EXPÉDITIONS DES FRANCS AVANT CLOVIS
Dès le milieu du m* sie'cle de J. C. , et même auparavant, les Francs e'taient connus dans l'empire rojiiain. Vopisque est le premier , suivant la remarque de M, de Tillemont , qui en ait parle'. C'est à l'endroit où il rapporte une victoire qu'Aurelien , alors tribun d'une légion, et depuis empereur, remporta sur eux près de Mayence un peu avant la guerre de Perse, ce qui revient à l'an 241. La chanson militaire qu'il dit avoir etti compose'e à celte occasion , avait pour refrain : Mille S annal us ^eniel, seinei occidimits , mille y mille Persas qiiœrimus.
L'an 264 > les Francs , après avoir ravage' les Gaules , fondent sur l'Italie , sur l'Espagne et sur d'autres provinces de l'empire.
L'an 277 , les Francs obtiennent de l'empereur Probus des e'tablissements dans les Gaub's. Une parlie se révolte, irrile'e par les exactions des officiers fiscaux de leaipire , et pénètre dans la Grèce, la Sicile et l'Afrique (Zoziine.). Quelques prisonniers francs, après avoir brise' leurs fers en Asie, abordent aux rivages de la I^ybie , reviennent en Sicile , et prennent Syracu.ic (Euiue'nius. ).
L'an 283 , Alliée et Gennobaude , rois ou cliefs des Francs , font des courses sur les terres de l'empire. L'empereur Maximiea Hercule marche contre eux, et les oblige à demander la paix qu'il leur accorde (Mamertin.).
L'an 291 , ce prince donne aux Francs, à mettre en valeur, les champs incultes des Nerviens , des Tre'virois , des cites de Langres , de Beauvais et d'Amiens , à la charge du service militaire. Ces terres furent appele'es le'îiques, et ceux qui les cultivaient Lètes {Leli ), à cause du be'ne'fice dont ils jouissaient. D'autres peuples obtinrent dans la suite une semblable faveur daus les Gaules; et la Noiice de l'empire nous fait voir , sous l'empereur Constance Chlore, des Lètes Bataves , Teutons, Sue'ves , etc. L'Armorique fut si peuplée de Lètes , suivant Cambden , qu'elle en prit le nom de Letavia.
L'an 293, les Francs sont chassés de la Batavie (aujourd'hui la Hollande), qu'ils avaient envahie, par Constance, qui en fait passer au fil de l'e'jîe'e plusieurs milliers. Ce prince , la même anne'e ,
transporte difFcrenfes hordes des Francs dans les terres des Gaules, qui avaient besoin de bras pour les culliver.
L'an 5o6 , les Francs sont défaits par Constantin qui était venu trouver l'empereur Constance, son père, à Boulogne. Leurs rois, Ascaric et Rasfaise, faits prisonniers , sont conduits , par ordre du vainqueur, à Trêves , où ils sont espose'.s aux bêtes dana l'amphiihe'âtre , après avoir eu la tète rasée (Eulrope.). Le sophiste Eunie'uius , dans son pane'gyrique de Constantin , a la bassesse de louer cet acte de cruauté.
L'an 541 » Constant, fils du cjrand Constantin, fait la guerre aux Francs avec des succès varie's.
Les Francs, dans la suite, se divisèrent, et plusieurs d'entre eux s'attachèrent à l'empire. On voit en eQi^t, l'.-iri 555 , plusieurs olliciers francs à la cour de Constance. Tel est ce franc qui , ayant pris le nom de Silvain, devint ge'nèral de la cavalerie et de l'infanterie rninaine, à la tète desquelles il fut envoyé' dans les Gaules pour faire cesser les massacres, les pillages et les incendies qui les de'solaient. Silvain, dans la suite, e'iant accusé par Arbétion et sa cabale auprès de l'empereur Constance , de vouloir se re'volter, Malaricli et Laniogaise , autres officiers francs , prirent sa défense , et re'ussirent à le justifier. Mais Silvain i;c persista ])oint dans la fidélité qu'il avait vouée à l'empereur. L'ambition prévalut sur son devoir, il prit la pourpre, fut salué auguste par ses troupes , et peu de tems après fut mis à mort dans Cologne avec plusieurs officiers francs. Pour venger ce massacre, les Francs prennent et détruisent Cologne, après avoir pillé 40 autres villes pur le Rhin. Le César Julien , l'année suivante , rentre dans Cologne , et fait la paix avec les rois des Francs.
L'an 558 , les Saliens , chassés de la Batavic par les Quades , étant venus s'établir dans la Toxandrie , comprise aujourd'hui dans le Brabant , Julien leur permet d'y rester. Mais il marche contre les Chamaves, qui voulaient de force usurper les terres de l'empire , taille en pièces les uns, fait prisonniers les autres, et riccorde la paix au reste. La niôms année , dans une autre occasion , il contraint par li famine un corps de mille français à se rendre , et les envoie liés à Constance, qui les insère dans ses troupes , les regardant , dit Libanius , comme des tours qu'il mêlait parmi ses soldats.
L'an 578, Arbogaste, seigneur Cranc , retiré à la cour impériale , est employé avec le comîe Bauton dans la guerre que Gratien fait aux Allemands. Ces Jeux capitaines , envoyés l'année s'iivante contre les llims et les Golhs , réussissent à les cliasser de la Macédoine et do la Thrace, ([u'ils avaient envahies. Gralica
3Ô4 CHRONOLOGIE HISTORIQDE
deux ans après les chargea d'aller défendre les bords du Rhin qui servait de barrière à l'empire.
