LOUIS LE DÉBONNAIRE
8i4' Louis , à qui sa bonté et sa facilité à pardonner ont fait donner le surnom de Débonnaire , né, l'an 778 , au palais de CasseneuJl en Agénois (avec un jumeau qui mourut presque aussitôt) de Cîiarlemagne et d'Hildegarde, avant Pâques, nommé roi d'Aquitaine à sa naissance , sacré l'an 781, le jour de Pâques, à Rome, par le pape Adrien I , associé à l'empire dans le parlement tenu à Aix-la-Chapelle au mois d'août 81 3, succéda, le 28 janvier Si/j , à son père. Louis éfait marié depuis l'an 798, avec HEr.Tir.^GAKDE , fille d'Ingéramnc , duc de Hasbayc, et avait d'elle trois fils , Lothaire , Pépin et Louis. Trente jours après la mort de Charles , le nouvel empereur se rendit, de Doué, sur les confins de l'Anjou, palais des ducs d'Aquitaine, à Aix-la- Chapelle ; il couîniença son règne par faire exécuter le testament de son père et ses dispositions en faveur des pauvres et des églises. Voulant établir la décence à sa cour , il congédia ses sœurs et ses nièces , dont la vie était peu réglée , et les obligea de se retirer dans des monastères (Nithard). Il envoya son fils aîné Lothaire en Bavière , Pepiti, le deuxième, en Aquitaine , et retint Louis , qui était le plus jeune, auprès de lui. Les Saxons élant venus lui faire» leurs soumissions , il leur rendit le droit de succéder , dont Charlemagne les avait privés , et par là il réussit à se les concilier. Il reçut 9ussi les hommages des Esclavons et «les autres peuples du Nord , tributaires de la France. Le pape Etienne IV, aussitôt après sa consécration, lui fit prêter, au mois de juin 816, le serment de fidélité parles Romains. Ce ponlife , soit qu'il fût mandé par l'empereur, comme le suppose Ermoldus Nigellus , soit de son propre mouvement, vint eu France dans le mois d'août suivant, accompagné de Bernard , roi d'Italie , et arriva à Reims , où la cour s'était rendue pour le recevoir. L'empereur , qui avait été un mille au devant de lui , se prosterna trois fois à ses pieds de toute l'étendue de son corps, toto corpoie , dit Thc'gan , en l'abordant. Louis fut couronné de la main d'Etienne, dans la même ville, avec l'impératrice Hermengarde, sa femme. Ce monarque , après le départ du pape, assembla , au mois d'octobre de la même année , un concile à Aix-la-Chapelle , pour la réforme du clergé. Il en célébra un autre dans le même lieu , au mois de juin , Fannée suivante , pour établir l'uniformité dans l'ordre monastique , qu'on soumit universellement à la règle de S. Benoît. Cette assemblée , étant mixte , Louis , du consentement des seigneurs , y associa son fils aîné Lothaire à l'empire. Il fit tn môme tcm^ le partage de SCS états cuire ses trois fils, et engagea les grai^ds à promettre
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avec serment do le maintenir. Bernard, roi d'Italie, s'oGensa de celle associatini^, et en prit occasion de se révolter, pre'lendant que l'empire devait lui revenir, comme e'tant fils du premier né de Cliarlemagnc. Oblige de se soumeltrc , on lui crève, l'anncc suivante, les yeux, supplice dont il meurt trois jours après ( 7^. Bernard , roi d'Italie ). Louis entre alors en défiance de tous ses proches. Il bannit de sa cour ses frères naturels , Dropon , Hugues et Thierri , les fait raser et les confine dans des cloîtres. Le repentir suivit ces actes de se've'rile'. L'an 822 , dans la diète d'Attigni, tenue au mois d'août, l'empereur fait inie pénitence publique , pour expier la mort de son neveu Bernard , et se re'concilie avec ses proches qu'il avait obliges de se faire moines. 11 y publie aussi un capilulaire dont le deuxième article est très-important , en ce qu'il rend aux églises la liberté des e'iectiotis. Il fit partir ensuite pour l'Italie Lothaire, qui fut couronne', le jour de Pâques 825 , à Rome par le pape.
