‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 414 sur 416 · PHILIPPE II, SURNOMMÉ AUGUSTE · texte numérisé non relu

PHILIPPE II, SURNOMMÉ AUGUSTE

I j8o. Philippe , ne de Louis VU cl d'Alix l'an it65, le 21 (et non le 11) du mois d'août (i), ce qui le fit surnommer Auguste, sacré le premier novembre 11 79 à l'eims, couronné une deuxième fois à Saint-Denis , avec la reine Isabelle , sa femme, le 29 mai 1180, sncce'da , le t 8 septembre suivant , à son père , sous la re'gence de Pliilippe d'Alsace , comte de Flandre , et la conduite de lioberL-Cle'ment de Metz , marécbal de France, que son père lui avait donné pour gouverneur. Dès le t;3n\s de son premier couronnement, il était regardé comme le seul monarque en France ; et a!in que Louis le leuiie , dit Raoul dû Dicelo , ne statuât rien à l'insu de son fils , on le priva de son sceau. Philippe, dès lors se brouilla, par les intrigues de ses ministres, avec la reine sa mère, au point de lui retirer les châteaux qui lui avaient été donnés pour sa dot. Mais le roi d'Angleterre, auprès duquel elle s'était retirée en Normandie, s'élant rendu médiateur entre la mère et le fils, les réconcilia dans Gisors le 28 juin 1 1 80 ( Idem). Peu de tems après la mort de son père, Philippe voit éclater contre lui une conspiration de la plupart des grands vassaux, qui voulaient se prévaloir de sa jeunesse pour se rendre indépendants. Philippe, apprenant leurs premiers mouvements, dit sans s'étouuer en présence de sa cour, au rapport d'unj ancienne chronique manuscrite : Jacoit ce chose que il facent orendroit (dorénavant) lor forces ; et lor grang outroiges el granp; inlonies , si me les convient à souffrir; se a Dieu plest , ils affohloieront et envieilliront , et je croistrai , se Dieu plest , en force et en pox'oir : si en serai en tores ( à mon tour) iwn^ié à mon talent. Il prit aussitôt les armes , et en moins de deux ans, il mit tous les rébelles à la raison. Ayant rendu la paix au royaume, il entreprit une œuvre, qu'il jugea très-propre à le faire refleurir. L'an 1182, par un édit du mois d'avril , qui fut exécuté au mois de juillet suivant, il ordonna à tous les Juifs de sortir de ses états , confisqua leurs immeubles , et déchargea leurs créanciers de toutes dettes envers eux(Piigord). Les usures criantes qu'ils exerçaient , les sacnléges , et les autres horreurs, dont ils étaient accusés , furent les motifs de cette «xpulsion. On avait surtout persuadé à ce prince , dès son enfance, que tous les ans à Pâques ils crucifiaient un enfant ])rïs d'entre les Chrétiens. C'était le même reproche que les Païens avaient calomnieusement fait aux Chrétiens des premiers siècles.

(1) Le samedi dans l'octave de l'.A.ssomption , suivant les auteurs du tems.

DES ROIS DE FRANCr. O29

Le comte <le Flandre 11 exerçait plus la re'gcnce alors j mais il jouissait toujours d'un grand cre'dit à la cour et comme oncle de la jeune reine et comme parrain du roi. La mort d'f-iahelle , sa femme, arrive'e le 27 mars m85 , le fil totalement de'clieoir de la faveur. Cette princesse qui , de son chef, était comtesse de Vermandois, n'ayant point laisse' d'enfants , le roi , comme plus proche héritier , re'pe'ta ce comté, INlais Isabelle en ayant fait donation à son époux, celui-ci refusa de s'en dessaisir. La guerre fut alors déclarée entre le roi et le comte ; elle dura deux ans , et finit par un accommodement qui ^issnra au roi la propriété du \ermandois, et au comte l'usufruit de (juelque.>> places qui en dépendaient (Voyez les comtes de Flandre et les comtes de J^ermandois ) .

