‹ L'art de vérifier les datesChapitre 159 sur 230 · ALFONSE-JOURDAIN · texte numérisé non relu

ALFONSE-JOURDAIN

M 12. Alfonse-Jourdain, comtp de Roaergue , fils a?

B-Ho" CHROKOT.OGÎE HISTORIQUî:

Raymond IV , et de la princesse Elvire, était né , comme on Ta déjà dit, en Palestine l'an iio3, et avait été baptisé dans le Jourdain , d'où lui vient ce surnom. Amené à Toulouse, l'an 1107, par Guillaume , seigneur de Montpellier, qui l'avait été chercher en Orient , il succède à Bertrand, son frère, l'an 1 1 12, dans le duché de iNarbonne, le duché de Toulouse, et le marquisat de Provence. Au commencement de son gouvernement, séduit, comme il l'avoua dans la suite, par ses instiluleurs, il létablit dans les abbayes de sa dépendance les abbés chevaliers que ses prédécesseurs, touchés du préjudice qu'ils portaient à la discipline ïégulière, avaient abolis.L'an 1 1 ï4iA.lfonseest dépouillé ducomté de l'oulouse par Guillaume le V ieux , duc d'Aquitaine, qui s'en empare une seconde fois. J-<e jeune Alfonse se relire en Provence, et laisse son compétiteur, par impuissance de lui résister , en paisible jouissance de son usur[)alion. Mais Guillaume avant quilt.^ Toulouse en 1119, après la mort de Philippe , sa iernme , les Toulousains secouent le joug de sa domination , et se déclarent , Fan 1 120, ou au commencement de Tannée suivante au plus lard, en faveur d'AUonse , (ju'ils regardaient comme leur prince légitime. Alfonse ayant alors une guerre à soutenir en Provence contre le comte de Barcelone , allié du duc d'Aquitaine , charge du gouvernement de Toulouse, durant son absence , Arnaud de Levezan , évèque de Béziers. Les Toulousains, sous la conduite de ce prélat , assiégi-nt , Tan 1 122 , Gullbume de Montmaurel dans le châleau Narbonnois de Toulouse , où il commandait povu- le duc , et l'obligent d'évacuer la place ; après quoi ils vont en corps d'armée , Tan 112!^ , délivrer le comte Alfonse , assiégé dans Orange par le comte de ijarcelonne. Cette expédition ayant réussi par la reuaite des assiégeants, ils ramènent Alfonse en triomphe dans leur ville.

Alfonse, l'an ii25, termina, par un partage fait le 16 septembre , la guerre qu'ii avait avec Raymond - Berenger ill, comte de Earcelonne , pour le comte de Provence. Par ce partage , connue ou l'a dit plus haut , une grande partie du diocèse d'Avignon , ceux de Vr.ison , de Cavaillon , de Carpeulras , d'Orange, de Saint- Paul- trois -Châteaux , de Va- »eiice et de Die , échurent aux comtes de Toulouse , sous ie titre de marquisat de Provence. Raymond, Tan 11H1 se saisit de Nai bonne, après la m(!i t du vicomte Aymeri II : mais il rendit celte ville , en 1 14'^ , à lùmengarde , fille aînée d'Aymeri. L'an 1 14'7 tandis qu'Alfonse est en Provence , au retour d'un pèlerinage qu'il avait fait à Saint- Jacques , le roi Louis le Jeune , entre a main armée dans le comté du Toulouse , dont il assiège la capitale. Oderic Vital, qui écrivait alors, tranche t'i> peu de mots cette expédition*, et sans en marquer ni les

DES COMTES DE TOULOUSE. 38 r

motifs , ni les clrconslances , il. fait seulement entendre qu'elle ne fut point heureuse pour Louis. Un historien anglais ( Guillaume de îs't'ubrige), qui prit la plume un peu plus tard, prétend que re prince demandait , au nom de sa femme Eléonore , héritière de l'Aquitaine , la restitution du comté de 1 oulouse , que Guillaume IX, comte de Poitiers, aïeul de cette reine, pour fournir à ses dépenses, avait engagé, dit-il, à Raymond de Saint - Gilles , père d'Alfonse , et que Guillaume X , père d'Eléonore , avait négligé de retirer. Mais cet auteur mêle à son récit des faussetés si manifestes , qu'elles rendent plus que douteux , le motif qu'il prête au roi de France en cette occasion. Ne serait -il pas plus vraisemblable de dire que le fondement de l'expédition dont il s'agit , était le droit qu'Eléonore avait au comté de Toulouse , comme petite-fille (le Philippe ou Mathllde , que Guillaume IV , son père, avait frustrée de son héritage , ainsi qu'on l'a vu plus haut , pour le transporter à Haynnond de Saint-Gilles , son frère ? Ce qu'il y a de certain , c'est que le comte Alfonse-Jourdain , se voyant délivré des armes du roi , témoigna sa reconnaissace envers les habitants de Toulouse, qui s'étaient vigoureusement défendus , en leur accordant divers privilèges par un diplôme du mois de novembre ii4i.

Alfonse-Jourdain , au retour d'un voyage d'Espagne (c'était le deuxième qu'il avait fait en ce pays), fonde au mois d'octobre n44> ^3 '*^'illc tic Montauban. L'an 1146? il prend la croix avec les autres princes , à l'assemblée de Vezelai , convo- <|uée par Louis le Jeune. H s'embarque au mois d'août 1 147 . sur une flotte qu'il avait fait équiper à la Tour du Bouc , vers les enibouciuires du Rhône , à l'endroit où l'on construisit depuis le port d'Aigues-Mortes. Une ancienne chroni(|ue nous apprend qu'il relâcha dans un port d'Italie, qu'elle ne nomme point, et que de-là il se rendit à Constantinople où il passa l'hiver, S'élant remis en mer , il aborda, dans le prinlems de l'an 1 148 , au port d'Acre , et mourut vers la mi-avril de la même année , du poison que lui fit donner à souper , la première nuit de son arrivt'f! à Cesarée , Melisende, rfine de Jérusalem. ( Vaissète , t'jui. II, pag. 431. ) Alfonse laissa deux enfants de Faydide , fille de 1-iayniond Decan . seigneur d'Uzès, sa femme; Raymond , qui lui succéda ; Alfonse , qu'on a souvent confondu avec Albéric TallUfér, son neveu, fils de Raymond V, son frère; l'.'ivdide, femme, sui\';u)t Guichenon , de R»jml>ert lil , comte de Savoie , et une autre fille, nommée i^urence par le P. Anselme, mariée à Dodou, comte de Comminges.Alfonse-Jourdaii> eut de plus un fils naturel, nommé Ri*rl;;ind , et une fille naturelle N, qui le suivirent en Palestine , et (lont on a raconté cl-

o8^ CIlROi^OLOGIE HISTORIQUE

devant les aventuK^s. ( Foyez à l'article de Raymond P^ , comte de Tripoli. ) Alfonse - Jourdain fut le quatrième comte c'ti Toulouse cjui mourut à la Terre-Sainte.

