CONSTANTIN
i55i. Constantin avait succède', en i55i , à Constant. Ce fat cette anne'e que le pape Clément VI envoya deux nonces en Arme'nie avec une lettre au roi Constantin pour l'engager à concourir avec eux à l'extirpation des erreurs qui infectaient l'église de ce royaume. Ce fut de son tems que Pierre, roi de Chyjire , envoya Robert de Tolose, chevalier anglais , avec des troupes en Arménie , et que lui-même , avec ime armée «avale de 5o galères , assisté des clievalicrs de Rhodes, vint mettre le siège devant Satalie, dont il se rendit maître, et réduisit ensuite tous les petits seigneurs de Cilicie à lui payer tribut; ce que le cavalier Lorédano rapporte à l'an i362. Quelque tems après, les Turcs étant venus assiéger Curco, le même roi y envoya le prince , son i'rère, le seigneur de Tyr, et le sénéchal de Chypre, avec dix galères et quatre vaisseaux de guerre, qui obligèrent les Turcs à se retirer : événement que le même auteur fixe à l'an ]366. Constantin n'existait plus en iSya. Makie , sa veuve, se voyant attaquée de tous côtés par les Turcs, eut recours cette année au pape Grégoire XI , et lui envoya Jean, de l'ordre des frères mineurs , archevêque de Sitri, son ambassadeur, pour l'engager à procurer à l'Arménie, par son entremise, les secours des princes d'Occident. Grégoire en effet écrivit de toute part aux puissances européennes, et même jusqu'en Chypre, eu faveur de l'Arménie j et sur la proposition que lui fit l'ambas-
ET ROIS CHRÉTIE^"S d'aRMÉxNIE, II7
sacleur (îe Marie, qu'il serait à propos qu'elle prît alliance avec quelque prince puissant de l'Occident, il jeta les yen:: sur Otton de Brunswick, cousin de Jean, marquis de Montferrat, dont il avait conduit les troupes, et qni d'ailleurs était allie' aux rois de Chypre. Otton était à la vérité' sans duclie , n'étant que le cadet de sa maison- mais il e'tait en re'putatlon de valeur et ne conduite. En épousant la reine d'Arménie, il eût pu rëlahlir les affaires de ce royaume. Ce mariage neanmcin?, par des raisons qu'on ignore, n'eut point lieu, et le prince de Brunswick obtint depuis la main de Jeanne, reine de Naplcs. Il faut convenir que l'histoire est ici couverte d'un nuage fort e'pais. Entre les rois Constantin et Livon qui mourut à Paris, il y eut un autre roi d'Arménie dont le nom ne paraît pas avec certitude dans les auteurs. Ce dernier étant quaUfié dans son e'pitaphe Quint Roy Latin, il faut qu'il y en ait eu quatre qui l'aient précédé, dont le premier fut Gui de Lusignan, le deuxième Constant, le troisième Constantin, et le quatrième qui fut le prédécesseur de Livoa Y } car tous les autres furent de race arménienne.
N. (peut-être DRAGO.)
N. successeur de Constantin au royaume d'Arme'nie , était vraisemblablement le fils de ce prince qui l'aura laissé en bas âge sous la tutèle de sa mère. Il est nommé Léon ou Livon , par Etienne de Lusignan et Lorédano. INIaîs eelui-ci se trompe visiblement en le confondant avec le dernier roi d'Arménie. Du reste ces deux écrivains s'accordent à dire que ce Livon , après avoir perdu tous ses états qui lui furent enlevés par les Turcs, tomba lui-même entre les mains de ces infidèles, qui le firent mourir avec sa femme et son frère. Lorédano ajoute que sa mort fut l'effet du poison qu'ils lui donnèrent pour n'avoir pas voulu embrasser leur religion. D'autres disent qu'ils l'étranglèrent sur l'avis qu'ils eurent qu'il avait traité avec des marchands sarrasins pour s'échapper de leurs mains. Quoi qu'il en soit, il y a très-peu de fond à faire sur le nom de Léon ou de Livon, qu'on donne à ce prince. Il nous paraît beaucoup plus vraisemblable qu'il s'appelait Drago. On voit en efletdans le cabinet du roi deux pièces de monnaie d'argent , frappées au nom d'un roi chrétien d'Arménie, qui est nommé D^ago, et ne peut être que le prédécesseur du dernier roi de ce pays. Sur un des côtés de la première on voit une sainte à demi corps avec l'auréole et cette inscription en lettres gothiques : Drago rex Armi.n. L'autre coté de la même pièce est parti de manière qu'au premier est uu dauphin en pal, et au second une femme à demi-corps,
llS CHP». IIIST. DES GOUVERNEURS
ëchevelee , regardant le dauphin , avec ces mots ponr devise : MoNETA MACRi. cnio. La deuxième pièce de monnaie d'un côte représente im buste d'homme sans barbe , tenant un globe d'une main avec celte le'gende : Draoo rex Armex. Agapi. Le revers est semblable à celui de la première pièce, à l'exception de la tête du dauphin qui ressemble à celle d'une femme. Ce fut vraisemblablement après la mort de ce roi Drago que les seigneurs d'Arme'uie élurent, en i568, pour remplir le trône vacant, Pierre I, roi de Chypre. Pierre e'tait alors à Rome 5 et le jDrince Jacques , son frère , vint prendre possession du royaume d'Arme'nie en son nom. Mais cotte élection n'eut point d'autre suite. Pierre mourut en Chypre au commencement de l'anne'e suivante sans avoir mis le pied en Arménie, et sans y avoir fait aucun exercice de son autorite'.
LIYON V , ou LIONNET.
LivonVdeLusignan, dernier roi d'Arme'nie, estprincipalement connu par ses malheurs. Us furent tels que les Turcs , e'tant entres dans ~ee royaume, en conquirent rapidement toutes les places qui leur restaient à prendre, excepte' celle de Curico ou Curco , (en latin Coryciis) en Cilicie , que les Ge'nois, qui en avaient la garde , défendirent long-tems contre ces infidèles. Livon, chasse' de ses e'tats , se rendit en Chypre, d'où il passa en Italie, et de-Ià en Caslille, puis il vint en France à la cour du roi Charles Y, qui lui fit un ge'ne'reux accueil, et lui assigna pour sa demeure l'Hôtel de Saint-Ouen , près de Saint-Denis. Le tems de son arrive'e en ce royaume doit se rapporter à l'an 1578, et non i385 comme le marquent certains auteurs. Pendant son séjour en France , Livon fit ses efforts pour intéresser les princes à son rétablissement. Mais les conjonctures ne lui étaient nullement favorables. La guerre qui était entre la France et l'Angleterre ne loermettait pas aux souverains de ces deux monarchies de transporter leurs forces en Orient. Livon s'entremit pour les réconcilier, et passa dans ce dessein, après la mort de Charles V, l'an i585, en Angleterre, où le roi Richard II le reçut avec distinction. Mais tout ce qu'il put obtenir de ce prince, ce furent des présents avec une pension annuelle de vingt mille marcs dont il le gratifia à l'exemple du roi de France qui lui en faisait une de 5oo livres par mois, comme le témoigne Froissard (vol. 5, c. 23). D'autres princes qu'il visita lui firent de semblables libéralités; en sorte qu'au rapport de Walsingham ( at/ an. i586, p. 521-526), il devint plus riche dans son exil qu'il ne l'avait été sur le trône. Enfin après environ quinze ans de