VL AMAURI I
1162. Amauri I , nommé par les Arabes Meri , comte de jaffa et d'Ascalon , devint le successeur du roi Baudouin III, son frère , à l'âge de 27 ans , et fut couronné le 18 février 1162. Les affaires des Chrétiens de Palestine étaient pour lors dans un état déplorable ^ comme on le voit dans une lettre d'Amauri à Louis le Jeune , roi de France. Baudouin III ayant, comme on l'a dit , rebâti Gaza et conquis la ville d'Ascalon , le calife d'Egypte , Eifeis , s'éiait obligé à lui payer un tribut pour empêcher les courses que les garnisons de ces deux places faisaient sur les terres qui lui testaient en Palestine. Schaour , visir d'Adhed , successeur d'Elfeis , refuse le tribut et vient insulter les frontières des Francs. Amauri se met en marche pour le repousser. Sur ces entrefaites Schaour apprend qu'il est supplanté par Dargan , qui s'est emparé du ministère. À cette nouvelle 11 quitte la Palestine pour aller donner la chasse à ce rival, ïl n'en arriva pas ainsi : Dargan le battit 5 et , fier de cet avau*
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iage , il voulut suivre les desseins de Schaour contre les Francs. Mais à son approche , Amauri étant tombe' sur lui , le mit en fuite , et le poursuivit jusqu'à Belbeis dout il forma le sie'ge. Dargan sauva la place en lâchant les e'cluses du Nil , dont les eaux , inondant le camp des assie'geants , les obligèrent à se retirer. Schaour, l'an iib4' l'cntre on Egypte avec une arme'e que Noradin , sultari de Damas , auprès duquel il s'e'tait re'fugie' , lui avait fournie sous le commandement de Sirkouk ou Siracon , son visir , et de Saladin , neveu de ce dernier. Dargan , pour n'avoir pas à la fois deux ennemis sur les bras, fait la paix avec le roi de Jérusalem , en s'engageant à lui payer le même tribut qu'il avait refuse'. Bataille entre les deux compétiteurs. Darg4U la perd avec la vie. Schaour, re'labli dans ion poste, se luile de conge'dier les Syriens. Ils reviennent l'anne'e suivante comme ennemis , sous les mêmes chefs , et remportent une victoire qui est suivie de la prise de Belbeis et d'Alexandrie. Schaour travaille alors à regagner le roi de Je'rusalem , en lui promettant un nouveau tribut dont il paie un terme d'avance. Amauri étant rentre' en Egypte , reprend , non sans de grands efforts , les deux places conquises par les Syriens. Noradin cependant, pour faire diversion , avait pe'ne'tre' dans la Palestine; et après une bataille gagne'e le lo août ii65, oix il avait fait plusieurs prisonniers de distinction , s'e'tait rendu maître du château d'Harenc et de Paneade , ou de Ce'sarèe de Philippe. Rappelé' par ces e'checs en ses e'tats , Amauri fait une sorte de paix avec Sirkouk. Ce visir , et Saladin , soa neveu , revenus de leur expe'dition d'Egypte , vont continuer celle de Noradin en Palestine. Ln sie'ge de peu de jours les rend maîtres de l'importante place de Montre'al , confie'e aux Templiers , que le roi punit de leur làchctë par la corde. Schaour instruit, l'an 1166, que Sirkouk prépare une nouvelle descente en Egvple , renoue son traite' d'alliance avec le ro£ de Je'rusalem. Sirkouk trompe la vigilance de ce prince , qui e'tait aile' l'attendre sur la route , et arrive en Egypte sans l'avoir rencontre. Amauri le suit de près , et , s'ètant rendu aux environs du Kaire , il reçoit deux cent mille besants d'or , (5oo,ooo de nos livres) moitié' du nouveau tribut que Schaour s'e'tait engage' à lui payer. Bataille donne'c entre l'armée des Francs et celle des Syriens , le samedi avant le dimanche Z,«?^<7re (18 mars 1 167). Les premiers la perdent ; mais quelque tems après , ayant reçu des renforts, pour se dédommager , ils vont investir, par mer et par terre, Alexandrie, qui leur est rendue par Saladin au bout de trois mois de défense. Amauri l'ayant remise à Schaour, reprend la route de ses états, et arrive, le 8 août, à Ascaloa. Les Syriens évacueut l'Egypte
dans le même tems , et la paix est rendue à ce J)ays j mais elle ne fut pas de longue durée. L'an 1168, Amauri, sans avoir à se plaindre de Schaour , fidèle observateur du traite' fait avec lui , se met en tête de faire la conquête de l'Egypte pour son compte. Il se fait un parti dans lequel il entraine l'empereur Manuel, qui lui promet une marine , et le maître de l'Hôiiital , qui s'engage à le suivre avec les siens. Mais le maître du Temple , plus de'lical, rejette la proposition qu'il lui en fait, comme une perfidie. Le roi part au mois d'octobre avec son arme'e ; et Belbeis , emportée d'assaut le 3 novembre, devient, après un carnage liorrible de ses habitants , la re'compense des Hospitaliers. Le Kaire e'tant menace; du même sort , Scboour trouve moyen