RAYMOND V, et ALFONSE IL

1148. Raymond V, né l'an 1 1 34, succède à son père Alfonse-y, Jourdain, conjointement avec son frère Alfomsïî IL L'un et^ l'autre se qualifièrent également comtes de Toulouse , ducs de INarbonne et marquis de Provence : dignités qu'ils possédèrent par iiidivis avec les autres domaines de leur maison. Il parait cependant que Raymond se réserva la principale autorité. Sa résidence la plus ordinaire fut à Toulouse , ou dans la partie ore-,idci!tale de ces domaines. Alfonse s'établit dans l'orientale eL aux environs du Rhône. L'étendue de leurs états démandait qu ils fussent ainsi placés , afin qu'ils pussiMit les gouverner plus ;:isément. Car ils coinprenaient , ces états, comme on l'a déjà dit, i". outre le domaine , soit direct, soit suzerain , de tous les pays renfermés dans la province ecclésiastique de Toulouse , les comtés particuliers d'Albigeois, de Querci et de Rouergue, avec la suzeraineté sur le Carcassez et le Rasez ; 2". le duché de Narbonne ; '6°. les comtés particuliers de Languedoc, entre aiitres ceux de Narbonne , de Nisnies et do Saint-Gilles ; 4"' ^e Tnarquisat de Provence qui dominait sur tout le pays, situe entre le Rliône , l'Isère , les Alpes et la Durance.

Raymond, l'an 11 53, déclare la guerre à Raymond Trenravel , vicomte de Carcassonne , pour avoir recoîmu à son préjuliice la suzeraineté du comte de Bnrcelonne. L'ayant pris la même .'îp.née dans une bataille , il le fait conduire prisonnier à Toulouse. Il épouse , l'an 1 154 , CoNSjANCE , sœur du roi Louis le Jeune , veuve d'Eustache, comte de Boulogne, et fils d'Etienne, roi d'Angleterre.

L'an ïi5c), Hen.ri II , roi d'Angleterre, redemande à Raymond le comté de Toulouse , sur le raome principe que Louis îe Jeune l'avait , à ce (pi'il semble , revciidicjué en 1 14^ ? c'està-dire au, nom de sa femme Eléouore, comme petite-fille de Guillaume IV, comte de Toulouse , par I^hilippe, sa mère, filie unique de ce prince. Sur le refus de R ivmond , il se préi.>are à se faire justice par la voie des armes. An mois de juin , il entre dans le Querci , accompagné du roi d'Ecosse, du comte de Blois , de Guillaume (^e Blois , fiis d'Etienne, roi d'Anfdclerre, et du comte de Boulogne, auxquels viennent se joindre le comte de Barcclonne et le seigneur de Montpellier. Tout plie devant l'armée formidable de ce prince jusqu'aux portes de Toulouse qu'il fait investir. Louis , dont les iutérels avaient c'jangé depuis son divorce avec Eléon< re , vole au secours dti

DES COMTES DE TOULOUSE. 3f+3

Raymond, son vassal et son beau-frère, perce l'armée ennemie avec une poignée de soldais , et se trouve dans Toulouse avant que l'Anglais ait appris qu'il armait. Dans le même tcms Robert de Dreux et Henri , évèquc de Beauvais , frères du monarque , se jettent sur la Normandie , pour forcer par cette diversion le roi d'Angleterre d'abandonner son entreprise. Ce projet réussit : Henri étonné de l'arrivée imprévue du roi de France , et inquiet de ce qui se passait en Noimandie , lève le siège de Toulouse , feignant de n'avoir pas voulu donner l'assaut à la place , par respect pour son suzerain. Mais il prend en s'en retournant la ville de Cabors et divers châteaux du comté de Toulouse , laissant à Thomas Becquet , son chancelier , le soin de continuer la guerre. La paix se fit au mois de mai de l'année suivante. Mais la guerre recommença l'an iif>4, et fut terminée par une nouvelle paix conclue à l'Epiphanie de l'an ii6i). Raymond, séduit par l'empereur Frédéric, se déclara, l'an ii65 , pour l'antipape Pascal , et ordonna de sortir de ses états , à tous les ecclésiastiques qui refuseraient de le reconnaître. Le pape Alexandre III , après avoir fait d'inutiles efforts pour le regagner, jeta l'interdit sur ses terres. Il durait encore, cet interdit , l'an 1168, comme le prouve la lettre de ce pape aux Toulousains , en date du 12 mars de celte année , par laquelle il les relève, à la demande du roi de France , attendu qu'ils n'avaient pas pris part au schisme. Raymond en «sait fort mal envers Constance, son épouse. Cette princesse , fatiguée de ses mauvais traitements, le quitta l'an ii65 , et s« retira à la cour du roi Louis le Jeune , son frère. Raymond la répudie, l'an 1 1 6(3 , pour épouser Richilde , veuve du comlv'j de Provence. Ce divorce et ce nouveau mariage furent approuvés par l'antipape Pascal, dont Raymond, comme on l'a dit, avait embrassé l'obédience.

