‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 370 sur 416 · CHARIBERT II · texte numérisé non relu

CHARIBERT II

CiiAr.iîîEnT II , ou Aribert, fils de Clotaire II , et de Ber- Irudc , et frère consanguin de Dagobert, voulut d'abord s'emparer de la succession de sou père. Mais Dagobert, plus habile que lui , et mieux secondé , vint à bout de l'en priver entièrement , après avoir fait assassiner Bernulfe , oncle maternel de Charibert , dont il réclamait les droits. Toutefois les grandes qualités de Chariribcrt qui attiraient sur lui tous les regards , obligèrent Dagobert à lui céder par un traité, fait sur la fin d'avril 65o , le Toulousain , le Querci , l'Angoumois , le Périgord, et à peu-près tout ce qui composait l'ancien royaume des Visigoths , mais plutôt comme une espèce d'apanage que comme un démembrement de la monarchie. Charibert se retire à Toulouse aussitôt après ce traité, et y fixe le siège de son royaume. Ce prince avait hérité de la valeur de ses ancêtres. Cette même année , il défait les Gascons , et réduit leur pays sous sa domination. Il vient à Orléans , et:

tient Sigcbert ; fils de Dago-

DAGO^ERT I. ClIARIBERT II.

nel de son frère Clian'bert ,

<1ont il sniitenail les droits.

Arrive' à Paris , il épouse IN a>-

TiLDn , et re'pudie , sous pre'-

texte de stérilité' , la reine

Goniatrude , qu'il avait laisst'e

à Reuilly- L'évêque S. Amand reprend le roi de celte conduite , mais en vain ; il est chasse' hors du royaume. Cette même année , Samnn , marchand français , e'tant venu trafi(juer chez les Sclaves ou Esclavons-Vinides , les engage à secouer le joug des Abarcs, qui , les ayant rendus tributaires , les traitaient avec insolence et dureté'. 11 se met à leur tête , et leur fait remporter sur leurs tyrans une victoire qui les rétablit dans leur

première indépendance. Les parlerons de celle de Boggis Esclavons , en reconnaissance , sous les ducs d'Aquitaine, l'éhsent pour leur roi.

L'an 65 o , Dagobert parcourt l'Austrasie , et met au nombre de ses femmes Ragnétrude , dont il a dans l'année un fils, nommé Sigebert. De retour en Neustrie , il se propose d'y faire sa résidence ordinaire, se livre entièrement à la débauche, et fait de grands maux à l'église et à ses sujets, au5.quels il devient odieux.

Scrvat et Paterne , qui avaient été députés par ce prince à l'empereur Héraclius , reviennent cette année. Dagobert publie avec des corrections et augmentations les lois des Francs , les lois des Ripuaires , les lois des Allemands et celles des Bavarois. Le titre lxii de la première exclut formellement les femmes de la succession aux terres saliques. De terra — salica in muUerem niiUa poilio hereditalis transit , sed hoc i'irilis sexiis acqiiirit , hoc est , filii in ipsa hereditaie succédant. A quoi elle ajoute: Sedubi intev nepotes et pronepotes post longum teni/ms de alode terrœ conlentio suscilaliir , non per stirpes , sed per coj'iia dividantiir ( Bou-

bert , sur les fonts de baptême. Mais , au retour de ce voyage , il meurt , l'an 65 1 à Blaye , âgé de i5 ans. II avait épousé Gisèle , fille d'Amand . duc de Gascogne , qui lui apporta en dot le comté de Bigorre , et la seigneurie de Béarn , qu'elle tenait d'Amantia , sa mère. De ce mariage il eut trois fils, Childéric, qu'il fit reconnaître pour son successeur , mais qui lui survécut très peu de tems ( le bruit courut que Dagobert avait fait empoisonner le père et le fils), Boggis et Bertrand , à qui le roi , leur oncle , donna le duché de Toulouse ou d'Aquitaine en fief héréditaire. Bertrand mourut sans lignée. Nous

