‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 3 sur 277 · DES SEIGÎÎEURÇ DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

DES SEIGÎÎEURÇ DE MONTPELLIER

devint seigneur de Montpellier après la mort de son père. Il était marié dès l'an io56 avec Ermengarde , fille de Haymond I'=^ , comte de Melgueil. Il est surnommé fils de Béliarcle dans un acte par lequel Berenger, fils de Guldinel , après avoir reçu son hommage pour le château du Pouget, promet qu'il ne touchera point à cette place, et qu'il n'y enverra ni hommf; ni femme , sinon lorsqu'il en sera requis par le propriétaire

Sour le défendre en cas d'attaque. I^a charte est datée du règne e Henri et de Philippe, son fils, ce qui revient à l'an loScj. Celte même année , il reçut le serment du possesseur du château de Saint-Pons de Mauxchiers, qui relevait de lui. Nous n'avons pas d'autre époque de sa vie dont l'abbé d'Aigrefeuille place le terme vers l'an io8S. En mourant il laissa un fils qui suit. Il paraît, dit D. Vaissète , qu'Ermengarde , sa veuve, se remaria avec Raymond d'Anduse; ce qui dut arriver Irès-peu de tems après la mort de son premier époux.

GUILLAUME IV ou V.

io85 ou environ. Guillaume IV, surnommé fils d'Ermen* garde pour le distinguer des autres seigneurs de Montpellier du même nom que lui, fut quelque tems sous la tutelle de Béliarde, son aïeule. Devenu majeur , il tyrannisa les églises et le clergé de ses terres , dont il usurpa les nominations et la plus

f;rande partie des revenus. Godefroi , évêque de Maguclone , e cita pour ce sujet à une assemblée de prélats et de seigneurs laïques, où il fut condamné à perdre le fief qu'il tenait de l'église de Maguelone. Frappé de cette sentence que les juges étaient disposés à faire exécuter à main forte , il travailla a regagner, par ses soumissions, les bonnes grâces de son évéque et n'eut pas de peine à y réussir, Godefroi, qui n'avait eu envie que de le corriger , lui rendit son fief, après avoir exigi^ de lui une reconnaissance par laquelle il renonçait à toutes les usurpations qu'il avait faites, et promettait de ne plus exeic«r de juridiction sur les églises ni sur les clercs. Cet acte , dont Verdale met la date en 1090, prouve que Montpellier était alors entouré de murs et de fossés ; car il y est dit que l'évêqua a cédé à Guillaume tout ce que Pierre Licas possédait iujrà vallatos et foris muros de Montpeslier ; à quoi le prélat ajoutait le tiers des nouveaux édifices faits et à faire à Montpellieret : ierliani partem novorum œdificiorum qiiœ facta sunt oel evunt in Montepesliereto. Guillaume était en différent vers le mêniti te^us, avec Pierre , comte de Melgueil , touchant certain»^^ droits que lui contestait ce dernier. Ils terminèrent peu de tems après la querelle à l'amiable , et le sceau de cet accommode.^

ment fut la main cI'Ermessinde, fille du comte, que Guiî- Jaume épousa. L'an iog5 , le pape Urbain II étant arrivé à Maguclohe, Guillaume alla l'y recevoir avec la noblesse du pays. 11 y fut présent à la bénédiction solennelle que le pape fit de cette île et à l'indulgence qu'il accorda en cette cérémonie à tous ceux qui y étaient ou seraient par la suite inhumés. De là il amena le saint père à Montpellier où il le traita magnifiquement. 11 partit l'année suivante pour la croisade à la suite de Raymond de Saint-G illes , comte de Toulouse , après avoir fait donation de tous ses biens à l'église de Maguelone au cas qu'il mourût sans enfants. Guillaume fut un de ceux qui acquirent le plus de gloire dans cette expédition. Sa valeur se montra principalement au siège d'Aiitloche, A celui de Marra, qui fut entrepris au mois de novembre de la même année ioc)8 , par le comte de Toulouse , il eut la direction d'une machine nouvelle ■qui opéra la prise de la place le 1 1 du mois suivant. De retour €n 1 102 , il passa , au mois de janvier de l'année suivante , avec Raymond- Guillaume , évêque de Nismes, et Bernard-Guil^r laume , frère de ce prélat , un accord par lequel il donna en fief pour eux et pour les descendants du second la oiguerie et la haillie de Montpellier , avec un château et un domaine considérable, à certaines conditions. Le viguier était le vicaire ou lieutenant du seigneur de Montpellier , et avait après lui la principale autorité dans la ville (i). L'an i io5 , à la nouvelle de

