XXII. JACQUES DE MOLAY , dernjer grand-maître
129S Jaques DE MoLAY paraît pour la première fois , l'aa 1298, en qualité' de grand-maîlre. Il e'tait de la maison des sires de Longvic et de Raon , dans le comte' de lîourgogne. Molay est une terre du doyenne' de ÎSeublans, au diocèse de Besançon! Jacques de iMolay s'èlait fait connaître à la cour de France, où il avait eu l'honneur de tenir sur les fonts de baptême un des enfants du roi Philippe le Bel. Les historiens ne rapportent que des traits honorables de sa conduite en Oiicnt. L'an 1299 , Je
DES GRANDS-MAÎTRES DU TEMPLE. o6y
fameux Casan , roi des Tarlares Mogols , étant accouru au secours des Arme'uiens, les Templiers , le grand-rnaitre à leur tête , sC joignent à lui, contribuent à la défaite des Musulmans, et reprennent plusieurs places , enlr'autres Jérusalem , où ils restent en garnison : mais ce ne fut pas pour long-tems. L'an i5oo , la ville sainte retombe sous la domiiialion des Musulmans, qui achèvent d'en raser les fortifications. Ce malheur n'abat point le courage du grand-maitre. Relire' dans l'ile d'Arade , il incommode les infidèles au point d'obliger le gouverneur de Phènicie à demander du secours pour le repousser. L'an i3oi, un émir étant Venu l'attaquer, la victoire se déclare pour le Musulman. Cent vingt chevaliers sont faits prisonniers et conduits au Caire. L'an i5o5, les troupes du Temple et de l'Hôpital, réunies pour la seconde fois à celles de Casan, font de nouveaux efforts contre le Musulmans. Mais elles furent si maltraitées en deux rencontres que les chevaliers prirent le parti de retourner en Chypre. La même année, les Templiers de France prennent le parti du roi Philippe le Bel dans ses démêlés avec le pape Boniface VllL Ils en furent bien récompensés par la suite !
L'an i5o5, de Molay, ses hauts officiers, et tous les sujets de l'ordre en général , sont représentés au pape Clément V comme des apostats, des hérétiques , des abominables. Le pape mande en France le grand-maitre du Temple avec celui de l'Hôpital , pour ôter tout sujet de soupçon au premier. L'an i3o6, de Molay arrive, avec soixante chevaliers, à la cour d'Avignon. Le pape l'amuse jusqu'à la conférence de Poitiers. Elle se tint l'année suivante entre ce pontife et le roi de France. On y concerta les mesures convenables pour supprimer la chevalerie du Temple. Le grand-maître et les précepteurs instruits de ce qui se tramait contre eux, vont se jeter aux pieds du pape, le suppliant d'informer sur le? faits dont on les accuse. On informe, et de quelle manière? Deux scélérats renfermés pour leurs crimes, l'un T'emplier, et l'autre bourgeois de Béziers , sont reçus dénonciateurs contre tout l'ordre. Le i5 octobre de fan i5o7, soixante chevaliers, avec le grand-maître, sont arrêtés à Paris. Le secret fut si bien gardé, que tous furent saisis à la même heure par tonte la France. Le 2?. novembre, le pape mande à tous les souverains de l'Europe de sévir contre les Templiers. Le roi d'Angleterre prend leur défense. Depuis ce tems de Molay passa des prisons de Paris en celles de Corbeil ; de-là il fut conduit à Chinon , et enfin ramené à Paris , où Ton acheva son procès , après lui avoir fait subir la question. L'an i5i4 (N. S. ) le lundi après la fcte de S. Grégoire le Grand , suivant Guill. dcNangis, t'est-à-dire le j8 mars , il fut coudamac au feu pour n'avoir pas
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voulu confirmer les aveux qu'il avait faits dans la torture , et les avoir même publiquement re'tracte's. L'exc'cution se fit dans ce qu'on nomme aujourd'hui la place Dauphine. Le grand-maître eut pour compagnon de son supplice Gui, frère de Robert III , dauphin d'Auvergne. Tous deux j^rotestèrent de leur innocence en mourant. On a parle sur les conciles de Paris et de Senlis , tenus en i3io, de l'exe'cution de plusiers autres Templiers qui firent les mêmes protestations. Le grand -mai Ire avait surve'cu à son ordre. Cle'ment V e'tant au concile de Vienne, le supprima dans un consistoire secret tenu le mercredi saint, 22 mars , de l'an i5i2j suppression qu'il publia le 3 avril suivant, dans la deuxième session du concile, et non le 22 mai , comme le marquent D. Fe'Iibien et l'abbe de Vertot. Il est remarquable que la bulle qu'il donna le 2 mai suivant , vi nonas maii , porte que cette suppression n'est point ordonnée Y>3Lr jugement défînilif ; mais par sentence provisionnelle ; et cependant elle dispose des biens des Templiers en faveur des chevaliers de S. Jean de Je'rusalem. Le parlement de Paris, en conse'quence de cette de'cision, rendit son arrêt le mercredi après l'Annonciation i5i2 (V. S. ) , pour mettre frère Le'onard de Tibertis , procureur" général du maître et des frères de l'ordre hospitalier , en possession des biens des Templiers. Mais il adjugea au roi sur ces biens deux cent mille livres , somme alors immense, pour les frais de procédures. Ainsi finit la chevalerie du Temple, igi ans apre's son e'tablissemcnt.
