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LOTHAIRE

L'an 820, LoTHAiRE , fils aîné de l'empereur Louis le De'bcnnaire , fut nommé roi d'Italie par son père. Il y fut envoyé , l'an 822, avec WalactGcrunge, que l'empereur lui avait donnes pour ccnseillcrS; et revint l'auncc suivante. Il y retourna ^ l'an 829 ,

DES KOIS DE FRAISCE. 4^*^

Charles arrive , le 24 novembre , à Rome, où il est reru comme en 774- Le'on , sept jows après , se purge par serment devant lui, des crimes dont les Romains l'accusaient; et Charles se contente de cette espèce de justification. Quehjnes anne'es auparavant, Charles avait envoyé le prêtre Zacharie porter à Jt'rusaiein des pre'senis pour l'église du S. Se'piiicre. Zacharie , celle année, vers la fin de novembre, revient le trouver à Rome, accompagne' de deux moines de Palestine qui lui jDrésenteut les clefs du S. Se'pulcre de la part du patriarche , et l'étendard de Jérusalem de la part du calife Haroun , en signe de la cession qu'il liu fait de cette ville et de son territoire, c'est-à-dire du pouvoir qu'il lui donnait d'y re'gler toutes les affaires concernant les Chrétiens. Haroun , comme on l'a dit ailleurs , entretenait une étroite correspondance avec Charles , dont , au rapport d'Egiiihard, il estimait i'amilié plus que celle de tout autre prince du monde.

CHARLE.AIAGNE, cou.noNNÛ EMPEREUR.

L'événement le plus ce'lèbre de l'an 800 , et du règne de Charles , est le rétablissement de la dignité' impe'riale en Occ^ dent. Ce fut dans la persoime de ce prince que les Romains la firent revivre. Charles fut proclame' et couronne' empereur à Rome le 25 décembre ( /■'. les empereurs.).

L'an 802, concile ou parlement d'Aix-la-Chapelle, où Charles reforme la justice , re'dige les lois des différents peuples qui lui e'faient soumis, et y ajoute de nouveaux re'glements. Dos pre'Iats et des comtes sont envoyés pir tout l'empire, sous Te titre de Alissù Dominici , pour faire rendre la justice aux églises , aux veuves , aux pupilles et à tout le peuple ; cet usage fut suivi par les

Roîs Carlovingleiis d^Tlalle.

après l'assemblée de Worms. Etant repassé en France l'an 85o , les troubles qu'il y excite déterminent son père à le de'^pouiller du titre d'empereur, et à le réduire à la simple qualité de roi d'Italie. L'an 855, après le rétablissement de son père , qu'il avait fait déposer, il obtient son pardon, à condilion de se retirer en Italie, et de n'en plus sortir du vivant de ce prince. L'an 8.4O , il succède à l'empire. L'an 8/|4 , il déclare roi d'Italie son fils Louis II , et le fait couronner, le \5 juin, par le pape Scrgius. Les Italiens comptent les années du régne de Lothaire de l'an 820, et les Romains de l'ail 817 {Yoy, panvi les empereurs Lothaire I et Louis \\ , et leurs successeurs au royaume (Vlinlle , rfo??* le mente aru'c'e ).

4^2 ClirvONOLOCIE HISTORIQUE

successeurs de Charles L'an 8o5, traite' conclu avec les Grecs, par lequel on règle les limites des deux empires. Ou ajoute, celte anne'e , quelques articles à la loi salique , et à la loi des Ripuaires. Charles , à la demande du peuple, dispense les e'vêques et les ahbe's de l'obligation où ils e'taient auparavant de conduire eux-mêmes à la guerre les troupes qu'ils devaient fournir à l'e'tat. Dernière re'volte des Saxons. Charles la punit ei> transplantant dans la Flandre , pays alors couvert de bois , dix mille familles saxonnes dont il donne les terres aux Obodrites, peuple vandale du Meklenbourg.

