‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 415 sur 416 · LOUIS VIII , DIT LE LION · texte numérisé non relu

LOUIS VIII , DIT LE LION

122.5. Louis VIïI , que sa valeur fit surnommer le Lion , ne', la nuit du 4 ^^ 5 septembre 1187, de Philippe Auguste et d'Isabelle de Hainaut , succéda , le 14 juillet I225 , au roi son père. Le 6 ou le 8 août suivant , il fut sacré à Reims avec la reine Planche , sa femme. C'est le premier roi de la troisième race dont le sacre n'ait pas devancé la mort de son père. Henri III , roi d'Angleterre , au lieu d'assister à cette cérémonie comme il le devait , en qualité de duc de Guiennc et de pair de France , envoya sommer Louis de lui rendre la Normandie. Louis, pour toute réponse, filpublicr la confiscation que son père avait faite de tous les fiefs de la couronne de France , possédés par les Anglais. L'année suivante , il se met en marche pour les dépouiller de ce qui leur restait dans son royaume. Il assemble son armée à Tours vers la Saint-Jean, passe la Loire, assiège et prend INiort , s'empare de Saint- Jean- d'Angeh , vers la mi - juillet , oblige la Rochelle à se rendre au commencement d'août, sou«

DES ROIS DE FRAISCF. 5Sg

met ensuite le Ljmosin, puis le Périgord , et ge'néralemeiU tout ce qui appartenait aux Anglais en-deçà de la Garonne. Il ne restait plus qu'à les chasser de Bordeaux et de la Gascogne , lorsque malheureusement, à la prière du pape et des ecclésiastiques , il abandonna son projet pour tourner ses armes contre les Albigeois. L'an i 225 , au mois de janvier , il fait une trêve de trois ans avec l'Angleterre , moyennant trente mille marcs d'argent que le roi Henri lui donne. Dans une assemblée que Louis tint à Paris le 28 janvier de l'année suivante, le légat du pape , après avoir cxcfnununié le comte de Toulouse, confirma au roi de France la possession des domaines de ce prince , sur lesquels Amauri de Monlfort, et Gui, son oncle, lui avaient ce'dè leurs droits en i224, cession qu'ils renouvelèrent alors l'un et l'autre. Louis s'achemine au mois de mai vers le Rhône , à la tête d'une arme'e de 200 mille hommes^ pose son camp devant Avignon, le 7 juin , commence le sie'ge de cette ville le 10, sur le relus que les habitants firent , de livrer passage à sou arme'e , et s'en rend maître le 12 septembre. De là il passe dans le Languedoc, où il ne trouva que àcs villes soumises d'avance, ou prêtes à se soumettre. Mais la maladie s'ëlant mise dans ses troupes , il en est attaque' lui-même à Montpcnsier en Auvergne , et meurt le 8 novembre 1226 , dans la trente-neuvième année de son âge , après un règne de 5 ans 4 niois , moins 6 jours. Ainsi fut accompli ce qu'avait prc'dit Philippe Auguste. « Les 5) gens d'e'glises , disait ce prince , engageront mon fils à faire » la guerre aux he'rèliques albigeois ; il ruinera sa sanle' à cette 7> expédition ; il y mourra, et par là le royaume d.^meurera » entre les mains d'une femme et d'un enfant. » Un écrivain du tems (Guillaume de Puylaurent ) , suivi de la plupart des modernes , rapporte qu'il n'eût tenu qu'à ce prince de recouvrer la santé dans sa dernière maladie , s'il eût voulu se rendre à Tavis des médecins , qui la regardaient comme l'eflct d'une trop longue continence , occasionnée par l'èloignement de la reine ; mais qu'il rejeta courageusement le remède qu'on lui conseillait , ea ùisaïii : J'ai77ie yyneiix vioiirir, que de sauver via vie par un fiduUèîe. Jean Bromton raconte (col. io54) la ménie chose de Louis le Jeune , avec cette différence , néanmoins , que celui-ci obtint sa guérison , en se résignant à la providence. Ces deux récits, calqués l'un sur l'autre, nous paraissent également suspects, n'étant tous deux fondés que sur l'autorité d'un seul garant. LTne chose plus certaine , c'est que Louis , e'îant à l'extrémité, fit jurer à douze, tant prélats que seigneurs , qu'ils reconnaîtraient pour roi son fils aîné, et procureraient, le plutôt qu'il serait possible , son couronnement. Louis avait épousé , le 23 mai 1200, à Purmor , en iScrmaudie, Blanche, fille d'Alfonse IX , roi de

54o CHR. HIST. DES ROIS DE FRANCE.

Casiille , dont il laissa cinq fils , Louis qui suit; Robert, comte d'Artois ; Alfonsc , comte de Poitou ) Cliarles , comte d'Anjou j Jean , mort peu de jours après son père, et une fille, Isabelle, qui devint célèbre par sa sainteté'. Ce monarque avait encore eu de son mariage deux autres fils, nomme's Philippe l'un et l'autre, dont le premier, ne' l'an l'.toç), avait e'ie' accordé, l'an i2i5 , avec Agnès, fille d'Hervé' IV , seigneur de Donzi , et mourut avant le mois de juillet 1218. Le second fut enlevé au berceau. Louis VIII se rendit e'galement recommandable par ses exploits et par ses vertus. Au courage d'un lion dans les combats, il joignait la douceur d'un agneau dans le commerce de la vie j ce qui le fit appeler le Lion pacifique. Il aima sincèrement la religion^ ratais il eut trop de dèfe'rence pour les eccle'siastiques. Séduit par leurs conseils, il entreprit une guerre injuste dans son principe, et dont la saine politique aurait dû, le de'tourner. Ses conquêtes augmentèrent leur autorité temporelle, de'jà trop grande dans ses e'tats; et les fatigues qu'elles lui causèrent , le conduisirent , comme l'avait pre'dit son père j au tombeau à la fleur de son âge.

Les chartes de ce prince sont date'es seulement de l'année et du mois de l'Incarnation , mais non de son règne , à l'exceptioa de celle qu'il donna, l'an 1224, pour re'former les mauvaises coutumes de Bourges. Lorsqu'il assie'geait la Rochelle, il ajoutait à ses dates : In ohsidione Rupellœ.

On comptait en France , sous le règne de ce prince, jusqu'à deux mille le'proseries , à chacune desquelles il donna, par son testament, la somme de cent sous (88 livres. ).

Ce fut sous le règne de Louis VIII , que Gue'rin , e'vèque Je Senlis, porta à son comble la dignité de chancelier de France, dont il était revêtu, en faisant ordonner que ce magistrat aurait séance parmi les pairs. Depuis ce tems , le chancelier est le chef de la justice j c'est dans ses mains que nos rois la déposent tonte entière, pour la rendre à leurs sujets, avec la même autorité, la même puissance, que s'ils la rendaient en personne.

Fin j)u cinquième volume.

Page 1