Des brigands, en ce tcms-là, réunis en corps d'armée, désolaient plusieurs contrées de la France. On les aj^pelait Brabançons , parce que la plupart d'entre eux étaient sortis du Brabant. Les habitants du Berri , oii ils exerçaient les plus grandes cruautés, eurent recours au roi, l'an i i84- H envoya contre eux des troupes qui , sétant jointes à celles que les seigneurs du pays avaient rassemblées , en tuèrent sept mille cinq cents dans uu combat. La noblesse d'Auvergne en passa au fil de l'épée trois mille dans une autre occasion. Ce carnage , dit le P. Daniel , les réduisit à un très-petit nombre et les dissipa. Nous voyons cependant que des princes, dans la suite, en prirent des bandes à leur solde.

Jusqu'à Philippe Auguste , la ville de Paris n'était point pavée- Cc prince, ayant ordonné , l'an 11 84» qu'elle le fût, un financier nommé Gérard de Poissi , dont le nom a mérité de passer à la postérité , contribua généreusement à cette dépense, et donna onze mille marcs d'argent ( Sainte-Foix ). Le monnrque, vers le même tems , fit entourer de murs le parc de Vmcennes. Nous verrons d'autres embellissements qu'il fit à Paris. Autant il était porté vers les entreprises utiles , autant il méprisait les vains amusements. L'an 1186, il chassa de sa cour les jongleurs et les bouffons qui faisaient les délices de la noblesse oisive, et transporta aux pTuvres les présents qu'on avait coutume de leur faire {Joan. a. S. Vict. Chr.).

Henri le Jeune, dit au Court-Mantel , fils de Henri II, roi d'Angleterre, étant mort, l'an 1180, sans laisser d'enfants de Marguerite de France , sa femme , les terres qui avaient été données en dot à la princesse, devaient revenir à la France. Mais le vieux Henri n'était pas d'humeur à s'en dessaisir. Pour être fondé à les retenir, il imagina l'expédient de les demander pour la dot d'Alix, autre sœur de Piiilippe , qui avait été fiancée

53o CHROKOLOGIE HISTORIQUE

dès l'an 1167 , à l'âge de six ans, au prince Richard;, son second fils , et qui lui avait cte' remise dès-lors jusqu'à l'âge nubile. Philippe y consentit; mais Henri e'ioignait toujours la conclusion du mariage sous divers pre'textes. Las de ses défaites, Philippe, l'an 1 1^7 , pour le contraindre à se de'cider , entre à main arme'e dans le Berri , prend issoudun avec quelques forteresses, et met le sie'ge devant Cbâteauroux. Henri vient au secours de la place. Les le'gats du pape s'entremettent pour faire la paix entre les deux rois , et re'ussissent à leur faire conclure une trêve de deux ans. Elle n'eut pas cette durée. L'anne'e suivante, sur les triste§ nouvelles apporte'es de Palestine jîar Guillaume, archevêque de ïyr , les deux rois, Philippe et Henri, le vingt et un janvier, tiennent une cotife'rence entre Gisors et Trie , dans laquelle ils se concertent pour aller s'opposer aux progrès de Saladin sur les Chrétiens. L'n grand nombre de seigneurs français et anglais, qui s'étaient rendus à celte entrevue, s'obligèrent à suivre leurs maîtres respectifs dans cette expédition, et le lieu, où se tint l'assemblée, fut appelé le Champ Sacré. Le comte de Flandre, qui s'y trouvait aussi, prit le même engagement avec tous les nobles de sa suite; et il fut convenu, dit Raoul de Diceto , que les Français porteraient la croix de couleur rouge , les Anglais de couleur blanche , et les Flamands de couleur verte. Philippe tient à Paris- le 27 mars suivant, une grande assemblée, où l'on ordonne un subside pour la Terre-Samfe , qui fut nommé la dlme saladine. Mais la même, année Philippe est obligé de marcher au secours d'Alfonse, comte de Toulouse, que Richard, fils de Henri H , avait entrepris de dépouiller. On fait une trêve de deux mois le i3 novembre à Boninoulins. Richard, changeant d'intérêts, se retire à la cour de Philippe. La guerre recommence avec Henri II. Philippe le poursuit de château en château, et l'oblige enfin de consentir à une nouvelle conférence pour la pais. Elle se tint à Colombiers, près de Villandri sur le Cher, le 4 juillet 11^9. et le monarque anglais y subit toutes les conditions que Philippe et Richard voulurent lui imposer.

