‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 47 sur 277 · DES COMTES B AUVERGNE · texte numérisé non relu

DES COMTES B AUVERGNE

et par celle conduite violente, obligea le prélat d'aller implorer le secours du roi Louis le Gros. Ce monarque se reudil eu Auvergne à la tête d'une armée, et réduisit le comte à faire satisfaction à l'évêque. Mais cinq ans après, Guillaume recommença les hostilités. Il avait senti dans la première guerre la supériorité des armes du monarque.

Pour mieux faire sa partie , il engagea le duc d'Aquitaine à prendre sa défense, en le reconnaissant pour son suzerain. Louis le Gros, plus diligent que le duc, entra le premier en Auvergne au mois de juillet, accompagné de Charles, conile de Flandre, et de plusieurs autres de ses vassaux. Il débuta par le siège de Monlferrand. Les assiégés, dans une sortie, tombèrent dans une ambuscade , et furent pris par Amauri , comlé de Montfort, qui les fit conduire au quartier du roi.

Pour réponse aux offres qu'ils firent d'une forte rançon , Louis leur fit couper une main et les renvoya ainsi mutilés dans la place. Ce spectacle y répandit la terreur, et détermina l<^s assiégés à se rendre. Le duc d'Aquitaine étant arrivé en Auvergne sur ces entrefaites, le roi marcha à sa rencontre. Mais la belle ordonnance de l'armée royale effraya le duc et son vassal. Le premier envoyé des ambassadeurs au roi , pour lui dire de sa part : « Sire, le duc d'Aquitaine, votre homme, » vous souhaite toute sorte d'honneur et de prospérité. Ce » qu'il prend la liberté de vous demander, c'est que votre » majesté daigne recevoir son hommage et lui conserver »> son droit. Car la même justice qui impose la loi de la >' soumission au vassal , exige du suzerain une domination M équitable. Si le comte d'Auvergne , qui relève de mol >» comme je relève de vous , a commis quelque délit a » votre égard, je suis tenu de le représenter au tribunal de » votre cour; c'est ce que je n'ai jamais empêché, et ce que » j'offre actuellement de faire , vous priant de vouloir bien » agréer cette offre; et afin que vous n'ayez aucun doute à » ce sujet , je suis prêt à vous donner des otages, si les grands »> du royaume le jugent à propos. » Le roi, dit Suger, de qui nous tenons ce récit , ayant délibéré là-dessus avec les seigneurs de sa suite, reçut les otages, et marqua un jour aux parties pour venir plaider devant lui à Orléans. L'évêque et le comlt prévinrent le jugement de la cour par un accommodement . (Suger, Meyer, Besli, Louvet.) Guillaume mourut au plu. tard en ii36. Il avait épousé, l'an 1086 ou 1087, Emme, fùio de Roger , comte de Sicile. Voici comment ce mariage se fil , suivant un auteur du tems. « Le roi Philippe I, dit-il, ayant » formé le dessein de répudier la reine Berthe , envoya de.. » ambassadeurs au comte de Sicile , pour lui demander en ma-

l36 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

n liage Emme , sa fille. Le comte, flatté de la demande du » roi, équipa une flotte, et fit partir sa fille avec une dot et » des présents considérables , et l'envoya à Saint-Gilles au » comte Raymond, son gendre, pour la remettre au roi qui j> devait l'aller recevoir dans ce lieu. Raymond, informé que )> le véritable dessein de Philippe était de se saisir des trésors » que la princesse de Sicile devait apporter avec elle pour sa » dot, et non pas de l'épouser, songea à ses propres intérêts. 3) 11 reçut Emme avec honneur ; mais sous prétexte de vou- » loir la marier avec quelque grand seigneur au défaut du roi , a il envoya demander aux capitaines des vaisseaux, de la part j) de la princesse , qu'on lui remît l'argent qu'elle avait ap- 3> porté avec elle, dans la vue de s'en emparer. Ces officiers , » se doutant de quelque supercherie, lèvent aussitôt l'ancre, » laissant la princesse entre les mains de Raymond, et re- » tournent en Sicile avec leurs trésors. Raymond , quoique j) trompé dans son attente, en agit cependant très-bien avec j> sa belle-sœur , et la maria avec le comte de Clermont u {Gaiif. Malateria^ l. 6 , c. 8.) Il faut avouer, quoiqu'en dise un judicieux moderne ( Vaissète , Hist. de Lang.^ t. Il, p. ayo.) que les circonstances dont est orné ce récit, ont bien l'air d'un roman. Reconnaît-on dans le personnage qu'on fait jouer au roi Philippe 1 , le caractère de franchise que l'histoire donne à ce prince i' Que l'amour l'ait jeté dans de grands écarts, on ne peut en disconvenir; mais que l'avarice l'ait porté à commettre l'action d'un infâme corsaire, c'est ce qu'on ne peut se persuader sur le témoignage isolé d'un écrivain étranger. Rornonsnous donc à dire que Robert , pour lors comte de Clermont , épousa Emme de Sicile, par l'entremise du comte de Toulouse, beau-frère de cette princesse. Les enfants qu'elle lui donna sont Robert, qui suit; et Guillaume.

