titre de simples gouvernements, a\ec subordination envers leur frère aîné, de la libéralité duquel ils les tenaient. La preuve de cette assertion se tire des actes d'autorité que Chilpérlc exerça dans toute i'élcndue du royaume de ]îourgogne. Il régnait dans le canton de (ieuève ; nos adversaires en conviennent ; et la proteclioa cju'il accorda à Saiut-Lupicin , abbé de Condal , ou de Saint-
©yan (aujourd'hui Saint-Claude), conlre les seigneurs qui envahissaient les hiens de son monastèi'e , suffirait seule pour le démontrer. {Gregor. Tiiron., oit. S. Lupi'c, pag. i i5o.) Il régnait également sur le Dauphiné. En 47-^ ■> Fontéius , évêque de Vaison , juslifie auprès de lui Apollinaire et Simplice , soupçonnés d'avoir voulu livrer la ville de Vaison aux llomains. (Tillem., Jiisi. err/és., tom. XYI , pag. 200.) J/annce sui\ante, Sidoine, évêque de Clermont , vient à Lyon , où Chilpéric tenait sa cour , pour réconcilier ce même Apollinaire , son parent, avec ce prince contre lequel on l'avait Indisposé de nouveau : ( ièiJ. ) Enfin , la ville de Clermont se trouvant exposée aux incursions des Visigoths qui venaient de se rendre maîtres du Berri , Chilpéric envoie des troupes pour défendre la capitale de l'Auvergne. Les états de Chilpéric s'étendaient donc jusqu'aux limites de l'Auvergne; il possédait Genève : il tenait sa cour à Lyon ; la ville de Yaison , et par conséquent tout le Dauphiné, était de son domaine. Sa souveraineté s'étendait donc sur tout le royaume de Bourgogne : d'où il s'ensuit que ses frères n'étaient que de simples gouverneurs dépendants de son autorité suprême dans les départemenis qu'il leur avait assignés. C'est en ce sens qu'on doit prendre le titre de tétrarque que quelques anciens lui ont donné , et npn pas comme s'il n'eut été souverain que d'une quatrième partie du royaume de Bourgogne. Du reste , tout ce qu'on lit dans certaines histoires des combats livrés par Chilpéric à ses frères , et des victoires qu'il remporta sur eux près d'Autun et ailleurs , n'est que pure fiction imaginée par quelques auteurs modernes , et n'a'^aucun fondement dans l'antiquité. Ce qu'il y a de vrai, c'est que l'ambition et la passion de régner porta Gondebaud à se révolter contre Chilpéric. Cette révolte commença au plus tard vers Tan 477 ; ^Hp dura long-tems , et la fm en fut tragique. Chilpéric, avec son frère Godemar et ses deux fds , périt par le fer ; sa femme fut jetée , avec une pierre au cou , dans le Rhône ; ses deux filles, Chrone et Clolilde , d'abord condamnées à l'exil , furent réservées; Taînée prit le voile ; Clotilde fut élevée'chez le meurtrier de son père à Genève , et devint quelques années après l épouse de Clovis. Le tems de ce inassarre et de la ruine de la maison de Chilpéric n'est point fixé par les anciens : l'auteur de la nouvelle histoire de Bourgogne croit qu'on pourrait placer ce massacre vers l'an 491 ■, et D. Bouquet ne s'éloigne pas de son opinion. Chilpéric avait régné environ vingt-huit ans : il était digne d'un meilleur sort; prince bien né , bon chrétien , bon roi , toujours catholique , vaillant , doux patient , etc. , suivant l'éloge qu'en fait D. Plancher, il est qualifié, par l'auleur de la Vie de Saint-Lupicin , abbé, tvV
singularis ingenil et prcccipucc bonilatis. Le même écrivain dit f|uH fit rédiger par écrit les premières luis de sa nation : iùr illustiis Galliœ pairicius Hi/periciis , sub (juo dîtiunis regiœ jus publicum lempore illu redactum est.
GONDEBAUD, IV<:, roi de Bourgogne.
