‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 385 sur 416 · DUCS DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DUCS DES FRANÇAIS

L'an 74i > Carloman et Pfym , fils de Charles Martel et de Rotrude , morte en 724, succèdent à leur père, le premier en Austrasie , l'autre en Neustriej et aussitôt ayant levé' une arme'e , ils assiègent Laon , où Grippon s'e'tait enferme' avec sa mère. Grippon se rend à ses frères, qui l'envoient en prison à Neufcbàtel.

L'an 742 » Carloman et Pepin font plusieurs expéditions en Aquitaine, où ils domptent les Gascons rebelles , et poursui vent Hunald , fils d Eudes ; en Allemagne, où ils défont entièrement les Allemands. Ces deux princes partagent entre eux le royaume de France , dans le lieu appelé Vieux - Poitiers ; c'est-à-dire, selon D. Bouquet,

CHILDERIC îir,

ROI DE NBUSTRIE, D£ feOURGOGSE ET d'auSTRASIE.

L'an 742 ) C'hh.déric III, fils de Chilpe'ric II , est place' sur le trône, et commence à porter le nom de roi. Ce prince fut cre'e' roi, non pas de tout l'empire français , si l'on en croit le père Daniel, mais seulement de cette partie que Pepii^ gouvernait, et nullement de l' Austrasie, qui , dès le tems tic Pepin, père de Charles Martel , fut une princqu'ils dépouillent leur frère | paute' séparée du reste de l'em- Grippon de la portion que lui pire français. Mais la preuve avait donnée Charles peu avant que Childéric fut aussi reconnu

sa mort , et qu'ils la partagèrent entre eux

pour souverain, au moins de nom, dans l'Austrasie, se tire de plusieurs actes expédiés en Alsace sous 3a date des années de son règne (JVI. Grandidier, Ilist. de l'égl. de Slrasbourg , T. I, p. 272). Il est cependant vrai ([ue Carloman, dans la préface du capitulaire qu'il publui , l'an 745? à Leptines, dit y avoir assemblé les évèques et les grands de son royaume, in regno jneo. Mais le terme regnum semble devoir s'entendre ici d'un gouvernement absolu à la vérité, plutôt que d'un royaume proprement dit.

CARLOMAN et PEPIN.

L'an 745 , Carloman et Pepin font une expédition contre Odilon, duc de Bavière. Un prêtre, nommé Sergius , vient de la pari du pape leur interdire toute guerre avec ce prince. On lui

Tcpoiuî que la Bavière et ses liabitants appartiennent à Tempire français : Bajoariam Bajoarioaoïie ad Francorum Impcrùim. pertlnere. Odilon , mis en dcfroule , s'enfuil honteusement, Carloman entre en Saxe , pe'nètre jusqu'à la source de la Haze , qui se jette dans l'Ems , prend le cîiàteau d'Ocsiobourg , el baC Tlie'odoric , duc des Saxons. L'an ^44 > Carloinan et Penin soumettent Hunald, duc d'Aquitaine, font la paix avec Odilon, duc de Bavière , conduisent une armée en Saxe , battent et prennent une deuxième fois Thëodoric , duc des Saxons , qu'ils amènent en France avec eux. L'an 746 , nouvelle victoire de Carloman sur les Sa>;ons, dont plusieurs reçoivent le baptême, li'anne'e suivante, il se rend maître de l'armée des Allemands à Cans'adt, et de-là passe en Aquitaine. Ce fut là oii se terminèrent SCS exploits militaires. L'an 74?» il renonce au monde ,remetson royaume et son fils Drogon entre les mains de Pépin, son frère, part pour Rome , où il se fait couper les cheveux , prend l'habit clerica! des mains du pape , et ensuite va se faire moine au Mont-Cassin. Pépin retire Grippon , son frère, de la prison de Neufchâtel , oii l'avait mis Carloman , et ne tarde pas d'avoir sujet de s'en repentir. Grippon , à peine a recouvre' la liberté , qu'il s'enfuit chez les Saxons , et les soulève contre Pépin. L'an 748 , Pépin marche en Saxe, oii plusieurs seigneurs français avaient suivi Grippon ; il soumet les Saxons, et prend The'odoric, leur duc , pour la troisième fois. Grippon se retire en Bavière , et enlève ce duché' à Tassillon , fils et successeur d'Oddon , mort cette anne'e 74S ( Pagi )• L'an 749» Pépin marche en Bavière , défait les Bavarois , re'tablit Tassillon , prend Grippon , l'amène en France , et lui donne pour partage la ville du Mans , avec douze comtes, nombre compétentalcrs pour faire un duché'. Mais, l'an 761 , Grippon , toujours inquiet, va chercher une retraite auprès de Waifre , duc d'Aquitaine. Pépin ne jugea pas à propos de le poursuivre , il roulait dans sa tête une affaire plus inte'ressante. Souverain dans le fait il lui manquait le titre de roi, titre imposant pour la multitude, qui se décide moins par les choses que par les noms. Pour l'obtenir il s'y prit si adroitement qu'il sembla prêt à le refuser lors({ae , à la sollicitation de ses e'missaires, il lui fut offert parles grands de la nation. Il voulut même, ou feignit de vouloir s'en rapporler-la-dessus au souverain pontife. En cousc'quence Burchard , e'vcquc de Wurtzbourg , et Fulrad , abbé de S. Denis , sont de'putès à Rome pour consulter l'oracle , dont la re'ponse fut telle que Pépin la de'sirait. Ce prince, alors sûr de son fait, assemble, au mois de mars de l'an 762 , un parlement à Soissons , où il est proclamé roi. Childcric , en même tems , fut de'posé , rasé et enfermé dans le monastère de Sithiu (aujourd'hui de S. Berlin , à S. Orner), 00

428 CHRONOLOGIE HISTOfaQUE

il niouru! l'an ^55. Il laissa un fils nomme Thierri , qui fut envoyé au monastère de Fonlenelle ( à présent S. Vandrille ) , et élevé dans l'obscurité'. Telle fut la fin de l'illustre d^aïastie de ]a race de Clovis, après plus de deux cent soixante-dix ans de règne dans les Gaules.

Tant que Charles Martel ve'cut , maigre' l'autoritë suprême dont il jouissait, tout se fiisait au nom du roi dans les plaids et assemble'cs des Français. Nous voyons, par exemple , un privilège accorde au monastère de S. Denis par Thierri IV , à la prière de Charles, maire de son palais. Cetteprière, à la vérité', e'tait un ordre par la de'pendance où les maires du palais tenaient les rois ; mais Pépin et Carloman ne laissèrent pas même à Childe'ric les droits honoriiiqif?s de la royauté'. Ils faisaient et re'glaient presque tout en leurs propres noms. De là vient qu'on ne trouve nul diplôme original qui porte en tête le nom de Childe'ric III. Souvent même dans les conciles et les actes publics , les notaires cineltaient les anne'es du règne de ce prince. On voit dans Goldast [Rer. Allewann., T. 11, n. o5 ,) une cliarle date'e anno xxx, post ob'iLwn Dacobciti re^is , c'est-à-dire de Dagobert III , mort en 716; une autre {ibid., n. 58, ) date'e du 29 novembre, res!;nante Carolomanno duce et Bobone coinite.

Childe'ric 1 et Childeric lïl sont les seuls rois de la première race dont les sceaux ne soient pas de figure ronde.