Raymond , l'an 1 17'^ , sur la fin de février , conclut à Limoges , avec le roi d'Angleterre , un traité de paix , qui avait élë entamé le 12. de ce mois à Montferrand , par la médiation du roi d'Aragon et des comtes de Maurienne et do ÎVjàcon. La propriété du comté de Toulouse fut assurée par ce traité à Ba^ - .mond , sous la condition de reconnaître le roi d'Angleterre, comme duc d'Aquitaine, pour son suzerain, sauf toutefois la fidélité qiCil devait à Louis de Fiuiicc ; mais ce vasseiage n^' fut pas de longue durée. ( Vaissète , liist. de Lang. lom. III, pag. 02.. )

Raymond , l'an 1 174 au plus tard , abandonna le parti de l'antipape Calliste , pour rentrer sous l'obédience d'Alexandre \\ï: Ce pontife tâcha de l'engager à reprendre Constanr:s, et ne put y^ réussir. Constance, de relour de la Tcrre-Sainlr; , où c\[e,

s'était affiliée à l'ordre des Hospitaliers , demeurait cliez son frère , l'archevêque de Reims. Alfonse , roi d'Aragon et Raymond, s'étant rendus, le i8 février 1 176 , avec un grand nombre de seigneurs à l'île de Gernica , entre Reaucaire et Tarascon , y conclurent un accommodement , par letjuel Raymond cède au roi d'Aragon ses droits sur le comté d'Arles ou de Provence , moyennant une somme de trois mille dix marcs d'argent. ( Vaissète , tom. III , pag. f^i. ) En réjouissance de celle réconciliation , on fit une grande fête à Fîeaucaire , où les plus riches se distinguèrent par des dépenses aussi folles que ruineuses. Ou y vit le chevalier Rertrand-Raimbaud faire labourer avec douze paires de bœufs les cours du château , puis les semer de deniers , jusqu'à la somme de trente mille sous; Guillaume Gros de Martel , qui avait en sa compagnie trois cents chevaliers (car il y en avait bien dix mille à cette Cour ) , faire cuire tous ses mets au feu des bougies et des torches ; Raymond de Venoul , faire brûler en public , trente de ses chevaux par ostentation. La prodigalité la plus louable , fut celle de Ravrannd d'Agout , lequel ayant reçu cent mille sous du comte de Toulouse, les distribua par égales portions à cent chevaliers. {Gaufred. Vos. c. 69. )

L'hérésie des Albigeois , à la faveur des guerres presque continuelles que le comte de Toulouse avait soutenues jusqu'alors , s'était beaucoup étendue dans ses états. Raymond , désirant de l'extirper, écrivit au chapitre général de Citeaux , dans le mois de septembre 1177 , pour demander dei missionnaires capables de seconder son zèle. Le pape Alexandre auquel il s'était aussi adressé pour le même sujet , envoya sur les lieux le cardinal de Saint-Chrysogone , qui s'étant associé quelques autres prélats, ravailla avec succès à ramener les peuples séduits du Toulousain et de l'Albigeois. Mais peu de tems après Raymond ayant été obligé de reprendre les armes contre le roi d'Aragon , et contre Richard, duc d'Aquitaine , les hérétiques profitèrent de ces troubles pour répandre de runiveau leurs erreurs.

L'an 1182, Raymond , à la prière du roi d'Angleterre, amène du secours en Aquitaine au duc Richard contre ses vassaux révoltés. S'étant brouillé , l'année suivante , avec ce même monarque , il aide son fils Henri à lui faire la guerre. L'arj 1186, il prend les armes contre Richard. Les hostilités réciproques furent peu considérables celte année et la suivante. Mais Raymond ayant, fait, l'an 1188, une ligue avec divers seigneurs d'Aquitaine, rallume l'incendie en faisant arrêter , par le conseil d'un de ses domestiques , plusieurs marchands aquitains qui commerçaient dans ses élals. Richard trouve moyen de s'assurer de la i^ersonne de ce domeslicjue, et le fait enfermer

•• CES COlitES DE TOULOUSE, 3S!>

Oatis une étroite prison. Le comte l'ayant inulllement rcde- Hiandé , fait arrêter par représailles deux chevaliers de lo maison dn roi d'Angleterre, qui revenaient de Saint-Jacques en Galice. Outre de dépit , Kichard entre dans le Querci , où il prend dix-sept châteaux. Le coiute , poussé à bout^ implore la protection du roi de France. Ce mon.irque ayant inutilement porté ses plaintes au roi d'Angleterre , contre la conduite de son lils^ déclare la guerre à l un et à l'autre. Après quelques hostilités « Richard , dont le père était mécontent , craignant son ressen-» timent , se réconcilie avec le roi de France ^ et reste maître da <^uerci. Pour empêcher le comte de le reprendre , il excite Sourdement les Toulousains contre lui. Cette sédition fit l'effet qu'il désirait. Raymond, occupé à la calmer, laissa le duc en. possession de sa conqiiète. Mais l'an 1192 , pendant l'absencô de Richard, alors roi d'Angleterre, et une maladie du sénéchal de Guienne, s'étant alhé avec plusieurs seigneurs du pays y il se jette sur la Gascogne , où il fait de grands dégâts. Le sénéchal rétabli vient fondre à son tour sur le comté de Toulouse, €t s'avance jusqu'aux portes de la capitale. Malgré ces hostilités, Raymond ne laissa pas d'aller au-devant de la femme de Ri-» chard , qui revenait par mer de la Terre-Sainte , avec la sœut de ce prince , et Rourgogne , fille du roi de Chypre ; les ayant amenées dans ses états , il les traite avec les égards dus à leur rang. Le comte Raymond , âgé de soixante ans , mourut sur la fin de Tan 1194 -, laissant de Constance trois fils et une fille ^ Raymond, qui lui succéda dans tous ses domaines; Raudoin^dont on marquera ci-après le sort à l'an 1214 ; Albéric Taillefer, qui épousa Réatrlx, dauphinede Viennois, et se qualifiait, en vertu de ce mariage , comte de Viennois et d'Albon. (^Bibl^ Sebus. pag. 17 ) ; et Adélaïde , femme de Roger II , comte de Carcassonne. Constance portait le titre de reine , parce qu'elle létait fille de roi , et qu'Lustache, son premier mari , avait été couronné roi d'Angleterre du vivant d'Etienne , son père. Raymond V augmenta ses domaines de la vicomte de Nismes , que lui céda Rernard-Atton en 11 87. ( Vay. Raymond-Trencavel , vicomte de Carcassonne,, et Raymond - Bérenger III , comte de Proi^ence. )

RAYMOND TI

1194. R.VYMOND VI, fils de Raymond V et de Constance, né le 27 octobre 1106, succède à son père sur la fin de l'an ng4 , et prend possession de la ville et du comté de Toulouse le 6 janvier iigS. Il avait déjà été marié trois fois, i". avec Er:\ie.ssinde , fille et héritière de Réatrix, comtesse de Mei- ^leil . et de Bernard Pelet , morte en 1 175 ; 2?> avec Bé.vtrix IX. 49

^86 CHROÎ<OLOGIE HISTORIQUE

DE BezierS, fille tlu vicomte Raymoiid-ïrencavel , qu'il répuJià pour épouser , 3^. Bourgogne , fille crAmauri , roi de Chypre ^ à laquelle il fit le même affront. ( 11 l'avait enlevée à Marseille , où elle avait été amenée pour aller épouser en Flandre le comte Baudouin , et y étant retournée après le divorce, elle y épousa, l'an laoiJ, Gautier de Montbeliard , qui, l'année suivante , la ramena en Chypre; mais 11 en fut chassé bientôt après, pour avoir voulu disputer ce royaun»e à son beau - père. ) La guerre que Bichard, roi d'Angleterre, avait déclarée à Raymond Y , durait toujours. L'an 1 196 , Raymond VI fait la paix avec ce prince , qui renonce à ses prétentions sur le comté de Toulouse, restitue le Querci qu'il avait envahi dès l'an iiisS dans le mois d'octobre, et donne en mariage , à Raymond, Jeanne , sa sœur , veuve de Guillaume II , roi de Sicile , avec l'Agénois pour sa dot.

