‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 4 sur 277 · DES SEIGNEURS DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

DES SEIGNEURS DE MONTPELLIER

renfermé , il laissa, en s'en retournant , le commandement de ses troupes au prince d'Aragon et au seigneur de Montpellier, pour conlinner les hostilités dans le comté de Toulouse. La prise de Cahors est Tcxploit le plus mémorable qu'ils firent dans ce pays. I.a paix que l'Angleterre fit avec la France y en 1160, rappela ces deux seigneurs dans leurs terres. L'an iiGa, le pape Alexandre III, ayant aborde, le mercredi de Pâques, à Maguelone , Guillaume vint l'y saluer en grand cortège , cum baroiàbiis et décora niilitia , et l'amena de là à Montpellier, où il passa quelques mois. Guillaume, l'an 1164, reçut, dans la même ville, au mois de juin, Raymond V, comte de Toulouse, avec lequel il fit la paix ; car ils étaient en état de guerre depuis l'expédition du roi d'Angleterre dans le Toulousain (Vaissète. ) Le pape Alexandre étant revenu, au mois de juillet de l'année suivante , à Montpellier, pour y attendre le tems de se rembarquer pour l'Italie , Temi^ereur fit solliciter en secret Guillaume, sous les promesses les plus séduisantes, de s'assurer delà personne du pontife, pour le remettre entre ses mains. Mais ce seigneur rejeta la proposition avec l'indignation qu'elle méritait. Alexandre, par reconnaissance, prit la défense de Guillaume contre les Génois, qui Tie cessaient, depuis <juelque tems, d'infester les côles de son domaine. Il leur écrivit fortement pour leur enjoindre de mettre fin à leurs brigandages, avec menace d'employer contre eux les censures en cas de refus. Mais sa lettre fut sans effet, <:e qui obligea Guillaume et l'évêque de Maguelone à se liguer avec les Pisans, ennemis des Génois, pour se mettre à couvert des entreprises de ces derniers. L'an 1167, nouvelles brouilîeries entre le comte de Toulouse et le seigneur de Montpellier, au sujet de la succession de Raymond-Bérenger II , comte de Provence, qu'Alfonse, roi d'Aragon, disputait au premier. Guillaume se déclara pour Alfonse qui l'emporta. L'an iitiS, Guillaume, au mois de mars, acquit de Raimbaud 111, comte, en partie, d'Orange, le château d'Omelas et ses dépendances, pour le prix de quatre mille sous melgoriens , dont le vendeur s'engageait à lui payer l'intérêt à raison de six deniers pour livre par mois , jusqu'à ce qu'il lui eût livré ce château : Vola et mando ^ dit-il, ut illa quatuor millia soHdorum meh^orensium. tur.reiitur singuHs mensibus sex denurios pro quaois libra^ usquequo prœdictum castellum tilà reddum. (Hist. de Montpellier, p. 37.) Guillaume, l'an 1171, embrasse les intérêts de Bertrand Pelet, son petit-neveu , lequel, après la mort de Bernard, son père, voulut s'emparer, comme on l'a dit, du comté de Mi'lgueil, au préjudice de Béatrix , sa mère , encore vi van! e. Mais bientôt après il l'abandonna ainsi q!.!c les fonds que Be:-

