‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 19 sur 277 · DON PÈDRE · texte numérisé non relu

DON PÈDRE

i25i. Don Pèdre , second fds de don Jayme I"^'. , roi d'Aragon , eut dans le partage que son père fit , au commencement de l'an i25i , île ses états, entre ses enfants, les comtés de Barcelonne, de Tarragone, de Vic-d'Ausonne, de Ronssillon et de Cerdagne. En conséquense les seigneurs de Catalogne lui prêtèrent serment le 26 mars de la même année ( Zurita , Ann. d'ylrag.^ liv. o, c. 4*^') Les seigneurs de Ronssillon et de Cerdagne suivirent cet exemple, et s'acquittèrent de leur serment dans la ville de Perpignan. ( Bosch , fit. dehonor , liv. 2 , c. 27. ) On y conserve un diplôme de l'infant don Pèdre , daté du 8 octobre lafii , par lequel il ordonne qu'on usera de la monnaie de Barcelonne dans ses domaines. ( JLiV. i^crt. , min. fol. 01 \°. ) Don Pèdre ne prend pas dans cet acte le titre de comte de Ronssillon , mais seulement la qualité de fils du roi et d'héritier présomptif de la Catalogne, lllustris régis Aragoniiln filius et hœrcs Cataloniœ II ne se qualifie pas autrement dans son contrat de mariage avec ConstaJ^ce , fille de Mainfroi, roi de Sicile , fait à Montpellier , et daté des ides de juin 12G2; acte par lequel il assigne pour douaire à cette princesse la ville de Giroune avec tous les revenus qui en dépendaient et celle de Collioure en Roussillon. ( Vaissète , tom. III, /?r. pag. 556.)

L'infant don Alfonse , fils aine du roi d'Aragon, étant mort l'an 1260, le roi don Jayme fit, le 12 des calendes de septembre 12G2 , un nouveau partage de ses états entre ses enfants. Par celui-ci, qu'il confirma dans son testament du 7 des calendes de septembre 1272, don Jayme , son second fils, eut, avec le royaume de Majorque, le comté de Roussillon, la seigneurie de Montpellier , et tout ce que le roi d'Aragon possédait en France. (Voyez la chronologie des rois rJirédens de Majorque^ )

Le Roussillon et la Cerdagne étaient alors affranchis de la suzeraineté de la France par le traité de Corbeil , conclu, le 1 1 mai 1258 , entre le roi saint Louis et don Jayme 1='., roi d'Aragon. Tel est le précis en substance de cet important traité: 1*^. , le monarque français céda au roi d'Aragon tous les droits qu'il avait sur les comtés de Barcelonne, d'Urgel , de Bésalu , de Roussillon, d'Ampurias , de Confiant , de Gironne , et d'Ausonne. 2°., don Jayme céda en échange au roi de France X. 7

5o f^IIROKDLOGIE HISTORIQUE

lousles droits qu'il prétendait sur le Carcassez , le Raso/ , Is I auraquais, le Termenois, la vicomte de Béziers, le Mcnerbois, i'Agatiais, le Rouergue , le Querci , le duché de Narbonne , le Fenouillède, le pays de Sault , celui de Pierre-Pertuse , les vicomtes de Milliaud et de Gévaudan , etc. 3°., Jayme céda de plus à J^ouis tous les droits qui pouvaient lui compéter sur le comté de Toulouse , l'Agénois , le Venaissin , et tous les autres domaines qui avaient appartenu au dernier Raymond , comte de Toulouse. Toutes ces prétentions du roi d'Aragon n'étaient pas égalemerjt fondées. Mais il est certain qu'il avait des droits réels de suzeraineté sur le Carcassez , le Rasez , le Termenois et le pays de Sault ; qu il avait le domaine utile des pays de Feîiouillède et de Pierre-Pertuse, et que, pour les comtés de Williaud et de Gévaudan , il était en droit de les retirer en p;iyant le prix pour lequel le roi don Pèdre , son père , avait engagé ces deux comtés, l'an 1204, à Raymond VI, comte de Toulouse. ( Voy. les comtes de Toulouse.)