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qnct, t. IV, p. i5n-i57 ). Mais la loi des Ripuaires dît clairement qu'au dtffaut des mâles les filles e'taicnt admises à succe'dcr aux terres saliques. Un père néanmoins , comme on le voit par la dixième formule du deuxième livre de Marculfe , pouvait déroger à la loi salique par une disposition parliculière en faveur de ses filles. On appelait terres saliques celles qui provenaient du partage que firent les Francs entre eux . après la conquête des Gaules. On leur donnait aussi le nom d'alleuds , c'est-à-dire terres obtenues par le sort , ou terres franches , parce qu'elles e'taient franches de toutes charges , à l'exception du service militaire. Cette de'nominalion , dans la suite , fut commune à toutes les terres posse'dèes en pleine et franche proprie'kc' , soit par he'ritage , soit par acquisition. A l'e'gard des autres terres , le même titre admet les filles à les partager avec les mâles. Tous les crimes , à l'exception du crime de haute trahison , se rachetaient, suivant la même loi , par des compositions pécuniaires, qui se re'glaient selon la qualité' de la personne le'se'e. Le meurtre d'un Franc j est apprécie' au double de celui d'un Gaulois ou Romain. « La loi salique , dit l'abbc' du Bos , a eu la » destinée de tous les codes nationaux , c'est-à-dire que de » tems en tems on y a fait quelques changements ».

L'an G3i , Bagobert soumet à son obe'issance tout le royaume de son frère Charibert , après sa mort. Les Bulgares , chassc's de la Pannonie par les Huns , s'èiant retire's chez les Bavarois au nombre de neuf à dix mille familles , Dagobert les y fait nourrir pendant un hiver. Mais ensuite craignant qu'ils ne se rendent maîtres du pays , il donne ordre de les égorger tous en vme nuit j ce qui fat inhumainement exécute' : il n'en échappa que sept cents. Frédégaire appelle cet ordre barbare de Dagobcrt ua trait de sagesse. Quelle idée avait-il donc de la vertu ?

La même année (65 1) , Dagobcrt envoie Sicairc , un de ses officiers , à Samon , roi des Vinides , ou Esclavons , pour demander justice des massacres et des pillages que ceux de ses sujets , établis dans le Tyrol , avaient exercés contre des marchands français qui étaient venus trafiquer dans leur pays. Samon était devenu paien comme son peuple. Nullement sur de se faire obéir en pareil cas , il prie l'ambassadeur de faire en sorte qu'un accident malheureux ne prive pas les Esclavons de l'amitié de son maître. Quelle amitié , s'écrie imprudemment Sicaire, pciit-il y avoir entre des chrétiens serviteurs de dieu ^ et des chiens! Samon qui connaissait les désordres de la cour

<îe France , lui repond : Puisque vous offensez par roî crimes le Dieu que vous servez, il nous est permis, à nous qui sommes ses chiens de vous mordre. Dagobert, irrite de celle réponse , fait attaquer les Esclavons par Chrodebcrt , duc des Allemands , tandis que Tason et Caccou , ducs de Frioul , entrent d'un autre cote' sur leurs terres. Les deux arme'es s'e'tant jointes , mettent en déroute les Esclavons , et fout beaucoup de prisonniers. Mais ceux-ci , dans la suite , priient leur revaucbe et battirent à leur tour les Français. C'cit tout ce que Frédegaire nous apprend à ce sujet. D. Plancher et Ferre'ras placent eu 65o la de'ciaration de guerre faite par Djgobert aux Esclavons.

L'an 652 , Dagobert remet aux Saxons le tribut de 5oo bœufs qu'ils lui devaient , à condition qu'ils s'opposeraient aux Esclavons qui ravageaient la Thuringe. La condition est accepte'e , et les Esclavons sont re'prime's.