491 ou environ. Got^debaud, prince arien, fils de Gondioc, s'empara du royaume de Chilpéric , son frèrç , aussitôt après qu'il l'eut massacré, et commença à régner l'an 491* Dès l'an 4.72 , il avait été tait palrice d'Occident par l'empereur Oly— Lrius, Toute la nation Bourguignonne embrassa l'Arianisme à l'exemple de son nouveau mciître. Gondebaud , la première ou la seconde année de son règne , pioiitant des troubles qui régnaient en Italie, par la guerre qi'.e se faisaient Odoacre et Théodoric , descend les Alpes , pille , ravage l'Einilie et la Ligurie , se rend maître de Turin , et repasse les mionts chargé ti'un biilin immense, et suivi d'une multitude innombrable de captifs. Au retour de cette expédition, l'an 49^> » il reçoit les ambassadeurs du roi Clovis , qui venaient lui demander Tlotilde , sa nièce , fille du roi Chilpéric, en mariage pour le roi , leur maitte. Il l'accorde, moins par inclination pour Clovis, que par la crainte d'encourir son ressentiment par un relus. Aredius, ministre de Gondebaud, était alors absent. A son retour , il blâma son maître d'avoir accordé sa nièce au roi des francs. Mais la princesse était déjà partie, conduite dans un de ces charriots qu'on nommait basternes , traîné par des hœufs. On prétend que, touché de repentir, Gondebaud fit courir après elle ; mais qu'ayant pris un chemin de détour , elle trompa ceux qui la poursuivaient, et leur échappa. Ce qui est certain , c'est qu'elle arriva , sans avoir été inquiétée sur la route , à VillLers , près de Troyes, où Clovis l'attendait. Peu de tems après , Gondebaud , pour s'attacher son frère Godégisèle , lui céda le territoire de Genève. Il est néanmoins douteux s'il ne s'y réserva pas le droit de souveraineté. Les Bourguignons cherchaient dès-lors à s'étendre au-delà des Alpes. L'an 494 1 ''s font une irruption en Italie d'où ils emmènent six mille captifs. Le roi Théodoric envoya saint Epiphane , évè(pie de Pavie , et Victor de Tunn, pour les redemander. Gondebaud consent à les rendre moyennant une modique somme dont- une partie fut acquittée par saint Avit, évêque de Vienne, tt une dame pieuse et riche de Lyon.
Les evéqncs de llourgogne avaient un grand zèle pour la conversion de Gondebaud. h'elant assembles, l'an 499 1 à Lyon , sous prétexte d'une solennité , ils supplièrent ce monarque de vouloir bien permettre qu'on tînt une conférence devant lui
DES ROJS DE BOVRGOG^-E. 365
avec les Ariens sur le dogaio caliiolique. Il l'nccorda ; le saint évêque de Vienne s'y distingua par son éloquence, et confondit Boniface, l'athlète des Ariens, par la force de ses raisonnements. Le roi lui-même en fut frappé ; mais la crainte de son peuple le retint et Tempêcha de rendre hommage à la vérité. (Spicil., tom. V. )
Godegisèle, gagné par Ciovis, se lie avec ce prince contre Gondebaud ; et, pour sceller cette alliance, il s'engage à payer tous Ifs ans, dès qu'il sera maître de la Bourgogne , un tribut à Ciovis, tel qu'il voudra lui imposer. Gondebaud, attaqué inopinément , se hâte de se mettre en état de défense. Mais , trahi par son frère, il est battu à Fleurel-sur-Ouche , près de Dijon , par Ciovis. De là il court se renfermer dans Avignon , où le vainqueur vient aussitôt l'assiéger. Le sage Arédius , son ministre, le tire d'embarras en traitant pour lui avec le monarque français aux mêmes conditions que l'avait fait Godegisèle. A^ant réussi de la sorte à faire sa paix avec Ciovis, il va surprendre son frère dans Vienne, qu'il avait été obligé de lui céder, et le punit de sa trahison en le faisant égorger. Tan 5oi , dans une église où il s'était réfugié. Tous les Bourguignons qui l'a-* valent suivi, et les sénateurs qui l'avaient reconnu, subissent le même sort. Cinq mille français que ( lovis , en s'en retournant , avait laissés à GodégisMe , sont épargnés et envovés à Toulouse au roi Aiaric , avec lequel Gondt'baud s'unit pour faire la guerre aux F'rançais. Mais, par l entromise des évèques que Gondebaud flattait de l'espoir de sa conversion , il fait une paix qu'il croit solide , avec Ciovis. Libre alors de toute crainte et tranquille dans ses états , il s'applique à y faire fleurir la justice et les lois. L'an boa, on publie à Lyon la fameuse ordonnance appelée du nom du législateur la loi^ombetlc. C'était à Amberieux, dans le Eugei, que Gondebaud l'avait fait rédiger dans une assemblée àiis grands du royaume. Tierile-deux comtes I.t souscrivirent. Elle est divisée en quatre-vingt-neuf titres , sans y comprendre les deux suppléments. Quoique insuffisante et même vicieuse en quelques articles , elle est regardée par l'auteur de VEspril des lois comme le meilleur code que les nations barbares eussent produit jusqu'alors. «' La loi de Gondebaud, dit-il, fut Irès- >» impartiale , et ne fut pas plus favorable aux Bourguignons » qvi'aux Romains. Il paraît par le prologue de cette loi qu'elle .» fut faite pour les Bourguignons, et qu'elle fut faite encore M pour régler les affaire qui pourraient naître entre les Romains >» et les Bourguignons ; et dans ce dernier cas., le tribunal fut » mi-parti. Cela était nécessaire pour des raisons particulières » tirées de l'arrangement politique de ces tems-là. Le droit j) romain subsista dans la Bourgogne pour régler les diffcrcuis
5SG cnnoN-OLOGiE historique
» que les Romains pourraient avoir entre eux. Cenx-ci n'eurenl » point de raison pour quitter leur loi , comme ils en eurent » dans le pays des Francs; d'autant mieux que la loi salique » n'était point établie en Bourgogne, comme il paraît par la i> fameuse lettre qu'Agobard écrit (i) ^ Louis le Débonnaire. » L'administration gratuite de la justice esi spécialement recommandée dans une préface qui suit le prologue de la loi gombette. On y condamne à mort les juges convaincus de quelque prévarication grave, et il leur est défendu de recevoir des présents sous quelque prétexte que ce soit. La peine de douze sous d'or y est imposée à ceux qui n'auraient pas décidé les procès qui étaient en état, après en avoir été requis trois fois, et celle de trente-six sous , lorsque par négligence ou par ignorance ils ne jugeraient pas selon les lois. La peine du talion avait lieu suivant un article conçu en ces termes : « Si l'on crève un œil à j> quelqu'un , que l'œil du coupable soit arraché ; mais si ce » malheur arrive par accident, on paiera soixante-dix sous à » un noble, cinquante sous à un bourgeois et trente-six sous » à un paysan. Un serf, qui aura frappé un homme libre , re— » cevra cent coups de fouet ; mais s'il commet un vol , il sera » puni de mort, et le maître paiera la chose volée. » Le vol d'un chien de chasse était puni d'une manière fort bizarre (2). C'était encore pis pour le vol d'un épervier. Celui qui l'avait commis était condamné à se laisser manger par cet oiseau six onces de chair sur l'estomac , ou à payer six sous de dédommagement et deux d'amende. On voit par-là que la chasse était alors un des principaux exercices de la noblesse en Bourgogne. Les amendes pécuniaires pouvaient s'évaluer en bestiaux ou en grains. 11 y avait aussi pour certains délits des peines corporelles sans distinction du Bourguignon et du Romain , à la différence de la loi salique qui mettait par-tout un caractère dislia* tif entre le vainqueur et le vaincu. La majorité pour les enfants
(i) Le clergé déclarait impie la loi qui permettait le duel judiciaire, tandis que le roi de Bourgogne regardait comme sacrilège celle qui e'tab'.issait le serment. Cette première loi fut cause tju'Ago— Lard, archevêque de Lyon, écrivit h Louis le Débonnaire pour faire abroger la loi gombette, et ordonner qu'en Bourgogne on jugeât les affaires par la loi salique cjui admettait la preuve par l'eau bouillante ou par le fer c'-iaud.
(2) S/ quis canem. ... prcpsumpserif inrolare , jubemus ut convi'rlus coram omni populo posieriora iosius osculetur , aut guinque soliiios l'/li eu jus canem involavit cogatur exsdeere y et mulclœ nomine solides duos.
DES ROIS DE BOUnoOGNf:. 3Gj
tlait fixée à quinze ans, et les filles étaient exclues du droit de succéder concurremment avec leurs frères.
