I. PÉ - TGHÉ - LI
PÉ-tchÉ-li , l'une des réglons les plus septentrionales de la Chine, terminée au nord par la grande muraille, s'étend sur environ cent quarante lieues dans sa plus jurande longueur. Mais sa largeur est beaucoup moindre , surtout dans sa partie méridionale. Quoique Télévation du pôle n'y passe pas le (piarante et unième degré, les rivières y sont néanmoins glacées depuis là fin de novembre jusque vers la mi-mars (i). Les pluies y sont rares, et sont suppléées par de fréquentes rosées. Le pays est plat^t peu fertile en riz; mais il est suffisamment pourvu des autres grains ainsi que des légumes , et les fruits y sont abondants. On divise cette province en neuf départements , dont chacun a sa ville capitale, et qui tous ensemble renferment cent quarante villes tant du second que du troisième ordre.
PÉ-KiiSG, capitale dti Pé-tclié-ll , l'est aussi de tout l'empirede la Chine depuis qu'en 1404» l'empereur Yong-lo y transporta sa cour. Le nom de cette ville était alors Pé-ping. Elle est sans contredit une. des plus grandes de l'univers, l^e P. le Comte lui donne sept lieues et demie de circuit, en y comprenant les faubourgs. Mais en les retranchant, son enceinte se réduit à qu;!tre lieues communes et un quart, l^é-klng est divisé en deux villes , la vieille ou chinoise, et la nouvelle ou lartare. La seconde n'est habitée que par les Tartares , depuis la conquête qu'ils firent de la Chine. La vieille avait été bâtie par les Chinois, qui s'y retirèrent et l'augmentèrent après avoir été chassés de la nouvelle. Les murs de Pé-king sont , à ce qu'on assure , de cinqviante pieds d'élévation, et s'y large que plusieurs personnes à
(i) «Le froid del'liiver est tel (àPé-kIng) qu'on ne peut ouvrir :uicuiie 3> fenêtre tîu côle' du Nord, et que la jilace s'y malnlient plus de trois M mois de l'épaisseur d'un pied el demi. » ( Mémoires concernattl les ti/tinois , tome II, page a3i. ;
BES E3IPEREURS DE LA CaI^"E. lll
cheval peuvent s'y promener de front. Fresque toutes ses rues sont tirées au conleau. La plus grande à cent vingt pieds de large et une lieue de long. Toujours remplies d'hommes, saris <]ue jamais on y rencontre de lemmes, l'alPiùence n'y cause presque jamaisaucun des accidents fanestes qui sont si fréquents clans les capitales de l'Europe. C'est auK personnes à cheval ou en voiture à garantir des éclaooussures ai des froissements les gens de pied. DessoMots préposés à cette police frappent à coups de fouet ou traînent en prison, suivant l'exigence du cas, les contrevenants. Les mêmes sentinelles veillent pendant la nuit à la sûreté des maisons , dont les voisins doivent répondre des vols qui s'y font. Les rue? son' fermées, la nuit close, par des barrières, et sont aussi vides alors qu'elles sont fréquentées du-^ rant le jour. Chai]ue maison n'a qu'un étage et n'est occupée que par une seule famille, -f^es femmes ont leur appartement à
Ïiart dans le fond, où nul autre que leur mari , leurs fils et eurs frères, ne neuvent y er^trer. f-es filles Sont séparée? des garçons dès l'âge de sept ans , et no peuvent s'asseoir sur la m^me natte avec leurs frères. C'est la même discipline qui s'observe dans toute la Chine. Les danses, les promenades, les visites nocturnes , sont des plaisirs inconnus aux honnêtes gens à la Chine. Pé-king n'est point pavé. La milice, établie pour sa garde, est chargée d'en neltover les rues chaque jour, et d en arroser le terrain durant les chaleurs. Dans les principaux quartiers , un tambour ou une cloche annoncent les différentes veilles de la nuit. La matière de ces cloches est la même que celle des nôtres; mais le battant est de bois, ce qui fait qu'elles rendent un son moins aigu et moins incommode. Le poids de la plus grosse est de cent vingt mille livres. Celle du palais de Moskou , si l'on en croit Rutufels , est de trois cent vingt mille ; mais on n'a pas trouvé moyen de lui faire un béfroi pour la suspendre.