Diète de Seltz , ancien palais au p^ys de Wurlzbourg , fameuse par la capitulation ge'nérale faite avec les taxons , qui restèrent dans le pays. Charles leur conserve leurs droits , leurs immunités et leurs lois , mais à condition de se faire baptiser , de payer la dîme au cierge' , et d'obe'ir aux juges qui seraient envoye's par l'empereur. Pour affermir parmi eux le Christianisme, Charles, comme il avait déjà fait par son e'dit sanglant de l'au 780 , érige de nouveau les pre'ceples de l'e'glise en lois de l'e'tat , et décerne des peines très-sévères contre les transgresseurs. Ce prince était trop éclairé pour ne pas s'apercevoir qu'il ferait par là plus d'hypocrites que de vrais chrétiens ; mais ses vues portaient sur les races futures , qui, nées dans une religion que leurs pères n'auraient embrassée que par force , y demeureraient attachées par habitude et par inclination. L'événement justifia sa prévoyance. C'est néanmoins à tort qu'on rapporte à ce prince l'établissement d'un tribunal aussi irrégulier dans sa manière de procéder que terrible dans les jugements quieu émanaient. Nous voulons parler de la cour wéhémique ou justice de Westphalie. ainsi nommée parce que son principal siège fut établi à Dortmund, dans cette province , d'où elle étendait ses rameaux dans toute la Germanie. Le célèbre M. Pfeffel , que nous avons consulté par lettre sur l'origine de celte cour , nous a convaincus par une savante réponse , dont un habile homme a donné nouvellement le précis dans un excellent ouvrage, qu'elle ne remonte pas au-delà du i3* siècle. Ce tribunal était ordinairement composé du conseil du prince, qui nommait le coupable dont il faisait instruire le procès en son absence ou à son insu. Il y avait au milieu des juges une corde que touchaient tous ceux qui jupjcaient l'accusé digne du gibet. Lorque le nombre des attonchemctits était complet , le coupable, vrai ou prétendu, étoit censé coud imné par celte seule formalité. La signification de ce jugement se faisait en celle manière : les juges ou les émissaires allaient trouver le coupable , et , en l'abordant , ils lui disaient ces mots : On mange ailleurs d'aussi bon pain qu'ici:

DES r.OIS DE FRANCE. 4^^

Fa alibi (ta bonus comedilitr panis ul hic. A ces paroles fatales ils se saisissaient de lui et l'immolaient sans pilie Ce Iribunal qui réunissait tous les caraclères de l'in(|uisition la plus inluiinaine , a subsiste' ne'amnoins plusieurs siècles, et n'a èlc aboli que sous le règne de Charles-Quint.

