‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 102 sur 416 · ET ROIS C^RETIE^S D ARMENIE. III · texte numérisé non relu

ET ROIS C^RETIE^S D ARMENIE. III

après avoir inutilement sollicite l'assistance des princes cliréliens. Kliodabandeh , frère et successeur de Casan , envoya Balargan, l'un de ses ge'ne'raux, en Arménie, pour en chasser les Miisulmans. Il j vint en personne l'an i5n^. Mais le re'gent et le jeune roi n'e'tant pas venus avec assez de promptitude au devant de lui, ce barbare prit pour une marque de me'pris ce retardement. Alton et Livon étant enfin arrives à sa tente, il les fait tuer avec toute leur suite, ensorte qu'il ne resta personne pour aller annoncer la nouvelle de ce massacre ( Chron. MSS. Franc. TJ^alsingham. Bzov. ) . Le cavalier Lore'dano met sur le compte de Balargan cette atrocité' , dont il donne pour motif le refus qu'avait fait A'JL^j^^e remettre entre ses mains l'importante forteresse de INavai'zan. il change aussi l'e'poque et les circonstances de Taction , en disant que ce fut l'an 1^99, dans un festin , où il avait invite' Livon et son oncle , que la tragédie se passa. Mais il y a lieu de douter de ce re'cit , attendu que l'historien Alton parle toujours avantageusement de Balargan qui avait , dit-il , embrasse' le Christianisme à la persuasion de sa femme. D'autres pre'tendent que ce fut à l'instigation des Sctiismatiques qu'Aitoa fut mis à mort , pour avoir fait tenir , en iDo^, le concile de Sis , où l'église d'Arménie se réunit à l'église romaine ( f^oj'-ez les conciles). Le P.Etienne de Lusignan , dans son Histoire des rois de Chypre , donne pour femme au roi Alton 11 , Marie , fille de Hugues IJI , roi de Chypre. Mais il est certain qu'elle e'pousa Jacques II, roi d'Aragon. ^Vadingue, dans les Annales des ]\lineurs, tombe dans une autre méprise en confondant les deux rois Alton. Enfin, Lorédano lui-inèine (L. 5, p. 253), commet une autre faute en ne distinguant pas le second de ces deux princes d'Alton , seigneur de Curco , place forte sur les frontières d'Arme'nie.

OISSIM.

1507. OissiM , appelé par quelques uns Ciiioyssim, ou plutôt Chir-Oyssim, frère d'Ailon, succéda à Livou , son neveu, dans le royaume d'Arménie, par le choix des barons. Balargan pressait alors le siège de Navarzan, soit de son propre mouvement, soit par ordre de son maître. Mais le défaut de Vivres l'obligea d'abandonner l'entreprise, et de s'en retourner en Tartarie. Oissiin , dans les divisions du royaume de Chypre, tint le parti d'Amauri, qui était son beau-frère j et celui-ci lui ayant envoyé le roi Henri qu'il avait fait arrêter, Oissim le retint prisonnier dans le château de Lauibron. L'an i5io, après la mort d'Amauri , le pape Clément V obtint la délivrance de Henri, qui fut échangé avec Isabelle, veuve d'Amauri, que les partisans de Henri avaient

ÎÎ2 Clin. HIST. DES GOUVERNEURS

réciproquement fait prisonnière au moment qu'ils poignardèrent son mari. Mais il resta toujours un levain de dissension entre les doux rois , qui formaient des re'pe'tilions l'un sur l'autre. Oissiin offrit, l'an i5i f , de s'en rapporter sur ses prétentions, au jugement du pape Clément V. [ Raynald. ^ ad hune an. n. 77.) Les Sarrasins avant recommencé leurs courses en Arménie , l'an 1317 , Oissim eut recours aux princes chrétiens dont il ne paraît pas qu'il ait tiré de grands secours. On voit que les Sarrasins n'avaient pas encore abandonné ce pays en i52o. {Rajnald. , ad an. iSiy, «. 55, ad an. i320, n. i\.) Oissim dans le même tems était en guerre avec le roi de Sicile et avec le roi de Chypre. Le pape Jean XXII ménagea une trêve eutr'eus, et chargea, l'an i520, les Génois de travailler à la convertir en une paix solide. Oissim ne passa point celte année. Il avait épousé Jeannk, appelée jîar quelques-uns IrÈ\e, fille de Philippe de Sicile, prince de Tarente , de laquelle il eut un fils qui suit, et un autre nommé Georges. Oissim montra du zèle pour la réunion de l'église d'Arménie à l'église romaine. Ce fut par ses soins et en sa présence que se tint, l'an i5 16, le concile d'Adena, où l'on confirma les décrets du concile de Sis. {f^oj. les conciles.)

