‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 20 sur 277 · COMTES D'AMPURIAS · texte numérisé non relu

COMTES D'AMPURIAS

IWVWWt'VWVVVWWWWW

LiE comté d'AMPURiAS et de Per\lada ou de Pierrelate ; autrefois un des plus considérables de la Marche d'Espagne, borné à Test par la mer, au nord par les Pyrénées, qui le séparaient du comté de Roussillon, au couchant par le comté de? Bésalu, et au midi par le comté de Gironne. Les rivières qui Tarrosent sont la Miiga , la Fluvia ou le Fluvlan , et le Ter.

Ampurias, Empurice ^ ou Empon'um ^ l'ancienne capitale du pays, a été connue de Strabon. Parlant de cette ville, il dit : Urbs ea à Mussiliensibus condita , à Pyreiia distat et Hispuiuœ cum Gall'.a confiniu , ad stadia quadnngenta. Reg/'o iota lona eil , et bonos liaheL vorlus..,. habitaruni Emporlenses aiite însulam rjuarndam opposltain , quod nuiic çctus urbs dicitur : modo in continente degunf. Est autem in diias urbes divisa^ muro durto ^ cîim olint accolerait indigetnm quidam : qui etd sud uterentur rcipublirce Jornià , tnmen quo essent tuiiores , iisdem cum Grœr.is voluerunt includi mœnihus ^ muro tamen intiis ab eis distinct i.... In proximo Jiuoius lubitur, è Pyrena or tus ^ cujus ostio pro portu utuntur Em-~ porienses ^ etc.

Ampurias, dans son état florissant, avait quatre milles de circuit , et renfermait une population nombreuse. Elle fut érigée eu évèché vers le commencement du sixième siècle au plus tard. On voit Paul, évêque d' Ampurias, assister, l'an 5i6, au con-

* Cet article a été dressé sur les mémoires de M. Fossa.

■î^ CHRONOLOGIE HISTORIQUE

elle de Tarragone, l'année suivante à celui de Gironne, et l'an 5^7 au concile de Tolède. Casotius , ou Casonius, fut présent , l'an 540, au concile de Barcelonne, et l'an 5/^6 à celui de Lérida. Galanus, archi-prêtre d'Ampurlas , souscrivit, l'an %7 , pour Fructueux, évêque de la même ville, au concile de Tolède, Cet archi-prèlre étant monté sur le siège d'Ampurias, fut un des douze évêquesqui composèrent le concile de Saragosse, tenu sous la même époque. On voit encore Isaldus, évèquc d'Ampurias, au quatrième concile de Tolède-, Dieu -Donné, Donuml^eifVun de ses successeurs, au huitième de TanB+ti, el au neuvième de l'an 653; l'évêque Guidilitanus, ou Guadcla, cpii le remplaça , représenté au treizième par l'abbé Segarius, assista personnellement au seizième tenu en <î(S8.

La vdle d'Ampurias n'avait peut-être pas encore dégénéré de son premier état. Mais 1 invasion des Sarrasins la détériora considérablement dans le huitième siècle. Elle ne fut pas néanmoins tellement atténuée, qu'elle ne(le\iul par la suite la résidence d'un comte , dont le département avait une assez grande étendue. Mais ce n'est plus a\i)onnrhui, el depuis longtems , qu'un simple village ; et Castirllo est aujourd'hui le clieflieu du comté d'Ampurias.

M. de Taverner, mort évêque de (iironne en i^afi, dans son Histoire manuscrite des comtes d' \mpurias el de Péralada , observe que ce pays fut régi, jusqu'à (îaucelm inclusivement , par les mêmes comtes (|ueceux du P\oussillou. Nous trnuvoas cependant un prédécesseur de Gaucelm, qui parait n'avoir possédé que le comté d'Ampurias. C'est,

IRMINGARIUS.

Irmingarius fut un des huit comtes auxquels fut adressée l'ordonnance que Charlemagne rendit, le 4 des noues d'avril de l'an 813, en faveur des Espagnols, que la tjrannie des Sarrasins obligea de se réfugier en France, l-'année suivante, apprenant que ces infidèles venaient de piller Tile de Corse, il va les attendre à leur retour près de l'île de Majorque ; et étant tombé isiopinément sur leur flotte, il leur enlève huit vaisseaux, dans lesquels il fit plus de cinq cents prisonniers, suivant le témoignage d'Eginhart. {Ann., pag. a58 , aptid Duchêne. lom. ]I, Marca Hlsp., col. 297.) L'histoire ne parle plus d'inuingarius depuis cette expédition.

GAUCELM.