Les services qu'Arbogaste rendait à l'empire, lui me'ritèrent , sons The'odose , la charge de maître de la milice. Il eu e'tait de'jà revêtu, lorsqu'après s'êire défait de Maxime, l'an 588, The'odose le fit partir avec un corps de troupes pour les Gaules, afin de se saisir de Victor, fils de ce tyran. Victor est arrêto sans Dcine et mis à mort au mois de septembre de la même anne'e. Arbogaste, usant de son avitonte', destitua de leurs emplois les généraux Nannien et Quinlin pour s'être laisse's battre par Gcnnobande , î\1arcomer et Sunnon , chefs des Francs, qui avaient passe' le Rhin et fait de grands de'gàis aux environs de Cologne.
The'odose jugeant Arbogaste aussi propre à gouverner Fe'tat au'à commander les arme'es, le donna pour principal ministre au jeune Valentinien. Il se trom.pa dans ce choix. La dureté' du caractère d'Arbognste, et le ton impe'rieux qu'il prit avec son maître lui aliénèrent bientôt l'esprit de ce prince. Un jour que Valentinien était assis sur son trône, Arbogaste s'étant présenté devant lui , l'empereur lui remet un papier par le([uc'l il le déclare privé de ses emplois. « Ce n'est pas vous, lui dit )) brutalement Arbogaste, qui me les avez donnés , et ce n'est pas « à vous à me les ôter; » et pour comble d'insolence , il déchire le papier. Le jeune prince, hors d'état de se venger d'un miu}sire qui avait dans ses intérêts tous les gens de guerre , prend le parti de dissimuler. Arbogaste s'enhardit de la faiblesse de son maître , et ose demander qu'il lui livre un certain nombre de personnes dont il croyait avoir lieu de se défier. « A Dieu ne plaise , lui réî) pond l'empereur, que je vous abandonne des innocents. Je me )» croirais moi-même digne de la mort si je rachetais ma vie par 3) celle de mes plus fidèles amis. An reste, si vous êtes si altéré V de sang , répandez celui de votre maître, n Valentinien pressentait ce qui devait lui arriver. Dans sa détresse il désirait ardemment de voir S. Ambroise , évêque de Milan , et lui envoyait courrier sur courrier pour hâter son arrivée afin de recevoir le bantême des mains de ce prélat. Mais avant qu'il eût la consolation de jouir de sa présence, Arbogaste le fit étrangler le i5 mai 5q2 par ses eunuques, sous les murs de Vieruie, Eugène, qu'il lui substitua, fut défait par Théodose, et paya de sa tête, le 6 septembre de l'an Zij^ , sa rébellion. Deux jours après , Arbogaste se tua de désespoir, laissant un fils , nommé Arigius, qui fut père d'Arbogaste II. Auspice, évêque de Toul, félicite celui-ci, dans une lettre qu'il lui écrivit, de Tavan-
DES FlOIS de FRANCE. 3G5
tage qu'il a sur son aïeul de professer la vraie religion. On voit ]iar la même lettre qu'il était comte de Trêves ( Sidon. ApoLin. L. ir , ep. i;-)-
L'au 095, Stilicon fait la paix avec les Sicambres et les autres Francs.
L'an 5c)7 , des traîtres parmi les Francs , gagne's par Stilicon , lui livrent leur roi Marcomer , qu'il fait mettre en prison, et relègue ensuite , par ordre d'Honorius , en Etrurie. Sunnon , frère de Marcomer, se dispose à venger cette perfidie. Le ge'ne'ral romain vient à bout de le faire périr dans une conjuration des princes et des grands de sa nation. (Bouquet, T. I, p. 771 ).
L'an 406 , les Vandales, les Alains , les Sueves , passent le niiin le 3i de'cembre etenfrent dans les Gaules^ qiiij depuis cette anne'e jusqu'en /p^ > furent dcsolc'es par les ravages de ces barbares. On place vers l'an 418 le commencement de l'empire des Francs dans les Gaules. Divise's jusqu'alors en diflfe'rents peuples, et gouvernés par des rois particuliers , ils se re'unjrent pour Tic plus former qu'une nation sous un même chef, et élurent Thëodemcr , fils de Fiicimer , ou Ricliomer, qui fut consul en 584- Grégoire de Tours dit , sans marquer l'anne'e , qu'il fut tue avec sa mère Ascliila. Ce roi d'ailleurs est peu connu ainsi que ses trois successeurs, jusqu'à Clovis ; c'est ce qui a porté quelques historiens modernes à fixer l'épotfue de l'établissement do la monarchie française au règne de Clovis , sous la conduite duquel les Francs . après avoir passé le Fihin , commencèrent , selon eux , à avoir une demeure fixe dans les Gaules , et à y former un rovaume. Av.intce règne , les expéditions des Frami n'avaient presfjue été , si on les eu croit, que des ravaf^es et des saccagements , après lesquels , contents du butin qu ils avaient fait , ou repoussés par les armées romaines , ils se retiraient dans leurs pays. « Système , dit Isl. Fréret , nouvellement in- )) venté, et contraire à toute l'antiquité ; système formellement » opposé à Grégoire de Tours , et au sentiment de tous les aa- « teurs qui ont parlé de l'établissement des Francs; système » enfin qui , sans aucun fondement valable , enlève près de 5oo » ans n'ancienneté à cette nation, pour en faire une troupe de w tartares , et qui n'a d'autre mérite que la nouveauté » .