Les rois chrétiens de Majorque, de la maison d'Aragon, jouissaient , depuis quatre-vingt-deux ans, des comtés de Roussillon et de Cerdagne, lorsque don Pèdre IV^ roi d'Aragon, les confisqua sur le roi don Jayme 11, pour cause prétendue de félonie, et les unit à ses états par une pragmatique-sanction du 2g mars i344- Pour rendre inviolable et perpétuelle cette vmion , il déclara par le même acte que , si lui ou ses successeurs s'avisaient d'y donner atteifite, il autorisait les princes du sang et ses autres sujets à prendre les armes pour la maintenir. Tant de précaution n'avait pour objet que de mettre des obstacles insurmontables à la restitution des états du roi de Majorque. ( Arcliw. du Uom. de Perpignan., lib. stiloz,., fol. aS et ser/.) Don Pèdre, par lettrespatentes datées de Barcelonne le 28 juin 1.H68 , donna en apanage à l'infant don Juan, son fds aîné, duc de Gironne, tous les revenus et droits royaux des comtés de Roussdlon et de Cerdagne , à l'exception de Thotel des monnaies , du droit d'amortissement, et des terres données à la reine dona Eléonore et à l'infante dona Constance. Il accorda de plus à l'infant apanage le droit de changer tous les officiers royaux desdits comtés, n'exceptant que le gouverneur général et ses assesseurs. (^Ibid, Reg. pragm. fol. 99. )

Par une ordonnance rendue le l=^ juillet iSya, l'infant don Juan enjoignit à son lieutenant, dans les comtés de Roussillon ft de Cerdagne, aux vlguiers, et autres officiers royaux, et les siens , de faire observer les style et usages de ces pays , nonobstant les lettres surprises au roi, son père, le 4 mars précédent, par l'evi^-que d'Iilne. ( Ibid. stiioz , fui. 5o v°. )

Les affaires du prince apanage n'étaient pas absolument nettes.

DES COMTES DE ROrSSILLON ET DF, CERDÂGNE. Bl

ï.es traits suivants semblent le prouver. Le 20 octobre i38i , il vendit en franc-alleu, du consenlement du roi , son père, la baronnie de Montesquieu en Roussillon, avec.les justices et toutes ses dépendances , à Barthelmi Gazi. ( Ihid. regist. 1 3 , fol. 1 2.^ et secf, ) , et le lendemain il aliéna audit Barthelmi , pareillement en fianc-alleu , mais à faculté de rachat , les châteaux et villes de Thuiret du Boulon. {Archw. de Barre/onne.) Le roi don Pèdre, son père, étant décédé le 5 janvier 1887 , il lui succéda, et par là son apanage fut réuni à la couronne d'Aragon.