L'an 804, deuxième voyage du pape Le'on en France. 1,'empereur envoie son fils Charles à Saint- J\laurice, au-devant de lui ; il va lui-même à Reims pour le rerevoir. Ils célèbrent ensemble la fèîc de Pâques à Quierzi, et celle de Noél suivant à Aix la-Cliapelle , d'où Charles renvoie le pape cliargé de ]!resenfs. L'an 80(1, Charlcmagne, au commencement de janvier, tient une diète à Thionville, dans laquelle il fait le partage de sa monarcliie entre ses trois fils. L'acte qu'il fit dresser à ce sujet, en forme de testament, porle que les querelles qui surviendront entre ces princes, pour les limites de leurs états, seront décidées par le jugement de la croix ( c'est-à-dire que celle des parties qui tiendra plus long-tems les bras élevés devant la croix aura gain de cause. ). Un autre article du même acte ( c'est le cinquième, ) permet aux peuples de se choisir un maître après la mort des princes , pourvu qu'il soit du sang royal : Qiiod si talis filius ciiilibet istorum trium fiolrum nains fucrit , quem populus eligere veîit ut j^alri suo su-cceddt in regni h eredilate , lolunius ut hoc consentiant pnlrui ipsins putri. Le dix-huitieme article de ce testament renferme une précaution qui dut paraître bien superflue lorsqu'il fut dressé, mais dont l'événement prouva la sagesse après la mort du testateur : c'est une défense à ses fils de faire mourir ses petits-fils nés ou à naître , de les mutiler , de leur faire crever les yeux , de les faire tondre, sous quelque prétexte que ce puisse être : Placuit nohis prœcipere ul nullns {Jlliorani nostrorum ) quavlibel ex filiis prœdiclorum fliorum noslroTuni... aui occidcie, aut membrismancare nul occideie, ont invîtum tondere facial. De Tluonville , d'ci^i il envoie ses deux fils. Pépin et Louis, chacun dans le royaume quilui était^assigné, l'empereur, s'élant rendu par laMoselle à Nimègue, 3' tient, pendant le Carême, un parlement, 'dans lecjuel il publie un capilulaire compris en dix-neuf articles , dont le plus remarquable (c'est le huitième ) a pour objet h réforme d'un abus fort commun alors , et très -préjudiciable au bien de Tétat ; c'était de dénaturer les terres saliques données en bénéfice, espice de don révocable ( comme on l'a dit plusieurs fois) à la volonté du prince , et de les ronverlir en alleuds Pour cet effet, ceux qui en étaient pourvus les vendaient à d'autres, sans eu spécifier la nature, et les rachetaient d'eux ensuite à litre de biens allodiaux. Le domaine de la couronne par là diminuait de jour en jour, cl l'état se trouvait privé

454 CHRONOLOGIE HîoTORIQUS

du service militaire attache' aux be'ne'fices. C'est donc cette fraude que Charleniagnc entrepreod d'abolir. Mais le mal avait jele' de si profondes racines , que la loi fui impuissante pour l'extirper.

L'an 808, première descente des Normands , ou hommes du Nord , en France , sous la conduite de Godefroi. L'empereur envoya son fils Charles pour leur donner la chasse. Charlenia^ue pre'vit les ravages cpie ces barbares feraient un jour en France, et prit des mesures pour les pre'venir. II visita ses ports, il fit construire des vaisseaux , qui rcsieraicnt toujours armés et e'quipe's. Ce qui paraît incrovable, dit M. Henaut, il en avait depuis l'embouchure du Tibre jusqu'en Germanie. Ce fut à Boulogne qu'il e'tablit le principal arsenal de sa marine. 11 y fit relever un ancien phare, ouvrage de Caligula ( c'est ce qu'on nomme aujourd'hui la l^oiir cT Ordre ) , et ordonna d'y allumer des feuï toutes les nuits. L'an 8i5 , étant à Aix-la-Chapcilc , il associe à l'empire Louis , son fils , roi d'Aquitaine. Charlcmagne touchait alors à la fin de sa carrière. L'annc'c suivante une pleurésie termina les jours de ce monarque , le 28 janvier, à Aix-la-Chapelle , oîi il est enterre', II e'tait alors dans la quatorzième annc'e de son empire, la quarante-sixième de son règne eu France, la soixante-douzième de son âge. Plusieurs anciens mettent sa mnrt en 8 I 3 parce qu'ils commencent l'anne'e au 25 mars ou à Pâques. L'Histoire et la Fable ne présentent peut-être pas de moiiarque qui ait mieux mérite' le surnom de Grand que Charleniagne. Tout le cours de son règne fut un enchaînement de victoires et de conquêtes. Il eut pour ennemis tous les peuples qui l'environnaient- il fit face à tous, et il n'y en eut presque aucun qu'il n'ait oblige' de subir ses lois. Attaque' en même-tems à des distances très-e'Ioignées , on le voyait passer avec une rapidité' surprenante , des Pyre'ne'es au fond de la Germanie , des extre'mite's de l'Italie sur les bords de l'Oce'an. Au milieu de ses expéditions militaires , il re'glait l'inte'rieur de ses e'tats comme s'il eût e'tc dans une profonde paix. Les jurisconsultes et les politiques admirent encore aujourd'luii la sagesse qui règne dans ses capitulaires, et l''nistoire atteste qu'il fut soigneux de faire observer les lois qu'ils renferment. La religion et les lettres lui ont des obligations qu'elles ne peuvent oublier. Il assembla de fre'quents et nombreux conciles pour l'extirpation des erreurs, la re'formation des mœurs et le rétablissement de la discipline; il établit des écoles publiques eu dilférents endroits ; et pour donner l'exemple, il ouvrit une académie dans son propre palais, à la tête de laquelle il se mit ayant pour assesseurs Alcnin, Pierre de Pise, et d'autres savants hommes. Charles n'él^iil point déplacé dans ce jjoste. Il était en effet très-habile pour le tems ) il parlait !e laliu