DES
La MoNincHiE Française , l'une des plus anciennes de l'Europe, et sans contredit la plus florissante , a jiour fondateur un peuple dont l'origine fait depuis long-tems un sujet de controverse parmi les savants. On est à la ve'rite revenu aujourd'hui de l'opinion de l'epltomateur de Gre'goire de Tours , suivie par l'ancien auteur des Gestes des rois Francs , et par la foule des chroniqueurs , cpii fait venir Priam , Anleuor et Fi'ancus de la Phrygie, sur les bords du Danube, et de là sur les rives du Rhin , pour y établir la domination des Francs. Mais les suffrages ne sont pas encore re'unis en faveur de ceux qui font naitre en Germanie la nation des Francs , ni de ceux qui les donnent pour des colonies de Scythes et de Vandales qui vinrent s'établir dans ce pays.
Si l'on juge de l'origine des Francs , comme on le doit , par la religion et les mœurs qu'ils apportèrent dans les Gaules lors de leur invasion, on les trouvera, suivant la description qu'en fait Grégoire de Tours ( L. IL), si conformes à celles des anciens Gaulois, et si différentes de celles des Germains, telles que Tacite les décrit, qu'on sera presque force' de reconnaître qu'ils sont rentrés dans leur première patrie en faisant la conquête des Gaules. Mais en quel tems l'avaient-ils abandonnée , et quel avait été le sujet de leur émigration? C'est sur quoi Fou ne peut donner que des conjectures. On sait que vers l'an i5o de Fiome , du tems de Tarquin le Vieux , deux capitaines gaulois , Bellovèse et Sigovèse , animés par l'esprit de conquête , sortirent du pavs des Bituriges , dont Ambigat était roi pour lors, à la tête d'un parti considérable, et prirent en se séparant des routes opposées; que tandis que Bellovèse conduisait sa troupe vers l'Italie, Sigovèse, avec la sienne , tourna vers la forçt Hçrcinie , oii il s'çnfonca d« manière qu'oa
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n'eut plus de nouvelles ni de lui ni de ses compagnons. Quel inconve'nient y aurait-il à dire que ces Gaulois , ainsi germanise's , devinrent les pères de ceux à qui on donna depuis le nom de Francs ?
A l'e'gard de ce nom , parmi les diffe'rentes t'tymologics qu'on en a données , la plus accre'dite'e est celle qui le fait de'river de l'amour de la liberté' et de l'indépendance. Mais quelle analogie a , dans son origine , le terme de franc avec ceux de libre et d'indépendant? Ne vaut-il pas mieux s'en rapporter au sophiste Libanius , e'crivain du iv« sie'cle , qui , dans sa 5' oraison ou basilique, nous apprend que de son tems il y avait le long du Rliin , jusque vers l'Oce'an , une nation presque innombrable de Celtes si exerce's à la guerre et si vaillants, que leurs exploits leur avaient me'rite' le nom de (ppaxroi, c'est-à-dire munis et fortifie's de toute part, nom' que le peuple a change' , dit-il , j^ar corruption en celui de (Pfuyxoi , [Franci.) (*)
ILes historiens latins , sous le noni de Francs , copipreijnent souvent les Atuariens , les Bructères , les Chamaves , les SalienSjles Frisons, les Cauques, les Ambivares, les Sicambres. Tous ces peuples s'appelaient Franci', ils l'e'taient en effet ; et ces différentes de'nominations ne marquaient que les différentes tribus de la même nation.