Clovis , résolu de dépouiller Gondebaud , fait une ligue conlre lui avec Théodoric, roi des Ostrogolhs. Le Irailé portait qu'ils partageraient ensemble la Bourgogne , et qu'au cas que l'un des deux rois battît l'armée des Bourguignons avant que l'armée de l'autre arrivât , celui dont les soldats ne se seraient pas trouvés à l'action paierait une certaine somme, moyennant quoi ils partageraient les fruits de la victoire. Clovis se met le premier en campagne. Mais , ennuyé de la lenteur affectée des Ostrogolhs dans leur marche , il livre une bataille aux Bourguignons et la gagne. Les Ostrogolhs , à la nouvelle de cette victoire , se hâtent d'arriver. Clovis feint de recevoir leurs excuses, et consent à l'exécution du traité. Mais bientôt après s'étant retourné du côté de Gondebaud , il lui rend sa part de la Bourgogne, et contraint Théodoric à en faire autant de la sienne. Ayant par-là gagné le roi des Bourguignons, il s'allie avec lui pour envahir le royaume des Visigoths. L'an Soy , après la bataille de Vouillé, où périt Alaric, leur roi , Gondebaud se charge de soumettre la Gaule Narbonnaise , tandis que le monarque français est occupé à conquérir l'Aquitaine. Il prend Narloonne, l'an 5o8, après en avoir chassé Gésalic, et va mettre ensuite le siège devant Arles , qui fait la plus grande résistance. Clovis envole ïhierri , son fils , au secours des Bourguignons. Un ingénieur de la place invente une machine semblable à celle d'Archimède pour enlever et submerger dans le Pvhône les bateaux et les ponts volants des assiégeants. Les efforts i-edou- Ment de part et d'autre, et le siège dure l'espace d'un an et plus. Enfin Ibbas , général de Théodoric , étant survenu avec son armée , tombe sur le camp des alliés qu'il met en fuite ; après quoi il se rend maître de tout ce que les Bourguignons possédaient en Provence. Gondebaud, de retour en ses états, y passe dans un noble et actif repos le reste de ses jours, qu'il termina, l'an 5i6, à Genève, dans la vingt-cinquième année de son règne. , laissant deux fils , Sigismond et Godomar. Les anciens-auteufs comptent les années de son règne tantôt de la mort de son frère Chilpéric , tantôt de celle de Godégisèle.
SIGISMOND , V«. ROI DE Bourgogne.
5i6. Sigismond, fds aîné de Gondebaud , lui succéda l'an 5i6. D. Plancher prétend qu'il avait été associé au trône par son père, dès l'an 5i3 , ou au commencement de 5i4 ; mais M. Schœpflin le nie, avouant d'ailleurs que ce fut par l'ordre de Gondebaud que Sigismond lui succéda seul. 11 est vrai qu'il
§Ctî CHRONOLOGIE BISTORIQUE
est appelé roi , du vivant de son père, par saint A\it, Jor-* ïiandes, Marius de Lausanne, et d'autres. Mais il n'était pas extraordinaire aux auteurs de ce tems-là , suivant la remarque du P.Daniel , de donner le nom de roi aux enfants des rois. S'gismond fut nommé, comme son père, patrice de l'empire d'Occident, dans le département des (>aules. Ce prince eut le l)onheur d'être retiré de l'hérésie des Ariens par les instructions de saint Avit, qui ramena aussi à la foi catholique son fils Sigéric et une fdle qu'il avait eue d'OsTROUOTHE , sa première épouse, fille de Théodoric , roi d'Italie. L'an 5i8, il fit faire iKie nouvelle promulgation de la loi gombette, corrigée et iiiigmenlée. ( Bouquet, tom. IV, pag. ^55, n.) Procopia , dite aussi Co?:staînce , sa seconde femme , ayant pris en aversion Sîgéric qu'il avait eu du premier lit, l'accuse calomnieusemcnt de mauvais desseins contre lui. Le père, trop crédule , fait étrangler, l'an 522, ce fils innocent. Il n'eut pas plutôt commis ce crime , ([u'il fut touché d'un sincère repentir ; et pour en faire pénitence dans les larmes et les jeûnes , il se retira îlans le monastère d'Agaune (aujourd'iuii Saint-Maurice en Valais), qu'il avait réparé au commencement de son règne , ou , selon D. Bouquet, l'an 5i5. Ses sujets indignés se révoltent contre lui : les princes français , voulant venger la mort de Chilpéric, leur aïeul , contre la maison de Gondebaud , font la guerre à Sigismond ; il est défait et pris ou li\ré par les Bourguignons mêmes à Clodorair, roi d Orléans, avec sa femme et ses enfants, Gislahaire et Gondebaud, et conduit au lieu dit Campus rosaceiis (Rosières dans l'Orléanais.) Tout ceci se "passa l'an 523. L'année suivante, Clodomir , ayant appris que Godomar, frère de Sigismond, s'était fait déclarer roi de Bourgogne, se préparc à marcher contie lui : il fait tuer auparavant Sigismond, avec sa femme et ses enfants, dans le lieu nommé, par Grégoire de Tours, Coluraelle, aujourd'hui Saint-Simon, par contraction de Sigismond, et commande qu'on les jette dans un puits , qui est devenu célèbre dans la suite, par les miracles qu'il a plu à Dieu d'opérer par l'intercession de saint Sigismond. Ce prince avait régné environ sept ou huit ans depuis la mort de son père Gondebaud. La Chronique de Marius place la mort de Sigismond sous le consulat de Maxime , Tan 523; mais, selon d'autres mieux fondés, il fut tué Tan o-j-i^. Suavegote, sa fille, épousa Tliierrl, roi de Metz , en 522.
