DES GRANDS-MAITRES DE L'ORDRE DE SAINT JEAN DE JÉRUSALEM
DIT aujourd'hui DE MALTE.
Il enesl de l'ordre des clievaliers, appelés d'abqrd de S. Jean Je Jérusalem , ensuite de Rhodes , et anjourd'liui de Malte , comme de la plupart des anciens e'iablissenicnîs qui ont de la célébrité'. Son origine est enveloppée d'un nuage épais et presque impe'mflrable à l'œil perçant de la plus clairvoyante critique.
Si l'on s'en rapporte à Guillaume de Tyr , auteur qui , au jugement de l'abbe de Vcrlot , doit passer pour original en ce qui concerne les hospitaliers de S. Jean , c'est dans l'ordre de S. Benoit que cet établissement a pris naissance. Des marchands d'Amalfi , dit-il ( L. xviii , pp. 935—955 ) , qui Iraliquaicnt dans la Palestine , ayant à cœur de visiter les lieux saints , obtinrent du calife d'Egypte une place dans la ville de Jérusalem. Sur ce terrain ils construisirent un hospice pour la commodité' de leur nation ; et en face de l'e'glise de la Re'surrection , ils en e'rigèrent un , sous l'invocation de la Sainte Vierge , pour des religieux be'nédictins , qu'ils firent venir de leur pays avec un abbc'. Les fondateurs étant latins et le service se faisant selon leur rit, le monastère en prit le nom de monasLerium de Latlna (i). Guillaume de Tjr
(i) Ce nV'tait pas le premier ttablisscment religieux du rit latin qui eût cij fait il Jémsalem depuis l'invasion des Musulmans. Dès le commencement du neuvième siècle , lorsque le cjlife Haroun eut envoyé les clefs du S. Si'puîcrc :t Ciiarlemagne , on avait bàli en cette ville, par ordre du monarque français, xme église en l'honneur de 'a sainte Vierge , avec un hospice pour les pèlerins qui venaient d'Occident visiter les lieux saints. Le moine Bernard , qui écrivait environ l'an 870, dans la relation qu'il lait de son voyage à la Terre-Sainte, dit: Il/i (^Jcrosotymls) Imbelur hospitale in quo suscipiunlur omîtes qui l'uusd chvotionis iUuui aJeiinl locum lingttd lorjLienles niinand j cui adja^ci
ajoute que les Amalfitains e'tablirent aussi dans la môme ville un monastère de religieuses , sous le titre de Saiiiie-Marie Magdeleine , pour les femmes qui venaient visiter les saints lieux , et nomme Agnès l'abbesse qui le gouvernait lorsque Je'riisalcm tomba au pouvoir des Francs. La cliarife' , poursuit-il , engagea les religieux du monastère latin à former un bospice, dédie' à S. Jean l'aumônier, pour les pèlerins, tant malades qu'en santé , tous réduits à une extrême misère par les mauvais traitements qu'ils e'prouvalent de la part des infidèles ; et ces pieux e'Iablissemenls étaient soutenus par des sommes que les Amalfitains faisaient passer annuellement à Jérusalem,
]Ni cet historien , ni Jacques de Vitri , qui le copie en ceci , ne nous apprennent quel fut proprement l'état des personnes qui desservaient l'hospice des pèlerins sous les ordres de l'abbé de Sainte Marie. Mais Iperius , dans sa Chronique, assure positivement que c'étaient des oblats, ou frères laïques, de l'ordre de S. Benoit, et que telle est l'origine des chevaliers hospitaliers de S. Jean. Fratres S. Johannis in Jérusalem , dit-il, qui alio nomine dicunlur hospilalarii,vrimo fueriinl fratres Laici sitb Abballe B. Mariœ de Lalînis ordinis S. Benedicli professi.
De ces autorités et d'autres semblables , on a inféré que ces hospitaliers ne furent j^oint militairt'S dans leur institution , et qu'ils ne le devinrent dans la snite que par la nécessité cil l'abbé de Sainte Marie se trouva de les armer pour aller escorter les pèlerins que les Arabes attaquaient sur les chemins. Alors , dit-on , ayant un capitaine à leur tète pour les commander en canijiagne , ils ne voulurent bientôt plus reconnaître d'autre supérieur dans l'hosnice , et secouèrent tellement le joug de l'abbé et des moines , qu'ils quittèrent même la règle de S. Benoit pour prendre celle de S. Augustin , comme plus conforme à leur état.
Mais tout ce récit, adopté par D. Mabillon ( Ann. B. L. 69, n° 10 ) , est fortement combattu par le P. Antonio Paoli dans un savant ouvrage , publié nouvellement à Home , sur l'origine et l'institut primitif de l'illustre établissement dont
ecclesia in honoie sanclœ Mariœ, nohilissimam hahens bibliothccani studio piœilicti Inifjerato/is ÇCaroli Mngni.). Il ajnnic quu ilcvaiit cel hospice il v avaii un niarclic pour Ks Freines en gênerai, fonim in quo uuusqiiisqne négocions so/tit ihios aiircos iUi qui illtiil pmvidel. ( yîcta Sanctonim. On/. <V. B. , T. IV, pag. 445 — /i74-)- ûîais cet étabiiîsemciu ne îubôisiait plus tlims U ouziêinc siècle.
