ALFONSE
1249. Alfonse , fils de Louis VIII , roi de France , comte, de Poitiers depuis 1241 , juccéda , l'an 1249» ^ liaymond Vii,. dernier comte de I oulouse , dont il avait épousé la, fille et l'héritière. Alfonse était pour lors parti pour le voyage d'outre-mer avec JeanîSE , son épouse ; mais la reine Blanche veilla aux intérêts de son fils pendant son absence , et recueillit pour lui la succession de Pvaymond. Alfonse, l'an 1260 , est fait prisonnier par les Turcs avec le roi, son frère , le 5 avril; délivré par composition le 6 mai suivant, et conduit à Damiette, il y rejoint sa femme, qui témoigne une joie extrême de le revoir. 11 s'embarque, vers la fin de juin , au port d'Acre pour revenir en France, avec Charles, son frère, et les princesses, leurs épouses. L'an laSi , Alfonse et Jeanne font , le 2^ mal ^ leur entrée solennelle à Toulouse , et y reçoivent le serment de fidé-; lité des habitants. Après avoir parcouru les terres de leurs domaines, ils revinrent en France, où ils firent depuis leur séJQUjç
©Fdinaire , particulièrement au château de Vincennes. Vers la fin de l'an i252, Alfonse se voyant en grand danger, par une attaque d'apoplexiç , f^it vœu de retourner à la Ïerre-Saintè , et prend la croix : roais ce voyage , retardé par différents obsta-: clés qui survinrent dans la suite, ne fut entrepris que Pan 1270, L'an 1254, le roi saint Louis, à son retour de la Terre-Sainte, étant à Saint-Gilles, y donne, au mois de juillet, une ordonnance pour l'administration de la justice dans le [.anguedoc- 11 y est dit, entr'autres choses, que s'il arrive quelque eus pres-~ sant pour lequel il comnendrait de défendre V exportation des denrées hors du pays , le sénéchal assemblera alors un conseil non suspect y auquel assisteront quelques-uns des prélats ^ des barons y des chei'a/iers et des habitants des bonnes villes ^ de l'avis desquels le sénéchal fera cette déjense ; et, quand elle aura été faite ^ il ne pourra plus la révoquer sans un conseil semblable. C'est le plus ancien monument où l'on voie que le tiers-états , depuis Téta-» blissenient du gouvernement féodal, ait été nommément appelé dans les assemblées de la province de Languedoc et même dans celles du royaume.
L'an 1265, Alfonse favorise la construction du pont du Saint- Esprit. Ce célèbre pont, commencé cette année, ne fut achevé que vers la fin de l'an i3o9, quoique le travail eût toujours été continué avec des primes et des dépenses incroyables ; il a donné dans la suite son nom à la ville de Saint-Saturnm-du-Port, ainsi appelée à cause du passage qu'il y avait en ce lieu sur le Khône. Ce furent les habitants de Saint-Saturnin qui construifiirent ce pont sous le nom du Saint-Esprit, parce qu'ils attribuèrent la résolution qu'ils en avaient formée, à l'inspiratiou de l'Esprit divin. ( Vaissète , tom. III , p. 3o5. )
Alfonse , l'an 1270, pour exécuter le vœu qu'il avait fait dixhuit ans auparavant , se rend avec la comtesse Jeanne , avant la fin de mai , à Aimargues , dans le diocèse de îs'ismes , où ils font , l'un et l'autre , leur testament. Ils s'embarquent à Ai-^ gues-Mortes, et joignent le roi saint Louis au port de Cagliari en Sarciaigne , où sa ilolte s'était arrêtée , et débarquent à Tunis le 17 juillet. La mort de saint Louis, arrivée le 26 août suivant, ayant dtconcerlé tous les projets des croisés , Alfonse et son épouse font voile des côtes d'Afritjue , abordent sur celles de Sicile , le 22 novembre , et passent tout l'hiver et une partie du prinlems dans cette ile. Ils se mettent ensuite en mer, débarquent en Italie, et continuent leur route par terre. Etant attaqués l'un et l'autre d'une violente maladie au château de Corneto , sur les confins de la Toscane et des états de Gênes , ils se fout transporter à Savone. Alfonse y mourut le vendredi , 21 4yûi 1271 , âgé de cinquante et un ans, sans laisser de postérité;
3y8 CfIRON. BIST. DES COMTES DE TOULOUSE.
Jkainne, son épouse, mourut le mardi suivant. Le corps J'AIfonse fut porté dans l'église de Saint-Donis où il avait choisi sa çépulture, et celui dP Jeanne dans l'aljliîiye de Gerci , en Brie, qu'elle avait fondée au mois d'août de l'an i'-i6ç)- « .\lfonse , dit t> D. Vaissète, fut un prince débonnaire ,cliaste, pieux , aunic— i> nier, juste et équitable. 11 ne manquait d'ailleuis ni de valeur » ni de fermeté. IL marcha sur les traces du roi, son frère, dans i> la pratique des vertus chrétiennes. » Il parait que la comtesse, sa femme , était d'un caractère à-peu-près semblable. Philippe m, roi de France, recueillit toute leur succession. En vain Philippe de Lomagne, héritière de Jeanne, fit demander au parlement, par le ministère du comte de Sciint-Pol, son tuteur, tl être reçue à foi et hommage pour les domaines de celte succession, qui avaient appartenu à Jfanne : elle fut déboutée de sa demande par arrêt de l'an i:i74- Le comté de Toulouse ne fut toutefois réuni à la couronne c|u'en l'Mii. Philippe lll et sei successeurs gouvernèrent jusqu'à cette année les différents pays, dont ils avaient hérité , par la mort de Jeanne , comme comtes particuliers de Toulouse, et non comme rois de France.
Avant la réunion du comté de Toulouse à la couronne, le comte et chaque seigneur particidier as'ieinblaieut leurs sujets lorsqu'ils avaient des subsides à leur demander. Après la réunion , les rois de France suivirent quelque tems cette forme , et assemblaient les habitants de chaque sénéchaussée en particulier. Mais Charles VII' ayant trouvé plus à propos de convoquer les sénéchaussées en un seul corps d'états, cette forme a toujours été observée dépuis. ( Sur la cession du comiat Vcnaissia. fui le au saint siège' par les rois fie France , voyez l'article du pape- Grégoire X. )
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