Dégagé des embarras qui avaient retardé son voyage de la Terre-Sainte, Philippe, l'an 1190, va prendre l'oriilamme à Saint-Denis le 24 juin, et, de retour à Paris, il fait son testament, par lequel il étaîdit régents du royaume, en son absence, la reine Alix, sa mère (il était veuf depuis le i5 mars de celte année), et Guillaume , son oncle , cardinal et archevêque de Reims. C'est dans cet acte, compris en 29 arlicles, qu'on trouve la première înslitution des baillis royaux , comme juges établis au-dessus des prévôfs. Le monarque se met en marche le lendemain, et arrive le 4 juillet à Yezelai. où était le reudez-vous, avec Richard,

devenu, roi d'Angleterre ; de là il prend la route de Gênes, où il s'embarfjue. Ayant relâché le 16 septembre en Sicile , il y passe l'hiver avec Richard , non sans avoir beaucoup à souffrir de Miumeur irnpe'tueuse et violente de ce prince. Il part, le 5o mars iigi , du port de Messine, et aborde enfin le i5 avril suivant, veille de Pâques , devant Acre , assie'ge'e dcjiuis deux ans par les croise's. La ville se rendit le i5 juillet suivant. Philippe, après cette expe'dition , remet à la voile ( le 5 août ) pour revenir en France , où il arrive aux fêtes de Noël ( Gilbert de iNIons dit au mois de janvier). Deux choses le déterminèrent à prendre ce parti , le de'rangemcnt de sa saute' et la conduite turbulente et impe'rieuse du roi d'Angleterre en Palestine. A son retour, il trouve les Parisiens occupe's à bâtir, comme il l'avait ordonné avant son de'part, les murs de clôture et les portes de leur ville. L'ouvrage, commencé en 1190, ne fut achevé' que vers l'an 121 1 , mais il est bon de remarquer qu'on ne fit alors que des murailles sans fosses. Rigord dit, qu'à l'exemple de la capitale, plusieurs villes et bourgs se fortifièrent par l'ordre du prince.

L'an 1 192 , Philippe , sur un faux avis que le vieux de la Montagne dev.:it envover des assassins pour le tuer, institue une compagnie de soldats, tous gentilshommes , armés d'une massue d'airain et d'un carquois , pour la garde de sa personne. Ainsi ce n'est pas saint Louis, comme le marque M. Brussel , qui , le premier de nos rois, ait eu des gardes. Il est certain d'ailleurs que les rois me'rovingiens en avaient sous le titre de domestiques. Il fallait une nouvelle e'pouse à Philippe. L'an iigS (et non pas 1192*, comme le marque le P. Daniel), il donne sa main, • le i4 août dans la cathédrale d'Amiens, à Ingeisuroe ou Isam- BL'RGE, comme elle se nomme elle-même dans les actes qu'on a de cette princesse, sœur de Canut VI, roi de DancmarcU , qui lui avait < té amenée par son ambassadeur, Etienne, évêqiie de Koyon , et le lendemain il la fait couronner en sa présence. Mais, au milieu do la cérémonie , il conçoit pour elle une si grande aversion, qu'il ne peut l'envisager sans une sorte d'horreur. Cependant la princesse, selon tous les historiens, était digne à tous égards de sdn affection. Le 4 novembre suivant, Piiitippe tient à Compjègne une grande assemblée de prélats et de seigneurs , où il fait casser son mariage , sous le prétexte trèscommun en ce tems-là de parenté j après quoi il l'éloigné de sa présence. (Elle appela au pape , et se retira à Cisoin , abbaye de chanoines réguliers au diocèse de Tournai , où , selon le lémoignage d'Elienne , évèque de cette ville, elle vécut dans les exercices do piété , manquant d'ailleurs du nécessaire, et obligée de vendre ses effets pour subsister.)

