HENRI I
io5i. Henri I, né, l'an ioo5 , de Robert et de Constance, sacré à Reims , le 14 mai 1027 , du vivant de son père , lui succéda le 20 juillet io5i. Il était pour lors à Langrcs , où sou père l'avait envoyépour mettre en possession de celte église , l'évêque Hugues qu'il y avait nommé. Ce fut là qu'il apprit la mort du roi [Chron. S. Benigni diiion.). La reine Constance, sa mère , profita de son cloigncment pour former une conspiration contre lui eu faveur de Robert ,son frère puiné , qu'elle voulait élever sur le trône. Celte princesse mit dans ses intérêts la plupart des grands , à la tête desquels était Eudes II , comte de Blois et de Champagne, et Baudouin, comte de Flandre. Henri, obligé de quilter Paris , se retire, lui douzième , à Fécamp, auprès de R^obert , duc de Normandie. Avec le secours que lui fournit <;e duc , et ceux qu'il tira de ses vassaux fidèles , il emporta les cliàle.nux de Folssi et du Puisct , qui tenaient pour les rébelles, batlil Robert, son frère, dans la plaine de Villeneuve-Saint— Georges, cl le contraignit, ainsi que leur mère, à lui demander la paix. Conslancc , quoi qu'en dise un moderne , lui resta depuis fidèle , comme le témoigne un auteur du lems , et ne travailla plus à lui nuire {Tor. Robert II , duc de Normandie."), Il est vrai que la iiort ne lui donna guère le tems de renouer ses intrigues, si clic en eut envie , étant décédée à Melun le 25 juillet 1032. Celle princesse , violente, avare, fière , cruelle, avait été le supplice de son époux , comme elle fut le fléau de ses deux fils aînés , Hugues et Henri. Le roi Robert était obligé de se cacher d'elle pour faire du bien, et lorsqu'il récompensait ses serviteurs , il leur disait toujours : prenez garde que Cons^ tance ne le sache, 11 fiiut néanmoins dire à la louange de cette
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reine qu'elle allaita tous ses enfants (Konqnet, T. X, p. 65). La même aiuice qu'elle mourut, il y eut en France une horril.le famine , qui durait encore l'année suivante , selon Glabcr. Ea se reconcilianl avec sa mère , Henri ht aussi giàce à Robert, son frère , et eut même la genérosile de lui donner le duché de Bourgogne ; il témoigna dans le même tems sa reconnaissance au duc de IVormandic, par la cession qu'il lui fil du \ e\in français , libéralité que la politique désavouait , et dont il ne tarda guère à se repentir. l,e comte de Blois et de Champagne, qui avait été l'un des partisans de Constance, les plus acharnés contre lui , persistait encore dans sa révolte. Henri marche et lui enlève d'emblée le château de Gournai. Il se rendit ensuite maitre de la ville de Sens, que Renaud tenait sous la protection et la suzeraineté du comte de Champagne. Mais Eudes y étant rentré , le monarque, après deux assauts donnés à la place d'une année a l'autre, fut obligé de composer avec lui , l'an io54 , pour la moitié de ce comté , qu'il lui céda. La clémence dont Henri avait usé envers Robert, son frère , enhardit , l'an 1041 , Eudes, son autre frère, à lui demander une part dans la succession paternelle. Sa partie était liée avec Thibaut, comte de Blois, Raoul , comte de V^alois, Valeran , comte de Meuient , et Etienne , comte de Champagne, pour contraindre le monarque à lui faire raison sur ce point, et même le détrôner ; mais l'activité de Henri prévint les effets du complot. Il va subitement attaquer Eudes dans le château où il s'était retiré , le fait prisonnier , et l'envoie sous bonne garde dans celui d'Orléans, où il resta long-tems renfermé. Henri tourna ensuite ses armes contre les complices de la révolte de son frère , fit prisonnier le comte de \ a!oi.> , dépouilla Valeran de soq comté, et battit les comtes de Blois et de Champagne.
L'art des médecins, sous le règne de Henri, trouva un nouvel exercice dans une maladie épidémique qui se déclara , l'an 104.5, et fil d'alTreux ravages dans le royaume durant l'espace de près de deux siècles. C'était une espèce de charbon pestilentiel , qu'oa nommait le mal des ardents- On fonda des hôpitaux pour les pauvres qui en étaient attaqués^ on fit des vœux et des offrandes pour faire cesser ce fléau.
