QUI IL
II 95. Gui II, deuxième fils de Robert IV, succéda, l'an Iig5, à son frère Guillaume X. L'Auvergne, comme on l'^ déjà dit, avant que l'Aquitaine passât aux rois d'Angleterre, relevait de ce duché. Richard 1 voulut en conséquence, à Texemple du roi Henri II , son père , y exercer le droit de suzeraineté. Ce fut Toccasion d'un guerre entre ce prince et Philippe Auguste. L'Anglais, à force de belles promesses, vint i bout de mettre dans ses intérêts le comte et le dauphin d'Auyergne. Ce parti ne leur fut pas avantageux , et ils ne tardèrent pas à se repentir de l'avoir pris. Le roi de France, irrité contre, çpx ^ ce sujet , fit entrer en Auvergne des troupes qui ravagé-.
I je» CHRONOLOGIE HISTORIQUE
rcnt le pays, sans que le roi d'Angleterre se mit en devoir de les repousser. Le comte et le dauphin se voyant abandonnés d'une manière si indigne , s'empressèrent de recourir à la clémence du monarque français. Il voulut bien leur accorder la paix ; mais dans le traité qu'il fit avec eux , il les obligea de lui abandonner toutes les terres qu'il leur avait enlevées. Une grande rupture éclata, Tan 1197, entre le comte Gui et Robert, évoque de Clermont , son frère. Le prélat, après avoir excommunié Gui et rais en interdit ses terres , soudoya des troupes de Basques et de Coltereaux , avec lesquelles il les dévasta pendant l'espace de deux ans. Le comte, poussé à bout, écrivit au pape Innocent m pour le prier d'interposer son autorité afin de faire cesser les meurtres, les incendies, les pillages que son frère exerçait impunément dans son comté. Mais dans l'intervalle de cette lettre et de la réponse, li-s gens de Gui surprirent l'évêque, et le mirent en prison. Le pape ne tarda pas d'être instruit de cet événement, puisqu'il en iait mention dans les lettres qu'il adressa en 1 199 aux evèques de Riez et de Consérans et à l'abbé de Citeaux , pour leur donner pouvoir d'absoudre des censures le comte (nii , moyennant, dit-il, une pénitence et une satisfaction proportionnée au% excès quil auia commis. Enfin Henri de Sulli, archevêque de Bourges, parent du comte et du prélat, vint à bout de les réconcilier au mois de juillet i 19g et de leur faire conclure un traité de paix qu'ils confirmèrent au mois de mai de l'an 1201. Celte réconciliation fut si sincère, que, l'an 1202 , Gui donna en garde à son frère sa ville et ses sujets de Clermont^ pour les tenir jusqu'à ce que lui ou les siens eussent fait leur paix avec le roi de France. Les évêques de Clermont ont conservé cette ville jusqu'en i552, qu'ils en furent évincés par arrêt du parlement, donné en faveur de Catherine de Médlcis.
L'an 1206, les brouilleries recommencèrent entre Gui et l'évêque son frère, qu'il prit et fit une seconde fois emprisonner. Le prélat, du fond de sa prison, réclama la protection du pape et celle du roi de France. En conséquence, le comte fut excommunié par Innocent III; et le roi Philippe Auguste , étant venu sur les lieux avec une bonne armée , obligea Gui à relâcher son prisonnier et à donner sûreté pour la réparation des torts qu'il lui avait faits. {^Mss. de S. Germ., n°. 10g.)