I/C roi d'Angleterre était alors retenu prisonnier en Allemagne. Philippe profite de la* conjonclure pour soulever contre ce prince les harons d'Aquitaine, et faire lui-mcnie irruption sur les terres de Normandie. C'était , disent les historiens ansjlais , une violation n)anifcste de la promesse que Pliilippe , en partant pour la Terre-Sainte, avait faite à Richard, de ne point commetlre d'hostilités sur ses terres avant son retour. Les Français ont épuise' leur snhiilite pour jusiificr sur ce point leur souverain. Quoi qu'il en soit, Richard ayant recouvre' sa liherte', l'an i ig4> prend aussitôt les armes pour repousser son ennemi. Philippe, surpris, le 5 juillet, par les Anglais , entre Blois et Freteval , perd tout sonhagage, dont les titres de la couronne faisaient partie. (Celait l'usage de nos rois, en celenis là, de les faire porter à leur s'iile , comme le pratique encore aujourd'hui le graiidseigncur. ; Pour re'parcrcelte perte, le roi fit faire des perquisitions exactes de loiis ses droits. Ontranscrivit, par ses ordres, dans trois registres, tout ce qu'une recherche laljorieuse put de'couvrir; cl dans la crainte d'un malheur semblable à celui cfu'on venait d'éprouver, Philippe re'gla, i°que l«s originaux, tant des actes qu'il avait recouvrés et recouvrerait, que de ceux qu'il passerait dans la suite, seraient mis dans un de'pôt, d'où ils ne sortiraient plus (c'est ce qu'on nomme aujourd'hui le Trésor des Charles)', 2' que les registres où les actes seraient porte's feraient foi comme les originaux,

T. es deux rois également fatigués de la guerre , parce qu'ils étalent à peu près d'égale force, se rendent, le 7 mai iigS, au Gué d'Amour, entre Issoudun et Charroux, pour traitei- de leurs différents (Rymc«',T. I, p, 29 ).' Tandis qu'ils couférent ensemble à la vue de leurs armées, uu serpent énorme sort du pied d'un arbre et vient à eux, levant la tête et sifflant contre l'un et l'autre comme pour les attaquer. Ils mirent chacun aussitôt l'épée à la main pour le tuer, mais il disparut. Cependant leurs armées, s'irnagiuant qu'ils voulaient se battre, commençaient à s'ébrankr pour A'enir à leur secours. Jls s'en aperçurent, et alLrcnt chacun à leurs gens pour les arrêter. La paix ne fut signée (lue le i5 janvier suivant, près de Louviers. Philippe y gagna Gisors , Veruon, Kéaufle, Paci , Longneville, Yvri , etc. qm lui furent cédés par Ricliard, à condition qu'il ne donnerait aucun secours au comte de Toulouse, que Richard était résolu d'opprimer.

Philippe ayant fait autoriser, l'an ' '9^ , par des commissaires du saini siège, 5on divorce avtc Ingeburge, le pape Célestin III cassa, l'année suivante, ce jugement, enjoignit au roi de reprendre celle qu'il avait quittée. Aveuglé par sa passion, Philippe

