‹ L'art de vérifier les datesChapitre 4 sur 230 · HONG-VOU · texte numérisé non relu

HONG-VOU

i368. (45^. année Vou-chin , du LXiii®. cycle.) Tchuyucn-tchang , fds d'un pauvre laboureur , et devenu soldat , comme on Ta dit , après avoir demeuré parmi les bonzes ou lama , s'était avancé par son mérite aux premiers grades militaires. La mauvaise conduite des généraux sous lesquels il servit contribua le plus à >son avancement. S'étant soustrait à leur commandement , il se fit chef de parti , dans la vue de détruire tous ceux qu'il voyait se former pour la ruine de Tempire. Devenu maître , avec une rapidité surprenante , des provinces de Kiang-nan, deKiang-si, de Hou-kounng et de Tché-Jciang , ses officiers le pressèrent de prendre le titre d'empereur, lui représentant que c'était le seul moyen de réunir les esprits et d'épargner beaucoup de sang. Mais, ayant horreur du nom de rebelle , il se refusa à leurs instances , et se contenta du titre de prince de Ou. Il arbora dès lors le cortège de prince, et se donna des officiers conformément à cette dignité. Dans un conseil de guerre , qu'il tint peu de tems après, il nomma des

féncraux pour aller conquérir les provinces de Fou-kien , de [ouang-tong et de Kouang-si. Il partit lui-même pour aller joindre son armée du nord au commencement de la 7^. lune intercalaire , prit sur sa route , presque sans effort , plusieurs villes ,

et sur la fin de la même lune se présenta devant la ville de Tongtchéou , (ju'il emporta d'assaut après quelques jours d'attaque, l'empereur des Yuen , ou Mongous , le voyant approcher de. Yen-king , se sauva à Cliang-tou , hors de la grande muraille , et, ne s'y croyant pas en sûreté, il s'enfuit à Yng-chang-tou. I,es deux villes abandonnées par Chun-ti , étant sans défense , le prince de Ou alla prendre possession de la première, où il se fit reconnaître empereur de la Chine par les siens et par ceux des Yuen qui s'étaient soumis à lui , donna le nom de MiNG à sa dynastie et celui de HoNG-vou aux années de son règne, et voulut que cette année fut coïnptée pour la première. Su-ta , son grand général , qu'il fit marcher à la conquête deTaï-yuen, s'en rendit maître , après avoir fait prisonniers quarante mille hommes de cavalerie, qui couvraient la place. Cette victoire fut de près suivie de la soumission de tout le Chan-si. Hongvou , cependant , ne demeurait pas oisif à sa cour. La première chose dont il s'occupa, fut d'empêcher le luxe de s'y introduire, en supprimant ce qui pouvait y donner lieu, et il commenta ^>ar sa famille. Les Yuen avaient fait construire à Yen-king, un palais au milieu duquel s'élevait une grande tour d'une architecture très-riche et fort recherchée; on voyait au-dessus deux statues qui sonnaient à chaque heure une cloche et battaient du tambour. Hong-vou eut la curiosité d'y monter avec une suite nombreuse; et, après avoir examiné en silence ce travail merveilleux , il dit d'un air pénétré : «t Com- » ment peut-on négliger les affaires les plus importantes . w pour ne s'occuper qu'à élever des édifices si magnifiques. Si i> les Y'^uen , au lieu de s'amuser à ces supertluités, s'étaient » applifjués à contenter les peuples, n'auraient-ils pas con- » serve le sceptre dans leur famille.^ » S'adressant ensuite à quelques-uns de ses grands : « Je vous ordonne , leur dit-il , j> de faire abattre cette tour , et qu'il n'en reste aucun vestige. » La plupart des chars et des meubles de l'empereur étaient ornés d'or et d'argent; il ordonna d'y substituer le cuivre.

Le général Su-ta partit à la première lune de l'an i36g pour la conquête du Chen-si. Li-ssé-tsi , qui en était gouverneur, après avoir vainement défendu plusieurs places, prit le parji delà soumission. Su-la, voyant les provinces de Chan-si et de CVieii-si , subjuguées, remet le commandement de l'armée à Fong-tsong-y , et retourne, dans la neuvième lune, à la cour, où il est reçu comme en triomphe. Ouang-pao-pao , gênerai des Yuen, voulut profiter de son absence pour faiie quelque entreprise ; mais après de légers succ-ès , il échoTi.» «levant Lan-tchéou , défendu par Tchang-ouen. Su-la part de la cour à la 2.^. lune de l'an lo-o, pour achever la conquf l'de ce qui restait soumis aux Yuea. Les villes devant le^ucli'.b

20 CHRONOLOCIF HISTORIQtTE

ses lieiïtenaTils se présentent , leur ouvrent ïeurs portes sans résistance. Chun-li , dans le cours de cette expédition , étant mort à la 4*- lune, la guerre semblait devoir être terminée. Mais le prince-héritier, Ngaf-yu-lipata, s'étant renfermé dans "Vng-tchang , menaçait d'y faire une longue et vigoureuse défense. La place, néanmoins, se rendit aussitôt que Li-oucntchong , envoyé contre elle avec un détachement, parut sous ses murs. Les reines et les princesses qui s'y trouvèrent, plusieurs princes delà famille royale, et les grands attachés à son service , furent tous conduits à la cour des Ming. Le seul prince- héritier des Yuen eut le bonheur de s'échapper. Hongvou , marqua sa générosité envers Maïtilipala, l'un des prisonniers, petit-fils de Chun-ti. l>es grands demandaient qu'il fût immolé dans la salle des ancêtres de la famille impériale. Hongvou , loin d'acquiescer à celte demande barbare , déclara Maïtilipala prince du troisième ordre, dont il lui assigna le cortège et les appointements, et lui fil donner un palais pour lui et les princesses.