ÏO CHRONOLOGIE HISTORIQU'Ê

trao'l lui avait aliénés pour avoir sa protection. L'an 1172^ Guillaume VII finit ses jours dans le mois de septemUre au plus tard, laissant de Matliilde, sa femme, décédéc avant lui, quatre fils et cinq filles. Les fils sont : Guillaume , qu'il fil son unique héritier, à condition de fournir un entretien honnête à ses frères et sœurs; un second Guillaume, surjiorjiiné le Bourguignon, pour faire honneur à la mémoire de sa mère; Raymond, moine de Grandselve , puis évéque de Lodève en 118S; Gui, destiné par son père à l'ordre des Templiers, mais qui, ayant suivi une autre vocation, se consacra au service des pauvres, et devint le fondateur de l'ordre des Hospitaliers du Saint-Esprit. Clémence, religieuse d'Aniaiie; Sybille, femme de Raymond-Gaucelin , s''lg'.teur de Lunel ; Guillelmine; Adélaïs et Marie, sont les cinq filles de Guillaume VIL La ville de Montpellier était alors Tune des plus llorissanles de la France et peut-être de l'Europe , par son commerce. Voici comme en parle le juif Benjamin de Tudèle , mort en 1173, dans la relation qu'il fit en hébreu de ses voyages, «f Etant partis de Beziers , nous arrivâmes en deux jours au » Mont-ïremblant , que les habitants du pays app< laient au- » trefois Montpesulan, et qu'ils nomment aujourd'hui iMont- » pelllcr Cette ville, qui abonde en toutes sortes de mar- » chandises, est éloignée d'environ deux lieues de la mer. » Elle est très-fréquenlee à cause de son commerce par diverses » nations, telles que les Iduméer^ de lorlugal, les Lombards » et les autres peuples d'Italie , ceux d'îigyple et de Palestine. i) On y trouve des marchands de toute la Gaule, de l'Espagne }> et de l'Angleterre, et on y entend parler le langage de toutes » les nations du monde qui y abordent, avec les Génois et }) les Pisans. »

GUILLAUME VIII

1172. Guillaume THI succéda en bas âge à Guillaume TII, son père, sous la tutelle de Gui le Gucrroyeur , son oncle. Le premier monument où il parait avec la qualité de seigneur de Montpellier, est l'acte de serment de fidélité que lui fit, au mois d'octobre 1172, Guillaume-Pierre, fils de Raymond de Montferner. {Jlist. de Mon/pe/lier , pag. 4» ) Cui le Guerroyenr étant mort l'an 11 77, il devint son héritier, et passa soxis la conduite de Raymond , son autre oncle , abbé d' Anlane. L'an iibi, il épousa Eudoxie, fille de Manuel Comnène, empereur de Consianlinople. Cette princesse avait été demandée par AUonse ^ roi d'Aragon , pour lui même ; mais ayant trop tardé à se rendre en Aragon , elle arriva dans le Icms qu'Alfonsc, ennuyé de son retard, venait d'épouser 1 infante

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S<iricic de Castille. Ceux qui conduisirent Eudoxie ayant relâché à Montpellier pour y attendre les ordres de leur maître , et Manuel étant mort dans ces entrefaites , Guillaume offilt sa luain à la princesse , et l'engagea, dans la détresse où elle se trouvait, il l'accepter malgré l'inégalité des conditions. Eudoxie, par ses hauteurs, ne tarda guère d'inspirer du dégoût à son époux; les choses en vinrent au point, qu'il la répudia l'an 1187, et contracta un nouveau mariage avec AoîvÈ^ , parente de la reine d'Aragon. Gillaume fît de grands , mais inuliles^ efforts , pour faire approuver ce nouveau mariage par le pape Célestin 111, qu'il avait connu avant son exaliatlon, et par son successenr Innocent III. L'un et l'autre de ces pontifes témoignèrent leur gratitude pour les protestations de dévouement qu'il leur faisait dans ses lettres, et pour le zèle qu'il faisait paraître contre les Albigeois, qu'il avait écartés de ses ■domaines. Mais fidèles aux règles , ils furent Inexorables sur la dispense qu'il sollicitait. On croit que le chagrin qu'il eut «le ce refus persévérant , lui causa la maladie, dont il niourut sur la fin de l'an 1202, à Tage de quarante-cinq ans. D'EuDOXIE il laissa une fille, nommée Marie, à qui sa marâtre, pour l'éloigner, fit épouser, en iigi , à l'àge de douze ans. Barrai, vicomte de Marseille, puis, l'an 1197, après la mort de cet époux , Bernard IV , comte de Commlnges , qui avait déjà deux femmes vivantes. Guillaume eut d Agnès , Guillaume , qu'il désigna pour son successeur par son testament du 4 novembre 1202; Thomas, surnommé de Tortose à cause des droits que son père lui légua sur cette ville ; quatre autres fils, qu'il dévoua , par ce même testament , à l'étal ecclésiastique ou religieux; et deux filles, Agnès, mariée, en i2o3, à Rsymond- Koger, vicomte de Carcassonne, et Adélaïde. Guillaume VIII, dit dom Vaissète, fut extrêmement regretté de ses sujets, dont il avait acquis l'amour par ses qualités personnelles et par la douceur de son gouvernement, il augmenta considérablement ses domaines, dont voici les principaux après Montpellier : le château d'Omelas qui lui était revenu après avoir été possédé par une branche cadette de sa maison , le château de Pouget , ceux de Lates, de Monlferrler, de Poupian , de Cornonscc, de Montbasen, de Monlaruaud , de Paulian, de Mazères , de Murvlels, de Pignan , de Frontignan , de Castrics, de Saint- Pons, de Chàteau-INeuf, de Louplan , de Fressac . de Saint- Pargoire , de Saint- Georges et de Vindemian. La ville de Montpellier fut ceinte de nouvelles murailles sous son gouvernement. L'an iig*3, il donna pouvoir à huit des principaux Lcurgeois de INIontpellier de conduire cette entreprise à sa p'ilcttion. Elle se continuait encore l'an 1204, aux depents

