RAYMOND-BÉRENGER
logo. Après la mort de Bérenger-Raymond , son oncle ^ RaymoKd-Rérenger , âgé pour lors (Je onze ans, recueillit tous les domaines de sa maison , à l'exception des pays de Carcassonne , de Rasez et de Lauraguais , qui étaient entre les mains de Bernard-Atlon , vicomte d'Albi. L'an ioy6 , il redemande , mais en vain , ces domaines, suivant la parole que le vicomte avait donnée de les lui rendre à sa majorité. Après avoir inutilement sollicité celte restitution l'espace d'environ: dix ans, il engage , vers l'an 1107 , les habitants de Carcassonne à se soumettre volontairement à son obéissance ; mais la ville , presque aussitôt qu'il en a pris possession , est reprise par Bernard-Atton. L'an iiog, voyant une nuée de Barbares, venus d'Afrique en Espagne, s'approcher de la Catalogne , il envoie des ambassadeurs au roi Louis le Gros, pour lui faire hommage et implorer son secours contre l'orage dont il est mej)aci'. Touché de sa fidélité , 1 ouis , quoiqu'il fût en guerre avec plusieurs de ses vassaux rebelles, promit de venir à sa défense , et se bâta de terminer les guerres féodales qu'il avait sur les bras, il ne paraît pas cependant , dit D. Vaissèle , qu'il ait passé au-delà des Pyrénées. Raymond-Bérenger succéda, l'an iiii, dans les comtés de Bésalu , de Fenouillède , de Vallespir et de Pierre-Pertuse , à Bernard 111 , son gendre, mort sans enfants. L'année suivante, il fait de nouveaux efforts pour recouvrer le Carcassez et le Rasez. Ne pouvant y réussir , il renonce enfin à ses prétentions^ moyennant un CCI tain nombre de châteaux dont le vicomte lui abandonna la suzeraineté. Mais il n'est pas vrai , comme le prétendent les historiens catalans, que celui-ci se rendit vassal du comte de Barcelonnc , pour la viUe et le comte de Carcassonne. L'an 1 1 14 , Raymond-Berenger , ayant équipé une Hotte , fait une descente clans l'île de Majorque, dont il assiège la principale ville. Mais tandis qu'il est occupé à cette expédition , les Sarrasins, pour faire diversion , desrendent eux-mêmes en Catalogne , et font le siège de Barcelonne. Obligé d'abandonner son entreprise, le comte revole vers sa capitale^ qu'il délivre, après .ivoir iait un grand carnage des infidèles. ( ette victoire l'encourage à reprendre son premier dessein. Pour l'exécuter avec plus de facilité , il va solliciter le secours des Génois^ et dfs Pisans j ennemis déclarés des Sarrasins , dont les fré—
DE LA MARCHE D'ESPAGT<sE. 4^^
quénlPs courses leur avaient fait essuyer de grandes pertes. Le pape Pascal II joi-nt ses exhortations à celles de Raymond , et obtient des deux républiques une flotte , à la tête de laquelle se met l'archevêque de Pise et le légat Boson. Le comte , assuré de ce secours , fait voile , sans l'attendre , vers Iviça , l'une des Baléares, dont 11 se rend maître au bout d'un mois , le jour de Saint-Laurent. Après avoir pris la capitale de cette île, il conduit sa flotte vers Majorque, où, celle des Pisansl'étant venue joindre , il commence les attaques. Mais la conquête fut tardive, et ne s'acheva que le 3 avril de l'an iii6. Les infidèles, à l'exemple de leur reine, qui fut emmenée à Pise , consentirent à recevoir le baptême. Le roi fut fait prisonnier, et on mit à sa place un de ses fils. Mais ce grand succès, faute d'avoir envoyé sur les lieux une colonie chrétienne , fut plus brillant que durable. Les habitants des deux îles conquises , étant retournés presque aussitôt au Mahométisme , reprirent leur métier de corsaires , et recommencèrent à l'exercer sur les côtes de leurs vainqueurs. Tel est ,en abrégé, te récit que les auteurs espagnols font de cette expédition , dont les italiens, et sur-tout Benoît Léolius, donnent presque •toute la gloire aux Pisans. Raymond, au retour de Majorque, témoigna sa reconnaissance aux Barcelonnais , des services qu'ils lui avaient rendus en cette expédition et ailleurs, par la remise qu'il leur fit du droit de quint , qu'il avait établi sur tous leurs vaisseaux. (Marten. Ampl. coll. tome I ^col. 63g.) L'an iiao, il hérita des comtés de Cerdagne , de Besalu et de Conflans, du Capcir , et d'une partie du Rasez , par la mort du comte Bernard-Guillaume , son proche parent , décédé sans postérité. L'an 1 125, après une guerre extrêmement vive avec Alfonse— Jourdain , comte de Toulouse , pour le comté de Provence , Raymond fait, le i6 septembre, un traité de partage avec ce prince, auquel il cède la ville de Beaucaire et ses dépendances, avec la moitié d'Avignon , et cette partie de la Provence qui est entre l'Isère et la Durance et le château de Valpergue. i^'aiitre portion d'Avignon , le pont de Sorgues et toute la partie de la Provence qui avoisine la Méditerranée , composèrent le lot du comte de Barcelonne : les deux princes se tirent , de plus, héritiers l'un de l'autre au défaut de postérité. L'an 1 126, le 2 avril , Raymond . du consentement de sa femme et de ses enfants, donne en fief, aux chevaliers Guérin et Odilon , le château de l\andon , en Gévaudan, avec ses dépendances. C'est le même devant lequel mourut, l'an i38o, le connétable du (jui'sclin. ( Etiennot , fragm. tome N ^ fol. 9G. ) Ces deux chevaliers , qui vraisemblablement étaient frères, prirent alors le surnom de Randoa , qu'ils transmirent à leurs descendants.
