‹ L'art de vérifier les datesChapitre 117 sur 230 · JEAN II , BIT LE BOSSU · texte numérisé non relu

JEAN II , BIT LE BOSSU

iSjS. Jean H , dit le Bossu, qualifié comte de Charolais du vivant de Jean I, son père , fit hommage au roi de France, le i"^. avril 1^74 1 des terres qu'il possédait en Guienne, et lui céda toutes ses prétentions sur le comté de Bigorre, moyennant les quatre chàtellenies du Rouergue , qu'il reçut en échange. Il continua la guerre avec le comte de Foix. Mais enfin , l'an 1^79, (n. st.) les deux comtes, après trois ans ou environ de négociations, firent, par la médiation du duc d'Anjou , le .0 avril , jour des Rameaux , une paix solide , dont le mariage de Béatrix , fille de Jean II, avec Gaston, fils du comte de Foix , fut comme le sceau. Jean II mourut le 26 mai i384. De Jeanne , fille de Roger-Bernard , comte de Périgord , qu'il avait épousée l'an iBSg , avant le 25 janvier, il laissa, outre Béatrix, mariée en secondes noces à Charles \isconli, deux iils, Jean et Bernard, qui suivent. U eut, outre cela, un bâtard aussi nommé Jean , qui fut archevêque d'Auch.

JEAN m.

i384. Jean 111, fils aîné de Jean II et son succes^ur, ajouta à ses titres celui de comte de Commlnges , à cause de son mariage contracté l'an i384 et non i385, avec Marguerite, fille et héritière de Pierre-Raymond II, comte de Comminges, mort en 1376. I^ même année qu'il entra en jouissance de l'Armagnac , il alla prendre possession du comté de Rodez , et voici ce que nous apprend à ce sujet une ancienne notice conserv'ée parmi les manuscrits de l'abbé de Camps. Etant arrivé à l'église cathédrale, il y fut reçu par févêque Bertrand, qui, l'ayant fait asseoir sur le siège épiscopal , lui dit : « Monsieur , w je sais que le comté de rlodez vous appartient. Cependatit » vous ne devez pas ignorer que , suivant d'anciennes conven- » tions passées entre vos prédécesseurs et les miens, vofie j» promotion à cette dignité me regarde, Ainsi , en suivant la

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n route qui m'a été tracée par mes devanciers , et sans vouloir }> préjudicier en rien à vos droits, je demande qu'avant toute » chose , \x)us me fassiez hommage en ma qualité d'cvèque de j> Rodez; après quoi je m'offre à remplir tous les engagements »> qu'ils ont pris avec les comtes qui vous ont précédé. » Alors le comte, s'étant tourné vers l'autel, éleva les mains , et dit à haute voix : » Moi, Jean, qui suis héritier légitime du comté y de Rodez, fais hommage de ce comté à vous révérend père }> en Dieu, seigneur Bertrand et à vos successeurs, et vous en » demande l'investiture. » Cela fait , l'évèque le haisa, et lui mit sur la tète la couronne comtale , en prononçant les bénédictions marquées dans le Rituel; après quoi il lui dit : « Je w vous-ceconnais maintenant vrai comte de Rodez , et comme w tel, je vous remets de bonne foi la principale tour de Rodez, » avec toutes celles c\\ii sont occupées par les chevaliers du » comté. >j