(i) « L'accord fait , l'an 1090, entre l'evéque Godefroi ft Guillaume, seigneur de iVîontpellier , nous donne l'origine des dlfle'renles justices de Montpellier , qu'on distino;uait anciennement en trois , savoir : en rcctorie , en seigneurie ou ùaiflie, et en baronnie. La première s'e'tendait sur les deux parties de Montpellier. L'évêque Godefroî se la réserva par l'accord dont il s'agit, et y fit administrer la justice

par un viguier, qui , dans la suite, prit le nom de recteur Elle fut

aussi appelée part-anii]ue , parce que ce fut la première réunie à la couronne. La seconde , dont les seigneurs de Montpellier ■ taient maîtres, comprenait toute cette ancienne ville, avec le tiers de Montpellieret , et s'appelait la baiîlie^ à cause que le chef de la justice des seigneurs de Montpellier prenait le titre de ba'lîi. Enfin, la justce de la Laronnia s'étendait sur tout le reste du domaine de ces seigneurs, situé hors de la ville et dans le diocèse , et dont Frontignan ét;)it le chef-lieu. En iaq3 , le roi Philippe le Bel acquit, par échange, la parf-antiyuc ou rectorie de Montpellier. Philippe de Valois acheta, en lâ^g, pour la somme de cent vingt mille écus d'or , la baillic avec la baronnie du roi de Majorque , qui alors en élait possesseur. Le roi Jean en dispo.sa depuis en faveur de Louis . comte d'Anjou , son fils. Charles V la céda au roi de Navarre. Elle fut saisie sur ce prince . ensuite rendue ei érigée en pairie , saisie de nouveau sur lui, et rendue au prince Charle^i

DES SEIG^'EURS DE MO^'TPELLIER. i>

la mort de Raymond de Saint-Gilles arrivée au château de Monl-Pèlerin le 2.6 février de cette année , il retourna à la Terre-Sainte, d'où il ramena, l'an 1107, le jeune Alfonse- Jourdain , fils de ce prince. Invité, l'an iii4^ par le comte de Barcelonne à venir l'aider à faire la conquête des îles Baléares sur les Sarrasins, il saisit avidement cette occasion de combattre contre les infidèles. Mais avant son départ il fit son testament par lequel on voit qu'outre le domaine de Montpellier il possédait encore divers châteaux en alleud dans le diocèse; ce qui composa ce qu'on appela dans la suite la baronnie de Montpellier, dont la ville de Frontignan , située sur la côte , était le cheflieu. Guillaume,après avoir donné ordre à ses affaires,s'embarque avec cent chevaliers ot un corps d'infanterie sur vingt vaissaux qu'il avait fait équiper, et fait voile vers la Catalogne. Dans cette expédition, qui ne fut terminée que le 3 avril 1 1 16, par la prise de la nouvelle ville de Majorque, Guillaume se distingua entre tous les autres seigneurs, par sa valeur, sa prudence et son habileté. C'est le témoignage que lui rendent les historiens du tems. Etant revenu à Montpellier après avoir fait quelque séjour à la cour de Barcelonne, il y mourut l'an 1121 , laissant de son épouse trois fils et trois filles. Les fils sont, Guillaume, qui suit ; un autre Guillaume, seigneur d'Omelas, qui devint comte d'Orange par son mariage avec Tiburge, fille du comte Raimbaud , et Bernard, seigneur de Villeneuve. Les filles sont, Guillemette, mariée, en 1 120 , à Bernard IV , comte de Melgueil ; Ermengarde et Adélaïde.

GIÏILLAUME VL

1 1 21 . Guillaume VI , fils aîné de Guillaume V, lui succéda dans la baronnie de Montpellier. L'an 1 124, l'eau qu'il détourna d'un moulin appartenant à un vassal du comte de Melgueil , son beau-frère, occasiona une guerre entre ces deux seigneurs. Les hostilités commencèrent de la part du comte, dont les gens vinrent insulter la ville de Montpellier. Guillaume , par représailles, alla faire le dégât autour du château de Melgueil. Le pape Calliste, instruit de cette querelle , interposa son autorité pour l'apaiser. Il nomma, à cet effet, pour arbitres cinq prélats qui mirent d'accord les deux beaux-frères , par un

de Navarre, en i38i. Celui-ci rendit aux consuls de Montpellier la baillie , conforme'ment aux lettres du roi , et nomma les officiers de justice. Le roi lui ôta de nouveau la seigneurie de Montpellier, eu ï382 , et la rénait à la couronoe, » ( M. Expilli, Dict. de la Fr.)