Raymond , l'an 1 19S , se ligue avec le roi d'Angleterre contre Philippe Auguste. 11 perd, la même année, sa femme Jeanne, et contracte alliance, l'année suivante, avec Eleonore, sœur de Pierre II , roi d'Aragon , qu'il n'épousa que quelques années après, à cause de sa trop grande jeunesse. L'an 1204, au mois d'avril, trailé de Raymond avec le même roi d'Aragon, par lequel ce dernier lui engage les vicomtes de Milhaud et de Gévaudan , moyennant la somme de cent cinquante mille sous melgoriens, faisant trois mUle marcs d'argent.

L'hérésie des Albigeois continuoit de faire des progrès rapides len Languedoc , malgré le zèle des missionnaires qui s'y étalent rendus pour la combattre. Le pape Innocent 111 , si célèbre par ses entreprises en tous genres , prit le parti d'envoyer des légats sur les lieux, avec ordre de réclamer le bras séculier pour exterminer ceux que la persuasion ne pourrait ramener à la vraie foi. Si les seigneurs refusaient le secours du glaive , ils devaient être excommuniés. Le comte de Toulouse ne goûta point cette manière étrange de convertir, et ne se crut pas obligé de détruire ses propres sujets, parce qu'ils ne renonçaient pas à l'erreur» Cependant les menaces des légats , Raoul et Pierre de Castelnau , l'engagèrent , l'an i2o5 , à promettre par serment de chasser de ses domaines les hérétiques et les routiers. C'était une violence que son cœur désavouait ; et il le prouva dans la suite. Pierre de Castelnau s'étant transporté au-delà du Rhône , pour réconcilier les seigneurs du pays divisés entre eux , vint à tout , l'an laoy , de leur faire conclure un traité de paix, et cela, dans la vue de réunir leurs forces contre les hérétiques. Mais le traité ayant été arnorfé à Raymond, il refusa de le signer. Le léiat , sur ce rcSus , le frappa d'excommunication et mit ses terres CI) interdit, Le pape vii^t à la charge , et écrivit au comte une

lettre fulminante , qui lui arracha enfin la signature qu'on demandait. Bientôt après un événement funeste fit évanouir le fruit de cette soumission. Le i5 de janvier 1208 , Pierre de Castelnau étant près de s'embarquer sur le Rhône, fut assassiné par deux inconnus qui disparurent aussitôt. On ne manqua pas d'imputer ce meurtre au comte de Toulouse. Le pape en conséquence adressa des lettres très- pressantes aux évêques , aux comtes et aux barons, pour les exhorter à prendre les armes contre ce prince, et à s'emparer de ses domaines, llécrlvit dans le même goût au roi Philippe Auguste , et fit prêcher une croisade contre les Albigeois. Un grand nombre de personnes de tout état se consacrèrent à cette expédition. Les nouveaux croisés portaient la croix sur h poitrine, pour se distinguer de ceux cle la Terre-Sainte, qui la portaient sur l'épaule. Le pape , vers le même tems , envoya des instructions aux nouveaux légats qu'il avait nommés pour remplacer Pierre de Castelnau. C'étaient les évêques de Riez , de Conserans et l'abbéde Citeaux , auxquels, vint se joindre Mllon , notaire du pape , avec le titre de légat à latere ; et voici un échantillon de ces instructions, qui fera juger de l'esprit dans lequel elles furent données. « Sur ce que vous « nous avez demandé, leur dit Innocent, de quelle manière « les croisés doivent se comporter à l'égard du comte (de Tou- » louse), nous vous conseillons aç>ec V Apôtre d'employer la- » ruse , qui dans une occasion semblabe doit être plutôt ap- >» pellée prudence. Ainsi , après en avoir délibéré avec les plu» » sages de l'armée , vous attaquerez séparément ceux qui sont »» séparés de l'unité : vous ne vous en prendrez pas d'abord au » comte de Toulouse, si vous prévoyez qu'il ne s'empresse pas M de secourir les autres , et s'il est plus réservé dans sa conduite ; n mais le laissant pour un tems , suivant l'art d'une sage dissi- » mulalion , vous commencerez par faire la guerre aux autres « hérétiques , de crainte que s'ils étaient tous réunis , il ne fiU » plus difficile de les vaincre ; par-là , ces derniers étant moins y> secourus par le comte, seront plus aisément défaits, et ce j) prince , voyant leur défaite , rentrera peut-être en lui-même. n S'il persévère dans sa méchanceté, il sera beaucoup plus facile n de l'attaquer , lorsqu'il se trouvera seul et hors d'état d'être >» secouru par les autres. » {Innoc. III -, A XI , <?/>, aS^. ) D'i moins (c'est la réflexion de M. l'abbé Millot), aurait -il fallu rougir de profaner si iiKllgnemeiU l'autorité de l' Apôtre.

