V. BOÉMOND m
1 iGj. BoÊaiOiND, surnommé le Bambe ou l'Enfant par les uns , le Baube ou le Bègue par les autres , fils de Raimond et de Constance , succéda , l'an i ifô , à sa mère dans la principauté d'Anlioche. L'époque de son intronisation est prouvée par une de SCS chartes de l'an 1173, oii il compte cette année pour le g" de son régne. (Sébast. Paoli.) La même année î i65 , o/^, du re'i^ne d'Amauri , suivant Guillaume de Tyr, Boénioud s'étant
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joint au comte de Tripoli , au prince d' \rme'nic , et à d'autres seigneurs , ils marchent ensemble à la tète de leurs troupes au secours du château de Harenc , assie'ge par le sultan Noradin. A la vue d'une si belle arme'e , le sullan qui avait e'te' nouvellement battu dans le comte' de Tripoli , prit le parti de lever h; siège et de se retirer plutôt que de s'exposer, en combattant, à une nouvelle défaite. Ils attaquèrent en de'sordre l'ennemi <lans sa retraite, et l'ayant oblige' de faire volte-face , ils furent j)ientôt mis en de'route , et devinrent lejonet, dit Guillaume de Tyr , de ceux dont quelques momenis auparavant ils avaient <.'te' la terreur. Dans ce combat , si l'on peut l'appeler ainsi , Boe'mond , le comte de Tripoli , Joscelin , fils du comte d'Edesse , et grand nombre d'autres seigneurs , furent faif^ prisonniers et conduits au château d'.\Iep. Ce de'satre j arrive le lo août, fut suivi dî la pri-ic de Harenc et de la plupart des places appartenantes à Boe'mond. Ce prince recouvra sa liberté' l'anne'c suivante, par les soins du roi de Je'rusalem. Boe'mond ne se piquait pas d'une rigoureuse probité'. L'an i i S"? ou environ , ayant attire' dans sa capitale Rupin, prince d'Arme'nie , sous pre'texfe d'une entrevue , il l'arrête prisonnier contre le droit des gens , cl. exige l'hommage de lui pour prix de sa liberté'. Sur son refus il entre dans l'Arme'nie oi!i il se rend maître de plusieurs plac s. J\Iais il faut que Livou , frère ou cousin de Piupin , l'ait repoussé à son tour, puisqu'il fut oblige' de relâcher ce dernier. L'an i i8'- , après la prise de Jérusalem , Boe'mond et son peuple se de'slionorèrent par un trait de baibarie dont il n'y avait point d'exonple parmi les infidèles. Saladin avait renvoyé' un grand nombre de prisonniers à la prière de leurs femmes, qui, privées d'eux, se voyaient exposées à pc'rir de misère avec leurs petits enfants. Conduits par une escorte que leur avait donne'e ce prince, STir les terres d'Antioclie , au lieu d'y être accueillis charitablement comme des frères , ils trouvèrent les portes de la ville fermées. On fit plus, on les chassa du territoire , on les poursuivit les armes à la main , on leur enleva jusqu'à leurs habits , et , san.s respecter ni l'âge ni le sexe, on laissa nus dans les campagnes les hommes , les femmes et les filles, t ne femme se voyant arracher le peu de vivres dont elle nourrissait sou enfant qu'elle tenait entre ses bras, le jeta furieuse dans la mer, en acccablant de malédictions le comte Boe'mond et ses sujets. ( 7^/e de Snladin.) L'aniiSS, Saladin entre dans la principauté d'.Vntioclie , où il prend jusqu'à ?,5 villes , sans oser néanmoins attaquer la capitale. ( Jauna. ) D'autres prétendent qu'il en fit le siège , mais qu'ensuite il le leva moyennant u.ie somme d'argent que le patriarche d'Antioche lui olTrit. La mort de l'empereur Frédéric, arrivée en Cilicic le jojuin 119"», comme il venait