On s'est servi en France, pendant la première race, du sou, du demi-sou et du tiers de sou , lesquels étaient d'or. Ces monnaies e'taient en usage chez les Romains dès le tems de Constantin ; et il n'y a point de doute que les Français , qui s'emparèrent de la Gaule , n'aient imite' les Romains dans la fabrication des monnaies. La conformité qu'il y a pour le poids entre nos sous, dcuii-sous , tiers de sous , et ceux des empereurs romains , ne permet pas d'en douter. Leur sou d'or et le nôtre pesaient également 85 grains i tiers ; les demi et tiers de sou à pro- |»ortion. Cela se justifie par quantité de monnaies qui nous restent des uns et des autres. Il paraît, par plusieurs passages de la loi salique, que le sou d'or des Français valait quarante deniers. Ces deniers étaient d'argentfin et pesaient chacun environ ?. i grains. Le demi-sou A-alait 20 deniers et le tiers de sou i5 deniers i tiers. Ces trois espèces d'or avaient ordinairement sur un de leurs côtés la tête ou le buste de quelqu'un de nos rois , et sur l'autre une croix , avec le nom du lieu où la pièce avait été fabriquée.

La livre d'or se divisait en 72 sous, et le sou en 40 deniers. Cette livre de poids qui élait la romaine , pesait 6i44 grains, ou dix onces 2 tiers, poids de marc ; îiinsi elle vaudrait aujourd'hui 1104 1. 16 s., le marc d'or lin ayant été fixé, suivant la déclaration du 21 novembre 1785, à 828!. 12 s.

Le sou des Romains et celui des rois de la première race, comme nous l'avons déjà dit , e'tait d'or fin et pesait 85 grains i tiers , poids de marc ; donc sa valeur serait actuellement de l5 !iv. 6 s. lo den. 2 tiers.

Le denier e'tait d'arcjent fin pesant 2t grains , poids de marc; et comme la livre d'or contenait 2SS0 deniers , il s'ensuit qu'eu multipliant cette dernière quantité' par 21 , on aura 60480 grains d'argent , qui était le repre'sentatif d'une livre d'or , et par conséquent , la proportion était presque dixième. Mais l'argent, à 12 deniers de fin, ne vaut, suivant la déclaration déjà citée , que 55 1. 9 s. 2 d.; ainsi, la valeur actuelle du denier ne serait que de 4 s. f||. Cependant , le denier étant le quarantième du sou d'or , qui vaut i5 Hv. 6 sous 10 deniers deux tiers , il est évident que le denier devait représenter 7 sous 8 deuiers un quinzième de notre monnaie courante.

Sous cette même race , il y avait aussi un sou d'argent qui ne valait que 12 deniers d'argent , duquel on s'est servi pendant la seconde race, et dans le commencement de la troisième. 11 est difficile de marquer quel était le poids de ce sou, et la quantité qui composait la livre; mais il est certain qu'on en taillait plus de 22 dans une livre d'argent, puisque Pépin ordonna qu'on n'en taillerait que ce nombre; ce qui prouve au moins que , sous la première race , elle on contenait davantage ( Le Blanc , Traité hislorique des monnaies.).

Que rétablissement de la Monarcliie française dans les

Gaules ne causa aucuii changement dans l'état civil

des Jiaturels du pays.

( Article de M. Ardilier ).

Si l'on en croit quelques écrivains modernes, Clovis conquit les Gaules comme les Turcs ont envahi la Grèce. Tous les naturels du pays gémirent dans l'oppression. 11 serait moins facile de réfuter cette opinion accrédiîée , s'il en eût été de toute la monarchie comme du Soissonnais; mais si l'on en excepte ce petit pays, on voit que l'empire de Clovis se forma successivement par l'accession volontaire des peuples qui s'y soumirent.

Wayantpu subjuguer les confédérés armoriques , réunis depuis soixante ans , Clovis fit avec eux un traité d'alliance ( Procop. de Bell. Goth. , lih. 1 , cap. 12 ). Ces peuples, excédés de la fiscalité romaine , s'en étaient affranchis les armes à la main. {Zozim, de CalL ad ami. Christ. 408). Supérieurs aux événements , ils se gouvernaient par eux-mêmes et avaient inspiré assez d'estime ou de crainte à leurs anciens oppresseurs pour être employés par eux en qualité d'auxiliaires ( Procop., itb. ut. snp. ).

Les légions rciiiaiucs, caulonnécs dans le voisinage, s'unirent

43o CHRONOLOGIE HISTORIQUE

volontairement aux Germains et aux Armon'qnes ( Procon. , /f^ Bell. Goth. , l. \ , c. 12). f^es autres tribus des Francs ëtaienr soumises à des rois que Clovis avait fait périr, mais ce fut parleur vœu conuTiun qu'il obtint de régner sur elles [Greg. Titr. , lib. 1 1 , cop. 40).

La Gaule septentrionale n^offre donc que le Soissonxiais dont Clovis se soit empare' par une conquête violonîe. Il y a même lieu de penser qu'elle n'eut cet effet qu'à l'egàrd de Siagrius ; te'moin les relatious e'tablies entre les deux peuiies {Sfd. ÀpolL, Hpist. lib. V, Boitq., t. 1 , p. 794)» l-i se'curité que montrèrent les cités circonvoisines , et les ordres donne's par Clovis pour les garantirdupillage [Hincm,, Kit. S.Kemig. — Flodoaid.,Hist. JEccl. Piem., lib, 1 , cap. i5, p. 56).

La victoire de Vougle' facilita sans doute à ce prince la soumission de l'Aquitaine ( Grès;. Tnr. , lib. i 1 cap. 3'j ). Mais s'il la dut aux Francs et aux Gaulois re'uni* sous ses ordres après le consentement que la nation , asseinbitfe en 5o(>, avait donne' à la guerre contre les Visigoths, il eut de grandes obligations à la disposition des peuples [Gres^. 7'u>\, ibid., Fredeg., Epit., c. 26). Elle e'tait si connue que, suivant Gre'goire de Tours , la re'putation de gloire et de bonheur, dont jouissaient les sujets de Clovis , faisait de'sirer ardemment sa domination dans la Gaule me'ridionale ( Greg. Tur.., l. 2 , cap. 25).

Ces monuments , et la lettre de ce prince aux pre'lats d'Aquitaine, permettent-ils de douter qu'en passant sous son empire , les habitants du pays n'aient conserve' leur e'tat , leurs lois , et leurs coutumes? Libres sous les Romains (Hisf. de Lang., t. j), ils le furent aussi sons les roii Visigoths [Le.x /'^isigoth., lib. lit. I , lib. 4 > tii- 2. Leg. I et 2. lib. 6 , lit. i , lib. 2).

L'e'tablissement de ces peuples dans la Gaule méridionale ne fut point une conquête suivant l'idée qu'on y attache. Appelés en 418 par l'empereur Honorius , ils parvinrent , par des traités , à dominer sur les provinces situées entre la Loire , la Méditeri-anée , les Pyrénées et l'Océan (HisC. de Lang., t. i , p. 176 et 206) ; mais ils durent bien moins leurs progrès à leurs armes qu'a leur politique. On régla qu'en certains cantons ils auraient les deux tiers des terres ; et ce partage se fil entre eux et les officiers de l'empire pour le bien commun des deux peuples {Esp. des Loix , liv. 5o , cliap. f/etS. — Chron. de Marius sur Can 456 ). On suivit le nicme plan à l'égard des Bourguignons {Hist. de Lang., t. I , p. 220). Après différeiites excursions en-deçà du Rhin , et quelque séjour dans la cité de Mayence , ils s'établirent, en 44^ ■> entre le Rliône et les Alpes , par la cession que Valentinien III leur fit de cette contrée. Genève fut d'abord la capitale de ce nouveau royaume, qui s'étendit ensuite sur ce qu'on a

nomme depuis la Savoie; mais l'empereur Antlième, ayant besoin de leurs secours contre les Visigoths , leur donna, eu 46g, la ville de Lyon, oii ils clablirent le sic;',e de leur empire. Ils obtinrent par ce traite' les diocèses de Vienne, de Valence , et de Viviers. Vaison devint frontière de leurs e'tats du côlé do la Provence.

l>e partage des terres , entre les Bourguignons et les Gaulois- Romains , fut fait par convention , comme l'avait été celui des Visigoths. Chaque romain reçut chaque barbare, et fut le'so le moins possible. Les Visigoths et les Bourguignons, guerriers, chasseurs, et pasteurs, prirent des friches, et le Romain garda les terres les plus propres à la culture {Esp. des Lois y liv. 5o, ch. 9 ).

