JEAN IV
i4r^. Jean IV, fils aîné et successeur de Bernard VII,. acquit de Jean l, duc de Bourbon, par contrat du 17 janvier 1420, la vicomte de Gimond , qu'il joignit au comté de l'Ile— Jourdain L'an 141S7 1^ roi Charles Vil lui donna, par lettres du 16 novembre, le comté de Bigorre, avec la châtellenie de Lorde. ( Trésor gén.., tom. I, pag. 269.) Il s'empara, l'an i44'^» du comté de Commingcs, après la mort de Marguerite, quoiqu'elle en eût fait donation au roi Lhorles Vil. Le fut pour ce monarque un nouveau grief contre le comte d Armagnac , dont les excès multipliés en divers genres, l'obligèrent enfin d'employer la force pour le réduire. Le dauptiin, en\oye sur les lieux avec une armée, se saisit du comté de Comminges , prit le comte dans l'Ile-Jourdain, avec toute sa famille, excepte son fils aîné, les envoya prisonniers à Carcassonne, et mit sous la mains du roi les comtes d'Armagnac et de Kodez. On instruisit le procès du comte en règle, et voici les principales charges qui résultèrent des informations. Nous les rendrons souvent dans les propres termes du proces-verbal. Outre le crime abomi- ♦lable et celui de fausse moimaie , qui furcjit constates par témoins et par pièces, il fut prouvé cj^^u'il persistait, malgré les
MS COMTES d'armagnac. Sff
tJt'Ttrïscs du roi , à se dire comie par la grâce de Dieu; qu'il donnait grâces et remissions comme un souverain , et les entérinoit ; qu'il mettait tailles en ses terres deux au trois Juis pur an; qu'il avait fait pendre à Nismes ung huissier du Parlement de Tholose ^ nommé Noël, gui çenoit exécuter contre lui ; qu'il tenait trente ou quarante Rihaux es places de Magniers ( Mayreville ) , de Saint Varin et de la Fare que par force il avait oslées aux seigneurs^ lesquels pilloient et rançonnoient chascun; qu'il avidt détroussés les gens de monseigneur ( l'evêque ) de Lodeoe ^ et osté leurs chevaux, et tenoit leurs places en bénéfices; qu'il avait battu, pillé et emprisonné divers ecclésiastiques ; qu'il battait son confesseur quand il ne voulait l'absoudre; qu'il avait eu cinq chasteaux de la détrousse que ses gens avaient fait faire sur les chemins en droit Saint-Romain à messire Jean Taure, che' aller de ^iuntpellier ; qu il tenoit frontière pire au peuple que Anglais et prenait, vivres, blé, moutons, bœufs, vaches, mulets, pourceaux, s'ils n'avaient de lui sauf-conduit ; que ses gens avaient fait viok'uce à diverses filles , etc. Le roi qui voulait châtier et non perdre le comte d'Armagnac , son parent , se laissa aisément ili'chir par les amis du coupable , dont les principaux étaient les ducs d'Orléans, d'Alençon , de Bourbon, les comtes du Maine, de Richemont , le onnetable de Foix, et le comte de Dunois. H fut donc convenu qu'on lui accorderait des lettres de grâce et de rémission , mais qu'il mettrait préalablement es mains du Roy les places et châtellewes de Severac et de Capdenoiv , avant que lui et ses enfants fussent délivrés et restitués ; qiian prendrait son serment et ccluy de ses enfants qu 'ils seraient toujours bons et loyaux au ray , et ne tiendraient aucune chose de son domaine ; quils renonceraient à tous services envers le roy d'Angleterre , promesses , appointements, alliances, etc.; que lui et ses enfants promettraient de ne jamais mettre en leurs lettres en eux nommer PAR LA GRACE DE DiEU , COMTE D 'ARMAGNAC , ces mots emportant méconnaissance de fiefs , étant , comme ils savent ,' sujets de la couronne , et leurs terres et seigneunes étant tenues du roy. El outre ce, est-il dit , ledit comte d'Armagnac et ses enfants bailleront les sûretés et les scellés du roi d 'Espagne , du duc de Savoie, des ducs d'Orléans , d'Alençon et de Bourbon , et des comtes du Maine , de Richemont , de faix et de Dunois* Ces préliminaires remplis, le comte d'Armagnac, après avoir obtenu des lettres d'abolition, données à Serl-lez-Chàlons ^ dans le mois d'août il^l^S , sort de prison avec ses enfants, et rentre en possession de ses états. (^Collect. de M. de Mi"nant, Doyen île la chambre des camp., tom. \H[,fol. 92.) Le lecteur nous pardonnera de nous être un peu ap^Lbanlis sur celte arfaire
,^l8 CHRONOLOGIE IlISTORIOUE
importante. Cela nous a paru d'autant plus indispensable que les modernes ne l'ont touchée que fort superficiellement. Jean d'Aimagnac , depuis son rétablissement , ne fit que languir , el mourut enfin , accablé de chagrins et d'infirmités , vers Tan i45o. Il avait épousé i"., le aG juin i/^o-j , Blanchf, , filie de Jean V, duc de liretagne; 2.". , vers l'an 1419^ Isabelle, fille de Charles III , roi de Navarre, Du deuxième lit, il laissa Jean, qui suit; Charles, vicomte de Fezenzac ; Marie, femme de Jean II, duc d'Alençon , Eléonore , mariée à Louis , prince d'Orange , et Isabelle , dont il sera parlé ci-après.