G.\UCF,LM joignit au comté de Roussillon celui d'Ampurias,'

BIS COMTES DAJîPURIASi 5i)

ôpros la mort d'irmingarius. Accusé d'avoir conspiré contre l'empereur Louis le Débonnaire, il fut tlëposé. se purgea, fut rPla!)li , et signala ensuite sa fidélité en défendant, avec les cOîTites Warin et Sunila, Châlons-sur-Saone, contre Lothaire, fils rebelle de ce prince. La place ayant été forcée, il fut pris et condamné par le vainqueur inhumain à perdre la tête en 884.

SLNIAIRE L

SuNiAiRE, comte de Roussillon , gouverna le comté d'Am-* pnrias jusqu'en ''S48 , comme on la prouvé ci - devant , y)ar un jugement rendu cette année en faveur de régiise de îiironne, ou il est dit : Sunario comile hic in Iinpurias civitaie. C'est à la prière de ce comte que Charles le Chauve accorda , vers l'an 8.io , un diplôme favorable à l'abbaye de Saint-André de Sureda, en Roussillm. {Blarca Hisp.y col. 'j^^-ï) D. Vaissète pense avec fondement que Suniaire fut successivement comte d'Ampurias, de Bésalu et de Roussillon.

ALÂRIC.

Al\ric avait été substitué, dès l'an 843, à Suniaire, quoique vivant, dans le comté d'Ampurias; car il est certain qu'il le possédait alors par le jugement rendu la même année contre lui, en faveur de l'évèque de Gironne, et par le délaissement qu'il fut en conséquence obligé de faire d'un fonds qa'il retenait injustement. (iMarca Hisp., col. 779 et se(/. ) M. de Taverner rapporte un autre jugement prononcé la même année contre Alaric, en faveur de l'abbé de Saint-Cyr de Colera, dans le comté d'Ampurias, monastère actuellement uni à celui de Bésalu. Hotrude, tille du comte Béra , se dit veuve du comte Alaric dans l'acte d'une vente qu'elle fit en 902, à Auiiol, son fils : (fuod tibi dimisit oir viens cundam Alaricus contes. {ISrlarca Hisp., col. 807.) Mais il paraît qa'Alaric avait été déposé , et ensuite rétabli.

Llobet, dans sa généalogie manuscrite des comtes d'Ampurias , prétend que le comte Alaric était fils de Bera , comte de Larcelonne , et frère de Villemont. Mais ses preuves ne sont pas convaincantes. On ne croit pas devoir placer ici, parmi les comtes d'Ampurias, d après Pujades, dans sa Chronique manuscrite des comtes d'Ampurias, le comte Bernard, dont il Cit fait mention dans le diplùme accorde par Charles le Chauve à Gondemar , évéque de Gironne, le 3 des ides de juin, indiction vil, la ive. année de son règne, 844 de J. C. ( Baluse, App. Capitul. , tome ,11, p. i45". ) <.e comte était Bernard , fuzule de Barcelonne et duc de Septiraanie, I\i. de Taveruer

5G ciîROîiroLor.iE itistoriqtje

sVst (également mépris, en identifiant le comte Ecrnar J , (dénommé dans la charte qu'on vient de citer, avec celui dont il esl parlé dans un plaid tenu , Tan 8-5, en Koussillon : In judicio Isemlierto misso , Bcrnardo romile. {^Ctipi/ul. , tom. II, p. i/^c) et se(), ) Ce comte , suivant la remarcjue de D. Vaissèle , était Bernard ill , marquis de Golhle.

SUjSIAIRE II.

Le comte Sutsiiaire , assisté du vicomte Pierre, tint, l'an 884, en la ville de Portus , au comte d'Ampurias , un plaid, t iuchant certaines terres, qu'Estermin, archi-prêtre de Gironne, revendiquait au nom de son église , comme dépendantes de la seigneurie d'Ulla qui lui appartenait, contre un certain André à bedarga, qui les retenait. Le possesseur soutenait que, conformément à la loi gotiiique et aux privilèges accordés par les rois de France , aux espagnols réfugiés dans leurs états , ses ancêtres avaient acquis les fonds dont il s'agissait, per apprïsiunem. Les juges ordonnèrent qu il serait placé des bornes entre ces fonds et la terre d'Ulla. (fialuzc, App. Capilul. ^ tom. H, pag. 101 1. ïaverner , ///i/. des comtes d' Ampurias.") Il est fait Kiention du comte Suniaire dans un autre plaid, tenu en i\oussillon , le 5 juin de la dix-huitième année du règne de Charles (le Simple) touchant la propriété d'un ténement, dans îe territoire d'Ehie , in adjacentia \nllœ très malos , que Daniel , avocat du vicomte Kichelmus , réclamait contre Recimir ad heneficium. Les témoins entendus dans l'enquête ordonnée à ce sujet , déposèrent avoir ouï dire et vu que Wademir , aïeul de R(-cimir, et son père Witigins, avaient possédé ce ténement , iid illuruni apprhioiierii injia hos /egitimos annos , jusqu'à ce- que le comte Suniaire en eut dépossédé Witigius par