DIS ROIS DE rUANCE. 53a

méprisa cet ordre et épousa , dans le mois de juin t 19G , AG>.r.s , fille de Berlhold IV, duc deMeranic. Le pape de'clara ce mariaj;o nul , et menaça le roi d'un interdiî qui fut réellement jele' sur le royaume, l'an 1200, par un légat d'Innocent III, son successeur ( Voy. les conciles de Paris 1 196, de Dijon 1199, et de Vienne 1200). Le roi termina lui-même cette affaire en reprenant Ingeburge : mais ce fut pour l'envoyer quelque tems apri^s à Etampes, d'où elle ne fut rappelée qu'au bout de douze ans. La guerre cependant s'était rallumée entre les deux rois. L'an 1 197 , ils se rencontrent fortuitement près de Gisors à la tête de leurs gens. Philippe n'avait avec lui que deux cents hommes, et Richard en avait mille cinq cents de troupes réglées, outre une multitude de Brabançons. On conseille à Philippe de reculer; il rejette cet avis , et va fièrement à l'ennemi, l'enfonce, marche sur le ventre à tout ce qui se présente élevant lui, et gag'ie Gisors par une des plus heureuses témérités. L'année suivante, le prince Jean, frère de Piichard, fait le siège de Milli , en Beauvaisis. Philippe de Dreux, évèque de Beauvais, vient au secours de la place. Il est pris dans une embuscade par le fameux partisan Marcadée , et conduit au monarque anglais , qui l'envoie prisonnier au château de Rouen, puis à Chinon où il essuie une rude captivité. Le comte de Flandre, allié du roi d'Angleterre, assiégeait cependant le château d'Arras. Le roi Philippe y étant accouru, met l'ennemi en fuite , s'étant mis à le poursuivre, son armée se trouve enfermée tout-à-coup par les eaux des écluses que le comte avait lâchées. Pour sortir de là il est réduit à promettre de re::dre, tant au comte qu'au roi d'Angleterre, toutes les places qu'il leur a prises, et de conclure la paix avec eux dans le mois de septembre suivant. Mais , dit Mathieu Paris, de retour chez lui, son conseil lui persuada qu'il n'était pas lié par un engagement que la nécessité lui avait extorqué. Dans le vrai ce ne fut qu'une suspension d'armes. On les reprit dès l'année suivante. Philippe se voit alors abandonné de la plupart de ses grands vassaux, qui se joignent à Richard. Dans l'embarras ou cette désertion le jette, il accorde aux Juifs, moyennant des sommes considérables qu'ils lui font offrir, leur retour en France. Combat de Gisnrs. le 28 septembre; contre l'Anglais, où Philippe, entraîné par les fuyards court ristpie de la vie , étant tombé dans la rivière par la rupture du jiont sur lequel il passait (Hoveden). Quehjues modernes, et même des anciens, confondent ce combat avec celui de i 197

L'année 1203 fut l'époque d'.i fameux différent de Philipne Auguste et de J<>an , roi d'Angleterre, successeur de Piichardj différent qui fiî perdre à ce dernier la meilleure partie dos terres qu'il possédait en France. Les Bretons avaient déféré à Philippe

le roi Jean , comme ayant fait mourir Artur, son neveu, leur duc, le jeudi- saint , 5 avril , à Rouen. Philippe en conséquence le fait citer, comme son vassal, le 3o du même mois, à la cour des pairs de France, pour re'pondre sur le crime dont il est accuse'. Jean n'ayant point comparu, la cour, par arrêt le de'clare convaincu de parricide, et confisque toutes les terres mouvantes de la couronne (*). Philippe aussitôt se met en devoir d'exe'cuter ce jugement. Dans le cours de deux campagnes il s'empare de la Normandie, porte ensuite ses armes victorieuses dans le Maine, l'Anjou , la Touraine , le Poitou , et remet ces provinces , comme elles e'taient anciennement, sous l'autorile imme'diate de la couronne. Il ne resta que la (Juienne à l'Anglais dans le ressort de la France.

L'an i2og, le premier mai, Philippe, de concert avec plusieurs grands du royaume, fait à Villeneuve, près de Sens, une constitution , portant que « lorsque l'on fera le démembrement d'une « terre noble par la voie du partage entre les cohéritiers , ou par « telle autre voie que ce puisse être , tous ceux qui se trouveront «( avoir des portions de celle terre , les tiendront immc'diatement « en fief du suzerain du chef-lieu , comme un seul tenait de lui « la totalité' de cette terre , avant que le de'membrement eq eiit « e'te' fait ». Il est bon de remarquer, avec de Laurière , que cetfte ordonnance ne fut faite que pour avoir lieu dans les domaines du roi, et dans les domaines de ceux qui la souscrivirent. « Car alors, dit ce jurisconsul'e , les seigneurs barons faisaient « des ordonnances dans Irurs donniaes, ce qui e'tait un attentat « contre l'autorité' royale , qui depuis a e'té re'prime' ».