I.e comte Jean servit utilement, en forçant les compagnies de brigands qui restaient dans quelques-unes des provinces méridionales de la France, d'évacuer le pays. Pour le dédommager" des frais que cette guerre lui avait occasionnés , le roi , par ses lettres du 8 juin i388, chargea ses receveurs de Languedoc de lui payer la somme de deux cent quarante mille francs. Il est étonnant qu'un fait de cette importance ait été omis par les écrivains modernes , qui ont écrit soit l'histoire générale de la France, soit celle du roi Charles TI. Cependant Froissart en a rendu compte dans le plus grand détail. (<W. :>, ch. g5.) Nous y renvoyons nos lecteurs. Nous dirons seulement ici que les succès des armes du comte d'Armagnac, ne furent pas tels, (ju'il ait entièrement purgé le royaume de cette engeance iunesfe qui le désolait. Il y eut des chefs de ces compagnies qui se formèrent des établissements, d'où il fut impossible de les faire déguerpir. De ce nombre fut le capitaine Geolfroi, dit Téte- Jioire, qui s'etant saisi de Ventadour et de plusieurs autres terres dont il se qualifiait souverain, rendit inutiles les etforts que le corrtte d'Armagnac et le dauphin d'Auvergne firent ensemble pour l'obliger à désemparer. Il falut en venir à tiaiter avec cet aventurier. On lui offrit de l'argent pour se letirer. L'imposition fut faite; mais la négociation échoua.

L'an 1^)90, par contrat passé le i3 mai, le comte Jean vendit le Charolais à Philippe le Hardi , duc de Bourgogne , dans le dessein où il était de poursuivre les droits qu'Isabelle, lille et héritière du roi de Majorque lui avait cédés , contre le roi d'Aragon.

L'année suivante, il entreprend de mettre Charles Viscontij

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son beaii-frère, en possession de la seigneurie de Milan , u'Jurpée sur lui par Jean-Galeas Visconti, son oncle. La cour de France se montre favorable à celle entreprise, et charge le comte de composer avec les chefs des compagnies qui occupaient des forte.-esses dans le Limosin , le (^uerci, le Roiiergue , l'Angoumois , le Périgord et l'Agenois. I^e traité général fut conclu moyennant la somme de deux cent mille livres , pour le paiement de laquelle on im[xosa une taille sur le Languedoc et les autres provinces que les garnisons désolaient. Le comte rassembla ces troupes dont il foinia une armée de quinze mille hommes, à la léte de laquelle il passa en Lombardie Aucud , général des Florentins, ennemi de Jean Galéas, apprenant l'arrivée des Français, s'avance jusqu'il Crémone, pour leur donner la main , au cas qu'ils s'approchent davantage. Le comte <!' Armagnac, dit Muratori, était sans contredit fort habile au métier de la guejre. Mais le mépris qu'il affecta pour lés Lombards, lui devint funeste. Sa première expédition fut contre Castellazo où Jacques de Verme, général de Jean Galéas , avait mis une bonne garnison. Un jour elle fit une sortie dont les assiégeants se trouvèrent assez mal: ce qui fit ip4€ le comte s'obstina encore davantage à vouloir prenJ^re cette place de force. Les historiens ne sont pas d'accord sur les événements qui suivirent. Mais il parait que le récit du Corio mérite la préférence. Un jour , dit-il , il vint en pensée au comte d'aller reconnaître en personne la ville d'Alexandrie de la Paille, avec cinq cents cavaliers des plus distingues de ses troupes; et, s'élant acancés jusqu'aux portes, ils se mirent à crier : Dehors^ vilains Lombards. Jacques de Verme, que Jean Galéas avait envoyé pour commander dans la place , irrité de ces injures , lâche cinq cents de ses meilleurs soldats sur les Français, qui les reçoivent avec bravoure. Le combat fut long et opiniâtre de part et d'autre ; mais enfin les Français perdant courage , voulurent prendre la fuite. Ce fut envain ; on les fit tous prisonniers , et le comte lui-même qui fut amené dans la ville , où peu de jours après il mourut, soit de ses blessures, soit de

fioison, come le prétend le Pogge. A la nouvelle de ce désastre, 'armée qui était devant Castellazo lève le siège. Mais Jacques de Verme, l'ayant poursuivie dans sa retraite, lui livra, le aS juillet, entre iNice de la Paille et Ancise, un combat, où il la defil presque entièrement. Parmi les prisonniers qu'on fit, se trouvèrent les ambassadeurs des Florentins, qui rachetèrent à grand prix leur liberté. Tel fut le fruit des bravades de Jean d'Armagnac. Comme il ne laissa ponit de fils, et qu'on so ;hailait que le comté de Coramùiges , appartenant à sa femme,

