IX. MAHOMET II
855 de rh(^gire ( i45t de J. C). Mahomet II, fils d'Amurath H, fut proclame siiîtan une seconde fois, trois jours après ]a mort de son père, à l'âge de vingt ans. Ce prince, la terreur de l'Europe , renversa deux empires , conquit douze royaumes, et prit sur les Chre'ticns plus de deux cents villes. Il avait reçu de la nature d'excellentes qualile's , un cor])s robuste, un esprit vif, fe'cond en ressources et propre aux sciences ; mais jamais prince ne manqua plus des qualite's qui font l'honnête liomine. Il n'avait ni foi ni loi, comptait la probité pour rien, et se moquait de toutes les religions , sans excepter celle de son proplièfe. L'an de l'he'gire 857 , le 22 de rabie' I (2 avril i455 de J. C.)» il met le siège, avec une armée de trois cent mille hommes, devant Constaiitinople , qu'il emporte d'nssaut le 20 de dgioiimadi I (2g mai), après cinquante-huit jours de tranchée ouverte. On a parlé ci-devant {Vnjez les empereurs grecs) de l'expe'dient qu'il imagina pour faire entrer ses vaisseaux dans le port de cette ville, ferme par une double chaîne de fer. Maigre' le succès de celte eriffeprisc e'tonnante, il fut plusieurs fois sur le point de lever honteusement le siège, tant il e'tait rebute' de la vigoureuse résistance des assièges, et de la diligence avec laquelle ils réparaient dans la nuit les brèches qu'il avait faites durant le jour à leurs murs. Enfin, par un dernier effort de rage et de cruauté, il prit le parti de faire un pont des corps de ses propres soldats. La dernière attaque commença par les plus faibles et les plus timides, qu'on contraignait, à coups de bâton et de cimeterre, d'aller à une mort certaine; et lorsque les fosse's furent comble's des cadavres de ces malheureux , il fit sonner la charge et fit avancer ses meilleures troupes. Les Chrétiens, fatigués du carnage, ne purent tenir long-tcms contre leurs efforts ; et la rnort de l'empereur grec , qui se fit tuer en affrontant le danger, acheva de les déconcerter. Le combat ayant alors cessé, la ville fut en un instant remplie de Turcs. Les soldats effrénés pillent, violent, massacrent et continuent ces horreurs pendant trois jours. Enfin, Mahomet arrive et fait cesser le carnage; il rend même aux prisonniers la liberté, et fait faire à l'empereur des obsèques dignes de son rang. II accorde aux vaincus le libre exercice de leur religion, donne l'investiture à leur patriarche, suivant l'ancienne coutume des empereurs grecs . et lui assigne ] église des Douze-Apôtres, à la place de celle de Sainte-Sophie, qu'il convertit en mosquée. Enflé de cette conquête, il envoie .ses troupes victorieuses dans la Tlirace et la Macédoiue, où elles n'éprouvèrent presque aucune résistance. En moins d'une année.
plus de quarante places fortes de ces deux provinces subissent le •joug. De là elles passent en Albanie , où elles n'ont pas le même succès Scanderberg les arrête , et les de'fait en plusieurs rencontres. L'an de J. C. 1456, Mahomet vient as5ie'e;er Belfirade, au tnois de juillet. Huniade vole nu secours de la place , bat la flotte du sultan avec la sienne sur le Danube, débarque ses troupes dans la ville, et force Mahomet, le 22 du même mois de juillet (et non le 6 août"), de lever le sie'ge , après avoir perdu quarante mille hommes. Huniade meurt le 10 septembre suivant. Mahomet, en apprenant cette nouvelle, se plaint de n'avoir plus de têle assez cc'lèbre sur laquelle il puisse venger l'affront qu'il a reçu devant Belgrade. L'an i458 de J. C. , Mabomct fait de grands ])iogrès dans la Morée , prend Corinthe, Athènes, et rend fout le pays tributaire. L'an 14^1 de J. C , il marche à la conquête de l'empire de Tre'bisonde , que la maison des Comnène posse'dait depuis l'an 1204. David Comnène, qui en jouissait alors, rend la capitale après trente jours de sie'ge et à la veille d'essuyer un assaut. Le vainqueur l'emmène à Constantinople ; et quelque tcms ayjrès , le fait mourir avec ses enfants , sur une accusation d'intelligence avec Uszum- Cassan , sou^^ain de Perse. L'an Î462, Mahomet s'empare de l'ile de Lesbos , par la trahison de Lucio Catlilusa , gouverneur de Mitylène, capitale de l'ile, qu'il fait étrangler, quelque tems après», sous un frivole prétexte. L'an 1464 ^^ ^- C- , après la mort de Caraman Ogli , prince de Caramanie, il profite de la division de ses enfants pour envabir cet e'tat qu'ils se disnutaient. L'an 1467 de J. C. , le 17 fe'vrier (12 de redgeb de l'an 871 de l'he'girc) , Scandcrberg meurt, âge de soixante-trois ans , à Lisse, siu' la côte de Dalmatie, avec la gloire de s'être toujours maintenu contre les Turcs, et d'avoir gagne' sur eux jusqu'à vingt-deux batailles , et tue' de sa main près de deux raille Turcs, sans en avoir jamais reçu d'autre mal qu'une blessure le'gère. Sa force e'tait si extraordinaire, que Mahomet, étonne' des coups prodigieux qu'il portait, lui fit demander son cimeterre , s'imaginant qu'il y avait quelque chose de surnaturel. Mais il le renvoya bientôt , comme une arme inutile entre les mains de ses ge'ne'raux , sur quoi Scanderberg lui fit dire qu'en lui envoyant son cimeterre, il avait garde' le bras qui savait s'en servir. Son fils Jean Castriot lui succe'da j mais il n'eut pas les mcmes avantages. L'an 14^9 de J. C. , Mahomet , irrite' des actes d'hostilité' commis par une flotte ve'nitienne contre les Turcs, fait vœu d'exterminer les Cbre'tiens. L'anlie'e suivante, il attaque l'île de Ne'crepont, la plus grande de celles de la mer Ege'e, et forme le sie'ge de Chalcis , qui en e'tait la capitale. Le prove'diîeur Arezzo, qui la défendait nour les Vénitiens, est contraint parla famine, après une vigoureuse résistance, de capituler. Il
