‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 106 sur 416 · ET ROIS CHRÉTIENS D ARMÉNIE. II · texte numérisé non relu

ET ROIS CHRÉTIENS D ARMÉNIE. II

séjour en France, il mourut à Paris l'an i^QD , el fut enterré aux Ce'lestins de cette ville à côte' du grand autel , où il caL repre'sente' en marbre blanc, couvert d'un manteau royal, avec la couronne non ferrae'c en tête , le scejUre à la main , couché sur un tombeau de marbre noir, enfonce dans le mur sous une arcade, avec ces deux inscriptions: Cj- gist Lyon, Roj' d'Arviéiiie. Priez Dieu pour lui. Et plus bas : Cj' gist le irès-nohle et très-excellent prince Lyon de Lisi§nan , Ciuint Roi Latin du rojaulme d' Arménie , qui rendi Vame à Dieu à Paris le xxix^ jour de Novembre l'an de grâce m ccc xcni. Ses armes V sont représentées d'Arménie, parties de Jérusalem et tiercées de Lusignan. L'Arménie est d'or, au lion couronné de gueules, brisé sur l'épaule d'une croisette d'or. L'histoire de Charles VI , remarque qu'en mourant, Livon fit un testament, par lequel il partagea les grands biens qu'il laissait en quatre parts, dont la première fut destinée pour les pauvres et les religieux mendiants; la seconde pour Gui, son fils naturel, archidiacre de Brie; la troisième pour ses domestiques ; la quatrième pour les intendants de sa maison. Elle ajoute que son corps fut porté aux Célestins, revêtu d'ornements royaux blancs, sur un lit de parade de même couleur, ayant près de sa tête la couronne d'or, accompagné des gens de sa maison , pareillement vêtus eu blanc, suivant la coutume d'Arménie. Ce prince, suivant le portrait que nous en ont transmis les écrivains du tems, était tort petit, mais d'une figure agréable, spirituel et plein de raison. Comme il était mort sans postérité légitime, Jacques, roi de Chypre, se prétendant son héritier au troisième degré, se fit couronner roi d'Arménie, de même qu'il s'était déjà fait couroimer roi de Jérusalem. 11 eut ainsi le titre de roi de trois monarchies , lui qui à peine en possédait réellement une.

Nous terminerons cet article par le tableau suivant de l'état présent de l'Arménie, tracé par le P. Moimier, missionnaire dans ce pays. «On loue en eux (les Arméniens) un sens droit, )) leur prudence, leur habileté dans le commerce, leur applica- » tion continuelle et infatigable au travail , un fonds de bonté )) naturelle qui les lie aisément avec les étrangers , qui exclut » d'eux toute querelle , pourvu que l'intérêt ne s'en mêle pas. n Les défauts qu'on leur reproche sont ceux de presque toutes » les nations, d'aimer le gam et le vin. Mais il faut dire à leur » louange , qu'il n'est peut-être pas un peuple au monde plus » susccj)tible de sentiments de religion et plus constant à les D suivre, lis aiment les discours et les livres de piété; ils n'épari) gnent rien pour la décoration de leurs églises , qui sont les » mieux ornées de tout l'Orient. Le Christianisme qu'ils pro-

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» fessent a joour eux de grandes rigueurs ; il les oblige à des » jeûnes longs et austères, qu'ils observent avec une re'gularite' j) si scrupuleuse, qu'ils ne s'en dispensent ni pour cause de longs 3) et pe'nibles voyages oii leur commerce les engage , ni même » pour cause de maladie : leur fidélité' à s'acquitter de la prière » n'est pas moins e'dlfiante.... Le commerce ayant fait sortir les 5) Arméniens de leur pays , ils se sont e'tablis par des colonies » volontaires dans presque tous les endroits où ils l'ont exercé , )' dans la Géorgie et les provinces voisines, dans la Perse, dans » la Turquie, dans la petite Tartarie , jusqu'en Pologne, et dans » les aulres lieux où les guerres qui ravageaient leurs provinces

» les ont contraints de se re'fugier Les infidèles, qui sont

j) leurs mailres, exercent sur eux un dur empire. Ils les chargeut » d'impôts et les exigent avec violence; ce qui entretient dans ?> les esprits de toute la nation une timidité' qui passe des pères )) aux enfants. Ils aggravent evix-mêmes leur propre .servitude , » faisant e'clater au deliors des dissensions et des jalousies mu- » tuelles qui servent de prétextes à leurs maîtres pour leur faire )) des avanies et en tirer de grosses sommes. Il n'y a point de » noblesse parmi eux, non plus que parmi les autres peuples de » l'Orient.... Une grande partie de la nation est occupée des » travaux de la campagne. » ( Noiiv. Mém. des Miss, de la C <ieJ. T. iii,p. 46-52.)

DES

ROIS LATINS, ou FRANCS DE CHYPRE.