Bien loin que les Bourguignons aient porte atteinte à la liberté des Gaulois- Romains , leurs lois distinguent nettement dans les deux nations , les nobles , les ingénus et les serfs.

La composition légale des grands bourguignons et des nojjles romains , était de trois cents sols (Le.r Burg., lit. 26, ^ i ).

Celle des ingénus médiocres , de l'une et de l'autre nation , fut fixée à deux cents ( Ler Buis;., ih § 2).

Tout est d'ailleurs romain dans la classification de la loi Gombctte, qui n'est point le code primitif des Bourguignons. Gondebaud ne la fit rédiger que pour mettre fin aux démêlés de ses compatriotes et des Romains. Elle se sent , ainsi que celles de.5 Visigoths , de l'affaiblissement de ces peuples , et du besoin qu'ils eurent de ménager les empereurs et les sujets de l'emuire. (Le.r. Burg. ).

Au reste ces lois des barbares furent toutes personnelles {Esn. des Lois, lit. 28, ch. 2) ; chaque peuple était jugé par la sienne; chacun pouvait prendre la loi qu'il voulait; la constitution de Lothaire exigea seulement que ce choix fut rendu puldic.

Ainsi , d'après ce coup-d'œil sur les lois des divers pays dont la réunion forme aujourd'hui la monarchie française, il estévi. dent que rétablissement des Barbares ne changea rien à l'état civil des Gaulois. Ces peuples n'y formèrent que de petites tribus en comparaison des anciens habitants. La preuve pour les Francs se trouve dans saint Jérôme et dans la loi saliquo (5. Hieronim, in vit. Saiicti Hilarion. Lex SaL).

On voit dans Salvien, dans Sidoine Apollinaire, et dans Grégoire de Tours , le régime des cités subsistant , des envoyés de leui- part traitant avec des rois barbares , leurs citoyens belliqueux autorisés par Valentinien III à se défendre et à attaquer les^ennemis sous leurs propres auspices (Corf. Tkéod,, noyell. 20), les cités de Narbonne et d'Auvergne, obtenir^ sans aucun secours étranger, des capitulations honorables.

432 CHIIONOLOGIE HISTORIQUE

^Les ornements d'architecture dont on décorait les tombeaux, étaient inconnus aux Barbares avant leur passage du Rhin. La loi salique , qui en fait mention , prouve qu'elle fut re'dige'e dans les Gaules, et pour les Gaulois , et que les Francs avaient respecte' leurs usages {Lex SaL, tit. 57).

Les habitants libres des Gaules ne furent donc point opprimes par Clovis , comnne M. de Montesquieu lâche de le prouver {Esp. des Lois , liv. 3o, chap. 24)-

Interpi'ète trop litte'ral du texte delà loi salique, cet illustre e'crivaiu a cru que les Francs ou Barbares avaient exclusivement deux cents sols de composition, suivant le chapitre i, du tit. 40-

Les naturels du pays lui ont paru de'signe's sous le nom de Romains possesseurs, et leur composition re'duite par le chap. 7, à la moitié' de celle des hommes libres.

Cette composition de cent sols e'tait aussi celle des Liâes , espèce de colons de'pendants toujours de leurs maîtres {Lex SaL, tit. 5o, 54, 37 et 58). M. de Montesquieu , jugeant d'après ce tarif, n'a vu, parmi les citoyens gaulois, qu'un peuple humilie', gémissant sous le joug , et dont le sang n'était appre'cie' qu'à la moitié' de celui des vainqueurs.

Force' de convenir que les Francs ne re'duisirent point les Gaules en servitude {Esp. des Lois y liv. 3, chap. 10 et 11 ), et que la diffe'rence des conditions en mellait une dans les compositions {ihid.f liv. 28, ch. i\.i etZ^VSo, chap 19), il ravale les hommes libres à la classe des aiFranchis, et tombe ainsi dans des contradictions frappantes.

Exce'de'de nos monuments, il s'e'prie qu'il lui a fallu les dévorer, comme la fable dit que Saturne dévorait les pierres. Ne serait-il pas permis d'en conclure qu'il les a mal dige're's?

Si en classant les sujets de Clovis par le code salique , cet homme de génie eiit voulu descendre à la plus simple combinaison des événements de ce régne avec l'esprit de cette loi , il en aurait conclu que la principale clause des traités que ce prince lit avec les hommes libres des Gaules, dut être de leur accorder une composition égale à celle des Francs de même condition. Il les aurait reconnus dans ce chapitre I , du titre 45 , dont la disposition comprend, outre le franc et le barbare, l'homme vivant sous la loi salique.

Comment imaginer que des peuples qui lui avaient résisté ouvertement , que cette confédération armorique qui se maintenait depuis soixante ans contre les forces de l'empire, eussent consenti à subir volontairement les chaînes de la servitude ?

Bien loin d'assimiler toute la nation au romain possesseur , il fallait conclure que l'homme de cette condition , étant comparé par la loi au lide, c'était un curial , ou même un affranchi ,

tel que ces collcgiats attaches servilemeut à leur corporation , mais ccpeiidaMt pioprio'taircs ; ces citadins qu'on reîrouve sous le litre de Cives oppulani dans plusieurs lois romaines et le code dos V isigolhs , qui, ne pouvant e'chapper au fisc, même en cliangcant de domicile , avaient la faculté' de tester eu faveur de leurs parents, et même , avec certaines restrictions , au profit de l'église j tel enfin que ces hommes , dont parle Gre'goire de Tours ( Hist., lih.x. et passim) , qu'il nomme inférieurs et quelquefois citoyens , lorsqu'on eut appelé improprement les villes du nom de cité, qui , dans son origine, désignait une peuplade entière. Il fallait se souvenir , d'après Salvien, que le nom romain , jadis si redouté , si ambitionné des rois même, était devenu une qualification de haine et de mépris [Salviau., de Giib. Dei , lib, v; — Boitq. t. i , p. 779), -que silon excepte les provinces où les Bourguignons elles \isigoths furent établis par les empereurs , il n'exista dans les Gaules de libres que les barbares et les hommes qui par état purent en prendre les mœurs ; que les Armoriques et les autres bagaudes de la Belgique voulurent être barbares , et que tout ce qui resta de vil fut romain.

M. l'abbé Dubos , api'ès avoir prouvé l'alliance de Clovis avec les Armoriques, et développé la politique de ce prince d'une manière lumineuse , tombe ensuite dans les contradictions que nous venons de relever dans V Esprit des Lois : il applique le chapitre VU du titre 45 delà loi salique aux hommes libres, et; les rabaisse à la condition du romain possesseur.

Quand le chapitre Yll dit que le Romain possesseur était celui qui possédait des biens propres dans son pars , il annonce l'espèce de cette tenure j sa propriété devait être imparfaite comme son ingénuité.

Ou sait que les lois des barbares s'interprètent mutuellement , s'il n'y a pas de dispositions contraires. Suivant la loi des Piipuai-* res , l'esclave du roi n'avait que cent sols de composition (Le.r Jxip.f tit. IX ).

Par un autre article de la loi ripuaire , si un tabulai.'-e , un romain , ou un homme royal , épousait une ripuaire libre d'origine , ou si une femme tabulaire , ou romaine , ou royale, épousait un ripuaire , leur postérité était dégradée à la plus basse condition ( Lex Rip. , tit. 58).

Le romain possesseur était donc l'égal du lide , deFescIave, du roi et du tabulaire , du curial inférieur, ou plébéien.