L'an 8?.5 , le zèle de Louis pour l'administration de la justice le porte à publier , au mois de mai , dans l'asseniLle'e d'Aix-la- Chapelle , nn ample capilulaire sur les obligations des commi*;saires nomme's niissi dominici , que la cour, dès le teras de (Jliarlemagne et peut-être auparavant , avait coutume d'envoyer tous les ans dans les différentes parties du royaume. Il y en avait doux en chaque province , un e'vêque et un comte , auxqiiels on joignait quelquefois nn ou plusieurs abbés ; leur devoir était de veiller sur la conduite des évèques , des comtes et des moindres officiers , d'écouter les plaintes , de terminer sur les lieux , autant qu'il était possible , les affaires , et de rapporter les autres à l'empereur. Leurs assises se tenaient quatre fois l'année , dan> les quatre saisons.
L'an 826 , Hérioll , ou Harald , roi de Danemarck , chassé de ses états , vient, pour la troisième fois , en France , fait hommage de son royaume à l'empereur , et reçoit le baptême à Mayence. Mais ce prince, de retour en Daneraarck , abjura le Christianisme et la suzeraineté de la France (Bouquet T. \ i , p. 62 n).
Depuis leparîage que Louis avait fait de ses états entre ses trois fils , il lui en était né , l'an SaS , un quatrième de Judith . sa deuxième femme. Voulant faire à cet enfant, nommé Charles , un état , Louis, après s'être assuré du consentement de Lothaire , assemble , l'an 829 , à la mi-août , une diète à Worms , dans laquelle il lui assigne pour sa part l'Allemanie , la Rhélie , avec nne partie de la Bourgogne. Ses autres fils , dans les départements desquels se trouvaient ces ])rovinces , murmurent du tort qui ieur est fait. Ils réclament le partage de 817, soleunellcment
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jure par les chefs de la nation , et confirme ])ar l'assemblée de Nimègue en 821. La plupart des grands et jjlusicurs prélats entrent dans leur nic'contentement. Ils de'pulent à l'cinjjereur l'abbe' Wala , son parent , pour lui faire des remontrances sur la relioion du serment qu'il veut les engager à violer; mais Wala n'ostpoinl écoute'. L'an 85o , la re'volte éclate. L'empereur, abandonne' de son armée, est oblige' de se livrer, avec son fds Charles , à la discretioQ de ses trois autres fils. L'impe'ratrice Judith, accuse'e d'un commerce criminel avec le duc Bernard , chambelîan , est renfermée par Pépin qui , le premier , avait levé' l'étendard de la re'volte, dans le monastère de Snintc-Radegonde à Poitiers , et forcée d'y prendre le voile. L'empereur , abandonne' de tous , convoque une asseniblc'e à Gompiégne. 11 y paraît avec un air consterne, loue le zèle de ceux qui veulent l'obliger à corriger ses fautes , et en fait un aveu plus humble que digue de la majesté' rovale. Touchée de son e'tat , la dièle le force de s'asseoir sur le trône , ce qu'il avait d'abord refuse'. Mais l'arrivée de Lothaire change tout-à-coup la disposition des esprits. A l'instigation de ce prince , on veut contraindre l'empereur à se faire moine , et on l'entoure de gens propres à l'y disposer. Jl eût succombé à leurs insinuations , sans la dcTitérité du morne Gombaut , qui le tira de ce mauvais pas , en semant la division entre les trois princes. Dièle de Nimègue an niois d'octobre de la même année, où rcmpereur reprend toute son autorité. Lothaire vient s'y jeltcr aux pieds de son père , qui déclare publiquement qu'il lui pardonne. On instruit le procès des chefs de la conjuration dans une autre diète ( et non pas dans celle de Nimègue) tenue le premier février 85 1 à Aix-la-Chapelle. Déclarés coupables du crime de lese-majeslé, ils sont condamnés à mort. Mais l'empereur leur conserve la vie , et se contente de les reléguer, laïques et ecclésiastiques , en divers monastères. L'impératrice Judith, ramenée de Poitiers, s'y purge, parle serment , des crimes dont elle est accusée , et ^Vala , abbé de Corbie , son adversaire , sur le refus qu'il fait de se rétracter , est relégué dans un château sur les bords du lac de Genève. Lothaire , privé de son association à l'empire , est réduit à son royaume d'Italie. Les trois frères sont renvoyés dans leurs états. Mais les troubles ne tardent pas à recommencer. Pépin , de retour en Aquitaine , concerte une nouvelle révoile avec le duc Bernard. L'empereur, instruit de son dessein, se rend, l'an 852 , en Aquitaine , fait arrêter Pépin , et l'envoie prisonnier à Trêves ; mais sur la route , il est enlevé par ses gens. Pour le punir, l'an 855 , l'Aquitaine lui est olée et donnée à Charles. Nouveau soulèvement des trois princes à ce sujet. L'empereur appread à Worms qu'ils vicmienl lui faire la guerre , amenant.
