IV. RAIMOND IL
ii5r. Raimo^nd II, fils de Raimond I et d'Hodierne, succéda, dans sa douzième année à son père , sous la tutèle d'Hodierne , sa mère. L'an 1 162 , mécontent de l'empereur Manuel qui avait refusé la maiu de Mclisscude, sa sœur, après l'avoir fiauuéc, il
g4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
arma plusieurs galères avec lesquelles il ravagea les îles et les côtes de l'empire grec. L'an ii63, le lo août, e'tant venu au secours du château de Harenc, entre Antioclie et Alep , assie'gë par Noradin , il perdit ime bataille contre ce prince , qui le fit prisonnier avec le prince d'Antioche , son allie , lui fit essuyer luie captivité des plus dures , et ne le relâcha qu'en 1 171 , moyennant une rançon de quatre-vingt mille ducats d'or. Pendant qu'il e'tait dans les fers, Tripoli fut afflige'e , l'an 1170, par un. tremblement de terre si violent que presque tous ses e'difices furent renverse's, et la plupart des habitants ense'velis sous leurs mines. Biais peu de tems après cette ville fut rebâtie et mise dans un meilleur état vju'auparavant. Les Chre'tiens y établirent des manufactures de soie et de camelots , à la fabrique desquels il y avait plus de quatre mille ouvriers continuellement employe's. L'an 1 177 , après avoir e'choué devant ilama , le comte de Tripoli va faire le sie'ge de Harenc, et engage le prince d'Antioche, le comte de Flandre, les grands-mailres des deux ordres, et d'autres seigneurs, à le secondcF^dans cette entreprise. Guillaume de Tyr accuse les assiégeants de beaucoup de négligence, et de s'être plutôt occupe's de divertissements que des opérations du sie'ge. Mais ce reproche ne doit pas tomber sur tous indistinctement , puisque , suivant le même auteur , on e'tait à la veille d'emporter la place , après de longs et pénibles travaux , lorsque le comte de Tripoli , à l'appât d'une somme considérable que le gouverneinent de Harenc lui fit offrir secre'lement , consentit à se retirer. L'an 11 83, la lèpre dont e'tait attaque' le roi Uaudouin, le mettant hors d'e'tat de gouverner, le comte de Tripoli fut charge' de la re'gence du royaume. Baudouin , étant sur le point de mourir l'an 11 85, lui continua le même emploi jusqu'à la majorité' de son neveu Baudouin V, qui descendit hiijnème au tombeau l'anne'e suivante. Piaimond alors disputa le trône de Je'rusalem à Gui de Lusignan ; mais pour le bien de la paix , il se relâcha ensuite de ses prétentions. L'an 1 187, tandis que Raimond se tient à Sephouri avec l'armée chrétienne , sa femme est assiégée dans Tibériade par Saladin qui se rend maître de la ville le 2 juillet, et la livre aux flammes. Mais il suspend l'attaque du château, oii la comtesse s'était retirée , et marche au devant de l'ennemi qui venait à lui. Le 5 du même mois conainença la fameuse bataille de Tibériade. Raimond , par un discours digne de Saliuste , que Raould de Coggeshalc nous a conservé, avait inutilement conseillé de l'éviter. Entraîné par l'avis contraire , il se chargea du commandement de l'avant-garde. Dans la déroute des Chrétiens, n'ayant pu rejoindre le gros de l'armée , il fut obligé de prendre la fuite avec le petit nombre des siens que l'épée des Musulmans avait épargnés. Vincent de Beaii-
DES COMTES LATI.NS , OU FRANCS DE TRIPOLI. g5
vais et Nangis prétendent qu'il était d'intelligence avec Saladin, et lui imputent le malheur des nôtres en cette bataille. Ils von!: jusqu'à dire qu il s'était fait musulman, et qu'on trouva sur soa corps les marques de la circoncision après sa mort : accusations calomnieuses , dont il a e'te' pleinement lave' par l'historien de Languedoc (T. 2 , note 56). Raimond termina ses jours la même année dans sa capitale que Saladin menarait d'assie'ger, après s'être rendu maître du château de Tibe'riade le lendemain de la bataille. Les uns disent qu'il fut tue' en duel, les autres qu'il mourut de pleure'sie. N'ayant point d'enfants d'EoQuivE , sa femme , dame de Tibe'riade et veuve en premières uoces de Gautier , prince de Galilée , il légua ses e'tals à Raimond , son filleuî, qui suit.