M. de Montesquieu tire avantage de ce que ce romain pouvait devenir convive du roi ; uiais l'esclave du roi ne devenait- il pas grafion et sagibaion ? La loi salique le dit expressément {Lex Sni., tit. 5- ); elle fixait leurcomposition à trois cents sols comme celle de raaîruslion l'était à six cents : ce triplement , oui n'était V. 55

/^54 CHROInOLOGIE IIISTORIQtTS

qu'une prérogative personnelle , ne changeait rien au clrni[ de la naissance. On avait vu , sous l'empire romain, des colle'giats , c'est-à-dire des artisans ou des marchands incorpore's dans les cohe'gcs des cite's , parvenir au sénat, aux honneurs de la cour, tt obtenir d'être admis à la table de l'empereur.

Si M. l'abbe Dubcs , qui a fait tant de recherches utiles à notre histoire ; si M. de Monlescjuicu , qui a recule' les bornes de l'esprit humain, se sont égares dans nos monuments , n'esl-il pas téméraire de les approfondir après eux avec tant de disproportion dans les moyens? Cette réflexion est sans doute effrayante; mais nous prions d'observer que si nous relevons quelques erreurs dans les ouvrages de ces hommes célèbres , c'est à l'aidé de leurs lumières.

En effet si , comme ils en conviennent , les Gaulois conservèrent leur liberté' sous la domination de Clovis, il est impossible que les citoyens libres n'aient eu qu'une composition égale à celle du romain possesseur.

11 est donc constant que les hommes libres , Francs, Gaulois , eu Romains d'origine, qui vivaient sous la loi salique, conservèrent, après l'établissement de lu monarchie , les droits et les pre'rogatives dont ils joiiissaietiî avant cette re'volution.

Quelques monuments relatifs aux premiers successeurs de Clovis paraissent rendre cette preuve invincible. Le roi Childebertl, donnant une partie de sa terre d'Issy pour la fondation de l'abbaye de Saint-Vincent , aujourd'hui Saint-Germain-des- Pre's , de'clara , dans sa charte , que c'était du consentement des Francs et des Neiislrasietis {Dom Bouquet, tom. IV , p. 6?.2). Cette dernièredenomination ne fui jamais donnée qu'aux habitants de l'Armorique {T'aies. , Not. Gall. , p. 44 ) • est-il possible de croire que dans cet acte solennel Childcbert eût pris le conseil de ces hommes e'vidennnent dégrades , si on les suppose réduits à l'état de romains possesseurs 'i*

Les INeusfrasiens , qui occupaient le pays situé entre la Seine, la Loire et l'Océan , vécurent donc comme les Francs , sous la loi salique, dont l'empire s'étendait depuis la foret Charbonnière jusqu'à la Loire ( LexSaL, lit. 49}. Ils furent donc, ces hommes libres , désignés, dans ce code , égaux aux Francs ou Barbares , et jouissant des mêmes droits {Le.v Sol. , lit. 43 ) ?

Clotaire I, dans sa constitution donnée vers l'an 5(jo , dit que .^on père et son aïeul avant accorde des immunités à quelques églises et aux clercs , il veut que la forme du droit ancien soit observée dans toutes les causes ( Dal. cap. , T". I , col. ).

Cliildéric et Clovis surent donc se plier aux mœurs et se soumettre aux lois qu'ils firent respecter.

Le roi Thc'odebert épousa Deutcric gauloise d'ongineO) (Gie^. Tur.y hist. l.'b , cop. 17 ). La femme deConstantinn- H, père de saint Rigobert, e'tait de la nation des Francs ( Vit. S Rigob Duct , 7\ /, p 788) , et saint Me'dard , troisième e'vêcpic de Novon , avait pour père un franc nomme Autar , et une mère roniaine [Vit. S. ISled. , Spicil., 7'. // , p. 70 ). Lt s écrivains du lems, qui ]>arlent de ces mariages contractes sous les enfants deClovis, attestent rmgénuile' des familles gauloises qui firent ces alliances.

PEPIN, DIT LE BREF, chef de la IP race.

75?.. Pepix, dit le Bref, à raison de sa taille, ne' l'an 714 , maire du palais de Ncuslrie et de Bourgogne , depuis l'an 741 , et de toute la monarchie française, depuis l'an 747» procUime roi des Français , dans l'asscmble'e tenue à Soissons , au moisde mars 752 , fut sacre' dans le même lieu, peu de jours après son élection , par saint Boniface , arclievèqne de Mayence. Oest le premier sacre de roi (de Fnince J , dit le P. Daniel, tjiui soit marqué dans notre lisloire par des écrivains divines dâ foi. Il est cependant à remanjuer , que nul des historiens du tems ( nous les avons tous cousullés ) ne parle de celte cérémonie comme d'une chose nouvelle en France. Quelquesuns mùme semblent la donner pour un ancien usage : Pipintms seaindiim woreni Francorum , eleclus est ad Rejjew et unctiis , dit un ancien annaliste, qui a servi de guide à Réginon ( Bouquet, T. V, p. 55. ) Pépin , après son couronnement, marche contre les Saxons, qui s'étaient révoltés, et les oblige , après les avoir domptés, à lui fournir trois cents chevaux chaque année,par forme de tribut. De retour on France, il poursuit Grippon , son frère , qui s'était réfugié , comme on l'a dit , auprès du duc d'Aquitaine, traverse ce duché, s'empare de la Septimanic , qui lui fut livrée par le goth Ansemond , et réunit cette province à la couronne. Grippon , l'an 755, fuyant chez les Lombards , est atteint dans la vallée de lUaurienne , par Théodouin, comte de Vienne, et par Frédéric, comte de la Bourgogne transjurane ; il périt , ainsi que les deux comtes, dans le combat qu'ils lui livrent.

L'an 754, Pépin est sacré une seconde fois, dans l'église de Saint Denis, avec ses deux fils, K harles et Carloman , le 28 juillet , par le pape Etienne IL Avant la cérémonie, ce pontife releva Pépin , et toute la noblesse française , du serment de fidélité, qu'ils avaient fait au roi rhildéric. Il prononça ensuite , du consentement de l'assemblée , une sentence d'excommuni-

'' (1) C'est en coni'qiicnce par erreur , qu'à l'article de ce princs Dcuierie çs* àits d'une illustre (aiuiilc looiame. iYf fs ik l'îiditmr.

455 CHROiNOLOGTE HISTORIQUE

cation contre les seigneurs qui entreprendraient à l'avenir d'e'lever sur le trône une autre famille. Enfin , il déclara Pépin et SCS successeurs patrices de Rome. En reconnaissance, Pcpin s'engage, envers le pape, à marcher contre Astolphe , roi des Lombards , qui avait envahi l'exarchat de Ravenne , avec cette partie àii Picœnr/m, nomme'e la Penlapole, depuis Rmiini jusqu'à Gubio , c'esl-à-dire ce qu'on nomme aujourd'hui la Roniagne et le duché' d'Urbin, et portait ses vues sur Rome. Astolphe, ledoutant la puissance du monarque français , oblige Carloman , frère de Pépin, à passer en France pour de'tourner l'orage dont il était menace'. Carloman n'obtint rien , et mourut au retour à Vienne. Pépin , après deux ambassades inutilement envoyées au roi des Lombards , pour l'inviter à satisfaire le pape , passe les monts, défait Astolphe , et va mettre le siège devant Pavie, où il s'était renfermé. Astolphe promet alors avec serment de rendre Ravenne , avec toutes les places dont il s'était emparé. I^a paix se fait à cette condition; Pépin fait alors donation de sa conquête , c'est à-dire de l'exarchat de Ravenne avec la Pentapole au saint siège ; après quoi il fait conduire le pape à Rome, par l'abbé Fulrad , avec un corps de troupes , commandé par Jérôme , fils naturel de Charles Martel , et ensuite il repasse en France. Biais , l'an 766, Astolphe, loin de tenir parole, se met en campagne au printems , ravage les environs de Rome, et assiège la ville. Pépin , à cette nouvelle, revole en Italie, accompagné de ses deux fils et de Tassillon , duc de Bavière. Astolphe, à l'approche des Français, va de î]ouveau se renlermer dans Pavie ; il y est encore assiégé. La place étant sur le point d'être forcée , il demande la paix ; jnais , pour l'obtenir , il faut qu'il rende, outre les places qu'il avait prises, Coinmachio , dont les Lombards étaient en possession depuis long-tems, et paie une grosse somme pour les frais de la guerre. Tout étant concerté, Pépin renouvelle et confirme la donation qu'il avait faite à l'église romaine. C'est là piopi^meni , dit le P. Daniel , le commencement de la domi^ nalion temporelle des papes , ijui ajouta un grand relief à leur pontificat. Jiis^iian lems du grand Constantin , Vapanage le plus ordinaire des successeurs de saint Pierre , étaient les peisécuiions , souvent le marijre. Le gouvernement de l'exarchat fut donné à l'archevêque de Ravenne, qui prit le titre d'exarque ( Voj . le pape Etienne II. ).