6 CHRONOLOGIE HISTORIOUE

jugement qu'ils rendirent le cj mai île 1 an ii25, srx mois ou environ après la mort du ponlife. L'an iia8, après le mois de juillet , il fit avec Guillaume d'Omelas , son frère , le pèlerinage de la Terre-Sainte, dont il revint avant le mois d'août de Tannée suivante. La tutelle de la jeune Béatrix, héritière du comté de Melgueil, emploi dont Bernard IV, père de Béatrix, avait chargé Guillaume, par son testa/nent, suscita, l'an 1 132, une nouvelle guerre à ce dernier. Alfonsc , comte de Toulouse, prétendit que la tutelle de la jeune comtesse et la régie du comté de Melgueil lui appartenaient, soit à cause de la suprême autorité que sa qualité de duc de Narbonne lui donnait dans la province, soit , parce qu'étant proche parent de Béatrix , il craignait l'ambition de Guillaume, soit enfin pour les intérêts d'Almodis de Toulouse, sa tante, qui était exclue de la tutelle de la jeune comtesse , sa petite-iille. Guillaume n'étant point d'humeur à céder aux prétentions d'Alfonse, on en vint aux armes de part et d'autre. Des amis communs ménagèrent un accommodement , au moyen duquel les deux antagonistes devaient partager entre eux le comte de Melgueil, pour en jouir pendant le cours de six ans , jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé , d'un commun accord, un parti sortable à Beatrix. Mais Guillaume, oubliant bientôt ses engagements, promet, à l'insu du comte de Toulouse, la main de la jeune comtesse à Béreuger— Kaymond , comte de Provence. Alfonse, instruit de ce traité, recommence la guerre contre le seigneur de Montpellier, et la déclare en même tems au comte de Provence. Llle fut suspendue, l'an ii34, par celle que Bérenger-Haymond fut obligé de faire aux Sarrasins d'Espagne, et finit l'année suivante par le mariage de Béatrix avec le comte de Provence, ce qui se fil avec le consentement du comte de Toulouse.

La famille des Aimons possédait héréditairement la viguerie de Montpellier. Guillaume s'étant avisé de faire passer cette charge dans une autre maison , celle qu'il en avait dépouillée se souleva et excita , l'an 1 141 ? une sédition dans Montpellier , à l'occasion d'un nouvel hommage que Guillaume voulait exiger des habitants de cette ville. Guillaume, obligé de prendre la fuite, écrivit du château de Lates , où il s'était retiré, au pape Innocent II , qu'il regardait comme suzerain de Montpellier, pour l'engager à prendre sa défense. Innocent, par sa lettre du premier janvier 1142, chargea les évéques de la province de défendre à leurs diocésains toute communication avec la ville de ^Jontpellier. Par >nie seconde lettre qui suivit de près la première , il exhorta ces prébts à faire tous leurs efforts pour détourner le comte de Toulouse du parti qu'il avait pris en faveur des rebelles. Les remontrances des évêques