L'orage cependant grossissait sur la têle du comte de Toulouse. L'an, 120C) , cité par Milon , k'gat du pape, il e présente au concile de Valence , où il accepte les conditions que ce prélat • lui impose pour obtenlrson absolution. De-là, conduit à Saint- Gilles , ou i'oblig,e à. se présenter mi jusau'a la, ceinture datis

888 rHProKOLOGiE historique

le vestibule de l'église , devant un autel portatif, siîf lequel était exposé le Saint-Sacrement. Dans cet état, Miton , accompagné de trois archevêques et dix-neuf évêques , lui fait renouveler le ferment qu'il avait fait , d'obéir à tous les ordres du pape et des légats touchant les chefs, au nombre de quinze , qui lui avaient attiré l'excommunie ation. F.e légat ensuite lui avant mis nne étole au cou, la prend par les deux bouts, et l'iutroduit ainsi dans l'église , en le fouettant avec une poignée de verges; après quoi, il lui donne l'absolution au milieu d'une foule innoaibrable de peuple. La date de cette humiliante cérémonie est le i8 de juin. Le 22 du même mois , Raymond , dans la crainte d'être accablé par les croisés , prend lui-même la croix , et va se joindre à eux pour faire la guerre à ses propres sujets. Au mois d'août suivant , les croisés , après s'être emparés de Carcassonne et de cent autres places , choisissent pour chef Simon de Montrort , au refus du duc de Bourgogne , du comte deNevers et du comte de Saint-Pol. La hauteur de ce général , le ton impéri(°ux qu'il prend vis-à-vis du comte de Toulouse , et son ambition qui perce à travers le voile de la dissimulation dont il la couvrait , ne tardèrent pas à le brouiller avec ce prince. Les légats secon*» daient parfaitement les vues de Montfort, et semblaient ne s'occuper avec lui qu'à pousser à bout la patience du comte de Toulouse , en l'accablant d'opprobres et de chagrins, -laymond était exclus de sa propre capitale. Ayant obtenu la permissioit d'y entrer , il y reçut ordre de livrer tous les Toulousains suspects d'hérésie. Il le refuse , en protestant qu'il irait se plaindre au pape de ces injustes vexations. Les Toulousains et divers seigneurs adhèrent à son appel. Après avoir fait sou testataeut , le 20 septembre , Raymond ss rend à Paris , où il fait déposer cet acte dans les archives de Saint-Denis , et de-là part pour Rome, accompagné des députçs de la ville de 'l'oulouse , et d'autres personnes distinguées qui faisaient cause commune avec lui. Cependant Simon de Montfort, continuant ses expéduions, prend Mirepoix , Pamleis , Albi , elc- Innocent le félicite de ses conquêtes , et lui en confirme la possession par une Retire du 1 1 novembre.

Le comte Ravmond arrive à Rome sur la fin de janvier de l'an 1 210 ; il est admis à l'audience du pape , qui lui donne l'absolution. De Rome il se rend à la cour de l'empereur Ollon, pour implorer son secours contre les vexations de Simon de Montfort : étant revenu ensuite trouver i'ai)béde Citeaux cl le général des croisés , il leur notifie les ordres du pape pour être reçu à se justifier des crimes qui lui étnieni imputes; mais tontes ces démarches sont inutiles. Malgré les pressantes sollicitations de l\îivmond , et malgré les ordres c^u'il portait, on ne voulut ps,

DES COMtES DE TOULOUSE. 3.*Jv)

permettre qu'il se justifiât au concile de Saint-Gilles, tenu veri la fin de septembre, sur Taccusatiôn d'hérésie , et sur lé meur-» tre de Pierre de Castelnau.

Les croisés , cependant, ne restaient pas oisifs en Langue^ doc. Le comte de Toulouse voyant les conquêtes qu'ils faisaient sur les terres de ses vassaux , craignit avec fondement pour sCà propres domaines. Pour cimenter la liaison qui était entre lui et Pierre H , roi d Aragon, son beau-frère, il maria, au commencement de Tan 121 1 , Raymond, son fils aîné, âgé seulement de quatorze ans , avec Sancie , sœur du premier. Cette alliance donna de l'ombrage à Simon de Montfort , dont la fille devait (épouser le fils du roi d'Aragon, lorsqu'il serait en âge de pti-» bèrté. Les légats, d'intelligence avec Montfort, assemblèrent, au mois de février 121 1 , dans la ville d'Arles, un concile , où le comte de Toulouse et le roi d'Aragon furent appelés, lé premier par une citation , le second par une invitation. Sur lé refus que Raymond fit de souscrire aux conditions odieuses qu'on lui proposa pour le laisser en paix, il fut excommunié. La sentence du concile fut confirmée, le 17 avril, par Innocent III, qui donna ordre en même-tems aux légats de saisir en leurs mains le comté de Melgueil, qu'il prétendait appartenir à saint Pierre, et de le faire garder jusqu'à nouvel ordre. (Innocent ///, /iV. 14, ép. 35. ) Nous apprenons d'ailleurs qu'il enjoignit aux mêmes légats de saisir les autres domaines du comte, et de les donner en garde à qui il appartiendrait ( Ibîd. ép. i63. ) Alors, 1« comte de Toulouse voyant qu'il allait être attaqué par les croisés, se met en ét^it de défense.

Simon de Montfort , après s'être emparé des principales places qui appartenaient à Piaymond-Koger, vicomte de Beziers et de Carcassonne; après avoir terminé , le 3 mai lau , le mémorable siège de Lavaur, en Albigeois, parla prise de la place et le inassacr? des habitants , tourne ses armes contre le comte de Toulouse. Foulques ou Folquet , évêque de Toulouse, était d'intelligence avec Montfort. Il avait depuis quelque tems formé dans cette ville une confrérie, ou plutôt une croisade partitullère, à laquelle il avait accordé les indulgences ordinaires. Ka Confrérie blanche ( c'est le nom qu'on lui donna ) , était le parti dominant de la cité. Le bourg lui opposa la Confrérie noire ; et il y eut entre elles des combats sanglants. L'évêque ayant ordonné à la première de marcher au siège de Lavaur, où la fureur des croisés se signalait , le comte le défendit. La défense fut moprifée : on obéit à l'évèque. Celui-ci, quelque tems après, se trouve fort embarraîisc pour faire son ordination , parce que les légats avaient mis on interdit tous les lieux où le prince excommunié scr(\It présent. U envoie prier Raymond de sortir un tel

jour de la ville , sous prétexte de promenade. Raymond prenant cette prière pour une insulte, lui fait signifier, à lui - mc^me , qu'il ait à sortir incessamment de ses états. « Ce n'est pas le ?» comte, répond le prélat, qui m'a fait évêque. Je suis élu sui- » vant les lois ecclésiastiques , non intrus par violence et pair i» son autorité. Je ne sortirai point à cause de lui. Qu'il vienne, » s'il l'ose , je suis prêt à mourir , afin d'arriver à la gloire par » le calice de la passion. Qu'il vienne, le tyran, accompagné » de ses satellites. H me trouvera seul e( sans armes. J'allenda » la récompense , et je ne crains rien de ce que les hommes peu-^ » vent me faire ». ( Vaissète , tom. III , p. 207 etao8.) « Lefana-f » tisme , avec ce langage de sainteté , avec ces apparences de » martyre, dit l'abbé Millot , était le plus terrible ennemi des » souverains, des peuples, de la religion même, qu'il rendait » odieuse en affectant de la défendre ». Foulques brava le comte endant trois semaines dans sa capitale. Il en sortit ensuite voontairement , mais pour exciter partout l'esprit de révolte el de perfidie.