L'an 757, l'empereurCopronyme envoie à Pépin les premières orgues à plusieurs jeux , qui aient paru en France. Pépin les fit mettre dans sa cliapelle de Compicgne , où il était alors, et non pas, comme le dit M. Velly , dans l'église de Saiiif- Cox'iieiile du uiènii; Lieu, qui ue fut Làlie que par Charles le

Clianvc. La même année, Tassillon fait liommage de la Bavièic à Pépin. Un nouveau soulèvement des Saxons rappelle Pépin dans leur pays. 11 revient triomphant sans avoir dompte' leur férocité'. L'an 759, les Goths , renferme's dans Narbonne , sous la de'pendance des Sarrasins , livrent cette place aux Français , (jtii la tenaient bloque'e depuis sept ans. Pépin chasse ensuite ces infidèles de toute la Gothie. La guerre contre AVaifre , duc d'Aquitaine, occupa Pépin pondant les huit dernières anne'es de son règne. Eniin , la mort le délivra de cet ennemi , qui fut tué Je "?. juin 768, par ses gens, et, comme l'on croit, par le conseil de Pépin, qui devint ainsi maitre de l'Aquitaine. Pépin avait reçu l'anne'c pi» cc'deute une ambassade solennelle de l'empereur Constantin Copronyme, dont l'objet e'tait de demander sa liîlc Gisèle, pour le Hls aine' de l'empereur , avec oifre de l'exarchat de Ravenne , pour la dot de la princesse. Ce'tait une ruse des Grecs, pour retirer ce domaine des mains des papes , et le faire retourner à ses anciens maîtres. Mais l'he're'sie des Iconoclastes, dont les Grecs e'taient entache's, faisait un obstacle au succès de l'ambassade. Les ecclésiastiques , ({uc l'empereur y avait joints, s'efforcèrent de justifier cette doctrine , et accusèrent les Latins à leur tour d'innovation sur la procession du Sniut-Espiit. Pépin renvoya cette question au concile de Gentilli, où les Grecs furent réfutes j>ar les légats du pape , qui s'v trouvèrent. Ainsi, les ambassadeurs s'en retournèrent, sans avoir rien obtenu.

L'an 768 , Pépin tombe malade à Saintes^ et vient à Saint- Martin de Tours j de là, il se rend avec sa femme et ses enfants au monastère de Saint-Denis , où il ineurt d'hydropisie , le 24 .septembre , dans la cinquante-quatrièine année de son âge , l.t vingt-septième de son règne , depuis la mort de son père , la dix-septième depuis ([u'il fut élevé à la royauté. Il fut enterré au même lieu , devant le portail de l'église , comme il l'avait ordonné , le visage contre terre , et dans la situation d'un pénitent. La reine lîi rthe , ou Bertrade , dite ait gvand-pied , sa femme, était fille de Caribert, comte de Laon , suivant la plus probable opinion; elle mourut le 12 juillet 78"?, après lui avoir donné Charles et Carloman, qui suivent j Pépin , mort en bas âge ; Gisèle, dont on vient de parler, cpii devint abbesse dç Chelles ; Rothais et Adélaïde, mortes dans le célibat. M. le président Hénaut donne à Pépin un troisième fils , nommé Gilles , que nous n'avons rencontré dans aucun ancien monument. Ce prince réunissait, dans sa personne , toutes les qualités du cœur et de l'esprif , qui font les grands rois , et ]ieuvent légitimer en quelque sorte, dans un usurpateur, l'exercice du pouvoir souverain. Il go.uvcrna le royaume aycc une sagesse et une circons-pectiarr ,

qui ne permirenLà aucun factieux ( il y en avait un bon nombre alors ) de s'élever contre son autorite'; il le de'fendit avec une valeur qui fit Iriomplier ses armes, de tous ceux qui osèrent l'attaquer j il coi.tribua aux progrès de la religion, en favorisant les missionnaires; il fut le prolecteur du saint sie'ge , et le créateur de sa puissance temporelle , en dépouillant un prince ambitieux, qui voulait le réduire en servitude. La force de son corps, dans sa courte grosseur, rejjondait à la vigueur de son àme. Son bras nerveux n'avait point d'e'gal parmi ses sujets. Le moine de Saint- Gai (L. 2, c. 25) raconte, qu'informe' des railleries secrètes , que certains courtisans, au commencement de son règne, avaient faites sur la petitesse de sa taille , il voulut e'tablir son autorite' par quelque coup extraordinaire; que, dans ce dessein, il donna un jour, à l'abbaye de Ferrières , en Gâtinois , le' spectacle du conibat d'un taureau avec un lion. De'jà , dit-il , 1° lion , ayant saisi le taureau par le cou , l'avait terrasse', et commençait à l'e'trangler, lorsque Pépin, se tournant vers les seigneurs , leur dit: Çui de vous autres aura assez de courage pour aller séparer on tuer ces deux animaux ? Chacun se tut d'efîroi. Ce sera donc moi , re'pondit froidement le monarque. Il tire à l'instant son sabre, saute dans l'arène , va droit au lion , lui coupe la gorge, et sans perdre de tcms , de'cliarge un si rude coup sur le taureau, qu'il lui abat la tèle ; puis, revenant froidement à sa place, il dit à ceux dont il voulait être entendu : Dai'id était petit, et terrassa Goliath; Alexandre était petit , et surpassa en force et en courage des capitaines beaucoup plus hauts de taille que lui.

On a plusieurs diplômes de Pépin qui datent le commencement de son règne de l'année 75?., qui est celle de son e'Iection. Mais il y en a d'autres , comme le prouve Scliannat, qui fixent celte e'poque à la conse'cration que ce prince reçut des mains du pape , c'est à-dire au 9.8 juillet 754- On voit aussi des chartes, comme l'observe ]V1. Sclioepflin, qui font au coniraire remonter le commencement du règne de Pépin à l'an 75o, et même à 749 > e'tant datées de la dix-hnitième anne'e de son règne. Mais ces actes supposent que Pcpin e'tait ve'ritablement roi avant son élection , parce qu'il exerçait tous les droits de la royauté. Pépin est le premier roi de France qui ait employé', dans ses diplômes , la formule /mr Ir. gidce de Dieu ; ce qu'il fit , soit pour imiter les empereurs d'Orient, qui prenaient le titre de haxTTiÇioiva^.iiio) , rouroniie's de Dien, soit pour avoir e'ie' élu roi par une grâce de Dieu toute particulière. Tependant , lui et Carlom^m , son deuxième fils, ne s'attachèrent pas constamment à cette formule ; mais Charlemagne l'employa communément. Des modernes Tout regardée, mcd-à-propos, comme une marque

tîc souveraineté. Non-seulement des princes, mais dos cVêques, des abbe's, et de simples prêtres, s'en sont servis sans autre dessein que d'exprimer leur reconnaissance envers Uicu.