J)tS SFlr.NEURS DE MONTPELLIER. J

tî^ayant fait aucune impiesaion sur le comte , ils IVxcommunièrent conformément aux ordres cKi pape. L'an ii4'^, Guil- I.Tume, avec le secours des Génois, vient mettre le siège devant Montpellier, dont il force les hahitanls, par le défaut de vivres, à lui ouvrir les portes vers la fin de septembre. Les Génois s'en retournèrent satisfaits de la générosité de Guillaume, qui leur accorda l'exemption de péage sur ses terres, avec un emplacement dans Montpellier pour leurs négociants. 11 part, l'an 1 147 , sur les galères de ces mêmes Génois , pour aller au secours du roi de Castille, contre les Sarrasins. Les fruits de cette expédition, où Guillaume accpiit beaucoup de gloire, furent la prise d'Alména qui fut emportée d'assaut le 17 octobre de la même année , et celle de Tortose qui se rendit le 3i décembre suivant. Ce fut la dernière campagne de GuiU laume. Las du tumulte des armes et revenu des illusions de ce monde, il embrassa, l'an ii49i avant le mois de juillet, la vie monastique à l'abbaye de Grandselve, ordre de Citeaux , oh il devint un modèle de religion et de piété. 11 y mourut en odeur de sainteté, vers l'an 1162. On remarque, dit dorai "Vaissète , que tous les souverains de l'Europe, qui vivaient en 1600 , descendaient par femmes de ce seigneur, que quel— ques modernes ont qualifié mal-à-propos de comte , titre que ni lui ni ses successeurs n'ont jamais pris. De Sibylle , sa femme, qu'il avait épousée au mois d'août 112g, morte ava!;t sa retraite, il laissa cinq fils et trois filles, dont il avait ainsi disposé par son testament, fait en ii4<3- Guillaume, l'aîné, qui était alors en bas âge, eut la seigneurie de Montpellier, avec le château de Montferrier; le second fils, aussi nommé Guillaume, eut la châtellenie de Melgueil, avec Is lieux de Sauzet et de Castelnau et la portion de la ville de Tortose, que Son père avait reçue du comte de Barcelonne (pour distinguer ce deuxième fils du premier, on le surnomme de Tortose); Raymond , le troisième fils, n'eut aucune part, et fut offert; par son père à l'abbaye de Cluni, où il vécut de miaiiière qu'il mérita «l'être fait abbé d'Aniane; le quatrième fils, nommé Bernard, fut destiné à l'état ecclésiastlcjue ; et le cinquième, appelé Gui et surnomme Guerrejat ou le Guerroyeur , eut pour sa part les châteaux de PauUian et du Pouget. Guillemette, l'aînée des filles , qui dès-lors avait épousé Bernard- Atton , vicomte de Nismes,fut restreinte, à ce qu'il paraît, à la dot qu'elle avait reçue en se mariant. Guillaume chargea son fils aîné de marier les deux autres, nommées Adélaïde et Ermes— simde. La première épousa, dans la suite, Ebles 111, seigneur de Veniadonr, et la deuxième fut mariée à N. de Servian. L'historien de Languedoc ( tom. II, pag. 52,4) f^'' mentioa

,ê CHRONOLOGIE ÏIISTORIQÛÊ

d'un sceau de plomb de l'an ii3S, pendant à une Charfe dé Gudlaume VI, sur laquelle était représenté, d'un côté, urj homme assis sur une cl aise, jouant de la harpe, avec ces mots autour : Sigillum Guillelmi Doniini de Muniepessuïano ; et de l'autre, un chevalier armé de toutes pièces, sur un cheval de bataille, tenant un bouclier dans sa main , sur lequel paraissait un besant , avec la même inscription.

GUILLAUiME VÏI.

1 149. Guillaume Vil , fds aîné de Guillaume VI , lui succéda en bas âge, sous la tutelle d'Ermessinde , son aïeule. Il était cependant, dès- lors, en âge de puberté, car il avait accompagné son père aux sièges d'Almeria et de Tortose ; et dans la distribution que Raymond-Bérenger, comte de Barcelonne, fit des dépouilles de Tortose aux seigneurs qui l'avaient aidé à la conquête de cette place , il reçut quantité de pierreries fines, présent que le comte accompagna dune politesse, en lui disant , qu'étant à marier, il en serait mieux venu de sa maîtresse. Son mariage, cependant, n'eut lieu que huit ans aptes cette expédition. L'an ii5^, s'étant allié avec Raymond Trencavel dans la guerre que Raymond V, comte de Toulouse, déclara à ce dernier, il fut pris avec lui dans un combat, et conduit aux prisons de Toulouse. 11 ne paraît pas que sa capti^ vile ait duré plus long-tcms que celle de Trencavel , qui fut relâché vers le mois d'avril 11 55. On parlait alors de marier le seigneur de Montpellier; mais cette affaire souffrit encore quelques délais. Ce fut en iiôy (n. st.) qu'il épousa, le 2.S février, à Montpellier, Mathilde , fille de Hugues II, duc de Bourgogne. La même année, Guillaume de Tortose, son frère, ayant perda son épouse Ermessinde de Castries , prit la résolution de passer à la Terre-Sainte et d'entrer dans l'ordre des Templiers. Ce voyage dispendieux l'obligea d'engager à son frère, pour avoir des fonds, la terre de Castries qu'il possédait du chef de sa femme , et la ville de Tortose. Bientôt après il lui fit une donation du tout , entre vifs. C'est ainsi que la terre de Castries sortit de la maison de ses premiers seigneurs, pour entrer dans celle de Montpellier, d'où elle passa dans celle de Montlaur, au siècle suivant, et enfin, dans celle de la Croix de Castries , qui l'a fait ériger en marquisat et baronnie des étals de Languedoc. L'an iibi), Guillaume, entraîné par le comte de Rarcclonne , amena des troupes au roi d'Angleterre , qui était entré dans le Toulousain et menaçait de taire le siège de Toulouse. Le dessein de l'Anglais, sur cette place, ayant échoué par la crainte du roi de t'rance , qui s'y étaii

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