Sigismond rentra sous le joug de l'empire romain. Ses lettres à l'empereur Anastase, qui se rencontrent parmi celles de saint Avit, évé(p>e de Yienne , en font foi. Elles respirent la plus parfaite soumission. Il appelle Anastase son glorieux souverain : ^loriosissiino piiiiclpi nusiro , dant il reçoit les ordres, oledientîi»
JanUiIatum. Il se met au nombre de ses sujets, et déclare que c'esl pour sou service qu'il porle les armes. Nutuin est onnùbus ^ cehitudiaein i'eslra.n non impedimenta tcmporum , sed suiijr.cloruni cota meliri. Sub r.iijiis jiduriae securiluie aicjue lactilia , t^luriosis-' simo priiiapi nost/o , qui curpore absumus animu prucseiitumiir — Vestcr- quiderii est pupuliis meus , sed me plus scivire cubis cjuiim
ilU prœesse delectat ciim^ue geuiem nustrum oideamur regere ^
non a/iud nos quiim miUfes i^estrus crcditnus ordinari. (iiyo. ^o. ) Il semble que Sigismond en écrivant à ce prince oubliait qu'il èlait roi pour ne s occuper que des titres de maître de la milice et de pairice dont il était revêtu , et des obligations qu'ils imposaient, bien différent en cela des rois de France, qui n'acce[)iaient ces titres que comme diS inar(|ues d honneur ^ sans faire état des (onctions et des devoirs qu'on y ait:.chait.
GODOMAR, VJ<:. ROI de Bourgogne.
BaS. GoDOMAR, ou GoNDEMAR , 2^ fils de Gondebaud, commença de régner sous le consulat de Mixime , l'an ÔaS, peu de tems après que Sigismond eut été fait prisonnier par les Français. L'année suivante , Clodoniiimarclie contre lui , le rencontre à Véséronce, entre les villes de Vienne et de Bellai , et lui livre bataille. Godomar, se sentant trop faible ., emploie la ruse , tourne tout d'un coup le dos , au foi t de l'action, et s'enfuit. Clodomir le poursuit , tombe entre ses mains , et perd la vie avec la liberté. Les Bourguignons lui coupent la tcte, et la mettent au bout d'une lance pour insulter les Français. Depuis cette aimée 624, Godomar régna en paix l'espace de dix ans, selon D. Plancher, ^ans être attaijuè ni troublé par aucun des, rois i'oisins, c'est-à-dire jusqu'à l'an 534- ISeanmoius ^ .selon M. de Valois, cité par D. Bouquet^ Clutaire et Chiidebert firent une invasion en lîourgogne, l'an 002, s'en emparèrent, et partagèrent ce royaume entre eux après avoir mis en fuite Godomar. M. l'abbé du Bos croit que cette guerre commença l'an 532 et finit l'an 534, ^I^^ Tliierri , n'ayant pomt d'abord voulu accompagner ses frôres en 532 , se joignit à Chiidebert en 5.33, et qu'en conséquence son fils ïhéodebert partagea la lîourgogne avec ses oncles , l'an 534, api'és la mort de son père. Depuis cette guerre, que Clotaire et Chiidebert commencèrent par le siège d'Autun , Godomar disparut, et on n'entendit plus parler de lui. Quelques auteurs veulent qu'il ait été pris dans une bataille et enfermé dans une tour, où il mourut de dosespoir ; d'autres, qu'il se soit retiré en Espagne et ensuite ea Afrique. En lui finit l'ancien royaume de Bourgogne , après avoir subsisté environ cent vingt ans. Depuis ce tenis il fut- X. 4?
