‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 82 sur 416 · I. MARC BOÉMOND , ou BEYMONT · texte numérisé non relu

I. MARC BOÉMOND , ou BEYMONT

1098. Marc Boemond , ou Beymont , fils de Robert Guiscard, duc de la Fouille , et d'Alberade, fut celui des princes croise's qui contribua le plus à la prise d'Antioche. Il y avait environ sept mois , à compter du 21 octobre 1097 , qu'ils e'taient devant xelte place sans que le siège fût guère plus avance' que le premier jour , lorsque Boemond me'nagca une intelligence avec un des principaux de la ville , qui promit de la lui livrer. Mais avant d'aller plus loin il résolut de prendre ses sûretés pour s'approprier le domaine de cette conquête. Il mit d'abord î'évêque du Fui dans ses intérêts , et lui confia son secret. Le

cur.. uisï. DES PRiiscES ^ATl^s, etc. 7^

pi c'iîit aynnt assemble les ge'ncraux , leur fît part du projet ùe IlociTioiid , ot leur déclara qu'il se cliarpcrait de reffeciuer, à rf)iidilion qu'il demeurerait seul jnniire de la place. Ils v consenlirent non s-nns peine j le seul Raimond , comte de Tonlonse , d.'clara qu'il ne ce'derait à personne la part qu'il avait droit «'e ]Metei)dre à la conquéle d'Anlioche, à moins qu'on ne prît le ]K]rli de la renielire aux Grecs , comme on s'y e'taiî engr.ge ; vec l'empereur Alexis. Celte opposition retarda l'exe'cuîion du projet jiisqu'à la nouvelle qu'on reçut an camp de l'approclie d'une jinne'e formidable d'infidèles , qui venait au secours de la place. Bocnioud alors se bâta de mettre à profit l'intelligence qu'il v avait pratique'e. Le succès en futbcureux ; et le o juin logB les Chrétiens entrèrent dans la ville dont Bocmond s'attribua dès-lor> la proprie'te'. Mais le comte de Toulouse s'ètant empare' du palais de l'èmir Ducien , gouverneur de la ville, de la porte, du pont et des tours voisines du port S. Simeon , y mit des troupes pour s'en assurer la possession. Le cbâleau cependant qui e'tait trèsfort restait encore à prendre. Trois jours après on vit paraître l'arme'e des Mabome'tans sous les ordres de Kerbogba , dit par les nôtres Corbaghan , ge'ne'rol du sultan de Perse, qui fit aussitôt ses dispositions pour reprendre la ville. Les Cbre'fiens, assièges à leur tour, se virent bientôt re'duits à une cruelle famine, qui occasionna beaucoup de désertions, et celle, en particulier, de Pierre THermite , la plus scandaleuse de toutes. Mais des gens envoye's à sa poursuite par Tancrède , cousin de Bocmond, l'ayant ramené' , on l'obligea de faire serment qu'il n'abandonnerait jamais une entreprise dont il était le premier auteur. bon retour ne rendit pas cependant le courage aux croise's , parce qu'il ne remédiait pas au lléau qui les consumait. Prêts à se rendre, un prêtre enfin ranima leur confiance par la de'couverte qu'ils firent, sur sa pre'diction , de la lance qui avait perce' le côté de Noire-Seigneur, en fouillant dans l'église de S. Pierre d'Anlioche, où elle était enfouie. A la vue de cette l'clique , vraie ou supposée , qui leur avait été donnée pour signe de leur délivrance , ils ne pensèrent qu'à marcher à l'ennemi. Boémond est le premier^ les exciter. Le 28 juin ils sortent , en ordre de bataille, sous le commandement du comte de Toulouse , et tombent sur rennemi avec tant de fureur au'ils le melteut en déroute après en avoir fait un horrible carnao^e. La perle des infidèles fut de "70 mille hommes , et celle des Chrétiens de 10 mille. L'évêque du Pui fut blessé à mort dans l'action où il combattait comme un soldat. Après cet événement , le gouverneur du château n'espérant plus de secours, demande le drapeau du comte de Toulouse pour l'arborer sur les tour?, Pliais Boémond, lorsqu'il fut entré dans la place, le fit ôler, V. 10