Dans la même lune où Chun-ti mourut, le général Su-ta força le camp de Ouang-pao-pao , qu'il mil dans iin désordre effroyable , sans faire quartier à personne. On compta jusqu'à quatre-vingt-quatre mille hommes restés sur le carreau. Ouangpao-pao, s'étant sauvé , alla joindre le prince-héritier des Yuen^ qu'il fit déclarer empereur de sa nation. Il eut une espèce de revanche, l'an iS'ji^i, contre Su-ta, c|ui , l'ayant atta({ué près de la rivière de Toula, avec une armée inférieure à la sienne , fut battu avec perte de dix mille hommes. Ouang-pao-pao, mécontent du prince-héritier des Yuen, se retira depuis au nord de la montagne de Hin-chan , dans le déparlement de Holanalahaï, où il mourut au commencement de l'an ïSyS. !Ngaï-yu-lipata, ne lui survécut que trois ans, étant mort l'an iSytS. On lui donna pour successeur Toukouf-Témour, son fils, qui fut préféré à Maïtilipala, sans que cette préférence causât de trouble. I^'empereur Hong-vou , le reconnaissant lui-même prince des Yutm , lui fit faire des compliments de condoléance sur la mort do son père, et de félicitalion sur son élévation à la dignité de prince des Mongous.

Cependant Hong-vou méditait le dessein de réduire le Yun^ nan par la voie des armes. Cette province était alors divisée en cinquante-deux fou ou grands départements, cinquante-trois tcheou ou départemenis du second ordre , et ciriquantc-dcus bien ou déparlements du troisième ordre. Des excursions que firent les Tartarcs sur les terres de l'empire , l'obligèrent de suspendre pendant trois ans l'effet de celle résolution. Mais, ayant rechassé ceux qui étaient venus insulter ses étals , il assembla une armée de trois cent mille hommes, qu'il fit partir

t>ES IMPEREURS DE LA CHI^'Ê. St

SOUS la ooniluite de Fou-yeou-lé pouf celle expédition, dont il traça lui-même le plan. Elle fut pénible, mais heureuse; et en deux campagnes le Yun-nan tomba entièrement sous la puissance des Ming.

La mort du grand général Su-la, arrivée à la a*", lune de Tan i38:i, plongea l'empereur dans un deuil qui lui fit suspendre toutes les affaires. Il avait coutume de dire que ce général était pour lui ce que les pieds , les mains et le cœur sont au corps. Pour honorer sa mémoire , il composa lui-même son épitaphe contenant l'éloge et le détail de ses exploits.

Le prince des Yuen ne fut pas soigneux d'entretenir la paix avec l'empire. Son général Nanutchu , capitaine expérimenté, ayant sous ses ordres plusieurs centaines de mille hommes, paraissait décidé à venger l'honneur de sa nation. Trois cent mille hommes que l'empereur envoya contre lui, l'an i386, le réduisirent à mettre bas les armes l'année suivante, et à prendre le parti de la soumission avec toute sa horde. L'empereur devant lequel il vint se présenter , le reçut avec distinction , et le créa heou , avec les appointements de celle dignité. ïokous- Témour , malgré cette défection , n'était point encore disposé à se rendre. Mais les nouvelles pertes qu'il fit ensuite l'ayant obligé de se réfugier chez Yessoutier , son parent, celui-ci le fit massacrer dans le dessein de se faire reconnaître prince des Yuen. Il ne jouit pas tranquillement du fruit de sa lâche trahison : les généraux de l'empereur le harcelèrent continuellement, et le mirent souvent à deux doigts de sa perte. Hong-vou termina son long et glorieux règne le dixième jour de la b=. lune intercalaire de l'an iSgS. « Ce prince, dit le P. de Mailla, avait » de grandes qualités et peu de défauts essentiels. Ennemi du faste, ses habits et son train étaient des plus modestes ; doué d'un sens droit et de beaucoup de pénétration , il connaissait bientôt le génie et les talents de ceux «jui l'approchaient : ce discernement faisait qu'il employait chacun suivant sa capacité , et qu'il était toujours bien servi. Il saisissait avec une justesse admirable les avantages et les inconvénients d'une entreprise, et rarement il se trompait. Persuadé que l'intérêt personnel conduit toujours le peuple, il veillait à ce qu'on ne. lui causât aucun dommage, et il donnait tous ses soins à lui procurer le nécessaire pour vivre en paix : cette conduite pleine de bonté, engagea les peuples à se soumettre facilement à sa domination , et le fil réussir dans tout ce qu'il entreprit. »

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