‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 274 sur 277 · PIERRE DE BOURBON · texte numérisé non relu

PIERRE DE BOURBON

Pierre , quatrième fils de Charles , duc de Bourbon , et d'iiguès de Bourgogne, né au mois de novembre i4-59 ? appela

DES SIRES OU BARONS DE BEAUJOLAIS. Sig

clu vivant de son. père , le sire de Seau jeu , pour le distinguer de ses frères , réalisa ce titre en 147^ , par accord fait avec le duc Chailes 11 , son frère aîné , qui lui céda en apanage le Beaujolais avec le comté de Clermont. il avait ou l'avantage, dès qu'il parut à la cour , de captiver la bienvelliance et l'estime du roi Louis XI , par la douceur de son caractère et la sagesse de sa conduite. Ce monarque , irrité des révoltes fré(juentes de Jean V , comte d'Armagnac, envoya , l'an 1472 , le sire de Beau jeu pour le réduire. Pierre, ayant assiégé le comte dans Lectoure , l'obligea, le i5 juin de la même année, à capituler. Mais s'étant laissé depuis engager à licencier son armée, il fut la dupe de sa crédulité , et eut le chagrin de se voir arrêter prisonnier le i5 octobre suivant. On a rendu compte plus haut de l'atireuse vengeance que Louis XI tira de cette perfidie,

Pierre de Bourbon avait été fiancé, l'an i464i avec Marie, fille de Charles 1 , duc d'Orléans. Louis XI , voulant l'avoir pour son gendre , rompit celte alliance , et lui fit épouser , Van 1474 1 Anne, sa fille aînée, âgée pour lors de quinze ans (i), princesse dont les grâces extérieures étaient relevées par des qualités plus réelles , qui Televaient au - dessus de son sexe. Mais en lui faisant cet honneur , il ne craignit pas de lui faire commettre une injustice manifeste , en exigeant de lui un consentement par écrit, à la réunion de tous les domaines de la maison de Bourbon à la couronne , au cas qu'il mourût sans enfants mâles de Madame. (C'est ainsi qu'on nommait la prin-^ cesse Anne.) Le sire de Beaujeu par-là donnait atteinte aux droits de la maison de Montpensier , à laquelle ces biens étaient substitués. Il le sentit lui - même , et crut devoir ajouter à sa signature ce correctif: En tant qu'il peut toucher audit futur époux pour le présent el l 'avenir.

Le roi. Tannée suivante , mit sa complaisance à une épreuve délicate , en l'envoyant avec une armée pour réduire le duc de Nemours , Jacques d'Armagnac , qui , retranché dans son château de Cariât, en Auvergne , bravait de-là l'autorité souveraine, contre laquelle il s'était souvent révolté. On a raconté plus

(1) Celte princesse, dès sa naissance (l'ani46o), avait été fiance'e avec Nicolas d'Anjou-Calabre , marquis de Pont-à-Mousson, fils de René 11, duc de Lorraine. Mais ce mariage ne se fit point, le duc René s'étant rendu aux Invitations de Charles, duc de Bourgogne, qui lui •ffralt sa fille pour le prince Nicolas, son fils; mariage qui manqua de inême. le duc de Lorraine étant mort, l'an i47^> pendant qu'on faisait les préparatifs pour raccomplir.

S?Ô . CHR0^'OLOGTE HISTORIQUE

haut comment le duc , après une courte résistance^ se rendit , sous la condition acceptée qu'il aurait la vie sauve , et le désaveu que le roi donna à son gendre , en faisant condamner à mort le duc , par un arrêt du lo juillet 1477 , précédé d'une procédure qui dura près de deux ans. C'est avec justice qu'on a reproché au sire de Beaujeu , d'avoir consenti à présider au tribunal qui condamna le duc, et davoir souffert que le jugement fût rendu en son nom , quoiqu'il n'eût fait que recueillir 4es voix, sans y joindre la sienne. Cette déférence houleuse pour les volontés d'un monarque absolu ne fut pas sans récompense. Louis XI , par lettres du mois de septembre de la même année, fit don à son gendre du comté de la Marthe et de la seigneurie de Montaigut , en Combrailles, qui faisaient partie de la dépouille du duc exécuté. ( F"o/. Pierre , comtedela Marche. ) Le sire de Beaujeu depuis ce tems marcha toujours de prospérité en prospérité: richesses, honneurs, commandements, tout lui fut

