I. GÉRARD
GÉRARD , que les modernes , par une me'prisc assez sinf:julière, ont surnomme' Tum ou Tlnc , pour avoir lu dans quelques anciennes chroniques, où il est parlé de lui : Gerardus lum , ou Gerardiis (une , faisant ainsi d'un adverbe un surnom , e'tait naîif d'Amalfi , suivant le P. Se'bastiano Paoli ; de S. Gêniez, aujourd'hui Martiales, en Provence, selon Bouche ; du château d'Avêues, en ïïainaut, dont son père e'tait châtelain en même tcms que seigneur de Leuze , si l'on s'en rapporte au père Antonio Paoli, Ce critique en effet pre'lend qu'il est le même que ce Ge'rard d'Avênes , dont Albert d'Aix raconte (L. VU, p. 2C)5j qu'e'tant en otage dans la ville d'Assur ou d'Arsid, en Palestine , tandis qu'elle e'tait assie'ge'e par Godefrol de Bouillon après la conquête de Je'rusalem , les Musulmans l'attachèrent avec des cordes à une croix au-dessus d'un grand mût qu'ils placèrent sur leurs remparts à la vue des assie'geants : supplice qui ne fît point discontinuer le siège, et auquel le patient survécut par une espèce de miracle. Albert d'Aix ne dit pas combien de tems il resta dans cette situation, ni comnacnt 11 fut descendu de la croix. Mais il nous apprend que la place ayant e'té rendue l'année suivante () 1 00) , Gérard fut remis vivant aux siens, mais fort affaibli par le tourment qu'il avait souffert, et dont il se ressentit le reste de se? jours. Tel est donc , au jugement du père Antonio, le patriarche des Hospitaliers de Saint-Jean. Mais cette opinion souffre de grandes difficultés qu'il serait trop long de détailler. Quoiqu'il en soit, Géï-ard , chef de l'hôpital de Jérusalem , le gouverna sous le titre de prévôt ou de gardien • et les bulles des papes ne lui donnent point d'autre qualité, non plus qu'à son successeur, comme en convient le père Antonio. L'ordre, sous son administration , fit de grands progrès dans la vertu , se propagea, et fit des acquisitions considérables par les pieuses libéralités des fidèles. A la tète des preuves justificatives de sa dissertation, le critique produit (n° i ) une charte de Gunzelin, comte de Schwerin, et de Hcm-i; son frère , datée de l'an noo ,
par laquelle ils donnent aux frères hospitaliers de Saint-Jean de Je'rusalem ^fratribus hospitalibiis S. Joliannis in Hierosolimn , le village de Godin, avec ses dépendances, et tout ce qui faisait ia dotation de l'e'glise d'Ekelen. Ces fonds e'tant situes eu Allemagne , il faut supposer que le-? donateurs e'iaient alors à la Terre-Sainte : car il n'est pas vraisemblable que la réputation de l'ordre, en le supposant aussi récent que le pre'tend le dissortateur, eût dès-lors pe'ne'tre' jusqu'au fond de l'Occident, Il faut en dire autant d'un seigneur anglais, nomme Jourdain, qui , la même anne'e, donna aux Hospitaliers une acre de terre pour leur tenir lieu d'une rente de treize deniers, qu'il leur avait, dit-il, promise avq^aravant {Jbid. n° II). Ce fut vers le même tems aussi que Godefroi de Bouillon fit don à Gérard et à son hôpital , de la terre de Montboire, dans le Brabant ( Vredius , 7zz.y^. Com. Fland. , L. 11). Roger, comte de Sicile, fit, l'année suivante , une fondation non moins inqîortante en faveur de l'ordre dans le territoire de Messine; ce qui fut confirmé. Pan 1 156, par le roi Roger, son fils (A. l'aoli, A]yp. vP \ \ i). Arnoul, patriarche de Jérusalem, donna des marqiies effectives de son estime, l'an II12, aux Hospitaliers de Saint-Jean par \\\\ diplôme qui exemptait de la dune toutes les terres qu'ils possédaient et faisaient valoir dans son patriarcat [Jbid. n° IV). Jusqu'alors cet établissement n'avait pas encore eu la sanction du saint siège. Gérard l'obtint de Pascal II, l'an i i j5, par une bulle, datée du i5 février, où ce pontife approuve et confirme l'établissement de l'hôpital de Saint- Jean de Jérusalem, et toutes les donations qui lui ont été failcs; affranchit du paiement des dîmes toutes les terres qui lui appartiennent et qu'il fera valoir; statue qu'après la mort de Gérard, on ne lui donnera point d'autre successeur que celui qui avn-a été élu par le commun consentement des frères; ordonne que les hôpitaux, déjà établis à Saint-Gilles, à Asti, à Pise, à Bari, à Otrante, à Tarente , à Messine, sur le lîiodèle de Jérusalem , lui demeurent soumis comme les membres à leurs chefs {ibid^ n° V). Pareille bulle fut accordée à Gérard , au mois de mai de l'an 1120, par Calixte II {Ibid. n" VIII). Gérard mourut cette année au plutôt, et ne passa point l'année I 121 . Ses vertus l'ont fait mettre , par la voix publique , au rang des Bienheureux. Si l'on en croit Bouche, son corps fut transféré, l'an i554, en Provence, et inhumé dans la chapelle de la cominanderie de Manosque. Gérard avait sous lui, pour supérieur
Gérard.
DES GRANDS-MAiTRES DE MALTE. OOO