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T3VCC eux le pape Gn'goire IV. Il va audevant d'eux avec des trouiies. Les deux arnices se rencontrent dans un lieu nomme alors Rotfellh , depuis Lugenfeld, ou le champ dumensonge , et maiiiîcnant Piolileuhe , enlre Brisacetla rivière d'Ill. Le 24 juin, tandis que l'empereur confère avec le pape , son armée selaissedubaucher par les princes. On l'arrête avec sa femme et son fiîs Charles ; Judith est envoyée à Tortone , Charles à l'abbaje de Pruym , et l'empereur conduit à S. Mëdard de Soissons et renferme dans une cellule , d'oii le premier octobre , on l'amène à la diète de Compiegne. Dans cette assemble'e , digne de l'horrear de tous les siècles, il est oblige de lire publiquement sespre'tendns crimes dans un écrit dresse par les évêques , après quoi il est dépouillé de ses habils rovaux et de ses armes , déposé, revêtu d'un habit gris et mis en pénitence par Ebbon , archevêque de Reims. Il est à remarquer que cette détestalMC scène, oii l'on joua la religion, ne fut que commencée à Compicp,ne , et s'acheva la veille de S. Martin à. S. Médard. Lothaire emmène son père à Aix-la-Chapelle , oîi il lui fit passer l'hiver en prison. Ce traitement barbare indispose ses frères ; et la hauteur , dont il use à leur égard , achève de les soulever. Lothaire , poursuivi par ces princes , arrive à Paris avec son père , le laisse à S. Denis , et se retire du côté de Vienne. Assemblée de S. Denis , tenue le premier mars 854- L'empereur y est réconcilié par les évêques , et réîabli par les grands. Il retourne , accompagné de Louis , son tlls , à Aix-la-Chapelle , où sa femme et Charles , son fils , lui sont rendus. Il en part quehptes mois après pour aller réduiic Lothaire , qu'il force à venir lui demander pardon auprès du château de Blois. Lothaire obtient sa grâce, après avoir juré de repasser en Italie, et de n'en point sortir jusqu'à nouvel ordre. L'an 855 , tout ce qui avait été fait contre l'empereur est déclaré nul dans la diète de Thionville, tenue au mois de février. L'an 837 , assemblée d'Aix-la-Cl:apelle , au mois de décembre , on l'empereur donne à Charles la meilleure partie de la France, à l'instigation de Judith.
Délivré des guerres Intestines , Louis vit ses étals attaqués par des ennejuis étrangers. L'an 858 , descente ^es Danois ou Normands en france , par la Loire, sous la conduite d'PIaslmg. C'était un français né au village nommé Tranquille ^slv Vidouï Glaber, à trois milles de Troyes, qui , s'étant échappé fort jeune de la maison paternelle , s'était mis au service des Danois qui écumaient les mers de France, et élait parvenu par sa valeur et son habileté aux premiers grades militaires parmi eux. Après avoir dévasté tout ce qui est entre la Loire et le Cher , ces barbares vont se présenter devant Tours, dont ils forment et pous-
seut le siège avec la plus grande ardeur. Mais les assie'ge's ayant apporte' le corps de S. Martin dan3 une sortie , le mort , dit un ancien auteur, sauva les vivants; et les Normands, battus et mis en de'route , sont ohlige's de lever le sie'ge. Le lieu , où cette victoire fut reinporte'e , s'appela depuis S. Martin le Beau, Sanctus Marlinus de Bello , du nom d'une chapelle qu'on y e'i'igea en l'honneur du saint. Une autre troupe de ces pirates , l'anne'e pre'ce'dente , avait pille' la Frise et s'e'tait retire'e avec son butin. Sur la nouvelle que l'empereur s'e'tait transporté à Nimègue pour leur donner la chasse . les Sarrasins , d'un autre côté , l'an b58 , avant surpris itlarseille , saccagèrent la ville , d'où ils emmeiicrent les religieuses et les clercs avec les tre'sors des e'glises. L'an 839 , l'empereur t'iant à Worms , à la fin de mai , partage ses e'iats entre Lotliaire et Charles , laissant seulement la Bavière à Louis (Pépin roi d'Aquitaine, e'iait mort alors, et Vempereur avait prive' ses deux fils de la succession de leur père). Louis prend occasion de ce partage pour se re'volter. L'empereur marche contre lui, l'an 840, le met en fuite^ après Pâques , tombe malade de chagrin , et pendant six semaines ne prend d'autre nourriture que le corps de Notre-Seigneur , bien persuade' qu'il ne relèverait point de sa maladie ; car il avait vu cette année deux comètes et une éclipse de soleil , signes réputés certains alors de la mort d'un grand prince. 