CLOTAIRE II, SEUL
L'an 6i5 , Clotaire , qui régnait depuis 584 dans la Ncnstrie, commença à régner sur toute la France, et fut unanimement reconnu pour monarque par les Bourguignons et les Austrasiens. Mais ils firent auparavant leurs conditions avec lui, et exigèrent que la Bourgogne et l'Austrasie conserveraient chacune le titre de royaume , et auraient l'une et l'auire leur maire particulier. Clolaire, de leur consentement , créa maires du palais , Garnier , dans la Bourgogne , Radon dans l'Austrasie , et établit Herpon duc dans le pays d'au-delà du Mont-Jura. Herpon ne jouit pas long-tems de cette dignité. Comme il aimait le bon ordre et la justice , il voulut les faire régner dans les terres de son gouvernement ; il s'attira par-là l'inimitié de plusieurs grand, qui, excités par le jjatrice Aléthée , et par Lcudemoude ; cyêquç de Sioii; le massacrèrent. ClotaiiS
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vengea sa mort, en faisant couper la tète à Ale'thc'c ; mais îl fit ç^riiçe à Leudcmonde , à la sollicitation d'Eustase , abbc de Luxeu , chez qui ce pre'lat s'était réfugié.
L'an 6i5 , Clotaire donne le 18 octobre un édit pour confirmer les canons du concile tenu le même iour à Paris , et les règlements que les seigneurs y avaient faits en même tems. u C'est alors , dit M. de Condillac , qu'il fut décidé irrévo- » cablement que les bénéfices seraient héréditaires dans les n familles, et que les seigneurs jouiraient dans leur terres de M tous les droits qu'ils avaient acquis ». L'édit porte : Çiiîdqiiid parentes noslri anleriores principes , vel nos par jiisli^ liar)i visl sumus concessisse et confirmasse , in ornnihus clebeat confirntari. Mais ceci ^ comme le traité d'Andelot , de l'an 587, ne signifie autre chose , sinon que le roi confirme dans la jouissance des bénéfices ceux à qui lui ou ses prédéc^esseurs les ont accordés. Conclure de là avec M. de Condillac que les bénéfices dès-lors furent déclarés héréditaires , c'est faire violence au texte et contredire l'histoire qui nous apprend , comme on le verra ci-après , que les bénéfices accordés par nos rois sur le fisc , étaient censés rév^ocables en 812.
L'an 616, Clotaire voulant ôter tout sujet de plainte aux seigneurs de Bourgogne , qui prétendaient n'avoir pas été' assez récompensés de leurs services , les fait tous venir , avec Garnier , à Bonneuil-sur Marne ; là ils les écoute avec bonté , leur accorde tout ce qu'ils demandent de juste , et leur fait expédier des lettres de toutes les grâces qu'ils ont obtenues.
L'an 617 , Clotaire reçoit favorablement les ambassadeurs des Lombards , leur accorde l'exemption qu'ils demandaient de \2OO0 sous dont ils étaient redevables chaque année au fisc de Bourgogne, par traité fait avec le roi Gontran , et conclut une alliance avec eux.
la'an 622 , Clotaire associe au royaume son fils Dagobert, et lui donne le royaume d'Austrasie, à l'exception des cantons des Ardennes et des Vosges. Dagobert part avec le maire Pépin, et î>. Arnoul , évêque de Metz, pour aller prendre possession de ses nouveaux étals ( Frédégaire , c. 47 )• Le conmiencement du règne de ce prince se prend de la fin de cette année.
L'an 625 , Dagobert épouse à Clichi , en présence du roi son père , Gomatrude, sœur de la reine Sichilde , sa bellemère. Mais la cérémonie fut à peine achevée , que le jeune prince demanda hautement la restitution de tout ce qui avait été détache du royaume d'Austrasie. Clotaire disfimulc le me-
contenlemcnt que lui cause une pareille demande. On convi -nt de choisir , pour terminer ce différent, douze seigneurs , du nombre desquels furent S. Arnoul , et d'autres pre'lats. Ces arbitres, dit Frëde'gaire ( c. 53), mënatcèrent si bien l'esprit du roi père , qu'il ne retint du royaume d'Austrasie que ce qui était en de-çà de la Loire et dans la Provence , reddensque ei solidatum rjuod aspcxeral ad regnum Austrasioriim , hoc tantum exinde quod dira Ligerern , vel in Provinciœ parlibus siUnn nrot, siiœ ditioni relinuit.