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tantôt divisé entre plusieurs rois des Français , tantôt réuni dân? la main d'un seul, et enfin partagé en deux ou trois portions, dont chacune porta le titre de royaume de Bourgogne. Mais pendant les vingt-sept ans qui suivirent le partage que les princes français tirent entre eux des états de Godoraar , c'està-dire depuis SMi- jusqu'en 56i , la Bourgogne fut sans titre de royaume et sans roi.
CONTRAN , LE PREMIER DE LA MAISON ROYALE DE FRANCE QUI AIT PRIS LE TITRE DE ROI DE BOURGOGNE.
56i. GoNTHAM , fils de Clotaire I, eut, dans le partage des états de son père, le royaume de Bourgogne , ou plutôt une partie de ce royaume ; savoir , ce qu'on appelle aujourd'hui le Duché, le Dauphiné , la Savoie et la moitié de la Provence. Gontran porta seul le titre de roi de Bourgogne ( quoicjue Sigebert, son frère, en possédât une grande partie) , et fit sa résidence tantôt à (^hàluns-sur-Saône , tantôt à Orléans. M. de Valois nie qu'il ait jamais résidé dans celte dernière ville. Mais que signifient donc ces paroles de Grégoire de Tours ? Dédit sors Ùiariberio regnum Childeberti sedemque hahere Parisils: Gwiframno oerù reunum Clodomeris ac teneie sedem Aurelianenscni .(\\v . 4, c. 22.) Sigebert ayant pris Arles sur Gontran, l'an 565 , celui-ci envoya le patrice (else avec une armée, qui prit Avignon , battit les troupes de Sigebert , et entra triomphant dans Arles.
Le patrice Amat , bourguignon , l'an 871 , marche contre les Lombards qui avaient fait une irruption en Provence; il «:st défait , et périt avec la plus grande partie de son armée. La même année , le patrice Mommole, fils <lu comte d'Auxerre, choisi par Gontran pour remplir la place d'Amat , bat les Lombards, et les fait presque tous passer au fil de l'épée , ou les prend prisonniers. Les Lombards, soutenus des Saxons, ayant fait une troisième irruption dans les états de Gontran , sont défaits par Mommole, l'an 672, de manière qu'il n'en retourna pas quarante en Italie. Malgré ce revers ils reviennent l'année suivante; mais à la vue de Mommole, ils sont saisis de frayeur, et achètent à prix d'argent la liberté de repasser les monts. La honte de cette retraite ignominieuse, loin de les décourager , leur servit d'aiguillon pour faire sur la Bourgogne une nouvelle tentative capable de rétablir la gloire de leurs armes. L'an 874 , suivant don Plancher , ou Syfcl , selon Pagi et viuratori, trois de leurs armées , conduites par trois ducs, Amo,Zaban et Bhodanus, pénètrent en même-tems par trois endroits différents dans ce royaume. Mommole, préparé à les recevoir, marche promptement contre elles, tandis qu'elles
DES r.OrS DE EOURGOG^IE. 87 1
commençaient à se rassembler , et les oblige à regagner, en diligence, leur pays. Depuis ce tems les Lombards, tant de fois battus par les Français, ne pensèrent plus à rien entreprendre sur le royaume de Eourg(>gne.
Gontran n'avait point de place maritime dans ses états, et sentait la nécessité d'en avoir une pour animer le commerce de ses sujets. En conséquence il demande à Chlldebert , son neveu, roi d'Austrasle , la moitié de la ville de Marseille. L'avant obtenue parle besoin que ' hildebert avait de se armes pour les opposer à celles de Chilpéric , il y envoie le patrice i)yname, dont l'humeur altière ne tarda pas à le brouiller avec l'évêque Théodore. Excédé par ses procédés insolents , le prélat se rend en Austrasie à la cour de Childebert , auquel il était attaché , pour implorer sa protection. Childebert délivré de la crainte de Chilpéric, par la paix qu'il venait de faire avec lui , fait partir le duc Gondulie pour reprendre la partie de Marseille qu'il avait cédée à Gontran. Gondulfe , étant arrivé devant Marseille avec l'évêque, en trouve les portes fermées; mais une perfidie les lui fit ouvrir. Ayant attiré Dyname dans une église voisine , sous prétexte d'une conférence amiable, il se saisit de sa personne, après avoir écarté ses gens , et l'oblige de prêter serment de fidélité à Childebert. Mais Gondulfe eut à peine repris la route d'Austrasle , que Dyname rentra dans Marseille et y rétablit l'autorité de son maître et la sienne. Pour se venger de Théodore, il le fit enlever et conduire au roi Gontran. L'évêque , s'étant justifié auprès de ce prince , fut renvoyé dans son diocèse, où il était haï de son clergé qu'il voulait réformer. {Grégor. Turon. , liv. 6, c. 11.)