RORERT 111,

II 36 au plus tard. Robert ]H, fils du comte Guillaume VII, jouissait du comté d'Auvergne l'an i i36. Il transigea cette année avec les chanoines de Rrioude, sur des prétentions qu'il avait poursuivies contre eux les armes à la main. On ne connaît aucun autre événement de sa vie , non ph;s que la date de sa mort. Il avait épousé JMarciiise, fille de Guigucs IV, comte d Albon , qui lui apporta en dot les terres de Voieppe et de Varacieu , eu Dauphiné. De ce mariage naquit lin fils, qui suit. (Raluze. )

GUILLAUME Vlll, dit LE JEUNE et LE GRAND.

1145 au plus lard. Guillaume Vill fut le successeur de Ro-

DES COMTES ô'AUVERGRfi; 187

îïerl III, son père. Une charte du roi Louis le Jeune, rapportée par Baluze, prouve qu'il possédait en ii4-5 le comte d'Auvergne. L'auteur de la vie de ce monarque nous apprend que ce comte jouissait aussi du comté de Vêlai (Duchesne , scn'pt, Rer. Franc, tome IV, pa^e 417)7 ^^ lui-rnème dans une charte datée du mois de juillet ii49' <^'i faveur de Tahhaye de Saint-André-lez-Clermont , se qualifie dauphin d'Auvergne, et déclare avoir scelle cet acte du sceau de son dauphiné f lîaluze, Hisi. de la Rf. d'Àuoergne, tome li, page 62. ) Il paraît qu'il

f»nt ce litre à l'imitation de Guignes , son aïeul maternel . qui e premier se qualifia dauphin de Viennois. Ce titre a passé à tous les descendants de Guillaume. Odon de Deuil atteste qu'il accompagna, en 1 147, le roi Louis le Jeune à la croisade ; mais il faut qu'il en soit revenu avant ce m 'uarque, puisqu'il était de retour, comme on vient de le voir, en juillet 11+9. Vers l'an 1 155, il fut dépouillé du comté d'Auvergne par sou oncle Guillaume le Vieux, qui suit. (^ ojez, pour la suite de Guillaume le Jeune, les daupins d'Auvergne.')

GUILLAUME IX, dit LE VIEUX.

II 55. Guillaume IX, frère de Robept III, et appelé le Vieux, Willelmus major natu , dans une lettre de l'église de Clerment au roi Louis le Jeune , envahit la plus grande partie du comté d'Auvergne sur son neveu Guillaume le Jeune , prétendant apparemment que la représentation n'avait point lieu dans ce pays. Le roi d'Angleterre, de qui l'Auvergne relevait à raison de son duché de Guienne, voulut connaître de ce différent. Guillaume le Vieux, cité à son tribunal, promit d'abord d'y comparaître; mais ensuite il changea d'avis , et eut recours au roi de France comme au seigneur souverain. Cette démarche causa un conflit de juridiction. Henri prétendait que le vassal ne pouvait se pourvoir à la cour du souverain que dans le cas où le suzerain refusait de lui faire justice. Louis soutenait au contraire qu'il avait droit de prononcer indépendamment de ces formalités préliminaires. Il y eut à ce sujet et pour d'autres causes une entrevue des deux monarques qui ne purent convenir de rien On courut aux armes. Tandis que Louis et Henri se faisaient la guerre dans le Vexin, les deux Guillaume continuèrent de se la faire en Auvergne. I/an 1 162, ils firent entre eux: une sorte de paix qui devint funeste au pays. Car s'étant alliés au vicomte de Folignac , ils se mirent à ravager les terres ecclésiastiques des évêchés de Clermont et du V\\\. Les cris des opprimes parvinrent aux oreilles du pape Alexandre III , qui était alors en France, cl du roi Louis le Jeune. L'un et l'autre X. 18