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restât dans la famille, on proposa à la rour d'Avignon d'accorder à Bernard, son frère, la permission d'épouser celte riche veuve , comme cela se pratiquait dans l'ancienne loi , lorsque le premier frère n'avait point laissé d enfants. Mais il fut conclu par l'assemblée nombreuse des maîtres et docteurs tant en théologie comme en lois et en décret que le pape rappetlast et déhoutast ceste pétition comme totalement dissonante de raison et usage ( Mèm. de Lifer. , tom- XX , pag. 242. ) Jean 111 se qualifiait comte par la grâce de Dieu ^ titre qui, dans son origne, n'exprimait, comme on l'a dit, que la reconnaissance envers la Divinité, mais qui marquait alors Tindépcndance. Les successeurs de Jean imitèrent en cela son exemple. Il ne laissa de son mariage que deux filles, qui furent exclues de la succession d'Armagnac par les états de la provirtce. Jeanne, l'aînée, fut mariée avec Guillaume-Amanieu d'Albret, sire de l'Esparre dans le Médoc; Marguerite, la cadette, épousa Guillaume, vicomte de Narbonne. La veuve de Jean III se remaria à Jean II , vicomte de Fézenzaguet, Ainsi on s'est mépris cidessus , d'après le père Anselme , en lui donnant ce vicomte pour premier époux.

BERNARD VIL

\?iC)\. Bernard VII, frère de Jean III et son successeur, portait le titre de comte d'Armagnac, de Rodez, etc., et eu exerçait les droits , comme collègue et héritier présomptif, dès l'an i3yo. JSous voyons, en effet, que dans rengagement que Philippe I ,. duc de Bourgogne , lui fit du comté de Charolais , le 11 mal i-^yo, il est qualifié comte d'Armagnac, de Fezenzac €t de Rodez, vicomte de l.omagne et d'Auviiars. Il prend les xnêmes titres dans une charte du 6 janvier i^iji , par laquelle il accorde certains privilèges aux nobles de sa r'. juvance. ( Trésor géiiéalog., tom. I, pag. soti. ) Après la mon de son frère, non conlenl de la succession qu'il lui laissait, 11 dépouilla , par la voie des armes, l'an 1 4<>3 , Géraud 111, son parent , comte de Pardiac et vicomte de Fézenzaguet . le prit et le fit mourir eu prison avec ses deux fils. L'an i4o.t ou environ , il aui;menla ses domaines par la vente que Jean de liourbon , comte de Clermont , lui fit du comté de l'Ile-Jourdain , qu'il venait d'acquérir du comte Jean Jourdain, 11*=. du nom. 11 fit la guerre en Guienne contre les Anglais, poussa vivement le sire de Caumont , l'un des chefs de leur parti , le prit dans une rencontre , enleva aux ennemis jusqu'à dix-huit places, bloqua ensuite la ville de bordeaux, et l'obligea de capituler pour une