comme sa langue naturelle, et entendait les autres langues savantes. Sur la fin de sa vie, il travailla à conférer la version latine des SS. Evangiles , avec la veision syriaque et l'original grec, et y fit des corrections.

Cliarlemagne eut cinq femmes, i* Himiltrude , qui ne fut proprement que concubine , ou lemme du deuxième rang ; 2" DÉsiDÉftATE , ou Hermekgarde, fille dc Didjer. roi des Lombards, qu'il e'pousa l'an 770 , et répudia l'année suivante (1)5 5" IliLDEGARDE , d'uue maisou illustre de Suabe , morte le 5o avril 78?., après onze ans de mariage^ 4° Fastuade , fille du comte Rodolphe , dèce'de'e l'an 7(^4 (ce fut celle qui eut le plus d'ascendant sur son esprit ) ; 5° Liutgarde , morte à Tours le 4 juin 800. Il eut de la première Pépin, dit le Bossu, relègue, comme on l'a dit , à l'abbave de Pruym , pour avoir conspire' contre la vie de son père, et mort en 811 : de la troisième , cntr'autrcs enfants, Charles, ne' l'an 772, roi de la France orientale , de'cède' sans ligne'e, le 4 décembre 81 i ; Pépin , r.i d'Italie , ne' l'an 776, mort le 8 juillet 810 ; Louis , qui suit j Rofrode , ne'e l'an 775 , fiance'e , l'an 787 , à l'empereur Constantin Porpliyrogenète , maric'e ensuite à Roricon , comte du ]\lainc ; Berlhe , femme de saint Angilbert , qu'elle fit père de Ilarnid et dc l'abbe' Nilhard , historien de son tenis : la quatrième femme de Charles lui donna Thèodrate et Ilillrude , abbesses , la première d'Argcnteuil , l'autre de Farmouliers. Cliarlemagne eut encore sept enfatits naturels, dont les principaux sont Hugues, abbe' de Saint-Quentin , etc. , tue' dans un combat contre les Sarrasins, le 7 juin 844 > et Drogon, e'vêque de Metz, en 822, et mort en 855.

Les Annales de l'abbaye de Laureslieim , poste'rieures au neuvième siècle, donnent encore à Cliarlemagne une fille, nommée Emme ou Imme, qui devint femme , disent-elles , d'Egmhard , chancelier dc ce prince, surintendant de ses bâlimenls, et fondateur de ce monastère. Mais ce même Eginhard , dans la Vie qu'il a faite de Cliarlemagne , ne la compte point au nombre de ses filles, dont il fait l'e'numératlon ; et de plus, il dit positivement que Berlhe fut la seule d'entre elles que ce prince maria. 11 est vrai, qu'en e'crivant à l'empereur Lothaire , il semble le

(1) Eginliard ignore, ou feint d'icnorer , les motifs du traitement Ciit h Desidtraie. Suivant Le moine de S. Gai , auteur des Gestes de Charlemagne, cette princL'sse fut répudiée comme incapable d'avoir des enfants. Quoi qu'il on sut , Adelard , peiii-Gls de Pépin l'ancicu , el alors un des sci£neur5 (i« la cour^ s'','k'va hauiçtueni coairç ce divorce.