y substitua le sien , chassa les troupes du comte et celles de trois autres princes , des postes dont ils avaient pris possession , et se rendit maître du château. Fier de ce succès qu'il devait Ijioins à sa valeur qu'à la modération des princes , il somme son antagoniste de lui remettre les tours de la ville, qu'il retenait. Piaimond se défend , en alléguant le serment c[u'il avait tb.it avec les autres princes à l'empereur de lui rendre les places de l'empire , que les croisés reprendraient sur les inîidèles. Cette contestation, qui partagea les croisés, fit retarder d'un an la conquête de Jérusalem. Au lieu de profiter de la consternation des infidèles pour aller droit à cette ville , qui était le principal objet de la croisade , ils se tinrent sur la défensive dans Anlioche , ou s'occupèrent à prendre quelques places des environs. X/a prise de Marra , qu'ils emportèrent d'assaut le i i décembre , occasionna une nouvelle dispute entre Boémond et le comte de Toulouse. Le premier prétendit garder la parlic de la place dont il s'était emparé , à moins que l'autre ne lui remît la portion d'Antioche dont il était possesseur. Rien ne pouvant se terminer , Boémond retourne à Antioche d'où il chasse les troupes du comte des postes qu'elles y occupaient. Enfin l'armée des croisés se naet en marche le 18 mars « ogg pour Jérusalem j Jjoémond l'accompagne jusqu'à Laodicée , ville que Raimond , après en avoir fait la conquètependant le siège d'Antioche , avait remise à l'empereur Alexis, et s'excuse d'aller plus loin , alléguant que sa présence était nécessaire à Antioche , dont la conservation en eftet lui tenait plus au cœur que la prise de Jérusalem. Boémond souffrait impatiemment que Laodicée eût été rendue aux Grecs. Il tente de la leur enlever , et n'ayant pas réussi dans cette euireprise , il fait une sorte de paix avec le comte de Toulouse. L'an I loi , au mois d'août, un arménien nommé Gabriel , vient trouver Boémond et lui remet la ville de Mélitine^ dont il était seigneur. Le prince d'Antioche s'achemine aussitôt pour aller prendre possession de la place. Mais il est fait prisonnier sur la route par Doniman , l'un des émirs de cette contrée. L'empereur Alexis , dont Boémond était le plus redoutable ennemi , ofïre à l'émir 2G0 mille bcsants s'il veut lui livrer ce ))rince. K-ilidge-Arslan , sultan d'iconium , instruit de cette proposition , veut partager la proie. Il naande à l'émir qu'il compte avoir la moitié de la somme , attendu qu'ils ont toujours partagé le butin comme les dangers. Doniman reste long-tems indécis. Boémoud enfin le tire lui-même d'embarras en lui assurant pour sa rançon cent trente mille bcsants , et le secours des croisés contre ses ennemis. Doniman accepte l'oiTre , et Boémond est remis en liberté après environ deux ans de .captivité. En rentrant dans Antioche, l'ail 1 loi?, il trouve son état considérablement

DTS Pr.lNCES LATINS , OU FRANCS D ANTIOCHE!. 7 5

nn.cjnienfé par la valeur de Tancrède , son cousin , qui l'avoit gouverne pendant son absence. L'empereur lui redeinand^^ ses nouvelles conquêtes , et même la ville d'Anlioche , suivant le traite' que les croise's avaient fait avec lui en passant à Conslantniople. Boe'mond re'pond que les croises ayant emporte' cctie ])!ace et les autres sur les iufidèies sans les secours des Grecs , l'empereur n'a rien à y prétendre. Cetle réponse fut le signal de la £;ucn-e. Elle se fit sur terre et sur mer Boe'mond n'ayant ]>oint do jnarine employa les vaisseaux des Pisans contre la flotte des Grecs. Celle-ci fui victorieuse dans un combat donné près de Guide , où la flotte pisane fut presque entièrement dciruite. Boémond , au priutems suivant , obtient des Génois une nouvelle flotte dont tout le succès fut de débarquer des troupes près d'Antioche. Cependant l'armée de terre des Grecs fais;;it de grands progrès dans les états de Boémond. Ce prince ne se trouvant pas en force pour les arrêter, prend le parti de passer en Occident pour demander du secours. Mais la route de terre lui étant fermée , et n'ayant pas assez de vaisseaux pour assurer son passage par mer, il use d'un stratagème en faisant publier qu'il est mort et qu'on doit transporter son cadavre en Occident. On l'embarque enfermé dans un cercueil , et l'équipage , jouant le deuil à merveille , passe tranquillement à la vue de la flotte impériale , déjà prévenue de la mort de ce redoutable, ennemi des Grecs. Arrivé à Corfou , Boémond fait savoir de là à l'empereur qu'il est l'cssuscité , et que bientôt il s'en appercevra. Il ])asse en Italie, d'oii il se rend au commencement de l'année suivante, 1106, en France. Il épouse à Chartres, après Pâques de cette année, Constance , fille du roi Philippe ï , et femme séparée de Hugues , comte de ("hampagne ) après quoi" il va trouver les rois d'Espagne pour solliciter auprès d'eux un supplément aux secours qu'il avait obtenus en France. Sur sa route il s'arrête à S. Léonard de Noaillé pour y faire ses dévotions , et offre au saint des chaînes d'argent du poids de cellcâ de fer qu'il avait portées dans sa prison chez les Sarrasins {Gaiifr, Vos. Chron. , c. 55 , ). De retour en Italie , il s'embarque , l'an 1107 , pour la Grèce , et va faire le siège de Duras. Cette expédition l'occupe l'espace de près d'un an. Il y perd une partie de son armée ; et l'autre étant en mauvais état , il est réduit à demander la paix. Elle se fait fan 1 108 , au mois de septembre , à des conditions qui humilient la fierté de Boémond. 11 retourne eu Italie pour se refaire , et travaille à rassembler de nouvelles forces capables de réparer le mauvais succès de sa dernière expédition. Mais , l'an 1 1 1 1 , lorsqu'il est près de se rembarquer pour la Grèce , il tombe malade à Canosc, et y meurt sur la fia de février. La princesse Anne ; dans la Vie de l'ernpei-eur Alexis-^

76 CllROiSOLOGIE IIISTOIIIQUE

sou père , trace ainsi le portrait de Boe'monJ : « C'e'lail un « prince si accompli , que parmi tous ses contemporains il ne <( le cx;dait qu'à l'empereur Alexis. Oui , ce monarque e'tait le « seul qui le surpassât en e'ioqucuce , eu sagesse, et en tous « les autres dons de la nature. Certes il eût e'te' pleinement « invincible , si son âge et son ambition ne l'eussent pas commis « avec naon père. « Elle dit ailleurs » qu'il surpassait d'une « coude'e le commun des hommes. » Boëmondeut de son e'pouse, 4|a'on qualifiait de reine comme toutes les filles de France , deux fils; Jean, mort dans l'adolescence avant son père, et lioe'jaond qui suit.

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