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somme considérable. Bernard s'élait déclaré pour le duc d'Orléans dans la funeste rupture rpii éclata enire ce prince et le duc de Bourgogne. Après la moi 1 du premier, assassiné l'an I407, il prit la défense de ses enfants; et leur parti, dont il était regardé comme le chef, fut surnommé des Armagnars. Il se joignit, l'an 1412, aux princes pour implorer le secours du, roi d'Angleterre contre le duc de Bourgogne. Mais le traité d'Auxerre , signé le i3 juillet, entre les chefs des deux partis, ayant annulé cette démarche, le comte d'Armagnac fut le seul qui resta fidèle à l'alliance des Anglais. Il les aida m. 'me à reprendre cjuelques places dans la Guienne. L'an i4'5, il reçut , le 3o décembre , l'épée de connétable. S'etant rendu maître de l'esprit affaibli du roi (harles Vi , il devint son premier ministre , et fit exiler la reine Isabeau. Enfin , les Bourguignons ayant surpris Paris la nuit du 28 au 29 mai 1418, il fut arrêté et mis en prison avec plusieurs seigneurs et bourgeois attachés au dauphin, puis massacré le 12 juin suivant, sur la pierre de marbre^ dit une ancienne généalogie d'Albret. Il avait épousé, par contrat du 8 janvier 10941 Bonne, fille de Jean de France, duc de Berri , veuve d'Amédée VII, comte de Savoie, morle à Cariât le 3o décembre i43o , dont il laissa Jean, qui suit; Bernard comte de Pardiac , aïeul de l'infortuné Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, qui fut décapité aux halles de Paris, le i4 août 1477 ; et deux filles, Bonne, qui épousa Charles, duc d'Orléans , et Anne, mariée à Charles II , sire d'Albret. Le comte Bernard Vil fut un des plus puissants princes et des plus grands capitaines de son siècle; mais l'ambition excessive dont il fut dévoré , ternit l'éclat de ces belle» qualités. Ce comte fut très-attaché à l'anti-pape Benoît XllI, et faisait souvent des voyages à Perpignan, pour lui rendre visite. L'archevêque d'Auch , Jean d'Armagnac , fils naturel du comte Jean II , étant dans la même obédience, Innocent VII donna commission à l'archevêque de Bordeaux et à deux autres prélats de le déposer. Mais le frère du prélat empêcha l'effet de celte comm.ission. Du reste , Bernard VII était zélé pour les m.œurs et le bon ordre. Nous en avons la preuve dans une lettre très- forte qu'il écrivait, le 7 janvier i4o8, à Tévêque de Rodez, sur les désordres qui régnaient dans son église. Révérend père et cher seigneur^ lui dit-il , tious avons entendu et sommes informés que les biens de l'église de Rodez ont été mal gouvernés au tems passé , et le sont encore ci présent plus mal ; et que les joyaux laissés à l'église de Rodez par des personnes et seigneurs ecclésiaslifjues et séculiers , ont esté aliénés et s 'aliènent encore de jour en jour; ce gui reàent au grand préjudice et' dommage de

âi6 erfïïoKCLO&lE HisTor.tçuÊ

votre dicte église et de la chose publique ; et que l ^office dioin ne

se fait point dans ladicte église ainsi qu'il y devrait estre faict

n 'y ne ^e faict dans les aultres églises cathédrales circonvoisines ; de quuy nous avons du déplaisir et en sommes émerveillez. Et en vérité nous jugeons que vous y avez peu d honneur , puisque la correction vous en appartient : et qui pis est , nous avons entendu qu 'aucunes personnes de ladicte église mesncnt publiquement une *>ie déréglée et deshonnestc ; en telle sorte que non-seulement V estât

de l'église i mais encore le peuple en est scandalisé Par quoy....

nous vous prions et requérons de mettre ci ces choses si bon et brief remède, qu 'on ne puisse vous nen reprocher : autrement tenez pouf certain qu'en votre défaut nous ly meipoiis tel qu'il y en aura de bien faschés ; et ce ne sera pas votre honneur. Et erifin si nous^ voyons qii'il iiy Sjit autrement poun'U en fliliiience .,' nous ferons prendre tous les bénéfices qu ils i^los clercs) auront en notre terre ^ et les baillerons ou jerons bailler à autres personnes que n"us trouverons assez honnestes : lesquelles je: iml leur devoir envers Dieu et l'église. Et., révérend père .^ ne différez point ceste ajjuire : car en vérité elle ne requière pas dilation. Et ne veuillez point que le temporel y ait a pourvoir : car ce s- rait une rrande diffamation de l'église. {Marlenne , Anecd. ., tom. 1, col. 174^.)

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