Le palais de l'empereur , situé au centre de la cité des Tartares , est l'édifice le plus remarquable de Pé-king. Son plan représente un carré oblong qui peut avoir deux milles d'Angleterre dans sa longueur sur un mille de large. Son enceinte, formée par de bonnes murailles , comprend non-seulement la demeure et les jardins du prince , mais une infinité d'habitations où logent ses minisires et ses officiers , ainsi que tous les ouvriers attachés à son service. Les femmes et les eunuques de l'empereur habitent seuls l'intérieur du palais , et ce lieu , fermé par une enceinte particulière , comprend neuf grandes cours qui communiquent par de grandes portes voûtées en marbre et surmontées chacune d'un gros pavillon. Sur la dernière cour est ''l-apparteraenL de l'emperour^ dont les portiques, qui en dé-
tl2 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
corenl l'entrée , sont soutenus par de grosses colonnes d'un bois précieux. Il est environné d'une terrasse ou plate-forme pavée de marbre blanc , ornée de balustrades et coupée par trois escaliers posés aux coins et au milieu de la façade. Celui durailieu est une rampe douce sans degrés. La salle d'audience est d'environt cent trente pieds de longueur sur une largeur presque égale. Les lambris sont sculptés , peints en vert et ornés de dragons dorés. Un vernis rouge décore les colonnes qui soutiennent le toit, dont les tuiles, vernissées en jaune, rédéchissent l'éclat de l'or aux rayons du soleil. Los mniaillcs sont d'une blancheur éblouissantes ; mais nues , sans tapis , sans miroirs , ni peintures. Le trône qu'on voit au milieu de la salle est de la même simplicité. Les autres appartements du palais sont un peu plus décorés que la salle d'audience. Les lambris sculptés et dorés, les cabinets vernis , les peintures , les nattes, les tapis , les porcelaines, en font le principal ornement. ( Hisf. Mod., tom. I , p. 1 13 et suiv. ) Quoique l'architecture de ce palais n'ait aucun rapport avQc celle de l'Europe, on ne peut toutefois nier qu'elle n'ait de l'élégance et de la majesté. « Tous n les missionnaires que nous avons vus arriver ici d'Europe, » disent les jésuites de Pé^king, ont été frappés de l'air de » grandeur, de richesse et de puissance du palais de Pé-king. » Tous nous ont avoué que si les différentes parties dont il est » composé, ne charment pas la vue comme les grands morceaux » de l'architecture d'Europe, leur ensemble fait un spectacle »» auquel rien de ce qu'ils avaient vu ne les avait préparés. Ce »> palais a deux cent trente-six toises deux pieds de l'est à j> l'ouest, et trois cent deux toises neuf pieds du nord au » midi. A quoi il faut ajouter que les trois avant-cours , quoi- » que environnées de bâtiments , et plus grandes que les autres, j» ne sont pas comprises dans ces mesures. Tant de milliers de » toises ( la toise chinoise est de dix pieds), toutes couvertes , »> ou environnées de tours, de galeries, de portiques, de salles f* et d'immenses bâtiments , produisent d'autant plus d'effet , » que les formes en sont plus variées, les proportions plus » simples, les plans plus assortis , et leur totalité plus rappro- » rhée du même but ; car tout s'embellit à proportion qu'on ap- » proche de la salle du trône et des appartements de l'empe- » reur. Les cours latérales ne peuvent être comparées à celle « du milieu , ni celles-ci qui sont les premières à celles qui » sont plus reculées. Nous ne disons rien des couleurs de l'or » et du vernis qui donnent tant d'éclat aux grands bati^nents... » A parler en général, notre architecture travaille sur des plans » et d'après des pensées trop différentes de ce qu'on voit en y> Occident , pour qu'on puisse en juger sainement quand on n'a
DES EMPEREURS DE LA CBIISE. Il3
i> pas été à portée de les comparer autrement que par l'imagl- » nation. » ( Mém. concern. les Chinois y tom. II, p. 5i5. )
La population de Pé-king est évaluée aujourd hui à deux raillions de personnes. Elle était plus grande avant Cfue l'empereur Kang-hi eùl fait refovder dans les provinces un grantl nombre de bouches inutiles, i^es maisons ne suffisant point à Pé- Iting pour loger tout le peuple , un grand nombre de familles logent sur la rivière dans des bateaux , principalement occupées à la pêche.
La superstition a élevé en divers tems juscpi'à près de dix mille miao ou temples d'idoles à Pé-king et dans la banlieue. La plupart de cens qui sont dans la première enceinte du palais , sont beaux, quelques-uns magnifiques. Ceux qui sont semés çà et là dans le reste de la ville et aux environs , sont presque tous bâtis sur des plans différents. Dans le grand nombre, il y en a qui sont immenses ; quelques-uns sont médiocres, et les autres des chapelles. Ceux où il y a un grand nombre de lamas ou de bonzes et de bonzesses, sont communément beaux et bien entretenus. Les foires qu'il y a chaque mois, en différents quartiers de la ville, se tiennent toutes dans les grands miao, dont les vastes et nombreuses cours, toutes bordées de galeries , sont en effet très-propres à cela.
Sou-TCHÉou , autre ville du Pé-tché-11, est l'Amsterdam de la Chine. Les Imprimeurs y sont plus accommodants que dans tout le reste de l'empire, quand on leur porte des livres qui ont des ailes, comme on dit à la Chine, c'est à-dire qui piquent la curiosité et ne moisissent point dans les magasins.
Haï-tien, à deux lieues de Pé-king, où l'empereur demeure ordinairement, et dont on voit une belle description au vingtseptième recueil des Lettres édifiantes et curieuses , est le \'ersailles de la Chine.
YejS-tchéou est la copie de Haï-tien , mais copie plus grande que l'original.