au secours de la terre- sainte , jeta un grand deuil parmi les Chrétiens de Syrie. Boe'mond, sur la nouvelle de cet c've'ncment, partît avec le patriarclie pour aller trouver Frddc'ric , tils de ce prince , et l'amena avec son année dans Antioche , où il fut rftçu avec solennité. Frédéric , par son conseil, y se'journa jusqu'à l'arrive'e du inarquis de Moulferrat , qui faisait alors le sic'ge d'Acre. JSoe'mond s'embarqua l'anne'e suivante avec le roi fie Je'rusaiem pour aller en Chypre au devant de Richard I , roi d'Angleterre , qui venait de conquérir cette île sur le despote îsaac Comnènc. Fuchard , après avoir fait lier Isaac avec des chaines d'argent, le remit à Boe'mond pour le conduire à Tripoli. ( Bened. Petroh. ) Boe'mond conservait toujours son caractère. L'an iiq4, sur quelques dcmêle's qui s'ëlevent entre lui et Livon , prince d'Arnie'nie , il a recours à la même supercherie dont il avait use' envers son prédécesseur , et veuf le surprendre dans une conférence qu'il lui avait fait proposer. Mais il fut pris lui-même au pie'ge et conduit prisonnier en Arménie. Sa délivrance lui coûta cher* il ne l'obtint qu'à des conditions dures et humiliantes. Cependant il y eut entre ces deux prmces une réconciliation sincère. Car, l'an 1200, après la îuort de R^imond , son fils aine , Boe'mond désigna pour son successeur Rupin , fils de Livon , et lui fit prêter serment par ses sujets. Boe'mond, sou 2*^ fils , et re'gcnt de Tripoli, en prit occasion de se révolter, de'clara la guerre à son père , et le chassa d'Anlioche avec le secours des Templiers et des Hos})italiers. Mais bientôt il est abandonne de ses allie's , et le père re'tabli par leurs soins. (Mansi.) Cet e've'nement avait été' pre'ccde' de la mort de Henri, roi de Jérusalem , arrive'e l'an 1197. Boe'mond l'ayant apprise, se rendit en cette capitale avec les autres princes du royaume pour lui donner un successeur. L'e'Ieclion tomba sur Amauri de Lusignan , et Boe'mond en donna avis à la ville d' Antioche par le moyen d'une colombe. C'eEait un usage emprunte' des Sarrasins. Car leur coutume est, dit Arnoul de Lubek ,{Chron. Slav.\j. y, c. 5 , ) lorsqu'ils se mettent eu voyage pour quelques afïau'es , d'emporter avec eux de leur logis des colombes qui ont des œufs ou des petits nouvellement e'clos ; et , s'il leur arrive ou s'ils apprennent dans la roule quelque e've'nement dont il importe , soit à leur tamille soit à leur patrie, d^être infurinc'c promptement , ils le leur mandent par une lettre qu'ils attachent proprement sous le ventre de ces colojnbes qui , relàche'es , ne manquent pas de revoler à tire d'aile vers leurs nids. L'an 1201 fut le terme des jours de Boe'mond 111. Il avait e'pouse' t'ois femmes, qu'il répudia successivemeut ; 1°. Okoueillel'se , hlle du seigneur de Harcnc , qui lui donna les deux fils dont on vient de parler^ 2". , l'an 1 180, Irène ou Théodora Comnène,
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nomrnce par d'autres Esine oix Estine , nièce de l'empereur Manuel dont il eut une fille , nomme'e Conslauce , qu'il relégua, l'an ii8i, en Romanie avec sa mère, pour e'pouser, 5°. Si- EYLLK ou Isabelle , dont il eut Alix , mariée à Gui , seigueur de Giblet. Ce 5*^. mariage de Boc'mond lui attira une excommunication dont il se vengea sur le patriarche et son clergé qu'il persécuta. A Sibylle , Boe'mond substitua une concubine, nommée Isabelle , dont il fit vendre le mari aux Mezeaux ( Léjn'cux ) et qui le fit père de Guillaume, mort sans enfants, et deBoémond, qui épousa la fille de Pluvian , sire de Boutron. M. Expilli donne encore à Boémond 111, une fille nommer; x\rsinde, mariée , dil-il, à Gui II , sire de Gucidan, en Provence, dont il ne nomme point la mère. ( Voyez Aimeri-, patriarche cfAiitiocho.J VI. BOÉiMOND IV, DIT LE BORGNE.