J-es armes de Montfort faisaient cependant de grands progrès dans le Toulousain. Mais ce qui cau«a le plus de chagrin à Raymond, ce fut de se voir abandonné par Baudouin, son frère , que le général de la croisade avait trouvé moyen d'attirer dans son parti. Baudouin fit depuis une guerre implacable à son frère. On verra bientôt l'issue funeste qu'elle eut pour ce traître.

Marchant de conquête en conquête , l'armée des croisés vient enfin se présenter devant Toulouse. L'évêque Foulques, qui l'accompagnait, déclara aux Toulousains qu'on les assiégeait^ tiniquement parce qu'ils étaient fidèles à leur prince, et cju'ils souffraient qu'il résidât parmi eux; qu'on ne leui- ferait aucun mal s'ils voulaient le chasser avec ses partisans , et recevoir pour seigneur celui que l'église leur donnerait, sinon qu'on les traiterait comme hérétiques el fauteurs d'hérésie. Ces offres ayant été rejetées, le prélat mande au prévôt de sa cathédrale, et à tous les ecclésiastiques de Toulouse , de sortir incessamment de cette ville. Tout le clergé obéit, et sortit nu pieds avec le Saint- Sacrement. Cette retraite, suivie d'une excommunication lancée contre la ville , n'avança pas cependant les affaires du siège. Les comtes de Foix et de Comminges étant venus joindre Raymond à la tête de leurs vassaux, firent avec lui , le 27 juin, une sortie si vive el si meurtrière , qu'ils obligèrent Montfort à lever trois jours après le siège.

Raymond recouvre plusieurs châteaux au mois d'août suivant. H assiège, sur la fin de septembre, le comte de Monlfort dans, Çastelnaudari ; son armée est battue et muse en fuite par les croi-. ses , malgré sa supériorité ; car on prétend qu'il avait trente:

DÈS COITES DF TOULOUSE. 3cjl

nommes contre un. Les historiens varient beaucoup sur le"» circonstances de celte action ; mais il est certain que le comte de Foix , qui commandait l'armée du comte de Toulouse , fut défait , et obligé de se retirer avec grande perte.

L'an i2i3, Innocent III, touché des remontrances de Pierrp II , roi d'Aragon, en faveur du comte de Toulouse, suspend la croisade contre les Albigeois. Le concile de Lavaur refuse de recevoir Raymond à se justifier : le roi d'Aragon appelle au pape de ce refus, et se déclare pour le comte de Toulouse qui fait de nouveaux efforts, mais toujours inutilement, pour se laver des crimes qu'on lui impute. On reprend les armes de part et d'autre. Le roi d'Aragon , les comtes de Toulouse, de Foix et de Comminges, assiègent, le lo septembre. Muret, petite ville dans le comté de Comminges. Simon de Montfort marche au secours de la place; le i a, on en vient aux mains; le roi d'Aragon est tué dans l'action ; les autres chefs de l'armée ayant pris l'épouvante, laissent le champ de bataille aux croisés. Les princes alliés perdirent à cette journée quinze ou vingt mille hommes; Simon n'y perdit qu'un seul chevalier et huit autres croisés. Raymond prend le parti de se retirer à la cour du roi d'Angleterre , son beau-frère, d'où il revient l'an I2i4- A son retour, on lui livre Baudouin, son frère, que le seigneur du château d'Olme avait arrêté en trahison. Raymond Condamne son frèr%^ à mort ; le comte de Foix , avec son fils Roger-Bernard , et Bernard de Portelle , exécutent eux - mêmes l'arrêt , et pendent Baudouin à un noyer. Les armes des croisés faisaient cependant de nouveaux pfogrès. Les comtes de Toulouse, de Foix, de Comminges et autres seigneurs confédérés , poussés à bout , demandent grâce au cardinal Pierre de Bénévent, et se soumettent à ses ordres le l8 d'avril 12 14 ; mais tandis que le légat ^muse

ces princes par 1/ ne pieuse fraude {Frmide piâ O iegafi Jraus

pia , ô pietas fraiidulenta ! dit Pierre de Vaux-Cernai , témoia oculaire), Simon rassemble une nombreuse armée de croisés, et achève d'envahir les domaines du comte de Toulouse.

L'an 121S, au mois de janvier, le concile de Montpellier, par une entreprise manifeste sur l'autorité temporelle ,^ dispose du comté de Toulouse en faveur de Simon de Montfort. Après le concile , le légat Pierre envoie l'évoque Foulques pour prendre possession , au nom de l'église romaine , de Toulouse et du château Narbonnais , qui servait de palais au comte; la ville et le château sont livrés, et le comte Raymond, avec son fds et les comtesses, leurs femmes, obligés de se retirer dans la maison d'un simpleparticulier. Le comte de Toulouse , accompagné des comtes de Foix et de Comminges , se rend à Rome quelque tems ayant le concile de Latran , tenu au n^Qis de npverabre de celle

$92 caRONOLCKilÈ HISTORIQUE

année. Le jeune Raymond, son fils , vient l'y joindre. Touà céà princesse présentent au concile, et se jettent aux pieds du pape, qui les fait lever; ils exposent ensuite leurs griefs contre Simon de Montfort et contre le légat , puis ils se retirent. Le concile , ou plutôt le pape, adjuge le comté de Toulouse et les conquéte<s des croisés à Simon de Montfort, et réserve le reste au jeuQ6 J\aymond, fils du comte.