L'an G32 , ou 653, selon D. Plancher, ou 654 sc'lon ^l. de Longuemare , Dagobert établit son fils Sigebert roi d'Austrasie , et confie le gouvernement du royaume à l'eVêque Cunibert et au duc Adalgise. 11 nait à Dagobert un fils , nomme' Clovis II, de Nantilde , sa seconde e'pouse. Dès qu'il fut ne', Dagobert craignant que Sigebert , après sa mort , ne voulût re'gner seul , fit le partage de son royaume entre ses deux fils; donna l'Austrasie et ses de'pendances à Sigebert; la Neustrie, la Bourgogne et le duché' de Dentelen à Clovis.

L'an 655 , ou 656 , Dagobert envoie une armée de Bourguignons , sous la conduite du référendaire Chadoin , ancien oflicier du roi Thierri , avec dix ducs , contre les Gascons souleve's en faveur des enfants de Cliaribert. Ils sont vaincus et oblige's de se soumettre au roi.

Dagobert, résidant à Cîichi , envoie des députés en Bretagne pour faire cesser les ravages des Bretons, et les eng.T<;er à le reconnaître pour souverain. Judicael , roi des Bretons , vient trouver Dagobert à la persuasion de S. Eloi , se soumet à lui , et s'en retourne récompensé comme il le méritait. Dagobert tient des a.ssises générales au palais de Garges , ou Garches , où il fait son testament. Il accorde 8ooo livres de plomb pour couvrir l'église de S. Denis.

L'an 638 , Dagobert tombe malade à Epinai , d'où s'éfant fait portera l'église de S. Denis, il fait venir les seigneurs , et leur recommande en particulier Ega . maire du palais de Neustrie , la reine Nantilde , et son fils Clovis II -, il meurt le 19 janvier , après avoir régné 16 ans , 6 du vivant de son père , 10 aprcs sa mort. Son corps est inhumé dans l'église de SitiKt=.

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Denis dont il est regarde' comme le fondateur , à cause des grandes libcralite's qu'il lui a faiies. Ce prince avait eu pour femmes , outre GOMATRUDE , Nantilde, morle en 65 1 et inhumée à Saint- Denis, Ragnétrude , que nous avons déjà noinine'es . Wui.fé- GONDE et Berthflde. La lubricité', le luxe et l'avarice , sont les vices que tous les bons historiens, anciens et modernes , s'accordent à lui reprocher. Outre les cinq femmes que nous venons de nommer, il eut un nombre bien plus grand de concubines. Il porta le luxe jusqu'à se donner un trône d'or massif dont la matière provenait du commerce exte'rieur qui prit quelque vigueur sous son règne , et la façon e'iait l'ouvrage des habiles orfe'vres qui se forme'rent sous S. Eloi , depuis e'vèque de INoyon. Mais il accabla son peuple d'impôts pour fournir à ses de'penses , et appauvrit ses provinces pour enrichir sa cour. Il faut ne'anmoins lui rendre justice; il revint de ses e'garements dans les dernières années de sa vie , et ce fut alors qu'il donna ses soins pour e'tendre le culte divin , construire et doter des e'glises. Depuis la mort de Dagobert les maires du palais se rendirent maitres presque absolus du gouvernement , et les rois n'en eurent guère plus que le nom. Chacun des trois royaumes , de Ncustrie , de Bourgogne et d'Austrasie , soit qu'ils fassent re'uuis sur une même têle , soit qu'ils fussent divise's entre plusieurs souverains^ eut son maître particulier, qui e'iait e'iu , non parle roi , mais par les grands du royaume qu'il devait gouverner. C'e'taient proprement des vicerois d'autant jjIus indépendants qu'ils ne tenaient point du roi leur institution , et qu'il n'e'tait point en son pouvoir de les destituer. Tel fut l'e'tat de ces officiers jusqu'à l'an 762 , époque de leur abolition par l'e'le'vation du maire Pépin à la royauté'.

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