Le roi Jep.n n'en fut pis quitte pour la perte des provinces que Phdippe lui avait enlevées en France. Ce dernier, l'an 121 5 , se rendit encore exe'cnteur d'un autre jugement qui achevait de dépouiller son rival : c'était une bulle , par laqui;lle Innocent III excommuniait le roi Jean, et le privait de son royaume. Philippe , à la sollicitation du légat Pandolfe , équipe une flotte de dix-sept cents voiles ( c'est la première que nos rois de la troisième race aient eue), et lève la plus belle .rmée qu'on eijt vue eu France , pour aller se mettre en possession de l'Angleterre. Pendant qu'on prépare cet armement formidable , le rusé légat passe en Angleterre , et persuade au roi Jean de céder ce royaume au pape , ptmr le tenir ensuite de lui. La chose faite , il repasse en France , et dénonce au roi que l'Angleterre étant devenue un fief de l'église romaine , il ne pouvait plus toucher ni à ce royaume , ni à la personne du roi Jean , sans encourir l'excommunication. Philippe alors tourne contre la

CO C'est ici le premier jugcnicru connu de la cour des pairs de Fiance eu la ti'Qibioiiie race.

Flandre les iorces qu'il avait piépare'es contre l'yVngleterre, Ferrand , comle de Flandre , avait forme' contre la France une ligue de plusieurs princes , à la tète de laquelle e'tait l'empereur Olfon IV. Mais tandis que Philippe soumet la plup;irt des villes de Flandre, une flotte de cinq cents voiles, partie des côtes d'Angleterre , sous la conduite des comtes de Boulogne et de .Salisburi, et renforce'e sur la route parcelle de Flandre surprend la Hotte l'rançaise , lui enlève trois cents navires , en brîile ou submerge cent autres, et poursuit le reste dans le port de Dam, qu'elle tient bloque'. Philippe, dansja crainte que ceuxci ne tombent encore au pouvoir de l'ennemi , y fait mettre le feu, et pour se dedo.nmagcr , il fait brûler la ville de Darn^ afin que l'ennemi partage ses pertes.

L'an 1214 , Philippe part de Peronne , le 25 juillet , pour rentrer en Flandre à la tête de cinquante mille hommes : les ennemis en avaient cent quarante mille , dont les principaux chefs e'taient l'cimpercur Otton , et les comtes de Flandre et de Boulogne. Bataille donnée le 27 du même mois (un dimanche; à Bouvines, entre Lille et Tournai, près de Cisoin. Ce fut le chancelier Gue'rin, chevalier de l'ordre du 'Femple , et depuis e'vêque de Senlis, qui forma les dispositions de l'armée française à cette jourue'e. Philippe y remporte une double victoire , après avoir couru le plus grand danger. On sait que , renverse' par le comte de Boulogne , foule' aux pieds des chevaux , blesse' à la gorge , il allait périr , sans les efforts surnaturels que firentses chevaliers etses sergents d'armes. Il dut son salut principalement à un seigneur de la maison d'Estaing , et ce fut cet e've'nement qui valut à l'illustre race de ce brave, l'honneur de porter les armes de France. On sait aussi que Galon de Montigni , qui portait la bannière royale , la haussait et la baissait sans cesse , pour avertir toute l'arme'e du danger où e'tait le roi , tandis que de l'autre main il e'cartait à grands coups de sabre la foule des ennemis dont le monarque e'tait assailli. Du nombre des prisonniers furent les comtes de Flandre et de Bovdogne (Yojez leurs articles.^. Un mois pre'cise'ment avant ou après cette bataille (nous ne pouvons dire lequel des deux) , le prince Louis , fils de Philippe , remporta de son côte' un avantage considérable sur le roi d'Angleterre. Ce dernier ayant pénètre' par le Poitou dans l'Anjou, avait passe la Loire; mais la peur ensuite la lui fit repasser , à l'approche de Louis , avec tant de précipitation et de désordre, qu'il laisse sur l'autre bord du fleuve ses tentes , son bagage , ses machines de guerre , une partie même de ses troupes , qui furent taillées en pièces ou noyées. Cette affaire est connue sous le nom du combat de la Roche aux-Moines. Après ces deux victoires , il semblait qu'il ne manquait pins à Philippe Auguste , pour couronner ses suc-