Simon de Montfort, Tan 1216, prend une nouvelle posses-* sion de Toulouse , et fait prêter serment de fidélité aux habitants, le 7 mars. Le comte Raymond et son fils, de retour de Borne la même année , se mettent en devoir de recouvrer leurs étals ; ils sont bien reçus à Marseille , entrent dans Avignon aux cris redoublés de wVc Toulouse^ le comte Raymond et sonjils ; et y assemblent une armée, dont le jeune Raymond prend le com-* mandement. Le comte de Toulouse, rappelé, l'an 1217, par les habitants de sa capitale, y est reçu, le i3 septembre, avec les mêmes témoignages d'allégresse. H s'y soutint contre les seigneurs de la maison de Montfort , qui font des efforts inutiles pour l'en chasser. Simon vient lui-même, sur la fin de septembre, recomniencer le sic^ge de Toulouse, et le continue sans succès. Enfin, le aS juin 1218, il est tué, devant cette place, d'un coup de pierre, lancée d'un mangonneau par les assiégés. (^Voyez son portrait dans l'Histoire de Languedoc, tom. lil, pag. '60^,) Après sa mort , Amauri , son fils aîné et son successeur, lève le siège de Toulouse. Au prlntems de l'an 1^19, les croisés, sous la conduite d'Amauri de Montfort , assiègent Marniande. Pendant cette expédition , le jeune Raymond , assisté des comtes de Foix et de Comminges, attaque, près de Basiège, à trois lieues de Toulouse, un autre corps de croisés, commandé par Ferrandet Jean de Brigier , braves chevaliers. Dans la mêlée, il perce de part en part, d'un coup de lance, Jean de Brigier , et le renverse de son cheval , en s'écriant : Francs cjieoaliers , frappez ; l 'heure est venue que nos ennemis vont être entièrement défaits. Ce coup et cette exhortation embrasent le courage de ses troupes. Les Français, ne pouvant tenir contre leurs efforts, prennent la fuite en désordre. Le prince Louis de France, arrivé devant Marmande, répare cet échec en obligeant la place de se rendre à discrétion. L'evêque de Saintes lui conseille charitablement de passer la garnison au fil de l'é— pée; mais le duc de Bretagne et le comte de Saint- Pol plus humains, s'opposent à cette barbarie. Cependant, ils ne peuvent empêcher que les troupes victorieuses étant entrées dans la ■ville, après la retraite de la garnison, ne fassent main-basse sur tous les habitants. A cette expédition succède un nouveau siège de Toulouse j il est eacx>re levé comme la première fois.

Vès comtes m TouiousE. 3^)3

Lan 1222, Kajmond VI meurt au mois d'août, dans là Soixante-sixième année de son âge. Il eut l'avantage de recouvrer, avant sa rriort, la plus grande partie de ses états, et de les trans'; mettre à Raymond Vil , son fils unique, qui ne put jamais obtenir que le corps de son père reçût les honneurs de la sépulture ecclésiastique. De Beatrix de BEZif RS, sa deuxième femme, Raymond VI avait eu deux filles, Clémence, ou Constance, femme , i**. de Sanche le Fort, roi de Navarre, qui la répudia; 2". de Pierre Bermond , seigneur de Sauve , qui disputa, mais en vain , au nom de sa femme, la succession de son beau-père y à Simon de Montfort et à iiaymond Vil, prétendant que celuici était bâtard ^ attendu que lorsque sa mère le mit au monde, la troisième femme de Raymond VI vivait encore. Indie, deuxième fille de Raymond VI et de Béatrix de Beziers, fut mariée, i". à Guillebert de Lautrec; 2°. à Bernard - Jourdain , seigneur de l'Ile-Jourdain. La quatrième femme de Raymond Vi , Jeanne d'Angleterre, lui donna ce Raymond dont on vient déparier, et qui va suivre. Ellemourulà Rouen Tan 1 19C1 ou 1200. Aux enfants de Raymond VI, qui viennent d'être marqués, il faut ajouter un autre fils (était-il légitime ou non: ), inconnu à U. Vaissète, mais dénommé dans une charte de Râvmond VII, du mois de septembre 12^1, en celte manière : Bertrandiis Jrater Dominî comitis Toloiani. (^Mss. du roi, n°. 6001)-, fu/. 87.) Les. historiens de la croisade, entreprise du tems de Riymond VII, contre les Albigeois , font de lui le portrait le plus affreux, surtout Pierre de Vaux-Cernai ; mais cet écrivain est trop partial et trop passionné : ainsi l'on doit se tenir en garde contre lui , comme le remarque D. Vaissète , qui a mis dans un grand joué ce qui regarde Raymond VI et les croisades de ce Icms.

RAYMOND VU

1222. Raymond VII , fils de Raymond VI, et de Jeanne d'Angleterre, né au mois de juillet 1197 , succède au comte Raymond, son père. Ce prince, qui s'était déjà signalé par différents exploits, presse si vivement Amauri de iMontfort , fils et successeur de Simon, que celui-ci, se voyant sans ressource , fait, le 14 janvier 1224 , un traité avec les comtes de Toulouse et de Foix , quitte le pays pour toujours, et se retire en PVance , où il cède au roi Louis Vlll tous ses droits sur les conquêtes des croisés. Le jeune Raymond cependant n'était pas disposé à se laisser dépouiller par le monarque , son suzerain. Il est excommunié publiquement , et déclaré hérétique par le cardinal de Saint-Ange , légat du pape , l'an 1226 , dans une assemblée tenue à Paris le 28 janvier. Louis Vlll se charge de faire la guerre IXé 5o

394 amoNOLOGîE historique

ei) personne au comle do Toulouse ; il entre à ce tiesseîn «latis ses ("lais à la lête d'une puissante armée, et s'empare de toutes le» villes et châteaux du Languedoc , jusqu'à quatre lieues de Toulouse. Ce prince étant mort le «5 novembre 12^6 , Tiaymond se met en campagne, rétablit ses affaires, et soumet plusieurs places. La guerre continue jusqu'en 1229 (n. st. ) La paix est enfin conclue le 12 avril de cette année , entre le roi Louis IX. et le comte Raymond , qui jure devant le grand portail de !Notre-Dame de Paris d'observer le traité; après quoi il est conduit en cbemise et i.u pieds jusqu'à lautel où le cardinal Saint- Ange lui donne l'absolution. Par ce traité, Raymond perdit la plus grande partie de ses domaines; ayant abandonné à l'église romaine tout ce qui lui appartenait au-delà dul\hône,et au roi de France to,us les droits qui lui appartenaient depuis les limites du diocèse de 'J'oulouse ( diocèse qui comprenait alors tout ce que rcjiferme aujourd'hui la province ecclésiastique de ce nom) et depuis la rivière de Tarn jusqu'au Rhône. Pour assurer la sincérité de ses dispositions, le comle va se mettre volo^ntairement en prison au Louvre jusqu'à l'exécution des trois articles préliminaires, auxquels il s'était engagé. 11 y resta environ six semaines ; et au sortir de là il fut créé chevalier par le roi Louis IX, le jour delà Pentecôte, 3 juin. Jeanne, fdle de Pvaymond , qu'il avait remise aux officiers du roi , comme on en était convenu dans le traité de paix, fut fiancée, dans ce même mois, avec Alfonse , frère du roi : mais comme ils n'étaient âgés que de neuf ans , étant nés l'un et l'autre en 1220, le mariage ne fut accompli que huit ans après. Raymond revint à Toulouse sur la fin de septembre , et y renouvela ses promesses en présence du lëgat. Ce prélat tint un concile à Toulouse au mois de novembre suivant, dans lequel on établit l'inquisition pour la recherche des hérétiques, et on en commença aussit-ôt les procédures. Pendant l'hiver on prit un nomme Guillaume qu'on appelait !e pape des Albigeois ;et par sentence de ce tribunal, il fut brûlé vif.