l.es succès glorieux de Mommole le rendirent ingrat et perfide envers le roi Gontran , dont il quitta le service pour se retirer à la cour de Childebert. Là , s'étant concerté avec le général Didier et le duc Gontran-Boson , l'homme le plus fourbe et le plus dangereux de son tems , il se propose de faire revenir en France Gondovalde , fds prétendu de Clotalre , ou plus vraisemblablement son fils naturel , pour le placer sur le trône- de Bourgogne. La destinée de ce prince était d'être le jouet de la fortune et la victime des traîtres. Après avoir été caressé, trahi, persécuté dans les trois cours de France , il s'était sauvé en Italie, et dc-là avait passé à Constantinople , où il vivait tranquillement à la cour de l'empereur. Séduit par les invitations de Mommole et de ses complices , il s'embarque avec des richesses immenses, et arrive à Marseille, où l'évêque Théodore , trompé par des ordres supposés , le reçoit avec honneur. Gontran-Boson veut s'emparer de ses trésors; et, s'étant brouillé à ce sujet avec l'évêque, il le défère comme
eHRO>"OLOGIE IIISTORIOUE
t relire au roi Gonlran , qui le fnit arrêter, et bientôt après le relàclic. L'accusateur , justement suspecté du crime dont il accusait Théodore, tAche d'effacer ce soupçon en se tournant contre Mommole , fjui comuiand.Til pourChildebert à Marseille. Ayant vainement employé !a ruse pour perdre ce rival, il vient Tassiéger dans Marseille avec une armée cjue Gontran lui avait fournie ; mais la place est délivrée par des troupes cjue le roi d'Auslrasie envoya au secours de Mommole. Gondovalde, pillé et abandonné, demeurait cependant caché dans une île voisine <le la Provence. Son parti renaît , Tan 08 • , après la mort de Chilpérir, et, l'ayant tiré de sa rc!rai!e, le proclame roi dans Erivc- la- Gaillarde. Les avantages cpie ce prince remporte effraient également Gontran et Childebert. Ayant réuni leurs forces contre lui , ils l'obligent à s'aller renfermer dans ^ omîiiinges, où, trahi par Mommole, il est livré à ses ennemis, rpji le mettent à mort. Le traître reçut aussi la peine de sa perfidie ainsi que ses complises. N'ayant plus de concurrent en tête ni de traître à punir , Gontran et Childebert s'allient de nouveau pour venger Ingonde , .sœur du second, morte dans l'exil où Leuvigilde, roi des Visigolhs, son beau-père , l'avait envoyée après avoir fait mourir Hermenegilde , son époux. Mais l'armée qu'ils envoyent en Espagne est battue par Leuvigilde, qui, s'étant ensuite avancé a grande journées jusqu'aux bords du Rhône prit et pilla le château A^Ugernum^ aujoud'hui Eeaucaire, qu'il ne garda pas. Deux ans après , le roi des Visigoths. irrité du mauvais accueil que Gontran avait fait à trois ambassades (pi'il lui avait envoyées, revient dans la pro\ince d'Arles, qu'il ravagea , et reprend encore Ugernuni. {Gregor. Turon. liv. 8, c. 00. Joan Bîdar, chr, p. 107.)
Gontran mourut le 28 mars de l'an Sçp , dans la trenleiroisième année de son règne, et fut enterré dans léglise de Saint-Marcel, près de Chàlons-sur-Saune où il avait fait bâtir tui monastère. <f On trouve dans la vie de Gontran, tlit D. 5) Plancher, un mélaTige assez étonnant de bien et de mal. » Néanmoins le Martyrologe romain, et les autres tant anciens 5) que inoderîies , font mémoire de lui au jour de sa mort. » ( Voy. la Chion. In'sL des î'ois de France. )
CniI.DEBERT.