L'an io53, Henri fournit des troupes à Guillaume, comte d'Arqués, contre Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, que ce monarque avait jusqu'alors défendu. Mais il a le déplaisir d'apprendre quelles ont été défaites au Val des Dunes. S'élant ligué contre ce même duc avec Geoffroi Martel , comte d'An-ou , il entre en Normandie par le comté d'Evreux , tandis qu'Eudes , son frère , qu'il avait tiré de prison , conduit une partie de ses troupes , pour y pénétrer par le Beauvaisis. Les ÎSormands, couiiaaudés par Roger de Morletaer, et Robert, Y. .64
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comte d'Eu , surprennent à Mortemer, l'an io54 , avant le Carême , l'armée d'Eudes , plonge'e dans la débauche , et lui livrent un combat , oà le comte de Ponllileu est fait prisonnier , et Varme'e mise en déroute. Henri , à la nouvelle de cet cchec , que le duc lui mande lui-même pour l'effrayer , se retire avec précipitation (Bouquet, T. XI, p. 46)- Le prince Eudes finit ses jours quelque tcms après , sans autre qualité que celle de frère du roi : Aitlfius (Ugnllalis fasligio subilmnlus ( Ibid. p. 4&5 ). Raoul Tortaire dit que sa mort fut la punition du pillage qu'il avait fait dans une terre de la dépendance de Saint-Benoîlsur-Loire , me'licr , ajoute-t-il , auquel il se livrait pour suppléer à son indigence ( Ibid). Philippe , fds aîné' de Henri , e'tait celui auquel ce prince destinait le trône qu'il pouvait également transmettre à son autre fils. Pour lui assurer cette prcfcrence , il le fit sacrer àl'eims le jourdelaPenîecôle ( 25 mai ) io5y , e'poque d'une nouvelle f.nnine qui dura sept ans , et qu'on compara à celle dEgypIe sous le gouvernement du patriarclie Joseph. Henri n'eu vit pas la fin , elsnt mort à Vilri dans la foret de Bière , aujourd'lmi de Fontainebleau, le 2q août 1060, dans la trentième année de son règne depuis la mort de son père. Ordèric Vital dit q^i'il mourut d'une médecine qui lui fut donne'e àcontre-tems par son physicien (c'est ainsi qu'alors on nommait les me'decins) , Jean le Sourd , natif de Chartres. Il avait d'abord e'ie' fiance' à Matbilde , fille de l'empereur Conrad le Salique , morte l'an io54 , ou selon d'autres l'an 1044 > avant soa niarifige ; puis il avait e'pouse' , à Reims, l'an io5l , ( et noa 1044) Anne , fille de Jaroslaw, duc de Russie, dont il laissa deux ills , Philippe, qui suit, et Hugues qui devint comte de A'ermaiidois , par son mariage avec Adélaïde , fille du comte Herbertj Anne, après la mnrtfle llenvi , se remaria , l'an 1062, à Raoul, comte de Valois. Henri est enterré à Saint-Denis (Voy. les ducs de Bourgogne ).
Guibcrt de Nogcnt {de vîta siirt, c. 2), accuse ce prince d'avoir considérablement augmenté son trésor par la vente des bénéfices ecclésiastiques. Mais comment accorder cette conduite avec l'e'dit sévère que Henri, suivant Raoul Glahcr ( Hist. ^ L. V, c. ait. ), publia conire la simonie , et avec le discours que cet historien lui met dans la bouche , en parlant à des évêques coupables de ce vice? Comme le Seigneur , lui fait -il dire , m'a donné gratuitement et par sa seule miséricorde la couronne royale , de même je disposerai gratuitement des choses qui concernent la religion , et f entends tjue vous vous comportiez de mêrne.
Ce prince faisait si grand cas de son vin de Rebrechien, {de (^rea Bacchi) vignoble de l'Orlc'anais; qu'il en faisait porter à
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sa suite , quand il allait à la guerre , afin qu'anime' par son feu , il courût avec plus de force au combat. C'est ce (juenons apprend l'abbe' Baidric dans un poème , où , après avoir exalte' les vins de Trojes par dessus tous les autres , il dit ;
Baccliica non similes gcncrat rrroesle raccuios; Injô nec ille li'cus qui ilicimr arva Tacdii , Uibi vieil, us quaiii ilicunt Aiirciiannm, Talia ^iiia bihit, ncc lalia vina rcliinclit; Qnae fîex Honiiciis scmptr sibi vina l'crebat, tjtmpcr ut in pugiiai auiiiiosiar irct et cssct.
(MaLil.,^/;/zrti., T. IV, p. S36.)
Louis le Jeune n'usait pas d'autre vin , comme il parait par une lettre où il mande de Palestine à Snger et Raoul , comte de Vermandois , re'gents du royaume, de donner à Arnoul , e'vèque de Lisicux , 60 muids de son bon vin d'Orlcans (Du Cliesne , Srip., T. IV, p. 5ii ).
Ce fut Henri qui supprima la cliarge de comte du palais , dont il partagea les fonctions entre quatre officiers , savoir , le chancelier , qui avait juridiction sur tous les officiers de la c])a:Tibre; le bouleillcr, qui commandait à tous les officiers de la bouche ; le connétable, qui avait l'intendance de l'e'curie du roi , et le grand panetier , auquel ressortissaicnt les officiers de la paneterle , les boulangers , pâtissiers , etc.
Le règne de Henri I commence dans les chartes tantôt au 14 mai 1027, tantôt au 20 juillet io3i.