11 travail- Ic'iit lui-même, comme on le voit, à vérifier la prédiction. Il meurt enfin le 3.0 juin , avec de grands sentiments de piété , dans une ile du Rhin, au-dessous de Mayence , vis-à-vis du château d'ingclheim. Son corps fut porté à Metz et inhumé dans l'église de S. Arnoul , auprès d'Hildegarde , sa mère. On prétend que ces deux corps furent transportés vers l'an 854 ^ r^jbbaye de Kcmpten , en Suabe : et le P. Longueval , d'après les Bollandisles , favorise cette opinion. Mais elle est combattue victorieusement dans la nouvelle Histoire de Metz (T. I, p. 56o et senq)- Louis le Débonnaire, avait régné 26 ans et cinq mois moins huit jours depuis la mort de son père , et était dans la soixante-troisième année de son âge. On a dit de ce prince qu'il eût été l'un des plus heureux monarques , s'il n'eut jamais été père. On peut ajouter avec un moderne, qu'il eût fait les délices et le bonheur de ses peuples , s'il avait su joindre à la bonté , à la bravoure , à la piété , et à mille autres belles qualités qui brillaient en lui , plus d'étendue de génie , plus de fermeté d'âme , plus de force d'esprit , plus d'action et de politique. Outre SCS trois fils, Lothaire , Pépin et Louis , il avait eu d'Hrr.MEN GARDE, sa première femme , morte le 3 octobre 8185 Alpaide , femme de Bégon , comte de Paris ; et Kildegardc mariée au comte Thierri. Judith , sa deuxième femme, fille de
"W clpîie , comte de Bavière , et d'Helgilvvicli , depuis ahJ.ieise de Cliellcs, lui donna Charles, qui suit, avec Gisèle, femina d'Evrard, duc de Frioul , et mourut à Tours le 19 avril 8:|5. La chronique de Moissac ( Bouquet , T. IV , p. 172-4 ) donne aussi à Louis le De'bonnaire un iils naturel , nommé Arnoul , qu'il fit , dit-elle, comte de Seus. Yoici le portrait que Tlie\-an fait de Louis le De'bonnaire. « Cetprince, dit-il , e'iait d'une « taille médiocre. 11 avait l'œil gros et vif, le visage haut en « couleur, le nez long et droit, les lèvres ni trop e'paisses , ni « trop minces , la voix mâle , la poitrine forte, les e'paules larpcs , » les bras si nerveux , qu'il n'y avait personne qui i'e'galùt à « manier l'arc , ou à lancer le javelot , les mains longues , les « jambes menues et , pour la grandeur, proportionnées au « buste. Il entendait le grec et parlait facilement le latin. Il « était versé dans la connaissance des divers sens de l'écriture- « sainte. 3!ais pour les poésies profnies , après les avoir lues « dans sa jeunesse , il ne voulut plus dans la suite ni les lire , ni <• même en entendre la lecture. Son caractère était la douceur, ft il était lent à se fâcher , et prompt à pardonner- En entrant <t à l'église , il se prosternait sur le pavé , priant loug-tems eu « cette posture, et quelquefois avec larmes. Il éîait si libéral, A qu'il donna à perpétuité plusieurs terres royales , que ses <; ancêtres lui avaient transmises , à ceux de ses fidèlesqui l'a- (c vaient le mieux servi. Rien de plus simple que ses vêtements, M hors les jours de grandes solennités. Alors il paraissait en « public avec des bottines d'or, le baudrier et l'épée de même (c matièl'e, la clamydc aussi de tissu d'or, la couronne en tète, « et le sceptre à la main. Jamais il ne se mettait à table , qu'il « îi'tiil fait distribuer aux pauvres d'abondantes aumônes. Il (c faisait tout avec circonspection. Mais il faut avouer qu'il donna « trop de couiiauce à ses conseillers. On lui reproche aussi d'a- <( voir suiv'i la mauvaise coutume de ses prédécesseurs d'élever « des serfs à l'épiscopat. Car de tels gens , comme l'expérience « le fait voir , oubliant leur prenaiere condition , deviennent « orgueilleux , médisants , querelleurs , insolents , ne cherchant « qu'à se fiire craindre , et n'estimant que ceux qui ont la « bassesse de les flatter » {De Gestis Ludoi-ici iniverat).