d'amuser le roi par des offres séduisantes , tandis que le calife implore le secours de Noradin. Sirkouk «amène en diligence les troupes syriennes en Egypte. Amauri veut les attaquer en de'tail avant qu'elles se réunissent : elles e'vitent adroitement le combat. Vers le même tems , la flotte grecque étant entre'e dans un brasduNil, devient la proie du feu gre'geois qu'on fait pleuvoir sur elle ', ce qui peut regagner la mer est de'truitparles tempêtes. Amauri, de'concerte' , part de Bclbcis le sl janvier ii6(), pour s'en retourner j mais un nouvel e've'nenement le rappelle encore cette même anne'e en Egypte. Saladin, après avoir fiut mourir Scliaour , y e'fait devenu le maître , et se disposait à re'unir la Syrie et l'Egypte sous sa domination. Amauri, craignant avec fondement que cette e'norme puissance n'e'crase le royaume de Jérusalem , prend des mesures pour la traverser. L'empereur Manuel , qu'elle menace également , lui fournit une nouvelle flotte. Les deux arme'es de terre et de mer s'e'tant re'unies au port d'AsCalon , elles en partent le 10 octobre ,et vont faire ensemble le sie'ge de Damielte , qui est commence' le 27 octobre. Il dura cinquante jours, dont chacun fut marque' par quelque revers pour les assie'geants. Le roi demande la paix, et n'ayant obtenu qu'une trêve, il en profite pour reprendre la route dAscalon, oîi il arrive avec son arme'e le 21 décembre. Son retour fut suivi d'horribles tremblements de terre, qui renversèrent, dans le mois de juin 1 170, plusieurs villes de Syrie et de Palestine. Au mois de décembre suivant, Saladin, malgré la brave défense des Chrétiens , leur enlève Gaza et Daroiin , deux places regardées comme les deux clefs du royaume de Jérusalem du côté de l'Egypte. Amauri s'embarque le 10 mars 1171 , avec un nombre de seigneurs pour Constantinople , dans la vue de conférer avec l'empereur Manuel , sur les moyens d'arrêter les progrès de Saladin. Il en fut honorablement accueilli ; mais c'est tout ce qu'il remporta de son voyage. L'an iijo , apprenant la mort de Noradin, il se hâte
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cl'aller faire le siège de Pancade. JMais ia veuve de Noradin , qui s'y était renferme'e, défend la place avec courage. Appele'e toutefois ailleui's , elle fait offrir une somme au roi , dont elle connaissait l'avarice, pour obtenir la paix ou une trêve. Amauri , pris par son faible , levé le sie'ge et te retire. A son retour ua ambassadeur du Vieux de la Montagne , ou scheik des Assassins, vient lui annoncer que son niait re et ses sujets sont disposes à embrasser le «christianisme , pourvu qu'on les dc'charge d'un tribut qu'ils payaient aux Templiers. Cette proposition est acceptée avec joie par le roi et son conseil ; mais les Templiers , dont elle blessait les inte'rêts , s'y opposent. Un d'entre eux , Gautier du Mc'nii , assassine l'ambassadeur comme il s'en retournait. Le roi , justement irrite' de cette perfidie ,' fait arrêter le coupable : tout l'ordre des Templiers prend sa de'fensc. Dans le cours du procès , une dyssenterie emporte Amauri , le 1 1 juillet II-3, à l'âge de 58 ans, dans la i2« année de son règne. (Pagi.) Ce prince avait e'pouse' , i°, l'an 1107 , Agnès bk CouRTE>Ai , sa parente au qualrièma degré' , fille de Josceliu le jeune , comte d'Edesse , et veuve de Renaud de Mares , qu il avait enleve'e à Hugues d'Ibelin , seigneur de Rames ouRamlab , auquel elle était fiancée. Ce mariage se fit maigre' l'oppositiou du palriarclic Foucber. !Mais lorsque ce prince eut succède' au roi son frère, le patriarche Amauri refusa de le couronner , à moins qu'il ne renvoyât Agnès ; ce qu'il fiit oblige' de faire au mois de fe'vrier i 1G2 , quoiqu'il eût d'elle un fiis qui lui succe'da , et une fille nommée Sibvlle , mariée , 1°. à Guillaume Longue-Epée , fils de Guillaume le Vieux , marquis de Montferrat; 2". à Gui de Lusignan , laquelle parvint aussi à la couronne. Agnès reprit alors Hugues d'Ibelin. Amauri contracta une seconde alliance , le 2930111 1167 , avec Marie, fille du sebas[ocrator Isaac Comnène , et petite -fille d'Andronic Corniiène , frère de l'empereur IVIanuel , dont il laissa Isabelle , mariée, 1°. à Humpbroi UI , seigneur de Thoron • 1" . à Conrad, marquis de Moulferrat ; 5°. à Henri , com(e de Champagne , qu'elle fit roi de Jérusalem ; 4°. à Amauri de Lusignan, qu'elle éleva à la mèmt: dignité. La reine Marie , après la mort du roi , son époux , se remaria , l'an 1 176 , à Balian II, seigneur d'Ibelin. Amauri joignit à quelques vertus beaucoup de défauts , dont le principal était l'avarice, qui lui fit faire de grandes fautes à la guerre , et fut cause de la plupart des revers qu'il y essuya.
