PHILIPPE L
1060. Philippe Î , ne' l'an io55 (N. S. ), succe'da , Tan 1060 , au roi Henri , son père , qui l'avait fait sacrer le 25 niai de l'anne'e précédente , à Pvcims. Ua r.ulcur contemporain ( apiid Bouquet, T. XI, p. 52) remarque qu'à cette ce're'monic , Philippe , quoiqu'il n'eût pas encore sept ans , fit lui-même la lecture du serment qui pre'ce'da le sacre, et le souscrivit de sa main. Le jeune prince gouverna d'abord sens la tutelle et la régence de la reine , sa mère ; puis après la retraite de cette princesse , arrivée l'an 1062 (N. S.), sous celles de Baudouin V, comte de Flandre, qui exerça ce double emploi jusqu'à'sa mort , arrivée le 1 septembre 1067 ( Voy. les comles de Flandre). M. Velly, d'après le P. Daniel, prête à Baudouin, au commencement de sa re'gencc, une expédition contre les Gascons , qui n'a pas le moindre fondement dans l'histoire. Qu'avait en effet à dcnièler avec les Gascons le roi de France ? Ils formaient un duché' particulier ^ qui ne relevait que très-imparfaitement de la couronne. Bernard II, comte d'Armagnac , les gouvernait alors en paix, comme
5o8 CBROx^OLOGIE,HTST01lTQL•E
•ctant issn de l'ancienne maison des ducs de ce pays. M. Velly s'e'tait apparemment figure' la monarchie française sous les premiers rois cape'tiens telle qu'elle e'taitau tems de Cliarlem^gne , exerçant la même autorité d'un bout du royaume à l'antre. Les tems e'taient bien change's. Philippe à la mort de Baudouin , n'e'tait que dans sa quinzième année, et la majorilé de nos rois était alors communeiuent fixe'e à vingt et un ans. Baudouin cependant n'eut point de successeur dans la re'gence , et Philippe commença dès lors à gouverner par lui-mèmo, et à f;iire expe'dier les actes en son nom. Car il est à remarquer «[u'aulrefois les rc'gcnis prenaicnl absolument la place des rois , leurs pupilles, menaient leur^ propres noms à la tête de toupies actes e'rnaue'sde i'autorite' souveraine, el les scellaionido leurs srr.Tnx Fa régence de BeHudouin n'eût me'rile' que des e'Ioges , s'il se fût opposé , comme la politique sembUnl l'exiger, à la cn'ni.îlc (pie Guillaume , duc de Normandie, fit de l'Angleterre eu io5o ( Voy. les comtes de Flandre).
L'an 1068, fut l'e'poque d'une augmenlatinn du domaine de la couronne. Foulques le Rechin . comte d'.\njou , pour de'tourner Philippe d'assister Gcfffroi le Barbu, son frère, avec lequel il e'tait en guerre, lui ce'da le Gâtinais , 'e< // rv's j'ira bonnement , dit une chronique mann<.crile . (juil tiendrait la terre aux us et coutumes qii'elle avo't été tenue : car autrernenl ne voudrent H Ji >mme du pays ft'ie hommage { Siinier , Catal. mss. codd. , Bern. T. II, p. 67 ). A celle acquisition il ajouta depuis le Vexin français et la vicomte' de Bourges. Il n'est donc pas vrai que « Pliihppe, comme l'avance un moderne, » laissa le doni:uue rosserie' dans les mêmes bornes où il l'avait » trouve' à son avènement a-» trône ».