556 CllKO^OLOGlE HISTORIÇUE

f\''S, que d'aller investir le roi d'Angleterre dans Parlhcnai, où ce faible prince s'abandonnait au de'sespoir, n'osnnt ni fuir, ni jiaraîlre on campagne; mais au grand e'ionncment des Français, i! se laissa de'sarmer tout-à-coup, et à l'appât de 60,000 livres sterlings qui lui furent offertes , ou , selon d'autres, par déférence pour la cour de Rome qui intercédait pour le roi Jean , il consentit à une trêve de cinq ans. Elle n'eut pas cette dure'e: l'an 1216, tandis que le prince Louis est occupe' à faire la guerre v,u\ Albigeois , les barons d'Angleterre, re'volte's contre le roi Jean , ofiVent la couronne à Philippe Auguste pour son fils , par une de'pu'lation solennelle qu'ils lui font. Louis, ayant, ainsi que son père , accepte' l'offre , s'embarque et arrive à Londres , où il est couronne' dans le mois de juin de la même aiine'e. Le pape excommunie le nouveau monarque, élu au ])iéjudice de son vassal ; ce fut en pure perte : les foudres de Ivome ne ralentirent ni l'ardeur ni les progrès de Louis; mais la juorl du roi Jean , arrive'e le 18 octobre 1216 , changea les dispositions des Anglais à son égard. Louis , abandonne' des barons, fut oblige' de renoncer à la couronne d'Angleterre. Nous avons le traite' qu'il fit à Lameth , le 20 septembre 1217, avec le roi Henri III , fils de Jean. Far cet acte , il renonce à toutes ses pre'tentions sur l'Angleterre , à condition que Henri acquittera les dettes que Louis a faites en Angleterre , rendra la liberté' à tous les prisonniers français , et re'tablira dans leurs domaines les Anglais qui ont suivi le parti de la France {Spicil. , T. Xï , p. 171.). De retour en sa patrie , Louis alla continuer la guerre contre les Albigeois. Il assie'gcait Toulouse , l'an 121g, lorsque son père le rappela prudemment auprès de lui. Ce monarque, l'an 1220 , mourut à Mantes le i4 juillet, dans la 58". année de son âge, et la 45*- de son règne. Son corps fut inhumé à Saint-Denis. « Ce qu'il y eut de singulier dans la cérémonie » funèbre ( de ce prince) , fut de voir le légat et l'archevêque :) de Reims chanter ensemble la messe solennelle à deux autels » différents , et les autres évèques , le clergé et les moines , leur » répondre comme à un seul officiant» (Félibien.)." Philippe Auguste ne laissa de sa jîremière femme Isabelle , que Louis , qui suit. Înoeburge, sa seconde femme , qu'il avait reprise en liiS, mourut à Corbeil le 29 juillet 1236 , sans avoir été mère. D'Ag^jÈs de Mérame , sa troisième femme (morte de chagrin à Poissi l'an 1201), il laissa Philippe, dit Kurcpel , comte de Boulogne , de Mortain, de Dammartin et autres lieux ; et Marie, liancéc d'abord , Tan 1202, au jeune Artur, duc de Bretagne , puis mariée, 1° à Philippe, comte de Namur; 2°. à Henri, duc de Brabant. Le roi , leur père , les fit légitimer avant sa mort , par le pape Innocent 111. Philippe Auguste eut de pluj

DES ROIS DE FRAISCE. SSj

un fils naturel , nomme Pierre Charlotte , ou Cliarlot , qui , ayant été' élevé par Guillaume le Breton , auteur de la Philippide qu'il lui dédia, fut trésorier de St. -Martin de Tours, el mourut , en 1 249 , évêque de iSoyon.