456 CHRONOLOGIE HIStORIQUE

Irailcr de neveu , lorsqu'il l'appelle neptitatem iitam , et que Loup, abbe' de Ferricres , contemporain dT.ginhard , qnabfie Einme , femme nof^ilis^ime ; titre qu'on ne donnait qu'aux princes du sang. Sur ces conlrarie'tcs , nous pensons , avec M. de Saint-Marc , qu'Emnie était fille de Carlornan , frère de Charleinnc;ne, et par conséquent consine gernriaine de Louis le Débonnaire j ce qui suffisait pour ([ue Lolhaire, par amitié' , la nommât sa tante , et qu'il appelât Eginhard son oncle, qu'il avait d'ailleurs raison d'aimer, parce qu'il avait e'te' son gouverneur.

Charlemagne , suivant cet historien , portait en hiver un pourpoint fait de peau de loutre sur une tunique de laine , avec ini simple borde de soie j il mettait sur ses épaules un sayon de couleur bleue ; des bandes de diverses couleurs, croise'cs les unes sur les autres , lui tenaient lieu de chaussure et de brodequins. Il s'enveloppait ensuite, comme les rois me'rovingiens , d'un manteau si long par devant et par derrière, qu'il touchait aux pieds, et si court par les côte's, qu'a peine il venait aux genoux j mais bicnlôl il le quitta pour les manteaux bigarres des Gaulois. Sous le règne de ce prince, et même auparavant, on comptait en France, comme aujourd'hui, par livres, sous et deniers, mais avec cel!e diffe'rence que ces monnaies e'taient re'ellcs alors, et non , comme à présent, nnme'raires et fictives. La livre d'argent e'tait du poids de douze onces , et se partageait en vingt sous , dont chacun se divisait en douze deniers. On ne sait rien de la valeur de la livre d'or sous Charlemagne ; mais il parait que le sou d'or se divisait encore en quarante denif-rs d'argent, et qu'il e'tait plus pesant que ceux dunt i! est parle dans la loi salique. On continua de compter par livres jusqu'au règne de Philippe I , qui substitua le poids de marc à la livre gauloise. Le paiement en monnaie n'e'tait pas le seul en usage; on donnait l'or et l'argentan poids , de même que chez les Romains; et c' e'tait en cette manière que se faisaient les gros paiements. On n'emplovait la monnaie que pour les choses de de'iail et les petits objets de commerce. D'habiles gens pre'tendent qu'il y avait alors à peu près autant d'argent en France , qu'il y en a pre'sentement, mais la valeur était très-dift'e'renle.

La politique de Charlemagne , à l'e'gard des pcu])les qu'il avait soumis, fut la même que celle de Clovis enveis les Gaulois ; il leur Icissa leurs lois cl leurs usages , sauf la religion chre'tienne, qu'il les obligea tous d'embrasser. Ainsi , les lois lombardes continuèrent de régir les Lombards j et les Romains , comme les Gaulois , conservèrent le droit romain. De même les Allemands , soit ceux qui furent tran?planlès hors de leurs p^^ys, soit ceux

