XXI. JEAN DE YILLIERS
1289. Jean de Villiers , français de nation, d'une famille distinguée du Beauvaisis , fut e'iu l'an 1289, avant le 22 août , ( Seb. Paoli, t. i , p. 269), pour succéder au grand-maitre Lorgue. Ascraf , ou Scraf, sultan d'Egypte , ayant entrepris , l'an 1291 , le siège d'Acre, Jean de Villiers et les siens unis aux Templiers et ausTeutoniques, défendirent la place avec toute la valeur imaginable , et l'eussent vraisemblablement sauvée, s'ils eussent été mieux secondés par leurs alliés ( Voy- les grands maîtres teutoniques). Obligés de l'évacuer, les Hospitaliers et les Templiers passèrent en Cbypre , où le roi Henri H leur assigna Limisso pour leur retraite. Le premier soin de Jean de Villiers fut d'y convoquer un chapitre général. Il fut très-nombreux. Les chevaliers y accoururent de toutes les nations. Il y fut délibéré qu'on fortifierait Limisso, réduite alors à un gros bourg ouvert de tous côtés , et qu'on armerait pour la défense des pèlerins , qui feraient le voyage de la Terre - Sainte , les vaisseaux qui avaient servi à passer les chevaliers , soit de la Palestine, soit de l'Europe. Bientôt on vit sortir des différents ports de l'ile plusieurs bâtiments de diverses grandeurs, qui, au moyea des prises considérables qu'ils firent sur les corsaires infidèles , augmentèrent insensiblement les armements de l'ordre. Les rois d'Angleterre et de Portugal , voyant les chevaliers chassés de la Terre-Sainte, regardèrent leur institut comme aboli par le fait, , et comme sur le point de l'être par le droit. En conséquence ils mirent en séquestre leurs revenus. De son côté le roi de Chypre, jaloux de l'indépendance que les chevaliers affectaient dans son royaume , déclara qu'il ne pouvait y souffrir des sujets de la puissance pontificale entièrement affranchis de la sienne. Les chevaliers , dans leur détresse , eurent recours au pape Boniface Vllï qui lîrit leur défense avec la hauteur qui lui était ordinaire. Ses menaces firent leur effet en Portugal et en Angleterre , où les séquestres furent levés. ^îais en Chypre, malgré le bref fulminant du pape, les chevaliers demeurèrent assujettis à la capitalion dont le roi les avait chargés. L'an 1297 , Jean de Villiers était encore en vie au mois de septembre (Seb. Pacli, t. i, p. g ). C'est la dernière époque connue de son existence. Ce fut lui, dit M. de Verlot,qui établit la forme de l'élection du grandmaitre comme elle s'est toujours observée depuis.