L'Ile de Chypre , l'une des plus grandes de la Me'di terra née prise sur les Grecs par les Arabes vers l'an 6^7, reprise ensuite par ses anciens maîtres , fut long-tems gouverne'e par des ducs, sous l'autorité' des empereurs de 'Constantinoplc. Isaac Comnène , s'y étant fait recevoir en cette qualité', l'an 1182 , sur de fausses lettres de l'empereur Andronic , s'e'rigea bientôt en souverain , et en exerça les droits avec la cruauté' d'un tvran. L'an 1191 , Richard I, roi d'Angleterre, allant par mer à la Terre-Sainte avec une ilolle considérable, trois de ses vaisseaux , sépare's des autres par une tempête , viennent e'cliouer au port de Limisso , ville voisine de l'ancienne Arnathonte. Isaac, allie' du sultan Saladin ^ j e'tant accouru , fait saisir au sortir des eaux , de'pouiller et jeter dans des cachots ceux qui purent e'chappcr au naufrage. Le vaisseau qui portait la sœur de Richard, et son e'pouse future, s'e'tanC pre'sente' ensuite devant le port , on lui en refuse l'entre'e. Les deux princesses étaient sur le point de pe'rir , lorsque Rithard arrive enfin avec une partie de sa flotte. 11 les recueille, et envoie par trois fois redemander ses gens injustement de'tenus. Sur autant de refus accompagne's de menaces , il ordonne la descente, et saute le premier à terre, Isaac, après un grand carnage des siens , prend la fuite , et se sauve dans les montagnes voisines, où la nuit qui survient ne permet pas de le poursuivre. L'aurore reparait à peine, qu'il se voit assailli dans son camp par l'arme'e de Richard. Une fuite jDre'cipitëe est encore sa ressource. Mais ce qui acheva de le de'concerler, ce fut l'arrive'e de Gui de Lusignan , de Geoffroi, son frère, de Livon , prince d'Arménie , de Boe'mond, prince d'Antiorhe et d'aulrcs seigneurs de Palestine, qui tous abordèrent le lendemain en Chypre. Isaac, se voyant abandonné des siens y

envoie demander la paix. Elle lui est accorde'e à des conditions très-dures , dont une porlait qu'il se reconnaîtrait vassal de la couronne d'Angleterre. Il se rend au camp de son vainqueur pour signer le traite'. Mais s'e'fant e'vade' presqu'aussitôt , il fait dire à Piichard , d'un lieu où il se croit en sùrcte' , qu'il se de'dit de toutes les conventions. Cette déclaration remet au monarque anglais les armes à la main. Toute l'ile est conquise en peu de jours Isaac , trahi par un de ses officiers, est pris Et amené' à Ricliard qu'il supplie de lui e'pargner la vie et de ne poiTit le mettre dans les fers. « Le roi, par dc'rision, le « fait lier de cliaines d'argent et le donne en garde à Raoul « son chambellan. Après s'être saisi de ses trésors, il établit « l'ordre nécessaire pour la conservation de sa conquête, « laisse la garde dj l'ile à Richard de Camville et à Robert " de Turnham, et part pour Saint-Jean d'Aci-e , où Philippe , <( roi de France, l'attendait pour la prise de cette place fameuse, « dont il voulait partager l'honneur avec le roi d'Angleterre, (( Richard fait transporter son prisonnier à Tripoli; et Raoul « étant mort, il le mit sous la garde du grand-maître des « Hospitaliers, qui l'enferme dans le chàleau de Margat. Il en « coûta aux seigneurs de Chypre la moitié de tout ce qu'ils « possédaient pour obtenir la confirmation de leurs lois et des « privilèges dont ils jouissaient avant la tyrannie d'Isaac. « Celui - ci , quelques années après , ayant corrompu par « argent le gardien de sa prison, se mit en liberté. Sa parente « Euphrosvne, femme de l'empereur Alexis l'Ange qui régnait «( alors , engagea son époirx à lui pardonner tous ses forfaits et « à le rappeler à sa cour. Isaac refusa cette grâce , disant qu'il « avait pris l'habitude de eoTïmiander , et perdu celle d'obéir. « Au bout de quelque tems, comme il cabalait en Asie pour « exciter une révolte, il fut empoisonné par son échanson , « qu'on croit avoir été payé par l'empereur. Sa tille demeura « au pouvoir de Richard. Après avoir été fiancée au duc « d'Autriche , qui mourut avant qu'elle fût arrivée (i), elle « épousa un seigneur flamand; et celui-ci demanda inutile- « ment la restitution du royaume de Chypre , comme lui « appartenant du chef de sa fe;nme. Pendant que le roi « d'Angleterre était devant Acre, Richard de Camville mou- 0 rut, et les Grecs, s'étant révoltés, se donnèrent pour roi

(i) M. le Beau se trompe à cet égard. LJopold V, dit le Vertueux , qui était alors duc d'Autriche , était marié, dès raan74> ^^'cc Héicue, fille de* C'iza II, roi de Hongrie, laquelle ne monriu qn'ea iigr), cinq ans après son ''poux, dvcédé l'an ii94- ( T'ayez les ducs d'AïUjiche. )

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