DES ROIS DE FRANCE. /p7

qui rcslèrent dans leur patrie, clcmenr^rcut; en possession de Icius lois. 11 faut en dire autant des Bavarois et des Riberoles , ou Piipuaircs. Dans les actes , on avait soiu de marquer sous quelle loi vivaient les contractants , et il j avait des tribunaux difTe'rents, où l'on jugeait suivant les lois des parties. Les Francs, outre la loi salique, se régissaient par les capitulaires. S'il y avait quelque article qui regardât une autre natiou , il était insc're' dans son code ; mais lorsque ces articles n'étaient point de'signe's pour une nation parLiculière, alors ils ne regardaient que la France. « Charlemagne , dit Montesquieu, songea à tenir » le pouvoir de la noblesse dans ses limites , et à empêcher » l'oppression du cierge et des hommes libres. Il mit un tel tem- » pe'rament dans les ordres de Fe'tat , qu'ils furent contre- » balance's , et qu'il resta le maitre : tout fut uni par la force » de son ge'nie. Il mena continuellement la noblesse d'expe'di- » tions en expe'ditions : il ne lui laissa pas le tems de former n des desseins , et l'occupa toute entière à suivre les siens. » L'empire se maintint par la grandeur du chef. Le prince e'tait )) grand , riiommc l'était davantage. Les rois , ses enfants , fu- )) reut ses premiers sujets , les instruments de son pouvoir, les » modèles de Fobe'issance. Il fit d'admirables re'glemeutsj il fit 3) plus , il les fit exécuter. Son génie se re'pandit sur toutes les » parties de l'Europe. On voit, dans les lois de ce prince , un M esprit de prévoyance qui conqirend tout, et une certr.ine force » qui entraine tout. Les prétextes pour éluder les devoirs sont; )> ôtés , les négligences corrigées , les abus réformés ou pré- >' venus. Il savait punir, il savait encore mieux pardonner. « Vaste dans ses desseins, simple dans l'exécution, per=ionne w n'eut à un plus .liant degré l'art de faire les plus grande? » choses avec facilité, et les difficiles avec promptitude. Jlpar- » courait sans cesse son vaste empire , portant la main par- » tout où. il allait tomber. Les affaires renaissaient de toutes )) jiarts^ il les finissait de toutes parts. Jamais prince ne sut 3) mieux braver les dangers ; jamais prince ne les sut mieux )) éviter. Il se joua de tous les périls , et particulièrement de » ceux qu'éprouvent presque toujours les grands conquérants , >• je veux dire les conspirations. Ce prince prodigieux était )) extrêmement modéré ; son caractère était doux , ses ma- » nières simples : il aimait à vivre avec les gens de sa cour.... )) Il mit une règle admirable dans sa dépense ; il fit valoir ses » domaines avec sagesse , avec attention , avec économie : un V père de famille pourrait apprendre de ses lois à gouverner sa » maicon. On voit dans ses Capitulaires la. source pure et sacrée » d'où il tira ses richesses. Je ne dirai qu'un mot, il voulait

« qu'on vencllt les œufs des basscs-coms cle ses domaines , et )) les herbes inutiles de ses jardins ; et il avait distribue à ses » peuples toutes les richesses des Lombards , et les immenses » trésors de ces Huns , qui avaient dépouille l'univers » {Espiit des Lois. ).

Les diplômes de Charlemagne sont date's de son règne en France, de son règne en Italie, et de son empire. Il n'y a aucune difficulté' pour la date des anne'es de son empire , si ce n'est que le commencement en est placé en 800 , par ceux qui commencent l'anne'e au premier janvier, et en Soi , par ceux qui la commencent à Noël. Mais par rapport à son règne d'Italie , il faut en distinguer deux commencements , et même lui troisième, avec D. Bouquet : le premier, au mois de mars ou d'avril 774» avant la prise de Pavie ; le deuxième, entre le ^5 mai et le i5 juin, après la reddition de Pavie et l'enlèvement de Didier j et le troisième , au commencement de l'an 77^^. Enfin, quant au règne de Charlemagne en France, pour lever quelques difficultés qui se rencontrent dans les chartes, on peut lui donner trois , et même quatre commencements : le premier , au 24 septembre 768 , jour de la mort de Pépin; le deuxième , au g d'octobre de la même année, jour de son sacre à Nojon ; le troisième , au 4 décembre 771 , lorsqu'il commença à régner seul, par la mort de Carloman. M. Schannat prouve, parles actes de la dédicace de l'église de Lauresheim , que le commencement de ce règne se prend aussi de l'an 772. Quelquefois , Charlemagne date des années de son règne en France, et de son règne en Lombardie dans un même diplôme , comme dans celui-ci : Data vi kal. jul. anno vi" et ii» regni nosiri -^ mais le plus souvent il omet les années du rè;^ue de I^ombardie. Charlemagne supprime aussi quelquefois le jour du mois dans ses dates. Celles de l'indiction et de l'incarnafion , se trouvent dans quelques-uns de ses diplômes, même antérieurs à son empire. Charlemagne supprima les ducs devenus trop puissants, et les remplaça par des comtes et des marquis. Il scellait quelquefois ses diplômes du pommeau de son épée : Je les soutiendrai , disait-il , ayec la pointe.