12 CHnOKOLOGlE lIlSTORÏQtJE

«les habitants. La ville était alors divisée en sept quartier*, qu'on nommait échelles. Ce fut à Guillaume VIII, que maître Alain, religieux de Cîteaux et évêque d'Auxerre , dédia son Traité contre les hérésies de son tems, ouvrage dans lequel il le qualifie prince de Montpellier par la grâce de Dieu y et le loue de ce que la grandeur de son esprit répond à celle de sa naissance. Guillaume protégea les poètes provençaux dont plusieurs vécurent à sa cour.

PIERRE, ROI d'Aragon, et MARIE.

T204. Pierre, roi d'Aragon, que Guillaume VIII avai^ fait l'un des exécuteurs de son testament, ne répondit point à ses intentions. Au lieu de mettre en possession de Montpellier et de ses dépendances , le fds aîné de Guillaume et d'Agnès, il pensa à s'approprier ce riche héritage en épousant Marie , fille de Guillaume et d'Eudoxie , et en faisant passer pour bâtards lous les enfants que ce seigneur avait eus du second lit. Marie était alors séparée de Bernard , comte de Comminges , et le mariage qu'elle avait contracté avec lui étant visiblement nul , il ne fut pas difficile de le faire casser. Marie , étant donc libre , donna volontiers sa main au roi d'Aragon , en qui elle trouvait ur» prince capable de la faire jouir d un héritage qu'elle prétendait appartenir à elle seule. Leur contrat de mariage fut passé à Montpellier le i5 juin i2o4- Deux jours après , le roi Pierre fait serment de fidélité à Guillaume d'Altiniac , évêque de Maguelone , et lui rend hommage pour la ville de Montpellier, dans- une grande assemblée à laquelle se trouvèrent le comte Sanche , son oncle , Alfonse II , comte de Provence , son frère , Raymond VI , comte de Toulouse , Guillaume de Baux , prince d'Orange , et Hugues » son frère , Bernard d'Anduse , Rousselin, vicomte et seigneur de Marseille, d'autres K^i^^neurs, et les principaux habitants de Montpellier. Agnès, alors abandonnée des protecteurs que son époux lui avait donnés, est obligée de sortir , avec ses enfants, de iMontpellier , et d'aller chercher ailleurs une retraite. Mais ils emportèrent avec eux les regrets d'une partie do la ville , ce qui occasiona une espèce de sédition, dont le roi d'Aragon punit les chefs par le bannissement. Le calme étant rétabli dans Montpellier par cet acte de sévérité , Pierre quitta celte ville sur la fin de septembre de la même année , pour aller à Rome, laissant sa femme sous la protection lin comte de Provence , son frère, qu'il chargea (le prendre soin des affaires de cette princesse, avec un conseil composé des chevaliers et des prndhommes de Montpellier. Le but de son voyage , qu'il fit par mer, était do se faire couronner