1201. BoÉMOAD IV , surnommé le Borg?ve pour avoir perdu un œil dans une affaire près du Mont-Liban, fils de Boémond III et d'Orgueilleuse , régent du comté de Tripoli depuis la mort de Raimond , son aine , s'empara de la principauté d'Anlioclie après le décès de son père, au préjudice de Raimond Rupin, son pupille et son neveu. Non content de celte usurpation , il joignit par une autre le comté de Tripoli à ses états d'Antioclie, et par là dépouilla entièrement Raimond Rupin. Ces violences demandaient un vengeur. L'an i2o5, Livon , roi d'Arménie , proche parent de Raimond Rupin , enlève Antioche , le 1 1 novembre, jour de S. Martin , à Boémond; mais elle est reprise trois jours après. L'an 1304, Marie, comtesse de Flandre, étant venue à S. Jean d'Acre dans l'espérance d'y joindre Baudouin , son époux, Boémond vient la trouver pour lui apprendre que Baudouin est empereur de Conslanlino])le , et lui fait hommage de sa principauté , comme d'une dépendance et d'un ancien fief de i'empn"e. ( Albéric. ) Son dessein était de s'assurer par cet acte de soumission l'appui du nouvel empereur. L'événement ne répondit pas à ses vues. L'an i2n5 , Livon, d'intelligence avec le patriarche et les bourgeois d'Antioche , se rend une seconde fois maitre de la ville. Raimond Rupin qui l'accompagnait, est investi de la principauté d'Antioche parle patriarche , après avoir rendu l'hominage-lige à ce prélat, il reçoit ensuite l'hommage de toute la noblesse du pays. Nous avons la lettre que Livon écrivit au pape Innocent III , pour lui faire part de ces agréables nouvelles. Raimond Rupin demeura possesseur de la ville d'Antioche l'espace d'environ trois ans. Mais l'an i?.o8, une sédition excitée par le patriarclie qui voulait probablement remettre la place au roi d'Arménie , donna occasion h. Boémond d'y rentrer. Il avait toujours conservé la citadellle. A. la faveur du tumulte il entre avec sa garnison dans la ville ,
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vient à bout facilement des bourgeois , arrête le patriarche et le jette dans une prison où il lui fit souffrir plusieurs tourments. Boe'mond resta maître d'Anfioclie jusqu'en 1216, qu'elle fut rendue à Rainiond Rupin par la trahison du se'nechal de celle principauté'. Mais trois ans après, Bojemond la reprit par les intelligences qu'il avait pratiquées avec Guillaume Farabel , l'un des premiers de la ville. Raimond Rupin dans sa disgrâce alla trouver Livon, roi d'Arme'nie , dont il e'tait regarde'commc l'he'ritierpre'somptif. Mais ce prince moribond alors loin de liû donner asile le chassa de sa présence , et transmit par testament sa succession à sa fille. La mort de Livon suivit de près cet affront. Exclus de deux souverainete's qui lui appartenaient de droit , Raimond Rupin se rendit anprès du le'gat Pelage, qui faisait le siège de Damiette à la tête des croise's , pour l'engager à le mettre en possession de celle qui venait de vaquer. Pelage lui donna des troupes avec lesquelles il se fit recevoir dans Tharse. Mais Constant , re'gent d'Arme'nie, l'ayant surpris, l'enferma dans une prison oi!i il finit ses jours après l'an 1222, laissant d'Hp.i.vis, son épouse , fille d'Amauri , roi de Chypre, qu'il avait enleve'e , l'an 1210, à Eudes de Dampierre, son mari Ic'gitime , deux filles, Eschive, morte sans alliance, et Marie, femme de Philippe de Monlfort, seigneur de ïyr.
Revenons à Boe'mond IV. 11 se comporta avec tant de hauteur et de violence à l'égard des habitants d'Antiochc et des Hospitaliers , à qui le le'gat avait confie' la garde du château, qu'il s'attira les censures eccle'siasliqucs, dont il ne fut absout qu'en 19.9.G. [Rnjnaîd. ad hune an. n. 55, 56. ) Ou ignore ce qu'il fit depuis jusqu'à sa mort arrive'e vers la fin de l'an 1 235 , suivant Jîernard le tre'sorier, continuateur de Guillaume de Tyr. Il avait e'pouse', en premières noces, Plaisance df. Giblf;t , dont il eut quatre fils et deux filles. Les fils sont Raimond qui fut tue' parles Assassins àTortose, en Phe'nicie; Boe'mond , qui suit: Philippe , qui devint roi d'Arme'nie après la mort de Livon I dont il avait épouse' la fille 5 et Henri, tige des rois de Chypre. Les deux filles de Boe'mond moururent en bas âge. Mr.i.issiîivnE , sa seconde femme, fille d'Amauri, roi de Cliyj^re , et d'Isabelle, reine de Je'rusalem , lui donna deux filles; Helvis , morte en 1. as Age; et Marie, femme de Fre'deric , bâtard de l'empereur Fre'dericII. Cette princesse vendit, l'an 1277, à Charles d'Anjou, roi de Sicile, ses droits sur le royaume de .iKRUSALrM. Boe'mond épousa en troisièmes noces, l'an 1222, Amx de Jérusalfm , veuve de Hugues de Lusignan, roi de Chypre, et fille aine'e de Henri , comte de Champagne, et d'Isabelle, reine de Jërusaicra. Ce mariage fut casse', l'an 1228 , pour cause de parenté.
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