ï36 CHROi^oLOGiE HisToftiOùË

Oinfiloyèreiit les armes qui étalent de leur compétence pour ar'i rèler ces brigandages. Le monarque étant venu sur les lieux avec une armée, prit les deux comtes et le vicomte, les emmena prisonniers , et ne leur rendit la liberté que sous la promesse qu'ils firent de satisfaire les parties plaignantes, après quoi il les renvoya au pape pour obtenir leur absolution. Guillaume le Vieux fut le premier qui se présenta au saint père. Alexandre avait contre lui un grief particulier à l'occasion de sa fille, qu'il avait retirée par force à Robert II de la Tour-du-Pin, son époux. Guillaume fit si bien qu'il s'en révint absout ; sur quoi le roi de France ayant fait au pape des reproches de sa facilité , Ale^iândre lui écrivit de Tours le lo avril 1 164 pour se justifier. (^Duch. Script. Fr. ^ tome IV, p. 619.) La réconciliation des deux Guillaume s'évanouit, l'an iiG3, par une nouvelle rupture. Le roi d'Angleterre vint au secours du neveu , et ravagea les terres de l'oncle. Enfin, après l'expédition que le roi Louis }e Jeune fit, l'an i if'g, en Auvergne pour réduire le vicomte de Polignac , (Guillaume IX consentit à faire un accomniode-* ment par lequel il abandonnait à son neveu la moitié de la ville de Clermont avec la partie de la Limagne , dont Vodable ( Val-- Us Dlahuli) était, selon les uns, la ville principale, ou Algueperse selon les autres. De là vient que l'un et l'autre, et leurs successeurs , prirent le titre de comtes de Clermont. Ou ignore l'année de la mort du premier. Il peut avoir vécu juSqu'en 1182. Ainsi ce sera vraisemblablement de son tems que se tint la conférence des rois Louis le Jeune et Henri II , que Benoit de Péterborough place à Gracerai , dans le Berri , après la Saint- Martin de l'an 1 177. Elle avait pour objet, selon ce chroniqueur, les limites et la suzeraineté de l'Auvergne, qui faisaient un' sujet de contestation entre ces deux princes. Tous les seigneur^ d'Auvergne, dit-il, qu'on y avait appelés, déposèrent que l'Auvergne entière relevait, suivant l'ancien droit, du duclié' d'Aquitaine, à l'excepliou de l'évéché Je Clermont , qui était' dans la mouvance du roi de France. Mais, ajoufe-t-il, ce dernier ne voulant point acquiescer à cette déposition unanime, on nomma de part et d'autre trois évèques et trois barons pour faire une nouvelle enquête , avec promesse de s'en rapporter à leur décision. Benoit de Péterborough en demeure là , et nous voyons parla suite qu'il n'y eut rien alors de décidé. Guillaume eut d'AlSNE , son épouse . fille de Guillaume II , comte de' ISievers, Robert, qui le remplaça; Gnlllaume, qui fut prévôt de l'église de Cleniiont : Agnès, mariée à Hugues II , comte de' Rodez, et une autre fille qui épousa, comme on l'a dit ^ Kobert II de la Tour-du-Pin,

»E$ COMTES D'AUVERGNE. j3^

ROBERT IV, COMTE d'Auvergne.

1182. Robert IV, fils aîné de Guillaume le Vieux, lui succéda vers l'an 1 182. On ne trouve point d'époque plus ancienne que celle-ci de son gouvernement. L'année suivante, les brigands, connus sous le nom de Brabançons, ayant fait une irruption en Auvergne , Robert , à la tête de la noblesse du pays, jnarcha contre eux et les tailla en pièces. C'est le seul exploit que nous connaissons de lui. Mais il y a bien de l'apparence qu'il eut d'autres occasions de signaler sa valeur, et qu'il ne les négligea pas. Robert mourut vers l'an j iq4, et fut enterré dans^ l'abbaye de Bouschet, qu'il avait fondée. On conserve quelquesuns de ses sceaux sur lesquels on lit : Sigillum Roberti comîtis Cluromontensis •) quoiqu'il n'eut presque plus rien dans la ville de Clermont. Il laissa de Mahald, son épouse, fille d'Eudes II, duc de Bourgogne et de Marie de Champagne, quatre fils, Guillaume et Gui, qui lui succédèrent; Robert, qui fut évêque de Clermont, puis archevêque de Lyon; et un autre Robert, qualifié seigneur d'Oliergues dans un hommage qui fut rendu , l'an 1208, par les seigneurs de Joux. De ce mariage naquit encore une fille Marie , qui fut mariée à Robert II, seigneur de la Tour-du-Pin. (Baluze , pp. 70 , 72. )

GUILLAUME X

II94' Guillaume X, fils aîné de Robert IV, posséda très-» peu de teras le comté d'x\uvcrgne. On croit qu'il eut un fils qui lut seigneur de Châtelloson, et mourut avant lui. Ce qui est certain , c'est qu'on voit cette terre dans sa maison au douzième siècle. (Baluze , ibid. , p. ■j'^.)

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