Pépin, l'an 7 55 , transfera , du mois de mars au mois de mai , les assemblées générales de la nation , qu'on avait nommées jusqu'alors le champ de mars , et qu'on nomma depuis le champ de mai. L'usage de la cavalerie, qui s'e'lait introduit dans les armées, fut la cause de ce changement ( Annal Pelav.). Les ëvêques commencèrent alors à être admis dans ces assemblées.

Dans le parlement tenu à Verneuil , l'an 755, Pépin ordonna que les sous d'argent ne seraient ])lus taillés que de 22 à la livre de poids , et que , de ces 22 pièces , le maître de la monnaie en retiendrait une , et rendrait les autres à celui qui avait fourni l'argent. Cette livre de poids , comme nous l'avons déjà dit, qui e'tait la romaine, ne pesait que 6r44 grains, ou 10 onces deux tiers , poids de marc. Sur ce pied - là , le sou d'argent, dont il est parlé dans celle ordonnance , devait peser 2-q grains trois onzièmes , et le denier , qui est la douzième parîie du sou , 23 grains trois onzièmes ( Le Blanc. ). Ainsi, ce sou d'argent vaudrait aujourd'hui un peu plus de 3 1. 4 *• t^ '^^ 5 et le denier 5 s. 4- d. deux tiers.

CHARLES, DIT CHAPiLEMAGNE.

768. Charles , fils aîné de Pépin, né l'an 742, dans un îieuqu'Eginhard, son biographe et son contemporain , avoue lui-même ne pas connaître, sacré à Saint Denis , par le pape Etienne II , le 28 juillet 754 > cl nommé patrice de Rome, ayant partagé les états de son père , i'an 768 , avec son frère Carloman, a pour sa part la Neustrie, la Bourgogne et la Provence , et commence à régner vers la fin de septembre 768. Cliarles £e fait sacrer une seconde fois àNoyon, le 9 octobre suivant, c'est-à-dire , le même jour que Cr.rloman , son frère , le fut à Soissons , si l'on en croit les auteurs cités à l'article de ce

CARLOMAN

768. Carloman, fils de Pépin, né l'an 751 , sacré à S Denis , par le pape Etienne H , le 28 juillet 754. nommé patrice de Rome, succède à Pépin, son père, le 24 septembre 768, avec son frère Charles, et a pour son partage ce qu'avait possédé son oncle Carloman \ savoir, l'Aus- Irasie, etc. Carloman se fait sacrer une deuxième fois , à Soissons, le C) octobre de cette année , le même jour que Charles, son frère , le fut à Noyon, suivant le continuateur de Frédé- ^aire, l'AnnalisIe de Pclau , le Chroniqueur anonynie , qui écrivait en 810, et l'auteur de la petite Chronique de Saint- Gai. Mais Eginhard; le chroni-

440 CHRONOLOGIE IIISTOHIOUF.

CHARLES. r CARLOMAN.

dernier. Mais il y a bien clc i'apjîaronce qu'ils ont pris pour sacre une simple inauguration ( Voyez Carloman.).

L'an 76c) , expe'ditioii de Clmrles , en Aquitaine. Hunald, après avoir cëde' ce duché' à son fils, depuis plus de 23 ans, pour embrasser la vie monastique, était sorti de sa retraite, voyant son fils mort, pour remonter sur le trône. Mais Charles , s'etant montre' dans la province, tout.se soumit à lui. Hunald s'cnfnit dans la Gascogne et les Pvrc'nées , où Loup I commandait en qualité' de duc. Mais ce seigneur , intimide' des menaces de Charles , se vit oblige' de lui livrer Hunald , avec sa femme, et de lui promettre luimême obe'i séance. Ce duc s'e'chappa l'an 771 , et alla chercher une retraite à Rome j delà, s'e'tant enfui chez les Lombards ; il fut lapide' à Pavie, par le peuple, parce qu'il s'opposait à la reddition de cette jlace, assie'ge'c par Charles, et réduite à l'extrémité', par la faniine et la maladie ( J^ojez Hunald , duc d'Aquitaine. ).

L'an 769 ou 770, lettre du pape Etienne HI , à Charles et à Carloman, sur le bruit qui cou-

queur de Saint-Denis , l'auteur d'une suite de Flodoard, y\cloa devienne, les Annales de Tille!, celles qu'on nomme de Loysel , et Sigebcrt, rapportent simplement que les deux frères reçurent en même jour les ornements de la royauté', insi^nia regni susceperunt ; qu'ils furent couronnes, ou enfin qu'ils furent e'ieve's sur le trône, in regnum Francoruw élevait sunt , sans parler du sacre, ni du ministère des e'vêques. Le silence de ces e'crivains , dont l'autorité l'emporte sur celle des précédents, mon le ici d'autant plus de considération, qu'il esthors de vraisemblance , que des évêques se soient avisés de sacrer des princes , qui l'avaient déjà été par le pontife romain. H est donc très-probable que les anciens , qui avancent ce fait , auront confondu le sacre avec l'inauguration. Carloman se joint à son frère , pour la guerre d'Aquitaine , le quitte ensuite , et s'en revient en Fi'ance , brouillé avec lui. Les deux frères se réconcilièrentpeude tems après.

L'an 770 , il naît un fils à Carloman : le pape Etienne III demande à ce prince , et obtient l'honneur de tenir sur les fonfs de baptême, cet enfant , qui fut

rait , que l'un d'eux devait épouser la fille deDidier, roi de Lom- 1 nommé Pépin, bardie. Ce pontife emploie toutes I

sortes de raisons pour les en détourner^ il va même jusqu'à dire qu'ils doivent s'abstenir de cette alliance , en vertu de l'obéissaiicc qu'ils doivent au siège apostolique. Ce qu il ajoute , pour

rontlrc otllcuse la nation des Lombards, est si faux et si absurde, que M'.irntori , et qucirjues autres , out cru que c'était une ]>icce supposée. Nous la regarderions de même , si elle ne se trouvait dans le Recueil des C/irolines , fait par ordre de Cbarleuia^ne. Cette ]>ièce peut être proposée comme un exemple fameux des excès dont une forte prévention est capable dans les places les plus énnnentes. L'an 770, Cliarles épouse celte princesse , qui lui est amenée d'Italie , par la reine Bertradc , sa mère, qui avait cette alliance fort à cœur. Charles cont^édia sa concubine Himiltrude, fille d'un seigneur français.

CHARLES

L'an 771 , Charles vient à Carbonac , où il tient un parlement avec les comtes et les seigneurs , qui avaient été attachés à Carloman. Ce prince répudie la même année Désidérate , pour, une raison qu'on ignore, ditEginhard, la renvoie à son père , et épouse Hii dégarde , qui descendaif, suivant Thégan, de Godefroijduc des Allemands.

On la regarda long-tems comme femme illégitime. PaschaseRad-

bert , dans la Vie de saint Adélard, dit qu'il abandonna la tour, scandalisé de ce mariage, et alla se faire moine à Corbie , dont il devint par la suite] abbé ( T^ ojez ci - après Pépin, roi d'Italie. ).