LTVON IV.

i520. LivGX , fils d'Oissim, lui succéda, en bas âge, au royaume d'Arménie, sous la tutele de sa aière. Celte princesse , pour s'appuyer de quelque personne puissante, se remari.?. , sans dispense du pape, au seigneur de Layasso, qui était oncle du roi. Les barons d'Arménie, scandalisés de celte alliance, eu ^ témoignèrent leur mécontentement j à quoi la reine ne répondit que par une plaisanterie , disant que la j^remière femme qui pécha en fut quitte pour demander pardon. Ce discours ne fit que les irriter. Le sultan d'Egypte, instruit de la division qui régnait en Arménie , profita de l'occasion pour y faire une nouvelle irruption. Il y entra avec plus de trente mille chevaux et fit un si grand nombre d'esclaves, qu'embarrassé de la multitude, il en fit massacrer une partie. Presque toutes les places de la plaine se rendirent à lui sans beaucoup de résistance. Les Arméniens se sauvèrent dans celles de la Montagne, près desquelles s'étant approché, il fut défait dans les gorges vers le commencement de l'an i322. Henri, roi de Chypre, quoique mécontent des Arméniens , eut la générosité de leur envoyer en cette occasion du secours. Abousaid, prince des Tarfares à la soUicitalion du pape Jean XXII , leur ameua, de sou côté, vingt

ET ROIS CHRÉTIENS d'aRMÉNIE. Ii5

YmWe clicvaux. Avec ces renforts les Arme'niens chassèrent de leurs pays les Sarrasins qui, pour se venger, allèrent faire une descente en Chypre. Livon conclut, l'anne'e suivante (i525) tîne trêve de quinze ans avec le sultan , moyennant un tribut de cinquante mille florins qu'il s'engagea de lui payer. Il fit aussi vers le même tems un traite' de paix avec le roi de Chvpre. Mais les Sarrasins rompirent la trêve dès l'anne'e suivante , et recommencèrent leurs courses en Arme'nie , gu'ils continuèrent jusqu'en 041 • On peut juger de l'extre'mite' oîi ils re'duisirent ce royaume , par les fre'quenfes ambassades que Livon envoya aux princes chrétiens pour en tirer du secours. Plusieurs d'entre eux (mais on ne les nomme point) lui amenèrent des troupes avec lesquelles il livra , l'an i55o , une grande bataille aux Sarrasins dans la plaine de Layasso , en Arménie , où Casan, roi de Tharse, demeura sur la place avec cinquante-huit mille des siens , les Chrétiens en ayant seulement perdu sept mille. ( Knighton , p. 2559). INîais cet avantage n'eut pas de suite. Les Musulmans revinrent en force en Arménie et continuèrent de désoler ce pays. Livon , poussé à bout , envoya des ambassadeurs en France pour exposer sa détresse au roi Philippe de Valois , dont ils furent bien accueillis. Ce fut alors que ce monarque lui donna une somme de dix mille florins d'or pour servir à la garde de ses châteaux , par des lettres dont l'original se conserv?à la chambra des comptes de Paris. Elles méritent d'être mises sous les j-eux de nos lecteurs qui les chercheraient en vain dans les monuments de notre histoire , publiés jusqu'à ce jour. « Philippe par la grâce » de Dieu, roy de France , à nos amés et féaux les gens de nos » comptes et nos trésoriers à Paris , salut et dilection. Pour ce » que nostre très-chier cousin le roy d'Arménie nous a se^nefié )) que les Sarrasins de par de là le guerroyoient effbrciement , )> nous volons li faire aide , pour ce qu'il puisse miex garder ses » chastiaux et son pays, et résister ausdits Sarrasins, si que ledict » pays d'Arménie, qui est pays convenable, si comme l'en dit , » à recevoir nous et nos gens , se nous nous y transporterons » pour le saint voyage d'Outremer , douquel faire Dieu aydant, )) nous avons grant dévotion et désir , soit retenu et ne puisse 0) estre prins ou grevé par les Sarrasins mescreans , avons donné » audict roy, donnons de grâce especial par ces lettres diz mille )> florins d'or de Florence , pour estre convertis en la garde des 5) dicts chastiaux et pays , lesquels nous volons que li soient » payés , ou à son certain mandement , eu ti-oiz ans. Si vous )) mandons que les diz mille florins dessus dis vous li assenez » sur aucunes de nos receptcs , et mandés à nos receveurs sur » lesqués vous les assencrés , qui les payent au certain mande- V. ,5

