‹ L'art de vérifier les dates (volume 5)Chapitre 85 sur 416 · IV. RENAUD ET LA MÊ.iE CONSTANCE · texte numérisé non relu

IV. RENAUD ET LA MÊ.iE CONSTANCE

1 i4c(. Constance, après la mort de Raimond, son époux , resta en possession de la principauté d'Antiocheet comme propriétaire etcomme tutrice de Boe'mond, son fils. N'ayant encore alors que ii2 ans , elle n'était pas dispose'e à passer le reste de ses jours dans la viduite' L'empereur Manuel lui fit demander sa main pour le ce'sar Roger , veuf alors de la princesse Marie Comnène , fi.lle aîne'e de l'empereur Jean. Constance donna la pre'fc'rcuce à RE^'Al:D DE Chatillon , seigneur do Rrac et de Montréal , dans FArabie pétre'e , qu'il avait do son premier mariage avec Sle'phanie , fille de Philippe de Naplouse , qui fut depuis grandmaître des chevaliers du Temple. Renaud e'tait petit-fils , par Henri son père , de Gautier , seigneur de Châtillon-sur-Marne , au diocèse de Soissons , et d'Ermengarde de Choisi. Sa mère , iiomme'e aussi Ermengarde , fille d'Alberic , dit Payen , seigneur de Montjai , lierita de cette terre , que son e'poux joignit à celle de Chàtillon. Renaud avait un frère aîné. Gautier II , avec lequel il était venu à la Terre-Sainte eu 1 147 , à la suite du roi Louis le Jeune , et qui fut tué l'année suivante par les Turcs clans les gorges de Laodicce , sans laisser d'enfanls d'Adèle de Rouci , son épouse , fille de Hugues Cholet , comte de Rouci ; un autre frère nommé Gervais , qui fut chanoine de Pieims , et une sœur , Elisabeth, femme de Thibaut de Crépi, seigneur de Nanteuil-liaudouin. Renaud n'était donc pas un soldat de fortune , comme le prétend M. de Vertot, d'après Guillaume de Tyr. Son mariage avec Constance se fit, non l'an 1160 , comme le marque Gilles de Iloye , mais sur la fin de l'année II 52. ou dans le commencement de la suivante au plus tard.

DES PRINCES LATINS, OV FRANCS d'aNTIOCHE. 8i

fSëbast. Paoli) L'un des premiers soins de Renaud, devenu prince d'Antioche , fut de se concilier les Pisans , qui e'taienf, alors puissants sur mer. De concert avec Constance , il leur donna un terrein près du port de Laodice'e pour y construire une maison vis-à-vis de celle du Temple. Il leur en donna ime autre dans Antioche même, avec l'exemption de la moitié' des pe'ages dans toutes ses terres. Les lettres expe'die'es à ce sujet sont du lo mai i i54- (Ughclli in Archiep. Pisan. ) Renaud travailla aussi à se ménager l'amitié de l'empereur ]\Ianuel , qui l'employa contre ïhoros , prince d'Arménie et de Ciiicie , qu'il dérit. Mais voyant que Manuel éludait la récompense qu'il lui avait promise , il alla, pour se venger, faire une descente en Tile de Chypre, où il fit d'affreux ravages, après avoir battu les troupes impériales. Manuel no laissa pas impuni cet acte d'hostilité. Il avait levé , lorsqu'il l'apprit , une armée pour entrée dans l'Arménie. Il changea sa destination , et la conduisit dans la principauté d'Antioche. Renaud ne se trouvant pas en force pour résister à un monarque si puissant, vint au devant de lui en Cilicie, dans l'état le plus humilié, la tète et les pieds nus, les bras découverts jusqu'au coude, la corde au cou, suivi da j^euple d'Antioche , et par ce moyen il obtint son pardon. Guillaume de Tyr ( L. xviri , c. i,) fait entendre que Renaud se trouva nécessité à cette bassesse par la crainte du patriarche d'Antioche , qui , pour se venger des mauvais traitements que Renaud lui avait fait essuyer quoique tems auparavant, avait promis à l'empereur de le livrer entre «es mains avec la place. Manuel fit ensuite son entrée dans Antioche, où il fat reçu avec grand appareil. Il en partit après avoir reçu l'hommage de Renaud, qu'il laissa ainsi paisible possesseur de ses étals. Mais celui-ci eu demeurant soumis à l'empire , ne resta pas en pais vis-à-vis des .Sarrasins. Il fit diverses entreprises contre eux, dans la dernière desquelles il fat fait prisonnier !c ^5 novembre i i6o, près deMaresie, par Megedin , gouverneur d'Alcp. Sa captivité fut de seize années, au bout desquelles il recouvra sa liberté moyennant une forte rançon. La princesse Constance étant morte dans cet intervalle, Renaud, à son retour, se remaria, vers l'au 1 176, avec Eliennette, princesse de Montréal et de Krac, veuve de Huinphroi il, seigneur de Thorou , connétable de Jérusaltm. L'an 1185, Saladin , pour se venger des pertes fréquentes qu li lui faisait essuyer , vint l'assiéçjer dans le château de Krac , au milieu des fêtes qu'il donnait pour le mariage de Humpliroi de Thoron, III^ du nom, son beau-fils, avec Isabelle , sœur cadetie de Baudouin, roi.de Jérusalem. Rrac, (l'ancienne Pétra ) situé dans l'Arabie Pétrée , sur le Carmel qu'il ne faut pas confondre avec la célèbre montagne de ce uoiii , était composé d'une ville V. II