firodigué, et il fut mcme déclaré chef des conseils. Le roi, 'an 1481 , lui donna la seigneurie de Gien avec la vicomte de Châlelleraud. Ce mona? que l'honora , l'année suivante, d'une marque éclatante de sa confiance , en le chargeant de l'éducation du dauphin. Le jeune prince , abandonné à lui-même , aux jeux, à la dissipation, à l'oisiveté, dans le château d Amboise, entrait alors dans sa treizième année , et ne savait encore ni lire ni écrire. « C'était au sage Beaujeu , dit M. Désormaux , à » réparer les suites d'une négligence ou d'une politique si cri- » minelle. Malgré ses soins paternels , ajoute cet historien , il » ne put jamais inculquer au dauphin les connaissances utiles, » qui souvent suppléent à l'esprit et aux lumières naturelles; » mais il fut dédommagé de §es travaux parle succès avec lequel j> il cultiva , dans le cœur de son auguste pupille , les semences » précieuses de bonté, de justice , de franchise, de bienfai- » sancc , de courage et de grandeur d'âme, qu'il avait reçues y> de la nature. »

Le dernier gage et le plus précieux que Louis XI donna de son affection et de son estime au sire de Beaujeu, fut de lui confier, ou de lui continuer par son testament , et à la princesse Son épouse , le gouvernement du roi Charles "VIII , son fils. On a raconté ci devant l'opposition qu'ils éprouvèrent sur cet article tie la part de Louis , duc d'Orléans , premier prince du sang , et la victoire qu'ils lemporlèrent sur lui aux états de Tours, en 14^4 ■) P^r l'acquiescement de cette assemblée aux dernières volontés du feu roi. Ce fut la dame de Beaujeu qui joua le principal rôle dans l'administration de Tetat ; et l'événement fil voir que cet emploi ne pouvait tomber en meilleures mains. Elle

DES SIRES OU BARONS i)E BEAUJOLAIS. Sa!

déploya dans les conjectures les plus crUiques une âme forte j triompha des cabales les plus redoutables que son rival forma contre elle, et vint à bout de l'enfermer dans la tour de Bourges , Van i488, après la victoire remportée sur lui à Saint- Aubin-du-Cormier. Les divers états virent prisonnier, sans en être émus, l'héritier présomptif du trône, tant la princesse, avait su leur faire e;oûter son gouvernement. Elle avait débuté ipar un acte de bienfaisance et de justice , bien propre à lui concilier l'amour des peuples : ce fut de faire ouvrir les cachots où gémissait un grand nombre de victimes des soupçons et de la jalousie du feu roi. Toute sa conduite dans le maniement des affaires fut soutenue, et l'histoire a très-peu de fautes à lui reprocher.

Jean II , duc de Bourbon , étant mort le i". avril 1488, le cardinal Charles de Bourbon , son frère , qui le suivait immédiatement dans l'ordre de la naissance, prétendit succéder au duché de Bourbon , et en prit le titre , en vertu du droit d'aînesse ; mais la dame de Beaujau , sa belle-sœur, se saisit de Moulins et des principales places du duché , au nom de Pierre , son époux , et traita avec le cardinal , qui se contenta du revenu du Beaujolais , et de vingt mille livres de pension. Il n'en jouit que cinq mois, étant mort à Lyon le i3 septembre 1488. Le duc Pierre , son frère , acquit le i3 décembre suivant, de Guillaume, seigneur de Yergl , la baronnie et ville de Bourbon-Lanci , pour la somme de douze mille écus d'or. Il mourut à Moulins, le 8 octobre iSo3, et fut inhumé dans la chapelle neuve du prieuré de Souvigni , ne laissant de son mariage qu'une fille , qui suit. La duchesse , sa femme , lui survécut jtisqu'au 14 novembre 1622, époque* de sa mort, arrivée au château de Chantel sur les confins du Bourbonnais et de l'i\uvergne. Elle fut inhumée auprès de son mari , le 4 décembre suivant. ( Voy. Pierre H , duc de Bourbon. )

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