demande la vie sauve pour lui et pour les siens. Malmmel re'poiid de la fête des Ve'nitiens sur la sienne. Mais dès qu'il est entré dans la place , il fait scier par le milieu du corps le prove'diteur et ses principaux ofiiciers , disant qu'il avait earanti leurs tètes, mais non pas leurs flancs. Les succès de Mahomet excitent la jalousie de Uszum-Cassan , conquéraut de la Perse. S'e'tant allié avec les Vénitiens et les Rliodiens , il entre à main arnie'e dans la Caramanie. Mustapha, fils du sultan et gouverneur d(; la province , gagne sur lui deux sanglantes batailles sous les yeux de son père. Mahomet prend ombrage de la gloire de son fils , le ramène à Constantinople ; et, quelque tems après, il le fait e'trangler , pour avoir outrage' la femme de son visir qu'il lui avait substitue' pour continuer la guerre. Toujours avide de conquêtes, il envoie, l'an i475 de J. C, son géne'ral Soliman contre Etienne, vaivode de jMoldavie. Etienne le reçoit sans s'effrayer, et lui taille en pièces une arme'e , dit-on, de cent vingt mille hommes. Mahomet re'para ce rcA'crs l'année suivante, e'tant venu en personne avec toutes ses forces dans la Moldavie, qu'il de'vasta sans e'prouver de résistance. La même année, le pacha Gyedik Ahmed enlève aux Génois la ville de Cuffah (l'ancienne The'odosie) , capitale de la Tartarie crime'e ( l'ancienne Chersonèse taurique ). Il y trouva Mengeli Gieray , de la race des princes du Kaptchaq, qui, après avoir été' long-tems en guerre avec son frère, s'e'tail jelo' entre les bras des Ge'nois. Mahomet le nomma khan de Crime'e, et lui donna une arme'e pour se mettre en possession du pays. INfengeli monte sur le trône après avoir tue' son frère dans une bat.niile. T'est le premier khan des Tarlares de Crime'e de la cre'ation des Turcs. Sa poste'riîé règne enco.'e aujrmd'hui dans ce pays; et c'est l'opinion des Turcs , que la famille du khan desTartares succe'deraitau trône deConst.'intinople , si la race ottomane venait à manquer de mâles. Après l'expe'dition de Crimée, Mahomet fondit sur l'Albanie avec une arme'e de cent cinquante mille hommes , qui mit tout à feu et à sang. C'e'taient les Ve'nitiens qui avaient la garde de ce pays , comme tuteurs de Jean Castriot. Croye , de'fendue par François Contarini , se rendit après un an de sie'ge : Scutari (Scodra) fit encore une plus belle de'fense, Mahomet, après sept assauts , convertit le sie'ge en blocus , et se retira. Mais enfin les Ve'nitiens 5e déterminèrent à céder cette place aux Turcs , par un traité de paix conclu Tan 1478. Mahomet dès-lors me'ditait une conquête qui devait lui assurer la jouissance tranquille de toutes celles qu'il avait faites. C'était celle de l'ile de Rhodes, possédée par les chevaliers de Saint-Jean, ennemis irrcconcihables des Turcs, dont ils étaient le plus terrible fléau. Après avoir préparé celle expédition en silence, il envoie;, pour l'exécuter, le pacha
Palëologue Mischa , grec renégat, avec cent soixante vaisseaux de haut bord et cent mille hommes de de'barquement. La flotte ottomane arrive , le 25 mai 1480, devant la capitale de l'ile , dont le sie'ge est le même jour commence'. Rien n'est comparable aux efiPorts que firent les Turcs pour se rendre maîtres de la place, et à la brave re'sistauce des Rhodiens, commandes par le grandmaître d'Aubusson , qui les obligèrent enfin à lever le siège le J 7 août de la même année, et non de la suivante , comme le marque un moderne ( T'^oy. les grands maîtres de Saint-Jean de Je'rusalem). Quatre jours après (le 21 août), le pacha Gyedik Ahmed fait une descente sur les côtes de la Fouille, et s'empare de la ville d'Otrantc j c'e'tait la de' de l'Italie du côte du Levant. Cette conquête fit trembler l'Europe, et l'Italie en particulier. Heureusement pour les Chrétiens, un accès de colique enleva Mahomet dans une bourgade de Bithynie , le 5 dgioumadi I de l'année suivante (2 juillet 1481), dans la cinquante-troisième année de son âge , suivant la plupart des historiens m^hométans. Les auteurs chrétiens mettent sa mort le 5 mai de la même année. Mais deux écrivains turcs, contemporains de Mahomet, cités par M. de Fiennes {Joiirn. de Verd. , oclob. 1766, p. 285), avancent cet événement de dix ans , et le placent au 9 de redged S75 (i janvier 1471)7 ce qu'il est impossible de concilier avec la suite des événements de son régne. C'est depuis la conquête de Constantinople que la cour ottomane a pris le nom de Porte : dénomination dont la véritable raison u'esi pas bien certaine.