Robert, dit le Frison,, comte de Hollande, qu'on nommait alors la Frise , ayant envahi , l'an 1 0-0 , le comle' de Flandre sur Arnout m, petit-fils de Baudouin V, le jeune comte vint avec Hichilde , sa mère, implorer le secours de Philippe, son suzerain, contre l'usurpattiT. Philippe vole au secours deson vissai, etfait alorssespremièr. s arijies. Elles ne furent pointheureuNCS. Robert lui avant livre bataille près de Blontcassel, le 20 février (dimanche de la Septuagèsime ) de l'an i o- r (et non i 07?, comme quelques-uns le marquent), il est mis en déroute, et le mallieureux Arnoul pe'ri'. tHns la mêle'e. Maigre' la lionfe de ce revers , il fait la paix avec Flobert peu de teius après , pt se laisse engager à épouser, l'an 1072, Eerthe , sa belle-fille, née du |n"eniier m.Triage d sa femme Gertrude avec Florent f . cnmie de Hollande (Yov. les comtes de Flandre). Philippe fut plus hcufciix dans l'expédition qu'il fit l'an ic-S fei non 1076], à ia prière du duc de Bretagne , contre Guillaume le Conque'raiit,
DES ROIS DE FRANCE. So^
qui assiégeait la ville de Dôle. L'ayant oblige' de lever le siège , il le chargea dans sa relraile , et lui lua beaucoup de monde. ( T' oy Hoel \, duc de Bretagne). Une raillerie que Philippe lança contre Guillaume fut venge'e , l'an io8- , par le ravage du Vexin français et par Tincendie de la ville de Mantes ; mais Guillaume expia lui-même sa cruelle vengeance par sa mort dentelle fut cause (Voy- les ducs de Normandie).
Robert, fils aine' de Guillaume le Conque'rant , lui ayant succe'de' au duché de Nomiandie, Philippe, prit sa de'fcnse , l'an 1 ocjo, contre Guillaume le Roux , son frère, roi d'Angleterre, qui cherchait à le dépouiller. Ils font ensemble le siège d'un château de Normandie, qui avait reçu garnison anglaise. Mais Philippe, s'ètaut laissé corrompre par l'or que le roi d'Angleterre lui fit passer en secret, abandonne lâchement son vassal, et se retire ( Roger d'Hoveden).
Philippe était naturellement indolent , et ennemi du travail. L'oisiveté le plongea dans la crapule et la volupté, et il s'y livra sans retenue. L'an 1092, dégoûté de la reine, son épouse, il s'en fait séparer sous prétexte de parenté , la relègue à Montreuil-sur-Mer, qu'il avait assigné pour sa dot, et donne sa maia à Bf.RTRAPE. après l'avoir enlevée le 4 juin de la même année ( et non de la suivante ), à Foulques le Rechin, comte d'Anjou, son mari L'archevêque de Rouen, assisté des évêques de Bayeux et de Senlis ( ou ce dernier seul , suivant une lettre du pape Urbain II , écrite le 27 octobre de cette année à l'archevêque de Reims), ose bénir celle union scandaleuse. Yves, évêque de Chartres, l'ayant condamnée haulement , Philippe le fait mettre en prison par le vicomte de Chartres. Il voulut ensuite le faire déposer au concile de Reims , qu'il assembla le 17 seplembre de l'an 1 004 , dans la vue d'y faire approiiver son mariage : chose qui lui paraissait d'autant plus facile que Berthe était morle depuis peu. Mais il fut excommunié lui-même , le 16 octobre suivant, au concile d'Autun , par Hugues de Die , légat du pape L'rbain II. Ce ponlife , étant \cnu chercher un asile en France , renouvela cet auathème , en ioc)5, au concile de Clermont. Philippe , craignant l'effet dr-s censures sur l'esprit de? peuples, demande et obtient ua délai pendant lequel il lui fut permis d'user de la couronne (la coutume était en ce lems-là que les rois aux grandes solennités parussent en habits royaux, et la couronne en tête, qui leur était imposée par un évêque ). Toujours menacé , il se détermine enfin , l'an log-^ , vers le mois de janvier, à renvoyer BerUade , et en conséquence , il est absout. Mais il rappelle quelque tems après cet objet de sa passion , et par- là s'altire une seconde excommunication prononcée l'an 1100, au concile de Poitiers. L'endurcissement qu'opposa le
5lO CHROÎSOLOGIE HlSTOFilQtE