violence , pour le tlonner en bénéfice à Tructerius : tidit

sud fortià et benefidiwil et/s ad homine siio quudam Tvncterîo. Le t 'tiement contesté fut adjugé à Recimir du chef de son aïeul, ( Cartid. Helcn. , fol. 12.1 , v". ) Il y a bien de l'apparence que Suniaire n'était plus alors vivant. Dans une vente faite par le comte Gauzhert et sa femme Trudegarde , le iv des nones de décembre de l'an troisième du règne de Raoul (925), Gauzhert se dit fds du comte Suninito : pro pâtre ineo Suniario comité, i^Arch. de l'abh. de Suint-Vierrc de Rodes.) Un autre monuin:^nt du IV des ides d'aviil , deuxième année après la mort dit Toi Charles, fils de Louis., et par conséquent l'an de Jésus- Christ 9^1 (et non pas 9^0, comme le niar(]ue dom Vaissète) atteste que le comte Suniaire avait pour épouse Ermemoarde. (^Curtul. Belen., fol. i6. Marca liisp. ^ col. 845.) De sou

DES COMTES d'aMPURIAS. Sy

'Bïiariage il laissa quatre fils, Bencion, Gauzbert, Almerade et Vadalde, évêques d'Elue, l'un après l'autre.

BENCION.

Bencion, fils aîné de Sunîaire II, et son successeur, fit donation de la terre de Palol à l'église d'Elne, le iv des nones de mars, dans la dix-neuvième année du règne de Charles, fils de Louis. [^Marca Hisp. , col. 84 1 , Cartiil. Helen. , fut. 3o.) Cette charte doit se rapporter à l'an de Jésus-Christ 916 , en comptant ici le commencement du règne de Charles le Simple, <lopuls la mort du roi Eudes. Elle appartient au contraire à l'an 919, en comptant les années du même règne, depuis l'an de Jésus-Christ 900, supputation usitée dans les actes de Septimanie et de la Marche d'Espagne. ( Vaissète, tom. II, note VI.) Ce fut pour le repos de l'ame de Ggtlaise, son épouse , que Bencion fit cette donation. Il est encore fait mention de cette comtesse dans une vente; faite par des particuliers, d'un fonds de terre, confinant, est-il dit dans l'acte, à un autre de la comtesse Gotlane ^ le VI des noncs de mai de l'an douzième du règne de Charles, fils de Louis (909. ) Ce qui prouve que Bencion, époux de Gotlane , élail dès-lors en jouissance du comté d'Ampurias , et par conséquent du vivant de son père. On ignore l'année de sa mort.

GAUZBERT.

Gauzbert, second fils de Sunîaire II, était comte d'Ampurias et marié avec Trudegarde, en 925, comme on l'a vu à l'article de son père. Il est même prouvé qu'il jouissait de ce comté dès l'an 922 , par l'acte d'une vente qu'il fit celte année avec la comtesse, son épouse, {Marca Hisp.., Append. , lit. Lxvii.') En 90 1 , il fit une donation à l'église d'Elne avec l'évêque Vadalde, son frère. {Ibid., tit.^ 1. xx. ) Pu jades, dans sa Chronique manuscrite, assure (1. Xlll, c. 5) que le comte Gauzbert rebâtit l'église de Saint-Martin d'Ampurias, et cite en preuve une inscription gravée sur la porte de ce temple , dans laquelle il est désigné comme fils de Sinerius ou Suniarius et dllermen— garde., et qualifié de héivs triomphant. Mais une nouvelle reconstruction de l'église a fait disparaître, dans ces derniers tems, Tinscription rapportée sous deux dates différentes par Pujades et M. de Taverner. Le même Pujades rapporte l'acte d'une vente faite au comte Gauzbert et à la comtesse Trudegarde, sa femme , la veille des calendes de décembre de l 'année xxrill de Charles (928 et non pas 927 de Jésus-Christ.) par un nommé X. H

Sergius, des terres que ce particulier possédait au lieu dît Argrlès : acte que Pujades déclare avoir extrait du tome II du gr.iiid livre des iiefs, conserve aux archives royales dcBarcelonne. U est encore parlé du même comte Gauzbert , dans l'acte de la consécration du monastère de Saint-Cyr de Coléra , daté des îdes de janvier , sixième année du règne de Raoul, (933 de Jésus-Christ , en commençant ce règne à la mort de Charles le Simple.) Indiction viii. Quœ autem omnia dédit GauzJjcrttis cornes pradicto munasterio. (^Archîv. de l'abbaye de Bésaht.) Oa n'a pas d'époque plus récente de l'existence de ce comte.