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par le pape Innocent 111. Il fut reçu dé ce pontife avec les marques de la plus grande distinction , et la cérémonie se fit le II novembre, après que Pierre eut promis, avec serment, de défendre la foi catholique contre les Ailbigeois , dont l'hérésie faisait de grands progrès en Languedoc et dans les provinces voisines. Pierre , à son retour , voulut donner atteinte aux privilèges de la ville de Montpellier , qu'il avait confirmés luimême avant son départ , en même-tems qu'il avait fait rédiger ses coutumes par écrit. Les esprits s'aigrirent de manière que , Pan 1206 , les bourgeois ayant pris les armes , chassèrent le roi de leur viiïe , rasèrent son palais et poursuivirent ce prince jusqu'au château de Lates , d'où il l'obligèrent de s'enfuir en Aragon. Pierre de Castelnau , natif de Montpellier et légat du pape àans la province, ne vit pas ces troubles d'un œil indiffèrent. Craignant qu'à leur faveur l'hérésie des Albigeois ne s'introduisît dans sa patrie , Il interposa son autorité pour les faire cesser. Il y réussit dans une conférence qu'il tint, assisté de plusieurs prélats et seigneurs , au palais épiscopal de Villeneuve, avec les députés de Montpellier. On convint d'un accommodement qui rétablit la paix, après que le roi et la reine l'eurent ratifié. Ils s'étaient rendus l'un et l'autre, pour cet effet , du château de Mirevaux à Montpellier, la reine montée en croupe derrière son époux. La mémoire de cet événement fut consacrée par une réjouissance annuelle , qui subsiste encore de nos jours (1785), et se nomme le Chei,mlet. C'est un cheval rembourré que l'on fait danser , un jeune homme dessus, au son des instruments, le 21 août, pour représenter celui sur lequel étalent montés le roi et la reine à leur entrée dans cette ville. Avant le séjour qu'ils y firent , Marie étak enceinte du prince don Jayme , dont elle accoucha au même Heu , le 2 février de l'an 1208. Le roi , peu de tems après la naissance de ce fils, quitta Montpellier, où il laissa la reine ^ pour retourner en Aragon. Il n'avait jamais eu d'Inclination pour cette princesse, que l'intérêt seul l'avait engagé d'épouser. L'an 12 If», il travaille en cour de Home pour faire casser son mariage. Innocent III notnma des commissaires sur les lieux pour examiner cette affaire. Mais la reine , ennuyée de leurs lenteurs , se rendit elle-même à Rome pour s'opposer à la demande de son époux. Elle y obtint enfin , le 19 janvier i2i3 (n. st.), un jugement définitif qui confirma la validité de son mariage. Tandis que cette affaire se poursuivait , Pierre négociait lui-même ^auprès du pape, la réconciliation du comte de Toulouse , son beau-frère , avec le ssinl siège. IS'ayanl pu l'obtenir, il prit hautement la défense du comte, et combattit pour lui contre Simon de Mont fort , à la fameuse bataille de

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Muret, où il périt le lo septembre i2i3, après avoir fait des prodiges de valeur. Par haine pour sa femme, il avait donné en (iei , le 24 janvier précédent, à Guillaume, son beau-frère, fils de Guillaume VIII et d'Agnès, au préjudice de son propre ti]s ^ la baronnie de Montpellier. La reine Marie, sans égard pour cette disposition nulle de plein droit , fit à Rome , le zio avril suivant , son testament , par lequel elle institua son héritier l'infant , son Hls , et lui sul>slilua ses deux filles, Mathilde et Pétronille, qu'elle avait eues de Bernard, comte de Coinminges , son premier époux. Elle était malade alors , et mourut sur la fin du même mois , en odeur de sainteté. (^Voyez doû Pèdre 11, roi d'Aragon.)

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