Gui, l'an 1208 , augmenta ses domaines du comté de Rodez, que le comte Guillaume lui laissa en mourai't. Mais l'année suivante il le vendit à Raymond YI , comte de Toulouse et de Rouergue , qui en possédait déjà une partie. Cette même année il prit parti dans la croisade publiée contre les Albigeois. Etant en route pour celte expédition, il fit, le 27 mai, dans la viU^
DES COMTES d'aUVERGNE. l4t
<3''Herment, entre les mains de l'abbé de Bonlieu, son teslament par lequel il nommait son lils aîné , Guillaume , pour son successeur dans le comté d'Auvergne, la Couibraille et la terre de Miremont , lui substituant , en cas de mort , Hugues , son deuxième fils, et à celui-ci, Gui, le troisième; assignait une légitime à ces deux derniers et un douaire à sa femme. (Baluze, Hîst. de la M. d'Auv. , tome II , page ^2. )
L'an 1211 , suivant la Chronique de Bernard llhier, s'élant brouillé de nouveau avec l'évèque , son frère, il détruisit de fond en comble l'abbaye de Mauzac Le roi Philippe Auguste envoya contre lui Gui de Dampierre, sire de Buurbon , qui lui enleva , dit Ithier , cent vingt places , et entr'autres le fort château de la ïourniole, dont le roi gratifia le vainqueur. Gui continuait encore à se défendre, l'an iii3. Toujours battu, s^s pertes successives Tobligèrent enfin*à rester en repos. On ne voit pas qu'il ait pu les réparer par quelque accommodement. Ln effet il mourut presque entièrement dépouillé, en 1^24. Son corps fut porté à l'abbaye de Bouschet, près de celui de son père. Il avait épousé, l'an n8o, Pernelle de Cbambon , qui lui porta la terre de Combraille en dot. De ce mariage naquirent trois fils, nommés dans son testament , dont on a parlé plus haut , savoir : Guillaume , qui suit ; Hugues, qui vivait encore en 1209; et Gui, dont on ne sait que le nom. Le comte Gui eut aussi de son épouse trois filles, Hélis , mariée à Raymond IV , vicomte de Turenne ; Marguerite , femme d'Eracle de Monlflour ; et N. , religieuse. {^Foy. Gui , comte de Rodez. )
GUILLAUME XL
1224. Guillaume XI, en succédant à Gui , son père, trouva presque tout son héritage entre les mains de Gui de Dampierre et d'Archambaud de Bourbon , sous la garde desquels le roi Philippe Auguste l'avait mis. L'an 1229 ou 1280, il fait avec saint Louis, un traité par lequel il est rétabli dans une partie des terres qui avaient été confisquées sur son père. Il y eut alors deux comtes d'Auvergne; savoir, celui de Guillaume, et le comle d'Auvergne proprement dit. autremenr appelé la terre d'^uoergne. Le premier, qui était le moins considérable , comprenait le château et la ville de Vic-le-Comte , qui en devint le chef-lieu , avec les châlellenies de Mirefleuis , de la Chypre , de Besse , de Clavières, de Montredon, d'Artonne et de Lezoux. Le roi saint Louis donna, l'an 1241 , lateire d'Auvergne àson frère x\lfonse, après la mort duquel elle revint à la couronne. Elle fut érigée. Van i36o , en duché, par lettres du roi Jean, datées du mois
d'octobre, en faveur de Jean, son fils, duc de Berri, à qui elle fut donnée (i). Le comte Guillaume mourut avant 1247, et au plutôt en i2zj5. De son mariage avec Adélaïde ou Alix, fjlle de Henri I, duc de Bialiant , et veuie d'Arnnul IV, comte de Loss , qu'il avait épousée l'an 11424, i^ sut cinq fils, Bobert , qui lui succéda ; Gui , prévôt de Lille , qui devint archevêque de Vienne, en labS ; Guillaume, élu evéque de Liège, en 1282, supplanté ensuite par Jean de Flandre; Godefroi et Henri, nommés dans le testament de leur père, qui commence par ces mots : Nus Guill-lnius cornes (Jarumontensis. On connaît aussi deux filles de Guillaume et d Adélaïde , Marie, femme de Wautier Bertout, cinquième du nom, sire de Malines ; et Matliilde ou Mahaut , qui épousa Robert H, dauphin d'Auvergne. Après la mort du comte Guillaume XI, Alix, sa veuve, épousa «n secondes noces, Arnoul, seigneur de iWensemale. (Baluze, Hist. delà M. d'Auv.^ tom. H, p.. 108.)
ROBERT Y, COMTE d' Auvergne et de Boulogne.
