DUCS ET MARQUIS DE SEPTIMANIE OU GOTIIIE
Cette partie de la première Narbonnaise, qui resta aux Vlsigoths après que les Français les eurent dépouillés de la plupart de leurs conquêtes dans les Gaules, fut nommée Septimauie , à cause des sept principales cites qui la composaient, et (iothie, du nom de la nation qui l'avait conquise. Elle comprenait tout le Languedoc , à l'exception des anciens diocèses de Toulouse et d'Albi, et de ceux d'Usézetde Viviers. Pépin le Bref , loi de France, après l'avoir conquise vers l'an 760, l'unit à la couronne : elle en fut distraite par Charlemagne, pour faire partie du royaume d'Aquitaine, qu'il érigea l'an 778. L'empereur Louis le Débonnaire l'en sépara l'an 817, avec la Marche d'Espagne, et fil des deux provinces un duché particulier, dont Barrelonne fut la caj)ita!é. Son fils, Charles le Chauve, divisa ce duché , l';in b'if, en deux marquisats, dont l'un eut pour
timanie. Il mcrurut subitement , Van 835, étant en chemin "Qonf se rendre à la diète de Crémieu.
BERNARD
835. Bernard, due de Septimanie, snccéda au duché de" Toulouse en 835. Il périt l'an 844- {^^J- ci-dessous Bernard I, duc de Seplimanie. )
GUILLx\UME 11 , DUC et comte bénéficiaire be Toulouse.
L'an 844 ou 845 , Guillaume II , né , le 29 novembre 826 ^ de Bernard et de Dodane , et pellt-fds de saint Guillaume , fut pourvu du duché de Toulouse par Pépin II , Ce duc est différent de Guillaume, duc de Gascogne, qui tomba, Tan 848, entre les mains des NomiAnds , lorsque ces barbares prirent Bordeaux, pjr la perfidie des Juifs. L'an 8S0 , Guillaume, cigé de vingî-quatre ans seulement , eut une fin aussi tragique que; celle de Bernard, son père. Ayant été arrêté à Barcelonne ,
capitale Narbonne , et l'autre Barcelonne. C'est dans l'un et l'nutre de ces deux derniers états que nous considérons la Septimanie.
BÉRA, PREMIER DUC BÉNÉFICIAIRE DE SePTIMANIE.
L'an 817, l'empereur Louis le Débonnaire, après avoir par-^ tagé ses étals entre ses trois fds , érige en duché la Septimanie , qui était dans le lot de son fils Lothaire, et lui donne pouF premier duc BÉRA , visigoth de naissance. Ce seigneur était déjà comte de Barcelonne depuis l'an 801, époque de la prise de cette ville par les Français sur les Sarrasins. Il avait fait ses preuves de valeur à ce siège , où Cbarlemagne était en personne, et peu après il avait battu un corps de sarrasins sur les bords de l'i^.bre. L'an 820 , à la dièt.- d'Aix-la-Chapelle, tenue au mois de janvier , il fut accusé de félonie par un comte de ses Aoisins, nommé Sanila. L'accusateur, au défaut de preuves, offrit le duel, et Béra eut le malheur d'être vaincu. Sa défaite emportant la conviction du crime, suivant le préjugé du tems, il fut dfpouillé de ses honneurs, et relégué à Rouen. On appela depuis Bcra, par injure, en Languedoc, comme on nomïiiait Ganelon cn-decà de la Loire, celui qui manquait à la foi tju'il devait a son souverain. De Romille, sa femme, Béra laissa Il il fils nommé Argila, qui fut père de Héra , qu'on fait mal à prcfpos comte de Roussillon , ol une fille nommée Rotrude, qui
tlont 11 s'était emparé, Tan 848 , avec Taicle des Sarrasins, il fut condamné , comme criminel de lèze- majesté , et mis à taort.
FRÉDÉLON.
85o. FiiÉDÉLOTî (d'une illustre naissance), fils de Fulguad ou Fulcoad , et de Sénégonde, commandait dans la ville de Toulouse, lorsqu'elle fut assiégée, pour la troisième fois, par Charles le Chauve. Il rendit cette place importante au monarque, et reçut en récompense le comté de Toulouse, auquel était attaché le duché d'Aquitaine, il n'en jouit pas long-tems, et mourut au plus tard l'an 852. Ode, sa femme , ne lui ayant donné qu'une fille nommée IJdalgarde, il transmit à Raymond, son frère, le comté ou duché de Toulouse, avec le comté de Rouergue. L'hérédité des dignités avait déjà commencé sous Louis le Débonnaire : mais elle ne fut entièrement et légalement établie qu'à l'élévation de Hugues Capet sur le trône.