L'an 626 , Clotaire fait assembler à Troycs les grands de Bourgogne , pour e'iire un maire du palais à la place de ^^''arnacaire , ou Garnier , qui e'tait mort: les grands refusèrent d'en e'iire un , et prièrent le roi de ne point leur donner d'autre maitre que lui-même ; ce qu'il leur accorda volontiers.
L'an 628, Clotaire meurt, dans la quarante -cinquième année de son règne , en Neustrie , et la quinzième en Bourgogne. Il est enterre' dans l'abbaye de S. Germain-des-Pre's. Il avait e'pouse' 1° H.ALUÉTPtDE , qui le fit père de Me'rove'e , tue' par ordre de Brunehaut , l'an 604 , après la bataille d'Etampes , où il fut pris , et de Dagobert ; 1? Bertkude, morte en 618 , dont il eut Cliaribert , qui suit ) 5" la nu'me anne'e Sichilde , de laquelle on ignore s'il eut des enfants.
Le rovaume de Clotaire , lorsqu'il eut réuni sous sa puissance toute la monarchie française , était d'une étendue imnicnse. Depuis TEst jusqu'au Sud-Est il avait pour bornes les montagnes occidentales de la Bohême , la rive gauche de l'Elbe , le mont Mélibée ou Méliboc , la Lippe et le Rhin depuis le confluent qu'il forme avec cette rivière jusqu'à son embouchure , l'Océan germanique et le britannique , les frontières orientales de la Bretagne et l'Océan aquitanique ; il s'étendait au Sud -Ouest jusqu'aux montagnes méridionales des Pyrénées , et avait pour bornes jusqu'au sud les frontières septentrionales et orientales de la Septimanie ; depuis le Sud jusqu'au Sud-Est il était borné par la ^Méditerranée et par les Alpes maritimes et penuines ; et depuis le Sud-Est jusqu'à l'Est par les Alpes et par une partie du Danube jusqu'à la rivière d'Ill. Outre cela Clotaire avait du côté de l'Est et du Sud-Est les Bavarois et les Lombards pour tributaires, et presque tous les peuples du Nord depuis la Lippe jusqu'à la Chersonèsc cimbrique (Longuerue , Dissert. — le Moine,. Antiq. de Soissons ). Cependant avec cette grande étendue de domination , Clotaire eut moins d'autorité que ses prédécesseurs. Les grands ; las de gémir soua la tyrannie, rentrèrent dans.
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leurs droits, et ne permirent pas au prince de rcgler sans leur participalion les affaires de l'e'tat. Il fut oblige' d'obe'ir aux lois , parce qu'iî n'eût pu les violer inipuncmcut, et de se relâcber même de la pre'rogative royale , parce qu'il e'tait dangereux pour lui de la faire trop valoir. Du reste , à travers la mode'ration affccte'e de Clotaire , on vit percer de tems en lems le génie féroce de ses ancêtres.
DAGOBEPvT I.
628. Dagober.t I , ( en tudcsque Taoaijrkth ) ne' vers l'an 600, de Clotaire II et d'IIaldc'lrude , roi d'Austrasie de puis l'an 62a , succè le seul à son père l'an 628 , à l'exclusion de Charibort , son fri^re.
Les grands de Bouigogne vienrent trouver Dagobert à Soissous , le reconnaissent pour leur roi , et lui prêtent serment de fidélité' au nom de la nation.
Pépin le Vieux , maire du palais d'Austrasie , Cunibert , évêque de Cologne, et Arnoul, fe'vêqne de Melz, sont mis à la tête des affaires : choix heureux qui rendit le royaume florissant, tant qu'il fut gouverne' par ces sages et habiles ministres. L'an 629 , Dagobert entre en Bourgogne , vient il Langres , à Dijon , à S. Jeande-Laone, etc. Partout il donne audience à tout le monde, aux grands et aux petits , rend justice à chacun , re'prime les violences , arrête les vexations , établit le bon ordre. Il donna toute fuis lui-même l'exemple d'une gi'atide injustice , par Tordre qu'il expédia , étant à S. Jean- de- Laone , de faire iiioiuir Bernulfe, oncle matcr-