Des modernes ont avancé que ce prince ne savait pas écrire , fondés sur un passage d'Eginhard , qui, dans la vie de ce prince , dit qu'il tachait d'écrire , et faisait mettre des tablettes sous le chevet de son lit ; mais quil fit peu de progrès dans cet art, qu'il commença trop tard d'apprendre. Cela veut-il dire , comme en conclut l'abbé Vellj, qu'il ne savait pas même écrire son nom? Il en savait bien davantage , puisqu'au rapport du savant Lambccius, on conserve; à la Bibliothèque impériale ,

DES ROIS DE FFwiNCE. 4^9

]"esoinplaire d'une explication de l'Epître aux Romains, corrigée du sa main.

« Charleniagne partagea ses e'iats en diflferentes le'gations , dont » rliacune embrassait plusieurs districts, qu'alors on nomma » comte's; cliaque le'gation e'tait soumise à des envoyés royaux , » choisis dans Tordre de la noblesse et de la prélature : on les » appelait missi dominici. Ils étaient tenus de faire , à des teins » prescrits , la visite de leur département , et d'y tenir des » états particuliers , qui étaient , pour chaque légation , ce » qu'étaient les assemblées nationales pour l'état entier. » C M. Levesque. )

Les armes des guerriers du tems de Charlemagne étaient d'un tout autre poids que celles des militaires de nos jours. « On

j) voit encore aujourd'hui , dit le P. Daniel , dans l'abbaye

y^ de Roncevaux, les massues de Roland et d'Olivier, sou

V contemporain. Cette espèce d'arme est un bâton gros comme

» le bras d'un homme ordinaire : il est long de deux pieds et

>• demi. Il a un gros anneau à un bout pour y attacher un

» chainon ou un cordon f.~)rt , afin que celle arme n'échappe

» pas de la main ; et à l'autre bout du bâton, sont trois chaînons,

)) auxquels est attachée une boule. La boule d'une de ces mas-

» sues est de fer et ronde ; l'autre est d'un autre métal , un

» peu oblongue et cannelée, c'est-à-dire , qu'elle a la figure d'an

)) melon. Chacune est du poids d'un boulet de 8 livres, avec

j) quoi on pouvait certainement assommer un homme armé ,

» quelques bonnes que fussent ses armes , quand le bras qui

» portait le coup était puissant. Il n'y a point d'homme de ce

» tems assez fort pour manier une telle arme ; c'est qu'alors

» on exerçait, dès la plus tendre jeunesse, les enfants à porter

w à la main des poids fort pesants ; ce qui leur fortifiait le bras;

n et par l'habitude , ils acquéraient une force extraordinaire ; ce

n qu'on ne fait plus depuis plusieurs siècles-» ( Hist. de la

» Milice Française , T. I, p. 4^3. ).

L'an 'jrc) , la livre numéraire ou de compte était une livre effective de 12 onces , poids de marc , contenant 6912 grains. Elle se divisait eu 20 sous , le sou en 12 den. : l'un et l'autre étaient d'argent fin ; le premier pesait 5^5 grains \ , poids de marc , et le second 28 grains 4 (Leblanc ). Cette livre , qui eut cours pendant tout le reste du règne de Charlemagne et durant celui de son successeur , vaudrait aujourd'hui 80 1. 3 s. y d. 3 le sou 4 L o s. 2 d. i j etle denier 6 s. 8 d. ^g.

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