JEAN V
ï45o ou environ. Jean V, nommé, du vivant de Jean IV, son père, vicomte de Lomagne, revint d'Espagne, où il s'était retiré pendant la prison de sa famille, et lit hommage au roi, dans le mois de novembre i45o, du comte d'Armagnac, à Monîbazon. Quelque tems après, devenu eperdument amoureux d'Isabelle, sa sœur, la plus belle princesse de son tems, il la séduisit. Plusieurs enfants, nés de ce commerce incestueux, rendirent le scandale public. Le pape Calixte III et le roi Charles VU lui firent, à ce sujet, des remontrances qu'il méprisa. Excommunié en conséquence par le saint père , il sollicita, pour calmer les remords de sa sœur, une dispense qui lui fut refusée. Sa passion n'en devint que plus violente. Pour en imposer au public, il eut recours au plus habile faussaire de son tems, Antoine de Cambrai , référendaire du pape , depuis maître des requêtes, ensuite évéque d'Alet. Corrompu par argent, cet homme, de concert avec Jean de Voltérre, notaire apostolique, lui fabriqua une bulle, en vertu de laquelle il épousa solennellemeiii Isabelle, avec les cérémonies ordinaires de l'église. Le roi , justement indigné de cette union monstrueuse, et d'autres déporlements du comte d'Armagnac, envoya, Tan 1454 , le comte de Dammartin et le maréchal de Loheac , pour se saisir de ses terres et même de sa personne. Il parut d'abord vouloir se deferidre; mais à l'approche des troupes du roi, la plupart de ses places ouvrirent leurs portes, excepté Lectoure, qui né se rendit que le troisième jour. Le comte d'Armagnac se relira dans l'Aragon, ou il avait encore quelques châteaux. L'an 1457, le roi chargea le parlement de Paris d'instruire son procès. L'accusé comparut avec des lettres du roi, dont il avait eu la précaution de se munir. Mais la cour les ayant déclarées subreptices, le fit arrêter. On lui donna pour prison une des chambres du palais. Quelques jours après , il obtint son élargissement , sous la
DES COMTES d'aRMAGNAC. 3;«)
condition de ne pas s'éloigner de Paris de plus de dix lieues. Mais voyant qu'on poursuivait son procès avec une vivacité qui en faisait appréhender Tévenement, il prit la fuite et se sauva en Franche Couiié. l^e parlement, par un arrêt définitif du lomai i4t)o, le condamna au bannissenn'nt , avec confiscation de ses biens A son avènement au trône, le roi Louis XI, dont il avait favorise la revoile contre son père, lui accorda par reconnaissance des lettres d'abolition, et le rétablit dans ses domaines. Cette recompense, d'un service criminel, fut payée de l'ingratitude qu'elle semblait mériter. Le comte d'Armagnnc fut infidèle à l>ouis XJ , comme il l'avait été à Charles Vil ; ci, l'an 1460, il se joignit aux mécontents dans la guerre du t.ien public. Il eut encore l'avantage de se réconcilier avec le monarque, auquel il fil serment, le 5 novembre 14^30, de le servir envers et contre tous. Mais il oublia presqu'aussitot ses promesses pour se livrer à son caractère inquiet et brouillon. L'an i4(^>^), le roi, instruit de ses nouveaux projets de révolte, fit partir le comte de Dammartin avec le bâtard àç Bourbon , à !a tête d'une armée considérable, pour mettre les terres du comte d'Armagnac sous sa main. La fuite du rebelle rendit cette expédition facile. Ce fut moins une conquête qu'une prise de possession. Dans le même tems (on était alors au mois de mai ) , le parlement de Paris ajourne le comte d'Armagnac à comparaître le 28 septembre suivant. Ce délai fut prolongé plusieurs fois à sa demande. Enfin , Jean Y ayant toujours refusé de comparaître, la cour, par arrêt du 7 septembre 1470, prononçai contre lui la confiscation de corps et de biens. Sa dépouille, quoique promise au duc de Guienne, frère du roi, fut partagée entre Dammartin et les principaux seigneurs qui l'avaient accompagné, à l'exception du comté de Rodez que le roi refiit et réunit à la couronne. Mais, après le départ de l'armée française , le comte d'Armagnac