monarque à ces nouveaux foudres de l'église , ainsi qu'aux remontrances de plusieurs prélats , fut puni , dit Orde'ric Vital , par plusifurs infirinile's que le ciel lui envoya. Quoi qu'il en soit , l'iin 1 I 04 , le 2 décembre , l'eVèque d'Arras , coinniissaire du pape Pascal II , le relnblit dans la communion , sous la promesse qu'il fit de ne plus voir Berlrade. Pli lippe ne fut point fidèle à sa parole ; car on voit qu'il se rendit avec celle rinccssc , an mois d'août i loC , à la cour du comte d'Anjou , e même qu'elle avait abandonne'. La cour de Rome cesse néanmoins de le poursuivre , et l'histoire nous apprend , qu'en 1 107, Pascal étant venu en France, ne fil pas difficulté' de communiquer avec ce prince, dont il fut reçu avec des honneurs extraordinaires à Paris, ce qui donne lien de croire que ce pontife lui accorda à la fin la dispense qu'Yves de Chartres, re'concilie' avec Philippe , avait plusieurs fois sollicile'e pour lui (Pascal , suivant l'abbe' d'Usperg , revint de France à Rome , dans l'automne de Pan 1 lOj). L'an i 108, Philippe meurt à Melun le 29 juillet, après quarante-huit ans de règne ^ son corps fut porte à S. Bcnoît-sur- Loire. Guibcrt de Nogent l'appelle : Iwminem in rehits Dei venalîssiwum. Ou a vu qu'il avait fait injustement le même reproche au père dt; ce monarque. Mais il parait qu'il ètriit ici mieux fonde. En effet les autres c'crivaiiis du tems attestent que- Philippe ne se faisait nul scrupule de vendre les bénéfices. lU rapportent en preuve divers exemples d'élections qu'il extorqua des chapitres pour des sujets indignes, dont il avait reçu de l'argent. Il fut témoin de plusieurs grands e'véuemenîs auxcpiels il ne prit point de part : telles sont les croisades , qui prirent naissance, sous son règne , en France ; la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, etc. Les enfants qu'il eut avec Bcrlhe, sont Louis , son successeur j Henri, mort jeune j Charles, en me'moire duquel Louis, son frère, fonda l'abbaje de Charlieu en i iSG; et Constance mariée , 1° à Huguos , comte de Champagne, 2° à Boémond , prince d'Antioche. Berlrade lui donna Philippe , comte de Mantes ', Fleuri , ou Flore, qui épousa l'hérilière de Nangis 5 et Cécile , femme ^ 1° de Tancrèdc, prince de Galilée, cousin de Boéinond , 2° de Pons , comte de Tripoli. L'abbé Yelly , d'après le président Hénaut , ajoute à ces enfants de Philippe et de Bertrade , une fille qu'il nomme Euslache , mariée, dit - il , à Jean, comte d'Etampcs. Mais nul ancien moimmerit ne fait mention de cette fille, et d'ailleurs Etampes n'avait point encore de comte alors. (Voj. les comtes d Èlampes). Berirade, plusieurs années après la mort de Philippe , se fit reli-^ieuse à Haufebruyère , prieuré de l'ordre de Fontevrault , qu'elle avait fondé en » 1 16; on ignore l'année de sa mort. Une anecdote qui a échappé à tous
les modernes , c'est que Philippe , quelques anne'es avant sa mort (vers l'an i i 06 ) , avait témoigne à- saint Hugues , ahbe' de Cluni , vouloir finir ses jours dans cette maison. Une seule chose l'embarrassait, savoir s'il y avait des exemples de rois qui s'e'taienl faits moines. Saint Hugues lui repondit qu'oui, et lui allégua l'exemple du roi Contran ) en quoi il ne fit pas preuve de savoir' car Gontran , roi de Bourgogne, n'a jamais éle'moiiin. Il voulait peut-être dire Carloman , l'rère du roi Pépin. Quoi qu'il en soil, saint Hugues, après la mort de l'empereurHcnri IV", e'crivii à Philippe , pour le presser d'exécuter son dessein, lui remontrant le besoin urgent qu'il avait de changer de vie , et de faire une éclatante pénitence, qitan pœiiileiitiani , lui dit-il, vel conversionem necfaciliori , lU ciedimiis , nec cerliori via potestis appréhenda e , quàm ijttod mnUiiin voluwus el oplamus nwnacliicd piofessione ( Spicil. , T. JI, p. 401 , 402). Celle lettre, à laquelle on ne manquera pas de prêter des vuesintéresse'es , fut sans effet. Mais elle prouve que Philippe I , dans les dernières années de sa vie , faisait des retours sur lui - même , et qu'il u'élait pas inaccessible aux remontrances des gens de bien.