CARLOMAN

L'an 77 I , Carloman meurt à Sarnouci , en Laonais , le 4 décembre , âgé d'environ 20 ans , dans la quatrième année de son.

règne , et a sa sépulture à Saint- Remi de Reims , d'oii , apparemment , il tut dons la suite transféré a Saint-Denis j c'est ce que donne lieu de croire un tombeau de pierre , qu'on voit dans celte église, sur lequel est écrit : CarolowanniisRex,fJius Pippini. Glrbekge, sa femme, qu'il avait épousée en 768, se réfugie avec ses enfants , Pej^in et Siagre , auprès de Didier, roi des Lombards, qui n'oublia rieu pour faire jilacer l'ainé sur le trône de son père , et tâcha d'engager, l'an 772, le pape Adrien I, aie sacrer roi j mais ses efforts furentinuliies.

CHARLEMAGNE, s&ul.

L'an 772 , Charles , maître de toute la monarchie, depuis la mort de Carloman , son frère , tient une assemblée à Worms, où la guerre, contre les Saxons, nonveilemenl révoltés , fut résolue, il entre en Saxe à la tête d'une armée , et gagne , sur les Shkous , commandés par Witikind , la bataille nommée du Torrcnl. Le nom lui vint d'un torrent qui traversait le lieu où elle

442 CHROISOLOGIE HISTORIQUE

se donna , et qui, étant à sec alors , roula des ear.x abondantes subitement , et fort à propos pour les Français, qu'une soif ardente consumait et faisait de'jà penser à la retraite. Il prend ensuite le château d'He'resbourg, aujourd'hui Stadherg, en Weslphalie , et de'truit le vaste temple d'Irmensul. C'e'tait comme la divinité' tute'laire des Saxons, et la destruction de son temple a fait le sujet d'une fête, qui se célèbre encore tous les ans, la veille du dimanche Lœtare ^ à Hildeshcim , où la colonne, qui soutenait l'idole , fut transporlc'e , sous le règne de Louis le Débonnaire. Les Saxons, pousse's à bout , demandent la paix avec instance , et l'obtiennent en donnant des otages.

Charles n'e'lait pas moins de'voue' que l'avait été' Pe'pin , son père , au saint siège. L'an 775, à la prière du pape Adrien I , il porta ses armes en Italie , contre le roi Didier , qui avait enlevé' plusieurs places à l'église romaine. Didier , n'osant tenir la campagne devant l'arme'e française , se renferme dans Pavie , à l'exemple d'Astolphe , son devancier. La place est investie, et tient huit mois entiers, pendant lesquels Charles, laissant le soin du sie'gc ou blocus, à son oncle Bernard, va prendre Ve'rone, défendue par Adalgise, fils de Didier. De-là il se rend à Ronae , 011 il est reçu, le 2 avril 774 j avec les mêmes honneurs qu'on rendait aux exarques. 11 y confirme au pape la donation de Pépin , et y ajoute les patrimoines de l'église de Rome , dans les duche's de Spolette et de Be'nèvent, daiis la Toscane, dans la Campanle , et ailleurs. Mais les provinces, où ces patrimoines étaient situe's , l'estèrent attachées au royaume de Lombardie , et Charles se réserva même, surtout ce qu'il avait cédé au saintsiège , le droit de souveraineté. De retour devant Pavie, il force la place à se rendre sur la fin' de mai. Didier, sa femme et ses filles, tombent entre les mains du vainqueur, qui les fait conduire en France, avec la femme et les deux enflmts de Carloman, qu'il avait pris dans Yeérone. Pépin, l'aîné des deux, mourut fort jeune : on dit que le second, nommé ^Siagre , devint évêque de Nice , et finit saintement ses jours, le 1 juin 797. C'est une méprise du P. Anselme, adoptée par l'abbé Velly. L'évêque de [Nice, nommé Siagre , était en possession de ce siège dès l'an 777, «près avoir été abbé de Saint-Pons , au voisinage de cette ville ^ et Siagre, s'il éi ait fils de Carloman, n'était né au plutôt qu'en 770 .{GalL , Clir. , T. IlL col. 1 274). Charles, après la prise de Pavie, fut proclamé roi d'Italie, et commença dès-lors à se qualifier roi des Français et des Lombards , ajoutant à ces titres celui de palrice , qui lui fut conféré par le sénat et le peuple romain. Ce n'était plus un simple titre d'honneur , comme celui que Pcpin et ses enfants avaient reçu du pape Etienne IL Le patriciat , accordé à Charlemague , lui donnait droit de commande-

DES ROIS DE F P. Aïs CE. 44^

ment; puisqu'AJrieii da[ait de cette époque ses lettres , que les Romains juraient fidélité' à ce prince , et qu'il exerça le pouvoir souverain dans Rome avant d'être empereur. Après l'extinctiou du royaume de Lombardic , il ne resta aux empereurs grées, en Italie , que les duchés de Naples , de Melplie et de Gaète , dont ils firent une nouvelle province , sous le nom de Thème de Lombardie. Ils conservèrent encore la pointe de l'ancienne Calabre, où sont Gallipoli et Olrante , et la nouvelle Calabre, depuis Cosenza jusqu'à Rhe'ge. La Sicile et la Sardaigne demeurèrent en leur puissance, jusqu'au tems où elles furent envahies par les Sarrasins. Les deux Calabres furent réunies sous le gouvernement' du patrice de Sicile j et c'est de là qu'est venue la dénomination des deux Siciles , l'une en deçà, l'autre au-delà du Fare ( Le îjeau. ).

I-es Saxons, tandis que Charles e'tait au-delà des monts, avaient secoue' le joug de la France. Charles, à son retour, envoie quatre arme'es pour les réduire. L'an yyô , s'e'tant avancé Ini-niême sur le Weser , et delà étant arrivé sur l'Ocker , il reçoit le serment de fidélité et les otages des Saxons oostphales. Les Saxons ângariens , ou angrivariens , dont il traverse les torres en revenant de cette expédition , et les Saxons ivestphales qu'il rencontre ensuite sur sa marche, lui donnent de jiareilles assurances de leur soumission.

Adalgise retiré à la cour de Constantinople n'y demeurait pas oisif. Charles, instruit des intelligences cpx'il entretenait avec les seigneurs lombards , repasse en Italie , l'an 776 , au milieu de l'hiver, pour réprimer les mouvements des factieux , dont le plus

ROIS CARLOVINGIEINS D'ITALIE.

PEPIN

781. PEPix,ncmméC.ARi.oT.iA>j à sa naissance, fils de Charlemsgne et de Hildegarde , né l'an 777 , fut sacré roi d'Italie , par le pape Adrien I, à Rome , le lendemain de son baptême , jour de Pâques, i5 avril de l'an 781. Charlemagne informé, l'an 788, que les Abares faisaient des mouvements pour entrer en Italie , y envoie Pépin avec le comte Bérenger , qu'il lui donne pour commander l'armée sous lui. Pépin livre à ces barbares plusieurs combats, et les chasse enfin du Frioul où ils avaient pénétre. Lan 793, aidé de Louis , son frère , que Charlemagne lui avait envoyé , il fait une incursion sur les terres de Grimoald , duc de Bénévcnt , qui afiectail l'inde'pendance envers le royaume d'Italie,