Vn. BAUDOUIN IV, DÎT LE LÉPREUX ou le MEZEL.
1 1 75. Baldouix IV ; fils d' Amauri et d'Agnès , né l'an 1 1 60 ,
succéda à son père, et fut couronne' le i5 juillet iiyD, Comme il e'tait mineur, sa tutèle et la re'gence du royaume furent donue'es à Milon de Planci. L'an 1177, le 26 novembre , Baudouin , avec le secours du prince d'Anlioclie, du comte de Flandre, des chevaliers des deux ordres, de Baudouin, seigneur de Rames, et d'autres grands du royaume , défit, dans la plaine de Rames, Saladiu qui venait, avec des troupes innombrables, attaquer Je'rusalem , et Diex donna la vicioire, dit une chronique manuscrite ^ aux chrestiens pour ce quils avaient la vraie crois avec eaus. Mais leurs affaires eu Palestine n'en devinrent pas meilleures; elles de'pe'rissaient au contraire chaque jour par l'accroissement de la puissance de SaJadin. Ce sultan, maître de l'Egypte, de la Syrie fet de presque toute la succession de Noradin , surprit , l'an 1178, Baudouin, près de Gidon dans des rochers, le de'fit, et fut sur le point de le faire prisonnier. Saladin battit encore les croise's le 10 avril 1 179, et prit la forteresse du Gue' de Jacob, construite peu de tems auparavant sur les bords du Jourdain. INicolas Trivet met cette prise en 1180, et peut avoir raison suivant le nouveau style , Pâques e'tant cette année le 20 avril. 1,'an 1182, Baudouin, au commencement de l'e'te' , remporte tme victoire signale'e sur Saladin, près de ïibe'riade. Celui-ci e'tait à la tête de vingt mille hommes, et les Chre'tiens n'avaient pas plus de sept cents chevaux avec trois ou quatre mille fantassins. On admira sur-tout la valeur du beau-fils de Raimond III, comte de Tripoli. Ce jeune guerrier enfonça jusqu'à trois fois les escadrons des ennemis, et les mit en fuite. {TVillelm Tjr. p. 1028.) L'anne'e suivante, Baudouin, devenu le'preux et incapable d'agir, marie Sibylle , sa sœur, veuve de Guillaume de Monlferrat, dit hon^;ue - Epée ^ à Gui de Lusignan , fils de Hugues le Brun , à qui elle apporta en dot le comte' d'Ascalon et de Joppe'. Son dessein, en faisant cette alliance, e'tait de donner un re'gent au royaume, et un tuteur à Baudouin, son neveu et l'he'ritier pre'somptif de sa couronne. Mais Gui ne garda pas long-tems , ni la re'gence , ni la tutèle. Elles lui furent ôte'es , à la demande des barons, qui l'en jugeaient incapable, pour être données , l'une au comte de Tripoli , l'autre au comte d'Edesse; Baudouin voulut même , à la j^ersuasion des ennemis de Lusignan, faire casser son mariage, qu'ils lui repre'sentaient comme trop disproportionne' pour la naissance ) la sœur d'un roi, disaient-ils , n'étant point faite pour épouser un simple gentilhomme. Gui, sensible, comme il devait l'être, à ces affronts, quitte la cour, et se retire avec sa femme à Ascalon. 11 n'y resta pas tranquille. Baudouin ayant assemblé les prélats et les barons, le fait citera leur tribunal. Lusignan prétexte une maladie pour s'excuser de comparailre. Sur le refus que les barons font de
ie juger sans l'entendre, le roi, tout infirme qu'il est, marclie vers la ville d'Ascalou dont il trouve les portes fermées. Il les frapjîc plusieurs fois de sa main, tandis qu'on lui crie du haut des mnrp.illes de se retirer. 11 prit ce parti, et revint à Je'rusalera avec la lionte d'avoir compromis son autorite'. {Vie de Saladin, T. I, p. 444) L'an 1184, Baudouin voyant le triste ëtat du royaume , et les progrès rapides de Saladin, envoya le patriarche de Jérusalem, avec les deux grands-maitres de l'Hôpital et du Temple, en Occident, pour imploi-er le secours des princes chrétiens. (Pagi.) Pendant leur voyage Baudouin mourut sans enfants , et sans avoir même été marie', le 16 mars de l'an 1 186, ( Saint-Marc. ) dans la vingt-cinquième année de sou âge , et la douzième de son règne.