GAUFRED.

Gaufred ou Gausfred , dit aussi Guifred , était fds du comte Gauzbert , et devint son successeur, c'est ce qui résulte d'un jugement rendu long-lems après sa mort, en faveur de l'abbave de Saint-Pierre de Rodes, le vu des ides d'avril de l'année' treizième du règne de Henri ( io44 de Jésus-Christ.) Querelaverunt se ^ y est-il dit, coram principibus îllonim Pontio scih'rct etGaiisfredo... . delllis hominibus qui injuste possident vineas ft terras ubi résident ^ quod Gausjredus cornes avus K^ester et Gauccùerfuspaterejus dédit ad prœlibatum cœnobium^ etc. {^Marca Hisp. , col. io85, tit. CCXXF.) Il est fait mention de ce comte dans un dii)lôme accordé au même monastère par le roi Louis d'Outremer, la huitième année de son règne (94^ de Jésus-Christ.) Consentieniibus Seniufredo Marchione atque Gofridu corrnte. (^Ibid. y col. b55. ) Dans un autre diplôme du même prince, de l'an gSS, accordé à la même abbaye, il est dit que le comte Gausfred dominait 5ur l'Ampourdan : Quamdarn piscationem et consensu et volunlalc Gosfredi illustris comitis ex cuj'us comitatu esse vide-

latur largiri in perpetuum dignaremur, etc. (^Ibid. , col. Sjo.)

Sunegilde, le "Vll des ides de juin de l'année dix du même règne, vendit à Yadalde, évêque d'Elne , divers fonds attenants à d'autres du comte Gaufied : in terra de Gothofredo comité , etc. ( Cartul. Ilelen., fui. JoG.) Gaufred, en 974? ^'t plusieurs dons ai monastère de Rodes , avec Suniarius , evcque d'Elne , son iils, {Marca Hisp., col. 90^.) Ce prélat, dans le don qu'il ht à l'abbaye de la Grasse , de la terre de Kanouas, en Roussillon et des dîmes avec les prémices, dit qu'il les tenait du comte Gausfred , son père , et de la comtesse A\E , sa mère : de Gaus/redo comité pâtre suo et de matre sua nomine Ai?a. ( Hist. de Lang., tom. II, pr. pag. 197.)

Le comte Gausfred intervint dans l'acte de la consécration de Téglise de Saint-Martin de Bautices , faite le i4 des calendes 1^ décembre 94^ , par Ermcngaud , archevêque de Narbonne ,

DES COMTES d'aMPURIAS. Sg

assisté d'autres prélats , et prit en signant la qualité Je comte , par la grâce de Dieu , d'Ampurias , de Pierrelate , cl de l\oussillon : Gaufredus gratui Dei cornes Impuriianus ^ Petralulensis et Rossiiionensîs. ( Taverner , Hist. des C d'Amp.) Gaufred était bien auprès du roi Lothaire. On le voit par le don que ce monarque lui fit en 981 , des territoires de CoUioure et de Bagnols, alors incultes. {Marca H/sp. , col. 9^5,) Dans un diplôme qu'il obtint la même année, pour le monastère de Saint-Genlés de Fontaines , il est qualifié dux Rossi/iunensis. {ILid. , col. 900. ) Son épouse le précéda au tombeau. On voit, en effet, que le IV des calendes de mars de la septième année de Lotbaire (961 de Jésus-Clirist. ) les exécuteurs testamentaires de cette comtesse, cédèrent à Feglise d'Elne, des fonds situés en Roussillon , qu'elle avait légués en mourant à cette église. ( Cartiil. Helen. ^ fol, 3i(S. ) Gaufred termina sa carrière l'an qr^i au plus tard. Nous voyons , en effet , que cette année , quatrième du règne de Hugues Capet, le 2 des calendes de mars, la comtesse Guisle , sa bru, et ses autres exécuteurs testamentaires , cédèrent à l'église d'Elne un alleu situé au territoire de Cabanes, dans la seigneurie de Pierrelate, et un autre, au comté de Koussillon. {^Cartul. Helen.^ Le comte Gaufred en mourant , fit le partage de ses états entre ses deux fils , Hugues et Guilabert. ( ïaverner. )

Page 1