I l4 CHU. HIST. DES GOLVERKECRS

» ment dou dit roy cii trois ans procliains , venans à deux tcr- » mes en l'an , c'est à sçavoir, à Noèl et à la S. Jehan , le premier » terme en commençant à Koël prochain venant. Et nous vo- » Ions et nous mandons que iceux diz mille florins ainsi payes 3) vous aloe's ez comptes des dits receveurs qui les payeront , ï> en vous rapportant les lettres par quoy vous les y aurez as- >» senës , et quittance de ceuls qui les recevront pour le dit roy, » qui auront de li pouvoir de recevoir. Donne à Paris le i r » jour de juign , l'an de grâce mil ccc trente deux. » On pre'tcnd que Livon vint lui-même quelque tems api'ès trouver en personne le roi de Fiance. Ce qui est constant , c'est que le pape Jean XXII, presse par Philippe de Valois , publia une croisade, l'an i555, eu faveur du roi d'Arménie ^ que non-seulement le roi de France , mais ceux de Bohême , de Navarre , d'Aragon , prirent solennellement la croix j qu'on fit de grands prëparatils en divers lieux pour cette expe'dition j et qu'enfin le départ des croise's , dont le nombre grossissait de jour en jour , e'tait fixé pour l'anne'e i556. Mais la mort du pajje , arrive'e au mois de décembre i554, fit évanouir ce magnifique projet. Livon , réduit à ses propres forces, se retrancha le mieux qu'il put dans les montagnes, d'oii il descendait de tems en tems dans la plaine, lorsque l'occasion était favorable pour donner la chasse aux coureurs des SarrtJsins. Ce qu'il y eut de plus fâcheux pour lui, c'est qu'il avait pour ennemis non-seulement ces infidèles , mais ses propres sujets dont il avait encouru la haine , parce qu'il sem-. blait les négliger. On le voyait en eÛët, par complaisance pour sa femme , préférer des gentilshommes latins, pour les emplois^ à la noblesse du pays, et les mœurs et usages de ces étrangers , à ceux des Arméniens. Enfin, cette haine en vint au point qu'ils l'assassinèrent en i544> selon Yillani (L. 12, c. 5 }. 11 avait épousé , l'an 1329 , Constance , dite aussi Elécnore, fille de Frédéric , roi de Sicile , et veuve de Henri II , roi de Chypre. Il ne paraît pas qu'il en ait eu des enfants. Elle mourut avant lui ; et il était remarié , lorsqu'il fut assassiné, avec la fille du prince de Tarente et de Morée , nièce de Robert, roi de Naplcs (Villaui, ibid.).

On tint, sous le régne de Livon IV, l'an i35o, un concile à Kherna, auquel présida le P. Barthélemi le Petit, dominicain, évêque de Malaga et légat du saint-siége , en présence du prince Georges , frère du roi. Tout ce que le concile de Sis avait fait eu i5o7 pour la réunion , y fut confirmé. Mais on ne put vaincre la répugnance des Schismatiques. Ils protestèrent contre ce concile , et maltraitèrent ceux qui s'y étaient soumis. Le domicile du patriarche était-à Sis , depuis que, vers le milieu du onzième

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sii^'cle , les incursions des Turcs l'avaient obligé d'abandonner Sebaste, où e'tait auparavant son siège.

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