4o6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Celle illuslre maison <]e Kaiidon , du nom de Cliâleauneuf ^ après avoir Henri durant plusieurs siècles , se fondit en partie dans celles de Chalençon et de Polignac. Il en existe néanmoins encore une branche.
Kaymond , l'an 1 127 , fait un traité de commerce avec les Génois. L'an noi , le 14 juillet, il embrasse l'institut des Templiers , et meurt à la fin du même mois , à l'âge de (quarante huit ans , après s'être rendu célèbre , dit D. Vaissète , par la sagesse de son gouvernement , sa piété , sa générosité et ses exploits contre les Maures d^ Espagne. Il fut marié , 1°. à Marie, lille d'un seigneur nommé Rodrigue , dont il eut deux filles , Ximène ou Chimène , femme de Koger 111 , comte de l'oix , et Bérengère , alliée, 1". l'an 1107, à Bernard UI , comte de Bésalu , 2°. l'an 11 24, selon D. Vaissète , ou 1128, suivant Ferreras , à Alfonse VIII , roi de Castille. Raymond «pousa en secondes noces, le '6 février iiia , Douce , fille et liérilière de Gilbert , vicomte de Milhaud , de Gévaudan, etc. , et de Gerberge , comtesse de Provence , cjui lui porta en dot ce comté. Celte princesse lui donna deux fils ; Raymond Bérenger , l'aîné , eut pour son partage la Marche d'Espagne ; Bérenger-Raymond , le cadet, hérita du comté de Provence. (^yojiz Raymond- Bérenger, comte de Provence.)
RAYMOND-BÉRENGER IV, dif LE JEUNE.
ii3i. Raymond -BÉRENGER IV, fils aîné de Raymond- Bérengcr ill , quoiqu'il n'eût succédé qu'à une partie des états de son père, le surpassa néanmoins dans la suite, par l'étendue de ses domaines. L'an iiSy , le royaume d'Aragon lui échut par son mariage , ou plutôt ses fiançailles , avec PÉtronille , tille du roi Ramire le Moine , qui n'avait alors que deux ans. On prétend qu'à raison de relie succession il reconnut pour son suzerain le roi de Castille. On a cependant de lui une charte datée du château de Morel, en Aragon., le i3 mars de l'an I i5y , la XXI I^. année du règne de Louis le Jeune. Ce qui est certain , c'est qu'en qualité de comte de Barcelonne , il ne prétendait relever, à l'exemple de ses prédécesseurs, que du roi de France.
