XIX. THOMAS EÉRAUT
1256. Thomas Eéralt , ou Berail, succe'da an grand-maître de A'ichiers , et non pas cet Amauri qui se trouve dans la liste de
DïïS GRANDS-MAÎTRES DU TEMPLE. 355
(3uCan2;o. L'endroit cite par cet aiileuj- prouve bien qu'Amauri fut demande pour précepteur de France par le pape et le roi S. Louis, mais luillement qu'il ait e'të postule' pour grandmaitre. D'ailleurs Bernard le trésorier met Tliomas Be'raut après Renaud de Yichiers. Mourut, dll-il, frère Renaud de Vidders, vjaislre du Temple. Après lui fu faict maistre frère Thomas Bérail. Les peines que S. Louis , pendant son séjour en Palestine , s'était données pour réunir tous les esprits et les faire concourir au bien de la cause commune, n'avaient eu qu'un ctïet très-passager. Bientôt après son départ on vit les factions se renouveler. Les Hospitaliers et les Templiers ayant pris des partis opposés dans celles des Génois et des Pisans, se trouvaient continuellement dans un état de guerre enir'cnx. L'an i25q , ils en vinrent à une bataille si sanglante, qu'il n'en échappa qu'ua seul chevalier du Temple ( Mat. Paris ). La nouvelle de ce désastre étant arrivée en France, les précepteurs des Templier» y assemblent un chapitre général pour aviser aux moyens de réparer la perte qu'ils avaient faite. Plusieurs membres derordre, eu conséquence de la délibération qu'on avait prise , s'embarquent pour la Palestine , et l'on préjuge bien qu'ils n'y portèrent pas des dispositions pacifiques envers les Hospitaliers. Mais à leur arrivée en ce pays, ils y trouvèrent des affaires aui les obligèrent de suspendre leurs inimitiés. Les Turcomaus étaient: entrés dans la Terre-Sainte qu'ils ravageaient. Les Templiers s'étant joints aux troupes du pays, livrèrent inconsidérépaent une bataille à ces barbares qui les mirent en déroute, et tirent ua grand nombre de prisonniers ;Gurller, Hi'^t. Ternplar. , p. 322). .Cet orage passé, un autre lui succéda. L'an i265, Bibars ou Bondochar, sultan d'Egypte , vint à la têfe de trente mille cheîfaux, le i4 avril i265, se présenter devant S. Jean d'Acre. Mais la valeur des Templiers et des Hospitaliers l'obligea de se retirer après avoir fait le dégât autour de la place (Sanut. ) L'année suivante , le pape Urbain IV, indisposé contre Etienne de Sissi , maréchal des Templiers, le prive de sa charge : entreprise inouie jusqu'alors. De Sissi fait à ce sujet de très-humbles remontrances au pape qui, pour toute réponse, l'excommunie comme un rebelle. L'ordre prend le parti du maréchal. Urbain meurt sur ces entrefaites. Clément I.V, son successeur , absout de Sissi, après avoir réprimandé ses supérieurs. L'an 126Ô, les Templiers , assiégés dans Saphad , par Bondochar, sont obligés de se rendre après quarante-deux jours de siège. Cette place, située entre Acre et Damas, venait à peine d'être achevée, après avoir coûté plus de douze cent mille besants pour sa construction. Ce fut par la trahison du chevalier Livon , syrien de naissance, qui «n était châtelain , que les Chrétiens la perdirent. Car au lieu V. 45 ^'
d'encourager les assie'ge's àfaire une bonne et vigoureuse de'fense,ce traître , qui s'entendait avec le sultan , rompait toutes les mesures que l'amour du devoir leur inspirait, et ne cessait de les porter au découragement en les menaçant des plus grands mallieurs , s'ils s'obstinaient à se de'fendre. La Chronique de S. Martin de Limoges date la prise de Saphad du jour de Saint- Christophe (25 juillet. ) Bondochar, contre un des articles de la capitulation, propose aux habitants l'alternative du changement de religion, ou de la mort, et ne leur donne que jusqu'au lendemain pour se de'cider. Le prieur du temple de Saphad , assisté de quatre franciscains , passe la nuit à exhorter la garnison et les bourgeois au martyre. Dieu be'nit les efforts de son zèle. De trois mille hommes qu'ils e'taient(M. de Guignes, dit environ six cents ) , il n'y en eut que huit a la tête desquels e'iait le châtelain Livon , qui apostasièrent; tous les autres eurent la tète tranche'e. L'an 1268, Bondochar enlève aux Templiers le château de Beaufort , et la plupart des places qu'ils avaient sur les confins de l'ALrme'nie. Les succès e'tonnants de ce prince occasionnent, l'an 1270, une nouvelle croisade. Quantité' de chevaliers italiens, français et siciliens, suivis d'un grand nombre d'autres personnes , accourent en Palestine. Maigre' ce renfort , la Terre- Sainte , en l'iayi , se trouve bientôt sans autre secours que celui des chevaliers. L'an 12^5, le grand-maître Be'raut meurt le 25 mars, suivant Bernard le tre'sorier. Il est qualifie d'homme sage dans une lettre des Orientaux au roi de Navarre. C'est à lui iie'anmoins qu'on imputa, lors de la condamnation des Templiers, sous Philippe le Bel , d'avoir introduit dans l'ordre la coutume de renier J. C. , quand on voulait y entrer, et cela, disait-on , jiarce qu'ayant c'te' fait prisonnier , à la prise de Saphad, il n'avait obtenu sa liberté' qu'à cette condition ( Du Piij , Hist. des Tetnpl. y p. 20 ).