b2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

et (l'une citadelle, regarde'c comme la plus forte place de l'Orient. Saladin cinporîe la ville , mais il est arrètt- sur le pont ([ui la joini à la citadelle par un seul chevalier (nomme Iven) dont la rc'sistancc donna le tems de rompre par derrière lui cette cominuïiication. Saladin s'obstine à vouloir faire combler le fosse' qui entoure le château pour arriver aux remparts. Pendant ce travail, qui fut long et pe'nible , arrive un renfort conside'rable que le roi de Je'rusalera envoyait aux assie'gc's. Saladin est oblige' de lever le siège ^ et quelque tems après les Chrétiens obtiennent de lui une trêve de quatre ans. Mais, au pre'judice de re traite, Renaud, l'an 1186, (Nangis.) surprend une caravane de pèlerins musulmans, et la jnet aux fers. Saladin se récrie à la perildie. Il avait tort, suivant un habile moderne, parce qu'il avait viole le premier, dit-il, la trêve en donnant ordre à ses e'mirs d'envoyer paitre leurs troupeaux sur les terres des Francs, à la veille d'une abondante moisson. ( Paciaudi, wem de Cran- llaes tri deW ord. Jerosol. , T. Il, p. 1 56.) Mais le critique a oublie de fournir la preuve de ce fait ignoré de tous les modernes, et que nous ne trouvons dans aucun ancien monument. C^'uoi qu'il en soit, sur le refus que fait Renaud de rendre les prisonniers , le sultan reprend les armes , et jure de ne point les mettre bas qu'il ne se soit rendu maitre du Jérusalem. Il tint parole. La victoire de Tibériade, qu'il remporta au mois de juillet i 187 , lui assura cette conquête. Pvenaud , fait prisonnier à cette journée, après avoir fait des prodiges de valeur, est amené au vainqueur avec les plus distingués de ceux qui eurent le même sort. Saladin l'accable de reproches, ei lui donne l'option de se faire mahoinétan ou de périr. Renaud préfère généreusement le dernier parti, et le sultan, d'un coup de cimetère, lui abat la tète. Albéric dit que de son mariage avec Constance il eut trois filles, dont la première épousa Blanuel, empereur de Constantinople, qu'elle fit père d'Alexis; la deuxième, noimnée Agnès, devint femme de liéla II , roi de Hongrie ; et Alix , la troisième , fut mariée à Azzon YI, marquis d'Est. i\. l'égard de la première il est certain qu'elle venait du premier mariage de Constance avec Raimond , comme Nicelas [in Manuel, L. 111 , c. 5,( et Guillaume de Tyr (L. xviii , c. 5o, 5 1 ; L. xix , c. 1 1 , ) le disent formellement.

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