Le premier c'tablissement des Francs en Germanie paraît avoir e'te' sur les bords de la Yistule. De là, poussés par d'autres peuples qui e'taient derrière eux , tels que les Vandales , les Alains , les Suèves, les Bourguignons, ils s'avancèrent par degre's jusqu'aux contre'es voisines du Rhin, où nous venons de voir qu'ils e'taient place's au iv* sie'cle.
liCs Gaules , lorsqu'ils y pe'ne'trèrent, étaient partage'es en 17 provinces , savoir: quatre lyonnaises , dont les me'tropoles e'taient Lyon , Rouen , Tours et Sens ; 2 belgiques sous les me'tropoles de Trêves et de Reims ; 2 germaniques, la supérieure qui avait Mayence pour me'tropole , et l'inférieure qui ressortissait à Cologne; la se'quanaise , dont la capitale e'tait Besançon, (dans
quelques notices elle porte le nom de 5« Gernianie), les Aines grecques, relevantes de Monslier en Tareutaiscj la viennoise, qui tirait son nom de Vienne (celle-ci a toujours e'ie' unique da us l'ordre civil: mais comme l'e'glisc d'Arles disputait le tiîre de me'tropole à celle de Vienne, le pape S. Léon, vers l'an 45o , partagea le différent enlre les e'vèques de ces deux e'glises , en attribuant à chacun le droit de nie'tropolitain sur un certain nombre de diocèses : delà l'origine des 2 viennoises eccle'siastiques ) ; les 2 ac[uitaines , dont les me'îropoles étaient Bourges et Bordeaux; la Novempopulaiiie , avant pour capitale Eause ; les 2 narbonnaises sous les villes de JNarbonne et d'Aix ; et enfin les Alpes maritnnes qui relevaient d'Embrun. Telle était, suivant la notice publiée par le P. Sirmond , qui passe pour la plus exacte , la division des Gaules , lorsque les Francs vinrent s'v établir. Elle n'avait pas toujours été la même. Partagées d'abord en trois parties seulement, la Belgique, la Celtique et l'A<juitaine, les Gaules, sous les empereurs romains , éprouvèrent successivement diflerentes subdivisions jusqu'à celle que nous venons de marquer : elle fut la dernière , et on l'attribue à Honorius.
Ces 17 provinces, indépendantes les unes des autres, ne reconnaissaient pour cbefcoîiamun que le préfet des Gaules , dont le siège, établi dabord à Trêves, fut ensuite transféré dans la ville d'Arles. Elles avaient chacune leur gouverneur, qui prenait tantôt le titre de propréteur, quelquel'ois celui de consulaire , d'autres fois ceux de procureur, de recteur, de]îrësident. Parmi ces titres , celui de consulaire était le plus noble , et le gouverneur qui le portait avait la prééminence, mais sans juridiction, sur les autres. Originairement, on désignait par-ia un homme qui avait été consul. Mais sous les empereurs, le titre de consulaire se donnait par codicille à des hommes qui n'avaient jamais été consuls, ni ordinaires , ni subrogés.
Quoique toutes ces provinces n'eussent entre elles aucune subordination, cependant les sept dernières, qu'on désignait ordinairement par la dénomination générale des S/ijjt provinces ^ formaient comme un corps et un état particulier qui se gouvernait autrement que le reste des Gaules , et dont la ville d'Arles était le centre commun. C'est là que s'assemblaient chaque année leurs magistrats et leurs députés pour y tenir des espèces d'états généraux de toute la Gaule méridionale.
Au reste, chacune de ces i" provinces était partagée en différentes cités qui avaient à leurs tête des comtes sous lu dépendance des gouverneurs. C'est sur ce modèle que se soat formés les provinces et les diocèses ecclésiastiques.
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