L'histoire nous représente Philippe Auguste comme un prince doué de toutes les qualités de corps et d'esprit nécessaires pour / régner avec gloire, brave, prudent, actif, laborieux , équitable , ferme sans entêtement , magnifique sans ostentation , et libéral sans prodigalité. C'est de tous les rois de la troisième race, celui qui a le plus étendu le domaine royal. Il réunit à la couronne la Normandie , l'Anjou, le Maine, la Touraine , le Bcrri, le Poitou , l'Auvergne , le Vermaudois , l'Artois et plusieurs autres comtés.

Il y a trois époques du règne de Philippe Auguste , marquées dans les anciens monuments , l'ocelle de son sacre à Reims , premier novembre 1179; 2° celle de son couronnement à Saint- Uenis , 29 mai 1 180 j 3" celle de la mort de son père , 18 septembre suivant. Quelques diplômes de ce prince sont sans date de mois ni de jour, d'autres avec la date du mois sans celle du jour. Depuis Fan 1191 , le grand-sénéchal ne parait plus dans les diplômes parmi les grands-officiers , parce que celte char<»e fut éteinte par la mort de Thibaut V, comte de Blois , qui ea avait été pourvu l'an 11 64' Le connétable eut dans la suite le commandement des armées; mais cela ne commença qu'ea 1218. Henri Clément, maréchal de France, avait commande' sous les ordres du monarque dans l'expédition de ISormandie , contre le roi Jean. Philipjie Auguste est le premier des rois capétiens qui n'ait fait, m sacrer , ni désigner roi son fils. L'aa 1 iqo , Philippe , avant son départ pour la Terre-Sainte, donna pour armoiries à la ville de Paris , un écu , dont le champ était de gueules, à la nef d'argent^ au chef d'azur, semé de fleurs de lys d'or. La ville de Paris, faute de grands chemins, faisait alors son plus grand commerce par eau.

Philippe Auguste , par ses lettres de l'an 1210 , ordonna que les portions des seigneuries données^ par les aînés à leurs IIgneurs ou cadeîs, ne seraient plus tenues ligement des aînés , mais des seigneurs des aines.

Il est parlé pour la pi-emière fois sous Philippe Auguste d'une milice, qui avait beaucoup de rapport à nos grenadiers et à nos dragons. Ou les nommait Ribaiids , et leur chef était qualifie' roi ; mais la licence effrénée à laquelle ils se portèrent dans la suite , les fit supprimer. La mauvaise idée attachée à leur nom subsiste encore de nos jours.

Ge fut encore sous le règne de ce prince que l'on commença en France à connaître la boussole. Le roman de Guiot de Provins , écrit vers l'an 1200 , est le premier ouvrage où il en soit pai'le'. Elle y est nommée Marineiie , parce (ju elle servait principalement pour la marine.

IccIIe esloile ne se mnet , Un art font que mentir ne puet , Par ycrlu de la Marinettc, Une pierre laide et noirette .

Où le fer volontiers se joint, Puiscjuc l'aiguille l'a touche'c.î En l'can la mettent sans plus^ Et li fétus li tient dessus.

C'est enfin sous le règne de Philippe Auguste , que fureni fondés en France les premiers hôpitaux pour ceux qui étaient infectés de la lèpre , maladie que les croisés avaient rapportée d'Orient. On nommait ces établissements léproseries, ladreries et maladrcrics, et ceux qu'on y retirait , lépreux, ladres , moreaux. Ces hôpitaux furent réunis à l'ordre de Saint-Lazare cl du Mont-Carmel , par édit du mois d'avril 1664.

Le marc d'argent ne paraît pas avoir été porté , sons Philippe Auguste, au-delà de 5o sous. Les lellres-de-change étaient déjà on usage du tems de ce prince.

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