Raymond-Bérenger, l'an 1 144 ? prend la défense de Raymond- Bérenger H , comle de Provence , son pupille et son neveu , contre les seigneurs de Baux , et force , l'an i i4^î l*^s Provençaux à lui rendre hommage. L'an 1 147 , il îait équiper une llolte , qu'il joint à celle des Fisans et des Génois, et va fiire, avec ce secours, le siège dVMméria , sur les côtes d'Andalousie,. qui fut prise le 17 oclobre de la même année. .Sur la fin de l'année suivante , il eiiiporic d'assaut la ville de Torlose. Vers
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Tan ii5o , il force Raymond Trencavel , vicomte de Carcassonne , à le reconnaître pour son suzerain. ( Voyez Uavmond Trencavel. ) Il se ligue , Tan i ib8 , avec Henri II, roi d'Angleterre , contre Raymond V, comte de Toulouse, que ce monarque voulait dépouiller de ses états. L'année suivante , après avoir échoué avec le roi d'Angleterre devant Toulouse , il porta de nouveau la guerre en Provence : son dessein était de reprendre ce comté sur les seigneurs de la maison de Baux, que l'empereur Frédéric I en avait investis au préjudice de la branche puînée de Barcelonne. (Koy^2 Raymond-Bérenger lî , comte de VroK'ence. ) La mort le surprit le 2G août de l'an i ifîo , dans le cours de celte entreprise, au bourg de Saint-D<dmace , pros de Gênes. Son corps fut porté daus un cercueil d'argent à l'abbave de Rliipoll. Ce prince fit une guerre implacable, durant tout le cours de son règne, aux Sarrasins d'Espagne, et leur enleva plusieurs places, qu'il unit à son comté, connu depuis Sous le nom de Catalogne. Dans le dessein où il était de harceler continuellement ces infidèles, il avait établi, en ii4f^, un ordre militaire , sous la dépendance des Templiers. De Pétro- NILLE , sa femme , il laissa trois fils , Raymond, qui prit le nom d'Alfonse ; Pierre , qui se fit appeler Raymond-Béren'i^er 5 et Sanche. Le premier eut le royaume d'Aragon et la Catalogne, qui devint , par la suite , comme une province de ce royaume , mais en continuant de relever, comme auparavant, des rois de France, ce qui dura jusqu'en 1^58 , que la souveraineté de la Catalogne fut abandonnée, par le roi saint Louis, à don Jayme , roi d'Aragon , et cela en considération du mariage de sa fille Isabelle , avec Philippe , depuis surnommé le Hardi , roi de France , après son père. Le deuxième fils de Piaymond-Bérenger eut le comté de Ordagne et le Carcasscz , avec la Provence et le Gévaudan , que son aîné lui céda pour sa vie, et outre cela tout ce que Raymond Trencavel tenait de Raymond -Béreriger IV. Le troisième n'eut d'abord aucune part à la succession de son père , qui se contenta de le substituer à ses deux aines. Raymond-Bérenger eut aussi une fille, nommée Douce , qui épousa Sanche I , roi de F^ortugal. ( Voyez, pour la suite des comtes de Barcelonne , les rois d 'Aragon. )
DES
COMTES DE ROUERGUÉ.
IjES peuples appelés Rutheni^ dont la capitale était Segodunum^ aujourd'hui Rodez , faisaient anciennement partie des Celtes. César les soumit à la république romaine : ils furent attribués à la première Aquitaine sous Valentinien 1^"^. , lorsque cet empereur divisa l'Aquitaine en deux, h^s Visigoths , dans le cinquième siècle , enlevèrent le Rouergue aux Komains. Thierri , fils de Clovis, le conquit après sur les Visigoths. Repris ensuite par Théodoric , roi d'Italie , ce pays rentra de nouveau sous la domination française, par la valeur de Théodebert , fils de Thierri , qui réunit le Rouergue au royaume d'Austrasie. Cette province ayant passé depuis sous la puissance des ducs d'Aquitaine , Pépin le Bref la remit , après avoir fait la conquête de ce duché , sous l'obéissance de la France. Le Rouergue fut dans la suite gouverné par des comtes , ainsi que les autres provinces de cette monarchie, La situation de ce nays, long de vingt-cinq à trente lieues, sur quinze à vingt de largeur, est entre l'Auvergne, le Languedoc, les Cevennes, le Gevaudan et le Qucrci. Les ti ois principales rivières qui l'arrosent , sont le Tarn , le Lot et l'Aveiron. On le divise en comté, haute et basse Marche. Hodez, capitale , comme on l'a dit, de la province, Saiut- Geniez de Rivedolt , Eiitraigues, la Guiolle, le Mur de Barres, Estain, Marclllac , Albin, Rignac et Cassagné-Vergoahous , forment le comté. Dans la haute Marche on trouve Milhaud, Espalion , Narn , Sainte-Afrique, le Pont-de-Camarez , Campeyre, Saint- Rouie de Tarn, Salnt-Cernin, Belrnont, Vaines
tHRON. HIST. DES COMTES DE ROUERGUE. 4o9
et Sévérae-le-Château. La basse comprend Villefranche , Saint- Anlonin^ Najac , Verfeuil , Sauveterre , etc.