‹ L'art de vérifier les dates (volume 4)Chapitre 58 sur 277 · DES DAUPHINS D'AUVERGNE. I · texte numérisé non relu

DES DAUPHINS D'AUVERGNE. I

après, sur les remontrances de la reine et du prince de Condé , sensibles à cette mésalliance de la cousine germaine du roi, ce monarque révoqua sa permission. Lauzun, outré de ce manque de parole, exhala sa fureur en invectives qui lui valurent dix ans

» votre langue aux chiens. Hé bien ! il faut donc vous le dire. M. de

» Lauzun e'pouse dimanche, au Louvre, devinez c|ul ? Je vous le

» donne en dix , je vous le donne en cent. iNîadame de Coulaiiges dit :

» Voilà qui est bien difficile à deviner ; c'est mademoiselle de la

» Vallière : point du tout, madame ; c'est donc mademoiselle de

» Retz : point du tout; vous êtes bien provinciale. ^ raiment nous

» sommes bien bêles, diles-vous : c'est assurc'inent mademoiselle de

■» Crequi. Vous n'y êtes pas; il faut donc à la fin vous le dire. Il

« e'pouse, avec la permission du roi, tnademoiseile mademoi-

» selle de mademoiselle Devinez le nom ; il e'pouse made-

» moiselle . ma loi. par ma foi, ma foi jure'e . mademoiselle, la

V grande mademoiselle, fille de feu jNIonsieur. mademoiselle, petite- » fille de Henri IV, mademoiselle d'Eu . jnademoiselle de Donibes

V mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d'Orléans. Alade- ») moiselle, cousine germaine du roi, ■Mademoiselle destine'e au » trône , Mademoiselle . le seul parti de France qui fût di»ne de » Monsieur. Voilà un beau sujet de discourir. Si vous criez , si vous » êtes hors de vous-même, si vous dites /jue nous avons menti, que »> cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle rail- » lerie , que cela est bien fade à imaginer, si enfin vous nous dites des w injures, nous trouverons (jue vous avez raison. ÎSous en avons fait » autant que vous. »

Dans la lettre suivante du vendredi ig de'cembre . elle disait : « Ce cjui s'ap[)elle tomber du haut des nues, c'est ce qui arriva hier

>> au soir aux Tuileries. Mais il faut reprendre les choses de plus

» loin Ce fut donc lundi que la chose fut dëclare'e . comme vous

i> avez su. Le mardi se passa à parler, à s'e'tonner, à complimenter,

w Le mercredi , Mademoiselle fit une donation à M. de Lauzun,

» avec dessein de lui donner les litres, les noms et les ornements

>» nécessaires pour être nommé dans le contrat de mariage, qui fut fai t

» le nîème jour. Elle lui donna donc, en attendant mieux, quatre

» duchés. Le premier . c'est le comté d'Eu , qui est la première pairie

» de France et qui donne le premier rang : le duché de Montpensier,

» dont il porta hier le nom toute la journée; le durhé de Saint-Far-

» geau , le duché de Chatelleraut ; tout cela estimé vingt-deux mil~

» lions Le contrat fut fait ensuite où il prit le nom de Montpensier.

» Le jeudi matin , qui était hier. Mademoiselle espéra que le roi

» signerait comme il l'avait promis; mais, sur les sept heures du soir,

» sa majesté , étant persuadée par la reine, par iVlonsieur et plusieurs

» barons, que cette affaire fai.ait tort à sa réputation, il se résolut

« de la rompre; et, après avoir fait venir Mademoiselle et M. de

« Lauzun, ii leur déclara . devant ÎNI le Prince, qu'il leur défendait

X de plus songer à ce mariage. Î\I. de Lauzun reçut cet ordre avec tout

» le respect . toute la souiniisiou , toute la fermeté et lout le désespoir X. a3

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de prison au château de Plgnerol. Remis en liberté moyennant la cession que la princesse fit le 2. février if)8o, de la principauté de Dombcs, au duc du Maine, il l'épousa la même année ou la suivante en secret. Mais elle ne tarda guère à se repentir d'un engagement qu'elle avait si passionnément et si persévéramment souhaité. Lauzun d'amant respectueux, devenu mari insolent , la traita avec si peu de ménagement, qu'elle fut obligée de le chasser (1). X.'an 1682, elle fit encore donation du comté d'Eu, mais sous la réserve de l'usufruit , au duc du Maine. Cette princesse, au sein de l'opulence, finit ses jours dans l'obscurité, au palais d'Orléans, dit aujourd'hui le Luxembourg, le 5 avril iGgS , dans la 6G^. année de son âge, et fut enterrée à Saint-Denis. Pour son malheur, elle avait hérité des défauts de son père , qui l'empêchèrent de goûter les fruits de l'opulente succession de sa mère. Fantasque, impétueuse, Intrigante comme lui , elle ne sut point mettre à profit les avantages que la nature et la fortune , disons mieux, la Providence, lui avait départis pour être heureuse autant qu'il est possible de l'être dans ce monde.

» que méritait une si grande chute. Pour Mademoiselle , suivant son » humeur, elle éclata en pleurs, en cris, en douleurs violentes, en •» plaintes excessives ; et tout le jour elle a gardé le lit sans rien avaler » que des bouillons. Voilà un beau songe , voilà un beau sujet de j) roman ou de tragédie , mais surtout un beau sujet de raisonner et de » parler éternellement. C'est ce que nous faisons jour et nuit , soir et 5) matin, sans fin, sans cesse. Nous espérons que vous en ferez autant » ( Tome i , Lettres IX et X à madame de Coulanges. )

(i) Lauîun exerça sur celte princesse un tel empire, qu'un jour, à Ci; qu'on prétend , revenant de la chasse , il osa lui dire : Louise d'Orléans, tire-moi mes bottes, La princesse s'étant récriée sur cette insolence, il fit du pied un mouvement qui était le dernier des outrages. Le lendemain, il revint au Luxembourg. Mais la femme de Lauzun se r.ippela enfm qu'elle avait failli à être la femme d'un empereur, et en prit l'nir et le ton. Je t'ous défends , lui dit-elle , de vous présenter jamais daant moi Lauzun fil de vains efforts pour rentrer en grâce. Un de SCS amis ayant présente une lettre de sa part à la princesse , elle la prit et la jeta au feu en sa présence sans l'avoir lue. Elle ne voulut pas même le revoir à l'article de la mort.

DES

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