1247 au plus tard. Robert V, fils aîné de Guillaume XI, lui Kuccéda cette année au plus tard , dans le comté d'Auvergne, ' Son autorité dans cette province était fort restreinte par celle qu'Alfonse , comte de Poitiers et en partie d Auvergne , y exerçait en qualité de suzerain Les bourgeois de Riom s'étant adressés à ce prince, obtinrent de lui, l'an I24f) , des lettres qui leur accordaient les mêmes franchises et libertés , dont jouissaient ceux de Saint-Pierre-le-Moutier. (il/is. de Béthime<f
(i) Les nouveaux ducs d'Auvergne ayant établi leur domicile à Bioin, y attirèrent les plus lionuètes gens du pays, ce qui fit que Riom, d'une petite ville qu'il était auparavant, devint en peu de tems une ville considérable. Les principaux seigneurs auvergnats y firent Jjàtir des hôtels pour être à portée de leur prince. On y voit encore aujourd'hui l'hôtel de Montboissier , l'hôtel de Chàteaugai . celui de Montmorin ; et d'ailleurs il v eut quantité de gentilshommes qui vinrent s'y établir pour être ofQciers dans la maison du roi. Les Marillac , îes Arnaud , les Du Prat . lus Robert . les l'Hôpital , les du Bourg , les Cambrai, les d'Arbrouce , y prirent femmes, maisons et charges. On trouve dans les vieux papiers un JMérillac , secrétaire des commandements du duc; un Cambrai, intendant, dont le trcre fut fait archevêque de Bourges , un Rémi Arnaud , écuyer de Pierre de Beaujeu et du connétable, son gendre : c'est le bisaïeul du grand Arnaud, docteur; un Forget , maître-d hôtel , dont un descendant . portant son nom , était président à mortier, au siècle dernier; un Sirmond , parent du savaut Jésuite, et pr^îv^t du duc. ( Faydit , Eclaire, l'j sur la fia dt S. Amable. )
i)ÈS COMTES D"aU\ERGNE. t/^^
Vol. 9417, în-S"., pag. 246.) Rolic-rl , la même année tran-' sigca, le 28 avril , avec Gui de Dampierre , seigneur de Saint- Just, et Béraud , sire de Mercœur, procureurs ou lieutenants du sire de Bourbon pour le partage de la terre de Combraille. (Baluze. tJist. delà Al. d' AmK , tom. 11, pag. 107.) L'an i25i , le vendredi avant la Çuas/z/ior/o (i3 avril), autre accord de Robert avec Alix , sa mère et Arnoul j son beau-père , par lequel Alix lui abandonne le douaire qu'elle avait acquis par son mariage avec le comte Guillaume, la terre qui lui appartenait, de son cbef, dans le comté de Duras, et celle qui lui était contestée par le comte de Loss. (/(^jrf. , p. 109.) Robert, vers le même tems, fut excommunié par le pape Alexandre IV, pour avoir mis en prison Imberl de la Tour, chanoine de Paris^ qui contestait à Gui , frère du comte , l'abbaye de Saint- Germain de Lambron. Toute l'Auvergne était en combustion, l'an 1253, par les dissensions qui s'étaient élevées entre les principaux seigneurs de la province et les évêques de Clermont, du Pui et de Mende. Les prélats, ayant eu recours au priftce Alfonse , obtinrent de lui des commissaires, qui firent une enquête sur les lieux, sans y appeler les seigneurs intéressés. Ceux-ci , le comte Robert à leur tète , écrivirent au prince , pour se plaindre de cette manière de procéder, contraire â\iK usages de la province, qu'ils le supplièrent, de maintenir. J.^ lettre est datée du jour de Saint-Biaise (3 février) laSS. (v. si.) Le comte Kobert et l'évéque de Clermont ayant fait, Tan 128^, un compromis entre les mains de Raoul, comte de Genève, d'Arbest, seigneur de la Tour, et de Guillaume de Baffie , ces arbitres vinrent à bout de les réconcilier par leur jugement, rendu à Clermont, le vendredi après l'octave de saint Pierre ( 10 juillet.)
Le comté de Boulogne échut par héritage, l'an ixiGo, à Robert ,. du chef de sa mère Alix de Brabant , et comme donataire de Henri 111, duc de Brabant, son cousin. Il reçut, Paa 1262, à Clermonr, le roi saint Louis, accompagné de presque toute la noblesse du rovaume. Ce monarque , pendant sort séjour en cette ville , y lit célébrer le mariage de Philippe le Hardi , son fils , avec Isabelle d'Aragon , le 28 mai de celle année , jour de la Pentecôte.