étant venu trouver le duc de Guienne à Bordeaux, engagea ce prince à le rétablir dans 'a jouissance de ses biens. Le duc étant mort le 28 mai 1472» ^^' roi fit marcher contre le comte d'Armagnac de nouvelles trompes , sous la conduite de Pierre de Bourbon , sire de Beaujeu : Le comte fut assiégé dans Lectoure. Mais bientôt les vivres commençant à lui manquer, il demanda, le i5 juin , à capituler. Les articles étant régies , il rendit la place au général, qui, après en avoir pris possession , congédia son armée. Le perfide comte, profitant de cette imprudence, fit arrêter, vers la fin d'octobre, le sire de Beaujeupar le ministère du cadet d'Albret^ seigneur de Sainte-iîazeille. A cette nouvelle, le roi , transporlt; de colère, se met en campagne, et s'avance jusqu'à la Rochelle;
De là, il fait convoquer la noblesse de Languedoc, pour aller faire de nouveau le siège de Lecloure. Le cardinal d'Albi arrive au commencement de janvier i47^» devant cette place, à la tète des troupes de l'Agénois et du Toulousain. Le comte, après s'être vigoureusement défendu pendant deux mois, accepte une capitulation que le cardinal lui (ail offrir de la part du roi. On dresse un traité, dont Tobservalion fut jurée sur le Saint-Sacrement. Mais le surlendemain, dès que le comte eut désarmé ses troupes et fait ouvrir les portes de la ville, les troupes du roi s'y introduisirent, conduites par Robert de Balzac, investirent la maison du comte, et, étant entrées dans son appartement, le percèrent de plusieurs coups de poignard : après (pioi elles se livrèrent à toute la licence des vainqueurs les plus barbares. Cet horrible événement est du vendredi 5 (et non G) mars 1+73. Le cardinal d'Albi parcourut ensuite avec son armée le comté d'Armagnac, qu'il traita comme un pays ennemi. Jean V ne laissa point d'enfants de JpAlSNr, son épouse, fille de Gaston IV, comte de Foix, qu'il avait épousée au mois d'août 14B8. Cette princesse était enceinte à la mort de son mari, qui fut égorgé entre ses bras. Elle le suivit au tombeau peu de jours après dans la petite ville de Castelnau de Bretenous en Querci , où elle avait été transportée. On prétend que sa mort fut l'effet d'un breuvage qu'on lui donna pour la faire avorter. Dans le même tems, on instruisait juridiquement le procès du seigneur de Sainte— Bazeille, qui, peu après avoir remis le comte d'Armagnac en possession de Lectoure, avait été pris et mené à Poitiers. Il fut condamné à perdre la tcte, et subit cet arrêt sur un écliafaud, le j avril i^yS. Isabelle, sœur de Jean V, lui survécut ; et le 16 mai 1473, elle fit donation , tant de ses biens patrimoniaux que des quatre vallées de Larousse, de Nesie, d'Aure et de Magnoac, que son frère lui avait léguées Je i5 novembre 14^2, à Gaston du Lion, sénéchal de 'J oulouse , qui l'avait sauvée au sac de Lectoure. Mais les habitants de ces vallées n acquiescèrent point à la donation d'Isabelle en ce qui les concernait , et prétendirent être rentrés , par la mort du comte Jean V, dans le droit de se choisir un souverain. Le roi d'Aragon instruit de leurs dispositions, les sollicita vivement de se réunir à ses états, dont l-eurs terres avaient été autrelois démembrées. Mais il cul pour concurrent le roi de France, I^ouis XI , qui l'emporla par les soins de Jean de Vilhères de la (îraulas, cardinal ei évê()ue de Lombes. Ce prélat s'étant rendu sur les lieux, engagea les habitants, l'an, 1475 , à se donner à la Fiance par un traité , dont l'une des conditions fut qu'ils ne pourraient être mis en main plus basse que aci\e du roi , morne en celle d'un prince du sang royal.
DES COMTES D'ARMAGIïAC. Szt
Le roi, par lettres-patentes du mois de septembre de la même année, ratifia ce traité. Il empêcha de plus le sénéchal de Toulouse de se mettre en possession des autres terres qu'Isabelle lui avait cédées. Mais Charles Vlll, son successeur, les rendit à ce légataire par ses lettres du i5 août i^-H^.