^cp. Childebert, fds de Sigebert , roi d'Austrasie et d'une grande partie de la haute Bourgogne, né en 569 ou S-jo , successeur de son père dans le royaume d'Austrasie en SyS , adopté par sou oncle le roi Gontran, et institué héritier de son royaume en Syy , déclaré majeur par le même en 585 , prit
DFS ROIS DE BOTIRGOGNE. 3j[i
possession de la roiirgngne en 5c)rj , et devint; ainsi maître et unique souverain de deux grands états. Mais il nVn jouit pas long tems , étant mort en 5i;6, Chiidebert ne porta point le titre de roi de Bouigogne, et posséda ce pays plutôt comme une province unie à la France que comme un royaume séparé. Il laissa deux fils, Tliéodebert , qui lui succéda au royaume d'Austrasie, et Thierri, ou Theodorie, qui eut le royaume de Bourgogne. (Voy. les rois de France aux articles de Gonlran et de Chiidebert. )
THEODORIC, ou THIERRI.
596. ThéodoPiIC , deuxième fds de Chiidebert, né Tan SSy, succéda , l'an .Sc)6 , à son père, dans le royaume de Bourgogne , à l'exception de la Provence marseillaise qui fut dans le partage de Theodebert , son frère. Chàlbns et Orléans furent comme les deux capitales où Théodoric fit alternativement son séjour. L'éducation de ce prince avait été confiée par Brunehaut, son aïeule , à Siagre , évêque d'Autun , et à Varnacaire , qui fut le premier maire du palais en Bourgogne. L'an 602, Brunehaut fait tuer le palrice Eglla pour s'emparer de ses biens. Il n'est pas aisé de déterminer qu'elles étaient les fonctions de cette dignité particulière au royaume de Bourgogne , à moins de dire cjue le patrice était comme le juge général et souverain auquel ressortissaienl les jugements particuliers des différents territoires. Car de confondre le patrice avec le maire du palais , c'est ce qu'on voit démenti par l'exemple de Varnacaire que nous venons de citer. Varnacaire mourut Tan 60 3 , et eut pour successeur dans le majorât Berlhoalde, qui fut tué l'année suivante , le jour de Noël , dans une bataille donnée près d'Etampes contre Mérovée fils de Clotaire II. Protade, gaulois de nation et créature de Brunehaut, remplaça Berthoalde, et n'eut pas un meilleur sort. Il fut mis à mort, l'an f'o5, près de Quiersi, par l'armée des Bourguignons , qu'il voulait forcer à se baltro contre celle d'Austraslc. Brunehaut venge sa mort sur Uncilène elle patrice Vulfe, dont lé premier est dépouillé de ses biens et mutile d'un pied . par ordre de ïhierri, et l'autre est mis à mort. Claude , successeur de Protade et gaulois comme lui , se fit aimer généralement par la sagesse de sa conduite ; il réussit dans toutes ses entreprises , et les affaires de Théodoric prospérèrent sous son gouvernement. On ignore l'année de sa mort, et l'on sait seulement que Garnior était maire du palais à la mort de Théodoric. Ce prince finit ses jours à Metz, l'an 6i3, et après lui, il n'y eut plus de roi de Bourgogne de la maison de Fniace , c'est-à-dire qu'aucuo prince ne porta le
litre de roi de Bourgogne, Le royaume de ce nom devint alors comme une province unie à la monarchie française , et fut même plusieurs fois démembré en diverses teras , et divisé entre différents princes. Le premier démembrement se fit à "Verdun, en 843 , par le partage que les fils de Louis le Débonnaire firent entre eux. Le second fut fait par Lolhaire , fils de Louis le Débonnaire, Tan 855, peu avant sa mort, lorsqu'il partagea lui-même ses états entre ses trois fils, Louis, Lolhaire et Charles. Le troisième se fit en 858 et 859 , par la cession que Lolhaire , roi d'Austrasie , fils de l'empereur Lolhaire , fit à ses deux frères, Louis, empereur et roi, d'Italie , et Charles, roi de Provence et de la Bourgogne Transjurane, qu'il sépara de la Bourgogne Cisjurane , appelée depuis comté de Bourgogne et Franche -Comté : il retint pour lui celle-ci ; et depuis , ces deux portions de la haute Bourgogne n'on point été eritièrement réunies. Enfin des débris de l'ancien royaume de Bourgogne se sont successivement formés trois royaumes ; celui de Provence, l'an 855; celui de la Bourgogne Transjurane , vers l'an 888 ; et celui d'Arles , composé des deux , vers l'an 930. Voyez Théodoric , ou Thierri II , parmi les rois de France.