L'an 1 462, don Juan II , roi d'Aragon . ayant besoin de secours conlre les ISavarrois et les Catalans révoltés, céda, par engagement , au roi de France , Louis XI , après une entrevue (ju'il eut avec lui , entre Mauléon et Sauveterre, les comtés de lioussillon et de Cerdagne pour la somme de 200 mille écus, à laquelle était évalué Tentretien de sept cents lances, que le monarque français s'était obligé de lui fournir. Mais don Juan, étant venu à bout de rétablir la tranquillité dans ses états , entreprit de recouvrer le Roussillon et la Cerdagne. Les habitants de Perpignan et d'Elne, qui l'avaient appelé , lui ouvrirent leurs portes l'an 147^? après avoir massacré les garnisons françaises; mais il se vit bientôt enfermé dans Perpignan par une armée de trente mille français, et il était menacé d'y perdre la vie ou la liberté, si Ferdinand, son fils, retenu par de grands intérêts en Castille, n'eût préféré l'honneur de sauver son père à la gloire d'acquérir une couronne. Il vole en Aragon, rassemble toute la noblesse, et vient dégager Perpignan, qui fut assiégé une seconde fois avec aussi peu de succès. Don Juan fait une trêve avec Louis XI , qui promet d'évacuer le Roussillon et la Cerdagne aux conditions qui seraient réglées par ses ministres et les ambassadeurs d'Aragon. Don Juan fait partir, l'an i474i ses ambassadeurs, pour aller conclure le traité définitif avec le roi de France. Mais ce monarque, prévenu de leur arrivée, fuyait devant eux. Ne l'ayant point trouvé à Paris, ils vont le chercher à Senlis, et ensuite à Lyon, où ils le virent enfin, après avoir été retenus plus d'une fois dans leur route sous divers prétextes. Louis, dans les réponses qu'il leur fait, persiste toujours à demander la restitution des sommes pour lesquelles le Roussillon et la Cerdagne lui avaient été engagés. On se sépare sans rien terminer. La guerre recommence avec vivacité dans le Roussillon. Nouveau siège de Perpignan, formé parles Français^ C'était un bourgeois noble de Perpignan, nommé Jean Blanc, qui, se trouvant alors premier consul, était chargé de défendre la place. Son fils unique ayant été pris dans une sortie, les généraux ennemis lui firent dire que, s'il ne rendait la place, ils le feraient massacrer à ses yeux, Sa réponse fut que sa iï-là-

52 rnBON. HisT. des comtes de roussillon , etc.

lité, poursotj rnaitre, était supérieure à sa tendresse pour son fils; et que, sil leur manquait des armes pour lui ôter la vie, il leur enverrait son propre poignard. Jean Blanc, par cette générosité, perdit son fds. H continua de défeiidre encore la place l'espace de huit mois, et ne la rendit , Tan 147^» qu'avec la permission expresse du roi. On soufirit dans ce siège tout ce q>ie la faim à le plus cruel ; e» la défense (|ue firent les assiégés en immortalisant leur chef, mérita à la ville le titre de très-Jidèh. Le roi d'Aragon , hors d'étal de défendre le Roussillon à cause des guerres intestines que se faisaient plusieurs seigneurs de ses états, conclut une trêve avec Louis XI, qui n en avait nas moins besoin pour sout(>nir la guerre qu'il avait avec le duc de Bourgogne. Les Français étant rentrés , l'an 147^) , dans le Rou>sillon, y font de nouvelles conquêtes. L'an 1492, Ferdinand^ roi d'Aragon, demande avec menaces la restitution de celte province et de la Cerdogne. Le roi Chailes VllI , tout occupé du projet de faire valoir ses droits sur le royaume de îSaples, prend le parti de s'accommoder avec ce prince, afin de n'avoir point d'ennemis qui retardassent l'expédition qu'il me-, ditait. Les plénipotentiaires français s'élant donc assemblés au mois de janvier de l'année suivante avec ceux d'Aragon , à F'iguières en Catalogne, y conclurent un traité, par lequel ils rendirent, sans dédommagement au roi d'Aragon, les deux comiés qu'il répétait. On accuse (peut-être sans fondement), Olivier iSlalUard , confesseur de Charles, d'avoir suggéré à son pénitent celte restitution, à Tappât d'une somme considérable que les Espagnols lui offrirent. La France regretta cet abandon. L'rn 1542 , le roi François I entreprit de faire rentrer le houssillon sous son obéissance ; mais il échoua dans ce projet. Louis XIII fut plus heureux. La guerre qu'il fit en Roussillon commença l'an i63c). Pencfant le cours d'environ quatre années qu'elle dura, toutes les places de cette province furent successivement réduites, et la conquête fut achevée, l'an 1642 , par la prise de Perpignan, qui capitula le 29 août, après une vigou-^ reuse résistance , et par celle du château de Salces qui se rendit six jours après. Le traité des Pyrénées, en i6og, confirma la France dans la possession du Roussillon.

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