LOUIS V, DIT LE FAINÉANT
g86. Louis V, fils de Lolîiaire qui se l'e'tait associe' , comme on l'a dit , le 8 juin 978 , lui succe'da le 2 mars 986 , et mourut sans enfants l'an 987 , le cii mai ( Bouquet , T. VIII , p. 25o , n. ) , âge' d'environ vingt ans , dans la deuxième anne'e commencée de son règne , ce qui fait que quelques auteurs lui donnent deux ans de règne ; d'autres même lui en donnent neuf, en les comptant depuis l'an 978, qu'il fut associe par son père. La jeunesse de ce roi, la bric'vetc de son règne, et la valeur qu'il fit paraître durant le sie'gc de la ville de Reims , dont il se rendit maître , font assez voir que c'est à tort que quelques-uns de nos historiens lui ont donne le nom de Fainéant : c'est la judicieuse réllexion que fait D. Vaisbète. Cet bistorien ajoute , qu'on voit d'ailleurs , que Louis se mit en c'tat de marcher à la tète d'une arme'e au secours de Borel, comte deBarcclonne, dans la guerre que ce dernier soutenait contre les Sarrasins. Les nouvelles brouillerics de Louis avec la reine Blanche, qu'il reprit après en avoir e'té abandonne' , comme on l'a dit , ne contribuèrent pas peu à abre'ger ses jours j et on pre'tend qu'elle l'empoisonna. Ce prince est le dernier roi de la race de Charlemagne, laquelle a re'gnc' deux cent trente - six ans en France. Il est enterré à Compiègne.
Louis V e'tantmort sans enfants , le royaume de France appar* tenait de droit à Charles , duc de la Basse- Lorraine, fils de Louis d'Oulrcmer. Mais comme ce prince s'était rendu odieux aux Français par sa conduite , et spécialement par son traité avec Ollon H, roi de Germanie ( P^'oV' Charles , duc de In Basse" Lorraine ) . les seigneurs le regardant comme un transfuge et un déserteur de l'état , l'exclurent de la succession , et déférèrent la couronne à Hugues Capet , duc de France, et leprince le plus puissant du royaume. Le sceptre avait déjà été deux fois dans la maison des comtes de Paris. Eudes et Robert, l'un et l'autre fils de Robert le Fort, comte d'Anjou, l'avaient porté, sans pouvoir alors le conserver à leurs descendants. Hugues Capet , chef de la III* race de nos rois, fit entrer, pour la troisième fois , la Couronne dans cette illustre famille , qui la possède depuis plus de huit cents ans , et qui semble , dans les desseins
fie Dieu , destinée non seulement à remplir !e trône de France jusques dans les siècles les plus reculés , mais encore à donner des monarques aux autres nations de l'Europe. L'histoire nn lions fournit aucun exemple de maison souveraine qui ait con^ serve le sceptre pendant tant de siècles , et qui ait produit un ?i grand nombre de rois. Ajoutons qu'il n'y en a point qui a.i luie origine aussi ancienne, aussi noble, et mieux prouvée. Après bien des systèmes vainement imaginés sur ce sujet, il est enfin démontré que Hugues Capct descendait en ligne directe et masculine de Childebrand , frère de Charles Martel , comme on le verra, au commencement de son article, dans la généalogie et les preuves qui en dépendent, détaillées autant que la brièveté de cet ouvrage le permet.
« A'^ers la fin de la seconde race, im notiveau genre de pos-
» session s'éiablit sous le nom de fi^f. Les ducs ou gouverneurs
î» des provinces, les comtes ou gouverneurs des villes, les oil -
» ciors d'un ordre inférieur, profilant de l'aflaiblissement de
» l'autorité rojalc, rendirent héréditaires dans leur maison des
» titres que jusque-là ils n'avaient possédés qu'à vie , et ayant
» usurpé également et les terres et [a justice , s'érigèrent eux-
» mêmes en seigneurs propriétaires des lieux dout ils n'étaient
» que les magistrats , soit militaires , soit civils, soit tous les
)) deux ensemble. Par là fut introduit un nouveau genre d'au-
» torité dans l'état , auquel on donna le nom de suzeraineté .*
•» mot , dit Loyseau , qui est aussi étrange que cette esjjèce de
» seigneurie est absurde.
« La noblesse (proprement dite ) ignorée en France jusqu'au » tems des fiefs , commença avec cette nouvelle seigneurie ; en » sorte que ce fut la possession des terres qui fit les nobles, parce » qu'elle leur donna des espèces de sujets nommés vassaux, qui N s'en donnèrent à leur tour par des sous " inféodations ', et ce •» droit des seigneurs fut tel, que les vassaux étaient obligés , » dans de certains cas , de les suivre à la guerre coutre le roi » même. Le service militaire futencore une autre source de la » noblesse » ( Le P. Héuaut).
HUGUES CAPET, chef de la III» race.
^87. Hugues, surnommé Capet, on latin Capilo , soit de la grosseur de sa tête , soit à cause d'une espèce de chaperon qu'il porta le premier , duc de France , comte de Paris et d'Orléans , abbé de S. -Martin de Tours, de S. -Denis et de S. -Germain des- Prés, fils de Hugues le Grand, dont il tcoait ses litres parbérilage^
492 CUnONOLOGTE ÎTlSTOl\tQL'E
et de Katwin on Hatwigc , fille de Henri l'Oiseleur , roi de Gerrnanie, descendant en ligne masculine el directe de Childebrand, frère de Charles Martel , duc des Français (*), fut clu, ou se fit élire sur la fin de mai 987 , dans une assemblo'e, non de la nation comme on le dit cominune'mcnt , mais de ses vassaux et de quelques seigneurs de ses omis , voisins de ses domaines , à iDJovon , et sacre' le 5 juillet suivant à Reims par l'archevêque Adalberon. Cet intervalle, ccn.me l'obserx e M. de Condillac , ne suffisait certainement pas fOur assembler tous les grands du royaume , sur-tout dans des lenis de troubles où personne ne pouvait les convoquer Le nouveau monarque, à l'exemple de Clovis . e'tablit sa rc'side icc à Paris ; mais il ne fut pas sitôt paisible possesseur de son royaume Tharlcs, frère de Lothaire el dtic de Lorraine , revendiqua ses d.'oils et prit les armes pour ies faire valoir II fut appuyé de plusieurs seigneurs, dont les plus pui-sanis étaient Guillaume IV, duc d'Aquiîaiue , et Enfles, comte de Tours el de Blois, qui n'avaient ni assiste' ni donne' leur consentement à son e'irction Mais sa valeur le mainlinf sur le trône où son mérite l'avait e'ieve'. Pour l'assurer à ses descendants, et le conserver dans sa maison, il associa son fils Robert à la royauté' et le fit sacrer à Orle'ans, le premier janvier C)88 (N. 6.;. Mais celle association, imitée par ses successeurs jusqu'à iPhilippe Augiiste , n'ubligcait pas le ]>èrc à partager l'autorité souveraine avec son fils : c'était une sorte d'investiture e'veutuelie du royaume. La noblesse el le cierge', dans cette ce're'monic , promet aient au prince re'gnant de ne reconnaître , après sa mort , d'autre successeur que celui qu^il avait fait couronner.