RAYMOND I". , COMTE héréditaire de I'oulouse.
8S2.. Raymond I"., frère de Frédélon , lui succéda, et prit le titre de duc. Il joignit aux comtés de Toulouse et de Rouergue celui de Querci , et les fit passer à sa postérité, qui en a joui jusques vers la fin du treizième siècle. C'est de ce Raymond que
épousa le comte Alaric , dont elle eut un fils nommé Auréole, ( Marra IIi'sp. , page 781-837, Yaissète , tome I, page 738. )
FjERNARD I, DUC BÉNÉFICIAIRE DE SePTIMANIE.
820. Bertîard I, fils de saint Guillaume, duc de Toulouse, fut substitué à Béra dans le duché de Septimanie. Il signala sa valeur, et sa prudence, Tan 826, contre Aizon, qui avait fait soulever la Marche d'Iîspagne. L'empereur l'ayant fait venir à la Cour en 828, le déclara son premier ministre. L'année suivante, il le fit son caraérier ou grand-chambellan , et le nomma gouverneur de son fils Charles. Bernard entra dans les vues de i'impératiice Judith, mère de Charles, pour l'établissement de ce jeune prince, et détermina lempereur à lui assigner un royaume au préjudice du traité de partage fait entre ses enfants du premier lit. Ceux-ci , mécontents de cette disposition, forment luie conjuration dans laquelle entrent la plupart des grands de letat, contre Bernard : on l'accuse de tyrannie et d'un commerce criminel avec l'impératrice. L'an 83o , l'empereur, pour
3fifi CHRONOLOGIE HISTORIQUE
descendeiif les comtes héréditaires de Toulouse, qui ont possi'\\é. la plus grande partie du Languedoc jusqu'à sa réunion à la couronne. L'an S62 , Ravmond fonda Tabbaje de Vabres en iUiuergue ; le titre de fondation est signé par Raymond, par Ekktheiz , son épouse , par Bernard , Lulguad et Odon , ses ùh. Raymond avait un quatrième fils, nommé Aribert, qui changea son nom en celui de Benoît, en prenant l'habit religieux itdris cette même abbaye, que son père venait de fonder. L'an <SX3o , Raymond fut chassé de Toulouse par Humfrid , marquis de Gôthie; il y rentra l'an 864, après que Humfrid eut aban- «ionné celte ville. Raymond l". mourut cette année, ou la sui- ^ante, avant Pâques, laissant, de son épouse, outre les quatre lils qu'on vient de nommer, une fille mariée à Etienne, comte a Auvergne.
BERNARD, comte de Toulouse.
L'an 864, ou 865. Bernard, fils de Raymond I"'., lui succéda dans toutes ses dignités ; il ne faut point le confondre, comme iont quelques modernes, contre l'autorité des anciens, avec .oernard H , marquis de Golhie , ni avec Bernard , comte d'Au- Aergne, fils du duc de Septimanie, qui vivaient dans le même tcms, et qui se trouvèrent tous les trois, l'an 868, à la diète de
donner quelque satisfaction aux conjurés , renvoie Bernard dans son gouvernement. Bernard vient se présenter l'année suivante a la diète de Thiohville, et s'y purge par le serrncnt au défaut d'accusateur qui veuille accepter le duel qu'il offrait. Cette démarché ne l'ayant pas rétabli dans sa première faveur, il se lie avec le roi Pépin contre les intérêts de l'empereur. Ce prince, instruit de ses menées, le dépouille, en 83:i , de ses iionneurs dans la diète de Joac, en Limosin. Le duché de Septimanie est donné à Bérenger, duc de Toulouse. Bernard , retiré en Bourgogne, change de parti , et se déclare contre les • ■'.ifants révoltés de Louis le Débonnaire : il travaille h faire rétablir ce prince qu'ils avaient déposé. L'an 833, il recouvre son iluché dix-huit mois après qu'il en avait été privé.
LE MÊME BERNARD, duc de Septimanie et de Toulouse.