Robert, l'an 1277 (n-st.), fit son testament le 11 janvier, par lequel il institua son héritier aux comtés d'Auvergne et de Boulogne , Guillaume , son fils aîné ; donna à Robert ^ le second , sa terre de Combraille , avec cent marcs d'argent ' ordonna que Godefroi , son troisième fils , embrassât la vie cléricale, ainsi que Guionnet , son quatrième fils, laissant ati premier des deux , tjrois cents livres tournois de revenu et dèu*^
t4f CHRONOLOGIE HISTORIQUE
cents à l'antre. (Gulonnet devint évêque de Tournai , Vsrt looo. ) Je veux, ajoulc-t-il, que Mall»ilde , ma fille aînée ^ soit mariée avec huit cents livres une fois payées. A Marie, sa deuxième fille , il lègue une somme de deux cents livres une fois payée , et veut qu'elle soit aussi mariée ; mais elle changea sa destination et se fit religieuse. A l'égard de sa femme, ElÉonohe de Baffie , il lui légua , pour sa vie, la terre de Chateau-neuf. Uobert mourut , à ce qu'on croit, le 7 du même mois , el fut enterré à l'abbaye de Bouschet. Après sa mort , le dauphin l\obert 11 , son beau-frère , fit opposition à son testament comme préjudiciable aux intérêts de Mathilde, sa femme , à laquelle il n'avait légué qu'une somme de cinquante livres. ( lôid. , p. 1 1 o. )
GUILLAUME XII
COMTE d'AuvERGTSE ET DE BOULOGNE.
1277. Guillaume Xll , fils de Robert V, lui succéda, l'art 1277 , aux comtés d'Auvergne et de Boulogne, C'est du moins ce que l'on croit. Dans le vrai, Ion ne trouve aucune maïque authentique de son existence depuis la mort de son père, sinon une charte qu'il donna l'an 1277 , étant dans le Boulonnais, en faveur de la communauté d Etaplcs. Kncore ne garantissonsnous pas cette charte , que nous ne citons que sur la foi d'uni moderne anonyme. Néanmoins, comme il est nommé dans le testament de son père il est à présumer qu'il lui survécut, et que par le droit d'aînesse , 11 lui succéda. Justel lui donne pour épouse la fille d'Humbert de Beaujeu , connétable de France, sans la nommer. On ne lui connaît pas d'enfants. U mourut au plus tard fan 1279, et fut enterrré dans l'abbaye de Bouschet.
[ROBERT VI , COMTE d'Auvergne et de Boulogne.
1279. Robert VI, frère de Guillaume Xll, se montre pour îa première fois, sous le titre de comte d'Auvergne et de Boulogne, dans son contrat de mariage, passé le 14 juin de l'an 1279, avecBEATRlx, fille de Falcon de Montgascon , el d'Isabelle de Ventadour. L'an 1297 , 1! servit le roi Philippe le Bel dans la guerre de Flandre, contre le comte Gui. Il y retourna l'an i3o2, et se distingua à la bataille de Courtrai , où Godefrol , son frère, perdit la vie. Le roi Pliilippe le Bel apprenant, l'an i3o3, que l'exemption de tous droits de péage qu'il avait, accordée, l'an 1297, aux maîtres et écoliers de l'université de Paris, dans toute l'étendue de . son royaume, ne s'observait.
DES COMTES D'aUVERGNE. i45
|5olnt Jans le comté de Boulogne, adresse au comte Robert un mandat en date du lundi après la Saint -Mari in d'iiivt^r , pour lui ordonner de laisser passer les écoliers , de quelque nation qu'ils soient, avec leurs effets, sans en exiger aucun droit. Uobert négligeant toujours de se conformer à la loi qui lui était imposée, Philippe, par un second mandat du 6 mai i3o4, chargea le bailli d'Amiens de veiller à l'exécution du premier. Il y eut encore, dans la suite, des difficultés à ce sujet. Mais enfin, l'an 1.^12, le roi, du consentement du comte , exempta du péage de Wissant les écoliers de Paris ; mais eux seuls , sans que le même privilège put s'étendre à quekju(^ autre personne que ce pût éire. (Du Boulai, Crevier. ) liobert, rani3i4, le 20 avril , fit son testament , par lequel , entre, autres dispositions, il confirma la décharge que son père avait faite de la iTiain-morteà ses sujets du comté d'Auvergne. Depuis cette époque on n'aperçoit plus de traces de son existence. Son corps fut inhumé dans l'église de Bouschet. Un moderne anonyme , sans citer de garant, le fait vivre jusqu'en ioi(S , et lui donne trois enfants: un fils , nommé Robert; et deux filles, .Teanne et Marie. Justel et Baluze ne connaissent que le premier de ces enfants, qui lui succéda.