L'an i2""53, l'inquisition est confiée aux Dominicains. La sévérité avec laquelle ils en exercèrent les fonctions, aigrit les peuples, qui menacèrent quelques-uns des inquisiteurs, et les chassèrent de Toulouse , de Narbonne et des autres villes. L'ao 1234, le pape Grégoire IX , honteux enfin de s'être prévalu de la situation violente où se trouvait le comte Raymond , pour s'enrichir à ses dépens , lui rendit le marquisat de Provence, que ce prince avait cédé à l'église romaine sans la participation de l'empereur Frédéric II , souverain de ce pays.

Raymond, l'an i235 , essuie plusieurs sentences d'excommunictilion de la part de l'archevêque de Narbonne, des inquisiteurs <;t des commissaires du pape , parce qu'il favorisait le

DES COMTES DE TOULOCÎît. 3y5

soulèvement fie ses sujets contre leurs excès. Il est absout, l'en 1231:), par Grégoire IX, et dispensé du voyage d'outre-mer. L'an 1240, il se met en marche avec des troupes pour s'emparer de la Provence , que l'empereur Frédéric II lui avait adjug* e en partie, après avoir mis le comte Raymond-Bérenger IV au ban de l'empire. Mais les secours que celui-ci reçut de la France obligèrent le comte de Toulouse à se retirer. Raymond, l'an 1^4' 1 répudie, dans les formes, Sancie, sœur <!e Pierre, roi d'Aragon, son épouse, dont il était séparé depuis long-tems. Le prétexte de ce divorce , autorisé par une sentence de l'évéque d'Albl , était une affinité spirituelle, qu'il disait avoir contractée avec la princesse ; mais le vrai motif était le désir cpi'il avait d'épouser Sancie , fdle de Raymond-Bérenger IV , comte de Provence : ce mariage , conclu à Aix, le j i août , fut rompu , et Sancie épousa Richard , frère du roi d'Angleterre.

Raymond , l'an 1242 , épouse les intérêts de Hugues, comie de la Marche, contre Louis IX, roi de France : les deux comtes nouent une ligue ensemble, dans laquelle ils font entrer Henri III, roi d'Angleterre. Ce monarque vient à leur secours, et ne remporte de son voyage que la bonté d'avoir élô battu et mis en fuite. Pendant que Louis est occupé en Poilou et en Saintonge, Raymond , avec ses alliés , entre dans les domaines du roi sur la fin de juin , s'empare de diverses places , entr'aulres de Narbonne, d'où il chasse l'archevêque, qui l'excommunie ; il reprend le titre de duc de Narbonne , et se rend ensuite à Bordeaux, où le roi d'Angleterre s'était enfui après sa défaile , et se ligue avec lui ; mais peu de tems après , voyant l(\s progrès du roi Louis , et pressé par les sollicitations de l'.evéque de Toulouse, il négocie pour faire sa paix , et l'obtient, au mois de janvier de l'an 124^, à Lorris. Raymond, celle année, passe les Alpes, va trouver l'empereur Frédéric II dans la Pouille , et de là se rend en cour de Rome, afin de pomsuivre son appel contre les inquisiteurs. Il obtient d'Innocent IV son absolution, et s'emploie à la réconciliation de Frédéric , qui lui restitue le marquisat de Provence. L'an 1244 1 Fvaymond repasse dans ses états , après plus d'un an de séjour audelà des Alpes. L'année suivante, il va trouver le pape Innocent IV à Lyon , et assiste au concile qui s'y lient : il y travaille , pendant et après le concile , à faire casser son mariage , contracté, l'an 124^, avec Marguerite de la IMarche , pour épouser Béatrix, fille et héritière de Rayroond-Bérenger iV , comte de Provence, il obtient la cassation , mais son mariipc avec Béatrix échoue. Il entreprend , l'an 1246 , un pèlerinage ;i- Salnt-Jacques en Galice , dont on ci'oit que la dévotion ne fa

3f)8 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

f|uo le prétexte. L'an 1247, ^^ ^^ reui] à la cour du roi deFrànee^ f]ul rengage à se croiser pour le voyage de la Terre-Sainte, liaymond ne fit pas néanmoins ce voyage , paice qu'innocent IV Tcn empêcha, et le retint dans le pays pour l'opposep aux partisans de Frédéric. Raymond, l'an 1249 ■> au retour d'ua voyage qu'il fit à Ai gués- M or tes poui voir sa fille qui s'embarquait avec son époux pour la croisade , étant tombé malade , fail son testament le a^ septembre , institue son héritière uni-^ versclle Jeanne, sa fille, née l'an 1220, mariée, l'an 1207 ( et non l'an 1241 ) avec Alfonse , comte de Poitou, frère de saint Louis, et meurt à ]Milhau,en Roueigue, le 27 de ce mois, à l'âge de cinquante-deux ans. il fut inhumé dans le chœur de l'abbaye de Fontevrault , auprès de Jeanne d'Angleterre , sa mère , comme il l'avait ordonné par son testament. Ainsi finit la postérité masculine des comtes de Toulouse , après avoir subsisté et joui de ce comté pendant quatre siècles complets, depuis Frédélon , créé comte de Toulouse, en 85g, par le roi Charles le Chauve. Raymond Vil doit être regardé comme le fo!idalcur de l'université de Toulouse. Car un des articles du traité qu'il fit avec saint Louis, portait qu'il entretiendrai! pendant dix ans à Toulouse des maîtres ou professeurs en, théologie , en droit canon , en philosophie et en grammaire. Après les dix ans, les sciences continuèrent d'y être enseignées», et on y ajouta dans la suite des professeurs en droit civil et en, médecine ; ce qui forme les quatre facultés dont est aujourd'hui; composée cette université.

Page 1