444 CHUOi\OLOG!E lUSTOr. [OUE

dangereux était le duc de Frioiil. Le nioricirque, après l'avoir fait prisonnier dans une bataille, lui fait trancher la tête. Les Saxons profitèrent de l'e'loignenient de Charles pour arborer une 3* fois l'e'lcndard de la reVolte. Ce prince étant revenu promptement à Worms, j tint une grande assemblée , dans laquelle il reçut les soumissions de ces peuples qui promirent d'embrasser le Christianisme. Il fit amener les principaux auteurs d'une conjuration forme'e contre lui en Thuringe. Un d'entr'eux , interroge' sur les desseins qu'il avait eus , re'pondit fièrement au roi lui-même : Sachez que si j'avais été cru, vous n'auriez jamais repassé le Rhin. Ils furent envoye's en exil en des lieux fort e'ioigne's , après qu'on leur eut pre'ablement fait prêter serment de fidélité sur difïé'rcntes reliques de saints. La conduite des Saxons donna lieu de croire qu'ils agisssaient cette fois sincèrement. L'an 777 , dans un parlement que Charles tient à Paderborn, ils viennent de toutes parts se soumettre , et reçoivent le baptême. Le fier Witikind fut le seul de leurs chefs qui ne se trouva pas à cette assemblée. Il s'était retiré à l'arrivée de Charles in partihus Normaniœ , ce qui peut s'entendre de la Saxe au nord de l'Elbe , appelée Nordalbmgie. Ebn-el-Arabi et Abiathar , gouverneurs Sarrasins, l'un de Sarragosse , l'autre d'Huesca , s'étaient aussi rendus à cette assemblée. Par le traité qu'ils firent avec Charles, ce prince s'engagea à les rétablir dans leurs gouvernements , dont Adbérame les avait dépouillés. Le fruit de cette expédition , cntrepr-ise l'année suivante , fut pour Charles la conquête de la Navarre et d'une partie de l'Aragon jusqu'à l'Ebre ; mais en revenant, l'arrière-garde de son armée fut surprise et taillée en pièces par les Gascons dans la vallée de Roncevaux. Roland, son neveu, si célèbre dans nos anciens romans ,

Rois Carlovingiens d'Ilalie.

et lui enlève an château de peu d'importance. Ce fut tout le fruit de cette expédition , parce qu'une espèce de famine , qui régnait alors , ne permit pas de tenir plus long-tems la campagne. L'an 796, tandis que Charlemagne est occupé à réduire les Saxons , Pépin conduit une armée d'italiens et de bavarois en Pannonie contre les Abares , et pénètre jusqu'à l'embouchure de la Drave dans le Danube. Il revient au commencement de J'hiver trouver son père , avec un butin immense qu'il lui présente. L'an 757 ou g8 , Charlemagne, voyant que le royaume de Pépin est mal gouverné , lui donne pour premier ministre Adelard ou Adalhard, abbé de Corbie et pelit-fils de Charles Martel. L'événement prouva la sagesse de ce choix. Adelard rendit ou fit rendre la justice aycc la plus grande exactitude , réforma divers

fî1s de Milon, comte d'Angers, et de I3er(e, sœur de Charles , périt en cette rencontre. 1/amour de l'inde'pendance reprenait toujours le dessus dans le cœur des Saxons. L'an 780 , quatrième révolte de ces peuples. Charles , après les avoir vaincus ce nouveau , distribue leur pays aux prêtres et aux abhe's , pour les instruire et les baptiser. Huit ou dix ans après , pour appuyer l'œuvre de ses missionnaires , il publie des lois pe'nales et même capitales contre ceux qui refuseraient de recevoir le baptême , et qui violeraient les lois de l'e'glise, comme , par exemple, celle de l'abstinence en certains jours. C'e'tait le vrai moyen de faire beaucoup d'hypocrites , ce qui ne manqua pas d'arriver. Toutefois , la même anne'e, il y eut deux peuplades ou hordes de Saxons qui reçurent le baptême.

L'an '-8[ , les brouilleries de la cour de Constantinople avec le pape Adrien , et les pratiques sourdes de quelques séditieux , rappellent Charlemagne en Italie. Il y amène ses deux fils, Carloman et Louis , fait baptiser la veille de Pâques l'aine par le pnpe qui lui donne le nom de Pépin, et sacre le lendemain l'un et l'autre , le premier roi d'Italie , et le second roi d'Aquitaine.

Charles consentit, à la prière du pape, à rendre ses bonnes grâces à Tsssillon, duc de Bavière, qui, de'tcrraine' à cette démarche par les le'gats du S. père , vint prêter serment de fidélité fiu roi , dans une assemblée tenue à Worms, sur la fin de la même année.

L'an 782, 5* révolte des Saxons, excitée par ^'Vilikind. Ils mettent en déroute les Français au pied du ]\Iont-Sontnl, près du Weser. Charles, à la nouvelle de celte défaite, accourt eu Saxe , et ne trouvant point Witikind , qui avait pris la fuite et s'était retiré à la cour de Sigefroi , roi des Danois ou Normands , son asile

Rois Carlovingiens d'Italie.

abus énormes, et s'attacha sur-tout à proléger les pauvres et les faibles. Quand il eut substitué par-tout la justice à la violence , il se rendit à Rome , et gagna si bien la coniiance de Léon 111 , que ce pape disait que « s'il arrivait qu'Adalhard le trompât , il » ne croirait jamais ce qu'aucun français lui dirait (Pasch. Rndb. vil. S. yldelardi). L'an 8or , Pépin reprend les armes contre le duc de Béaëvent. Il lui enlève cette année Théate , aujourd'hui Chieti , avec les places voisines ; et l'année suivante Orloue, dans l'Abruzze , et Lucera , aujourd'hui Nocéra , dans la Pouille. Mais à peine fut-il parti , que le duc reprit celte dernière place. L'an 80G , Pépin chasse les Sarrasins de l'île de Corse dont ils s'étaient rendus maitres. L'an 810, ayant é([uipé une flotte nombreuse , ii s'empare des principales îles des Vénitiens : mais

44^ CHRONOLOGIE HISTORÎQUE

ordinaire , il fait couper la tète à 4j5oo de ses partisans , au lieu nomme' Terdi , sur la rivière d'Aire- Ce massacre ne servit qu'à causer un soulèvement ge'ne'ral parmi les Saxons. Charles e'iant revenu, l'an 783, les vaiiîquit en deux grandes batailles. L'an 785 , Vvitikind et Albion , son compagnon d'armes , las de ia guerre , sollicite's par les envoyés de Charles , et après avoir reçu des otages à leur choix , pour leur sûreté' , viennent trouver Charles au palais d'Atligni , se soumettent , et reçoivent le baptême. Leur soumission et leur conversion furent aussi sincères cpi'elies e'taient tardives. Witikind sur-tout devint un sujet fidèle de la France, et un protecteur ze'le' du Christianisme. Mais l'exemple de ces deux chefs n'entraîna pas à beaucoup près toute la nation.

L'an 787 , e'tant à Rome, Charles apprend qn'Arigise , duc de Be'ne'vent , me'dile une re'volte. Il marche contre lui, l'oblige à se soumettre , et revient céle'brer la Pâque à Rome. De là il ramène en France des chantres, des grammairiens, des calculateurs, etc., pour y re'tablir les études. Ce fut à quoi il s'appliqua sérieusement à son retour ; et il écrivit à ce sujet une très-belle lettre circulaire aux évêques et aux abbés. Tassillon, duc de Bavière , excité par sa femme, était entré dans les mauvais desseins du duc de Bénévent , son beau-frère. Charles , d'autant plus piqué contre lui qu'il était son cousin-germain , le fait comparaître, l'an 788, aux assises d'Iiigclheim pour répondre de sa conduite. Ce duc y est convaincu de periidie , et condamne à mort. Le roi lui fait grâce, et le relègue dans un monastère avec Théodon , son

Rois Carlos'ingieris d'halle.

il ne put faire la conquête de Rialto , où ces républicains s'étaient retirés. Après cette^ expédition , Pépin retourne à Ravcnnej et de là s'étant rendu à Milan, il y meurt le 8 juillet 810, à l'âge d'environ 54 ans. « Si ce prince ciit vécu plus long-tems , 3) dit Sigonius , il eût, par la grandeur de son courage, égalé la » gloire de son père et de son aïeul. « Pépin n'ayant laissé qu'un fils naturel nommé Bernard, avec cinq filles, l'Italie, après sa mort retourne à Charlcmagne , dont il n'était, dans le fait , que leviceroi. Egmhard dit que l'empereur fit venir les filles de Pépin en France , après la mort de leur père , pour être élevées sous ses yeux.

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