Ou compte au moins cinq époques du ri^gne de Philippe P' dans les chartes. La première est fixée au 2^ mai loSç) , la a' au 29 août 1060, jour de la mort du roi Henri; la 5* en l'an 1061 ; la 4^ tombe en io65 ; la 5* se prend de la mort du comte re'gent Baudouin , arrivée le i septembre 1067. Depuis loqB ou 1099, on joignait ordinairement aux années de son règne celles du règne de Louis, son fils. Il s'en trouve même quelques - unes où l'on ne lait mention du v^ivant de Philippe , que du règne de son fils ; ce qui ne veut pas dire que Philippe n'était plus regarde' comme roi , parce qu'il était excommunié , puisqu'on voit d'autres chartes du même tems , où les années de son règne sont exprimées. Ses diplômes sont quelquefois sans signatures et sans dates. Philippe u'einploj'-ait qu'une croix pour signature. Ce prince n'est pai le premier , comme on le dit , qui ait fait signer ses diplômes et lettres-patentes par ses grands otUciers. Henri I«' l'avait fait quelquefois avant lui. Ces grands officiers étaient le sénéchal j le chambrier, le connétable, le bouteiller, l'échanson , le maréchal , le chancelier, le maître de la chapelle. On comptait encore parmi ces grands officiers le gouverneur du roi , yîEquilihralor Régis et son précepteur, Pœdagogus , ou Magister Régis.
Il est faux, comme le prouve Blondel, que pendant l'excommunication de ce prince on ait cessé d'employer dans les actes la formule régnante Philippo , et qu'on y ait substitué celle de régnante Christo, Ou trouve à la vérité dans quelques-uns de ce
5l2 CHROPÎOLOGIE HISTORIQUE
tems Chrisio regem speciante , c'est-à-dire protegente el non pas expectante , ce qui u'a pas de sens.
On place mal à propos , sous le règne de ce prince, l'origine des armoiries , invente'es, dit-on, par les premiers croisés , pour se distinguer sous leurs casques qui leur cachaient le visage. M. de Foncemagne a prouve'. {Acad. des Bel. Lett. T. XVIH) qu'elles remontent jusqu'aux tournois instilue's l'an 954 , comme on le fera voir ailleurs , par Henri I^', roi de Germanie. Cependant il faut avouer que l'usage n'en devint universel parmi les nobles qu'au tems des croisades.
On rapporte avec plus de vérité' au règne de ce prince l'e'tablissèment de quatre ordres monastiques ce'lèbres dans l'église , celui de Grammont, fonde' en loyBpar S. Elienne , celui des Chartreux , par S. Bruuo en 1084, celui de Cîteaux par saint Robert en 1098, et celui de Fontevrault par Robert d'Arbrisselles en 1 1 06. ^
C'est au règne de Philippe I^' qu'on fixe l'e'poque de la première diminution des espèces monnaje'es. Ce monarque fit frapper des espèces d'argent, altére'es par un tiers d'alliage en cuivre. L'altcration fut poussée, sous les règnes suivants, jusqu'à moitié'. Dès-lors le nom de livre devint ficùf, aussi bien que celui de sou. En inse'rant un tiers de cuivre dans une livre de douze onces de métal, il ne devait plus y entrer que huit onces d'argent pur. Aussi fut-ce sous ce nîême Philippe qu'on quitta la livre de douze onces pour prendre le marc de huit onces , parce que effcclivcmcnt une livre d'argent monnayé ne contenait plus que huit onces d'argent pur. Les redevances foncières en argent souffrirent beaucoup des révolutions survenues dans les valeurs numéraires des espèces , et furent enfin réduites presqu'à rien , lorsqu'avcc la dix-huitième partie d'un marc d'argent on acquittait une rente qui dans l'origine était la totalité d'ua marc.