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nous pnrlons (i). Suivant cet auteur, le monastère Ce Sainto Marie et rhos]tice elal)li pour les pèlerins, n'ont jamais rien eu de commun. 11 n'y a pas de prejive , dit il , que le premier ait exisfo avant la con(piétc de Jérusalem par les Francs ; et la londation du second, qui n'a jamais eu d'autre patron que S. Jean-Raptis(e , parait concourir avec cette époque. Ce ne fut point du monastère , ajoute-il , que furent tire's ceux qui desservaient cet hospice ; et jamais ils n'ont professe d'autre réelle que celle de S. Augustin , en s'obligeant aux trois vœux monastiques qu'elle prescrit. Il est porte même à croire qu'ils furent militaires , aussi bien qu'hospitaliers , par leur première institution. Les bornes étroites où nous sommes obîige's de nous renfermer , ne nous permettent pas de discuter les preuves dont l'auleur appuie son opinion. Il nous suffira de dire qu'étant presque toutes négatives , elles n'opèrent pas , malgré la grande érudition dont est semé l'ouvrage, une entière conviction.
Laissant donc au lecteur à décider la question touchant l'origine et le premier état de l'ordre militaire et hospitalier de S. Jean, nous nous bornerons à donner la suite de ses grands-maîtres avec les principaux traits de leur gouvernement ^ sur quoi nous prévenons que notre principal gu.ido pour la chronologie sera le père Sébastiano Paoli dans son excellent ouvrage (pii a pour titre : Codice diplomalico del savro oirline -nillllare GerosoUmilano , oggl di Malta, Ainsi quand nous citerons des chartes pour appuyer nos époques, c'est à ce recueil que nous renverrons, à moins que noua n'indiquions d'autres sources.
Mais avant que d'entamer ce dénombrement, il est à propos de tracer une idée succincie de la cousliluùon de l'ordre, tel qu'il existait avant la révolution. On distingue dans l'ordre de Malte, cinq classes : 1 " les chevaliers de justice, qui doivent faire preuve de seize quartiers de noblesse , huit paterne!* et huit maternels : oP les chapelains conventuels : 5° les servants d'armes : 4° les prêtres frères d'obédience : 5' les do^ Jiats , qui ne portent qucla croix à trois branches. Les trois premières classes forment ce qu'on appelle le Triumvirat. Elles concourent à l'élection du grand-maitre. Ce sont ces trois classes qui composaient les assemblées des langues à
(1) DeW origine e<l Inslitulo dd sacro MiUlar Qicline di S. Giovant- Balùsla Gerosoliwiano , delto pol di Ii;di , o.^rji di M'illfi , Diseruitiona di Paulo AiUomo Paoli, dalla Con^icgaùotte dclla îUadre di Dio ,. . Uouia , 1781, in-^°,
agS CKnoKOLOGiE iiistotiique
Malte, et des chapitres provinciaux dau s les grands pr'ieur<fs respectifs. Les prêtres d'obe'dience étaient attache's à l'ordre, et taisaient leurs vœux pour posséder les bénéfices auxquels ils avaient e'té nommes. La demi-croix de donat se conterait à des personnes laïques , que le giand-maitre voulait récompenser pour services rendus à la religion.
Les chevaliers, les chapelains conventuels, les servants d'armes sont reçus de minorité (bas âge ), ce qui ne peut se faire sans dispense du pape; ou de majorité , c'est-à-dire a seize ans accomplis , suivant l'âge de leur réception. La dot ou passage^ à payer au trésor, est plus ou moins couside'rable. Dans le rang des chevaliers, il faut distinguer celui des pages du grand - rnailre, qui en avait vingt- quatre , dcsline's à son service. lis y e'taieut admis depuis douze aus jusqu'à quinze ans , après avoir préalablement fait leurs preuves. Celles des chapelains conventuels et des servantsd'armes consistaient à établir cinq générations de la bourgeoisie la plus honorable. Quant aux frères d'obédience , les statuts n'exigeaient que la légitimité.
Pour éviter la confusion que la multiplication pouvait occasionner, on partagea le corps en huit langues ou nations, savoir: La française, qui en a toujours eu trois, celle de Provence , celle d'Auvergne et celle de France proprement dite; l'italienne, l'aragonaise, l'allemande, la castillane et l'anglaise, qui était la sixième. Celle-ci étant devenue nulle depuis que le schisme a séparé de l'église le royaume d'Angleterre, on lui a substitué, en 1782, sous le magistère d'Emmanuel de Rchan, la langue bavaroise, dite anglo- Bavaroise, ce qui fait en tout huit langues. L'hérésie a fait essuyer de grandes perles à l'ordre en Allemagne , telles que celles du grand prieuré de Hongrie, dont les Jésuites avaient envahi les revenus , des bailliages de Brandebourg et de Saint-Joseph, sans parler des grands prieurés de Suède et de Danemarck.
Les principales charges de l'ordre sont les grand-croix, baillis capitulaires qui composent le conseil du graud-maitre. Les voici par ordre : l'évèque de Malte, le prieur de l'église, les chefs (autrement dits les piliers ) des huit langues , savoir : 1 ° h^ grand-commandeur de la langue de Provence, il faisait les fonctions de président de la chambre du trésor, celui de Saint Jean de Malte était sous son inspection; il gouvernait l'artillerie et la partie des approvisionnements; 2" le maréchal , qui se prenait dans la langue d'Auvergne; il avait le commandement des troupes de la ville Palette clans l'absence du grandjnaître; c'est sous sa garde que l'étendard de la rehgiou était