L'an 835 , Bernard succéda à Bérenger dans le duché de Toulouse. Par-là, se voyant à la tôle de deux grandes provinces, il se croit tout permis, usurpe les bier.s ecclésiastiques, et opptinio les peuples. Le roi Charles le Chauve lui relue le duché
DES COMTES OU DUCS DE TOULOUSE. 'ùGj
Pitres, près du Pont -de-l'Arche, dans le diocèse de Rouen , convoquée par Charles le Chauve. Jiernard se donna les litres de duc, de marquis et de comte : il était comte de Toulouse, comme gouverneur de cette ville; marquis, par l'autorité (ju'ii avait sur une partie de la Narbonnaise première, duc par c^ll;:: qu'il avait sur une partie de TAquitaine. Bernard finit ses jours Tan 875, entre les mois d'août et de décembre, sans laisser d'enfants. Hincmar dit qu'il mourut d'une mort funeste pour avoir usurpé les biens de réglise de Reims, situés en Aquitainr.
ODON, ou EUDES.
875. Odon, ou Eudes, fds de Raymond l^""., succéda immédiatement à Bernard , son frère, en 87S. Odon , l'an H78, unit l'Albigeois au comté de Toulouse , et augmenta considérablement son autorité dans le pays. L'an 910, le 1 1 sepîembre, il souscrivit la charte de la Inondation de Cluni, dotméepar (iuiilaume le Pieux, duc d'Aquitaine, marquis de Gothie, avec lequel il avait une grande liaison. Eudes mourut fort âgé , l'an gi8ou9i9, laissant de Garsinde, son épouse, fille d'Ermengaud, comte d'Albi , deux fils , Raymond et Erraengaud, qui partagèrent sa succession , et formèrent deux branches , celle de^
de Toulouse, l'an 840, à cause de ses liaisons avec le jeune Pepln , et nomme à sa place \Varin, seigneur bourguignon , qu'il faut distinguer de Warin I, comte d'Auvergne. Bernard , l'an 84.1 , réconcilie en apparence avec Charles, marche, sous ses drapeaux , à la bataille de Fontenai ; mais il se contente d'v faire le personnage de spectateur, tandis que Warin , par sij valeur, fait pencher la victoire du côté de Charles. Ce manquement perfide ne resta pas impuni. L'an 844 ■> Bernard , arrêté par l'ordre de Charles , est condamné à mort comme coupable de félonie , et exécuté au mois de juin. Un fragment d'une chronique manuscrite, publié par M. Baluze, et dont la sincérité paraît fort équivoque à D. Vaissète , dit que ce fut Charlyr. le Chauve lui-même qui poignarda Bernard pour se venger dt' ce qu'il avait souillé la couche nuptiale de son père. {Histoire dt^ Lang. ^ tome I, page 70G , col. 2. ) Bernard avait épousé, le I*^ juillet 8^4 , DoDANE , ou Duodène , dont il e it deux fils , Guillaume , duc de Toulouse , qui suit , et Bernard, différent de celui qui fut dans la suite marquis de vSeplimanie ; avec une fille, Rogelinde, femme de Wulgrln, comte d'Angouléme et de Périgord. C'est au premier de ces deux fils que Dodanc adressa le manuel qu'elle avait composé pour le former à la vertu.
comtes de Toulouse, et celle des comtes de Rouerçue. Tes deux frères jouirent par indivis de l'Albigeois et du Querci , et du marquisat de Gothie , qui échurent à leur maison après la mort de Guillaume le Pieux.
RAYMOND II, COMTE pe Toulouse.
918 ou 919. Raymond II, fils aîné d'Eudes, lui succéda au comté de Toulouse , dont il portait déjà le titre dans les dernières années de son père ; ce qui prouve qu'Eudes l'avait associé au gouvernement. Raymond et Ermengaud, son frère, ne prirent aucune part à la conjuration formée , l'an 92a , contre Charles le Simple, ni à l'élection de Robert. Raymond , l'an 928, signala sa valeur contre les Normands, dans une grande bataille qu'il leur livra avec Guillaume II, comte d'Auvergne, qui l'avait appelé à son secours. Raymond mourut peu après cette expédition , peut-être même dans l'action , laissant de GuiDlNlLDE, son épouse , Raymond- Pons , qui suit.