Sous Louis le Débonnaire, de même que sous Chariemnsnc , l'étiijuetle de la cour était que les seigneurs , en abordant le monarque, lui baisassent les pieds. Quelques-uns néanmoins des plus distingués avaient le privilège de lui baiser seulement les genoux , comme les cardinaux le font aujourd'hui à l'égard du pape. Les reines elles-mêmes baisaient les genoux de leurs maris. Les ducs et les comtes portaient alors des couronnes sur la tête ,
mais différentes de celles dos rois. L'e'preuve de l'eau froide s'e'tablit du tems de Louis le De'bonnaire j et si l'on s'en rappoi-le à deux monuments anciens cite's par D. Mabillon , ce fut le pape Eugène II qui l'institua. Louis le Débonnaire, plus sage, la dé" fendit par son capitulaire de 828. Examen , dit-il §. 7 , c. 15 , aquœ frigidœ qiiod hactemis faciebant , à Missis nos tris in terdicalur. L'épreuve , maigre' celte de'fense , ne laissa pas de subsister; et l'on voit même qu'Hincmar, archevêque de Reims , entreprit de la justifier. Ce fut Louis le Débonnaire qui donna ( l'an 817) la ville et le duché de Rome aux papes ; mais il en retint la souveraineté , comme le prouvent différentes monnaies de ce prince ( Le Blanc , p. 102) , et les actes d'autorité suprême que lui et ses successeurs firent à Rome.
Ce même historien fait un mérite à Louis le Débonnaire , d'un genre de magnificence dont il n'y avait pas d'exemple avant lui , et qui tourna à la ruine de ses successeurs en l'imitant. Ce fut d'avoir distribué à ses fidèles , pour en jouir à perpétuité , les terres que ses ancêtres lui avaient transmises : In lanlum largus , dit -il, ut anlea nec in antiquis libris nec in modernis auditmn est, iit villas regias quœ erant sui avi et tritavi , fidclibiis suis tradiderii înpossessiones sempiternas. « C'était ravir M à ses successeurs suivant la remarque de M. Lévesque , le j) moyen , de récompenser les services , ou les forcer à se rui- » ner , puisqu'ils ne pourraient accorder de nouvelles récom- )) penses sans prendre encore sur le domaine, des fonds qui n'y » rentreraient jamais. Il fit plus mal encore, ajoute le même » auteur, il abandonna aux comtes les bénéfices royaux situés » dans l'étendue de leurs comtés; c'était, en se dépouillant, re- » noncer à la reconnaissance qui devait être le prix'de ses sacrij) fices. Ceux qui recevaient ces grâces ne voyaient que la main n qui les distribuait, sans remonter à leur source. On reconnut » que, pour avoir part aux bienfaits du prince , il fallait servir >» ses officiers même contre lui , et ses largesses ne servirent « plus qu'à faire aux comtes des créatures». ( Hist. des Valois , Jntrod. , p. 70).
Il y a trois époques à observer dans les chartes de Louis le Débonnaire ; la première , du commencement de son règne d'Aquitaine , qui se prend du jour de son sacre à Rome, par le pape A-drien I , le i5 avril 781 ; la deuxième, de son association à l'empire , faite au mois d'août 8i5 ( c'est la moins suivie) ; et la troisième de la fin de janvier 814. oij il commença de régner seul. Louis et ses enfants ont usé indifféremment de l'indiction qui commence au premier septembre , et de celle qui commence au premier janvier ( Vaissèle ). D. Mabillon ( Diplom.
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svppL, p.5i ) , pense que ce fut sous le règne de ce 'prince que l'on commença à se servir de plumes pour e'crire au lieu de roseaux.