XV. KOEl-TCHEOU
Le KoeY-TCHÉou , situé au midi du Kouang-si , n'est nullement comparable aux autres provinces méridionales de la Chine, ni pdur la richesse , ni pour l'étendue des domaines*) Cette province est r-emplie de montagnes iriactessi blés, entré lesquelles 11 y a des vallées agréables et assez fertiles , surtout auprès des rivières Elle contient dix villes du premier ordre et trente- huit autres tant du second que du troisième. Au défaut de la soie et du coton , on y fabrique des étoffes d'une certaine herbe assez ressemblante au chanvre , laquelle est très-propre à faire des habits d'été. ( Du Halde. )
XVL YUN-NAN.
Le YUN-NAN confine du côté du nord et de l'est au Ssé-' tchuen , au Koeï-tchéou et au Kouang-si. Les royaumes dé Tong-kin j de Pégu , d'Ava et de Tibet le bornent au sud et à l'ouest. On y compte soixante-seize villes. Le grand nombre de lacs et de rivières dont ce pays est coupé, contribuent beaucoup à la fertilité de son terroir.
On volt dans cette province, à dix lieues de King-tong,un pont formé de l'assemblage de plusieurs chaînes de fer. 11 est bâti sur un torrent qui n'est pas large , mais dont le lit est fort profond. Sur chaque bord , on a élevé deux grands massifs de maçonnerie , d'où pendent plusieurs chaînes qui traversent d'un bord à l'autre , et sur lesquelles on a jeté des madriers. Darïs d'autres endroits , au Heu de chaînes, on a mis en travers de gros cables , qui soutiennent quelques planches tremblantes et mal assurées.
IX» î6
jzi CHROÎîOLOGIE HISTOÎIIQUE
Gouveraemônt, mœurs, sciences, arts, industrie et population de la Chine.
Le gouvernement de la Chine , comme on l'a dû remarquer dans l'histoire abrégée que nous avons tracée de ses empereurs , est monarchique et absolu , sans être néanmoins despotique. Formé sur le modèle de la puissance paternelle , il fait envisager la nation entière comme une grande famille réunie sous un même chef, à qui l'on donne, pour mieux caractériser ce qu'il doit être, le litre de Grand- PÈRE , ou de Père commun. De ce titre émanent également les obligations des
Îieuples envers le monarque. Comme rien n'est plus sacré à a Chine que la piété filiale, tout sujet, en conséquence, est indispeusablement tenu d'avoir, pour l'empereur , une soumission parfaite et le plus respectueux attachement. Le principe qui constitue l'esprit national est la source de l'admirable législation qui régit invariablement l'empire le plus ancien de l'univers, depuis sa fondation. « Les Chinois, comme » les autres peuples, ont, à la vérité, subi des disgrâces et »j des révolutions. Mais ces violentes secousses n'ont rien changé j> à la constitution essentielle de leur état, et la même forme M d'administration subsiste depuis plus de quatre mille ans. i> Ce qui fait l'éloge de ce gouvernement , c'est que les Tar- » tares, maîtres de'le détruire , l'ont respecté et s'y sont eux- » mêmes soumis , abandonnant leurs propres usages pour i> suivie les lois d'un peuple vaincu. » {^Hlst. mod. t. I, )
Les devoirs réciproques des officiers publics et de ceux qui leur sont subordonnés, résultent de la portion d'autorité que l'empereur communique aux premiers. Etablis pour entretenir le bon ordre et la tranquillité dans leur déparlement, la loi ne leur pardonne ni les injustices qu'ils commettent , ni 1rs désordres qu'ils dissimulent. Non moins sévère envers ceux qui leur désobéissent, elle ne iait aucune grâce à la rébellion.
Les seize provinces de la Chine , dont la plupart équivalent à un grand royaume, sont partagées en divers départements, auxquels préside un mandarin qui relève du vice-roi de la province , et celui-ci a pour supérieur le Tsong-tou , ou gouverneur-général.
Chaque capitale a deux tribunaux , l'un pour les affaires civiles, l'dutre pour les affaires criminelles; et tous ces tribun-iux ressortissent aux six cours souveraines, établies, comme on l'a déjà dit, a i'c-king, La première, qu'on nomme Ly-/yo»j
BES EMPEREURS DE LA CHINE. ia3
*st chargée tle veiller sur la conduite de tous les magistrats de l'empire , et d'avertir l'empereur des places qu'ils laisseut vacantes par mort, afin qu'elles soient promptement remplies. Les fonctions de cette cour sont à peu près celles des inquisiteurs d'état. La seconde , nommée Huu-pou , a la surintendance des finances , le soin du domaine , de la dépense et des revenus de Tempire. Le nom de la troisième est Li-pou : c'est le tribunal des rites , auquel il appartient de veiller h. l'observation des cérémonies qui concernent les sacrifices, la réception des ambassadeurs , les fêles publiques , etc. On nomme Ping-pou la quatrième : c'est le tribunal des armes. La milice de tout l'empire est de son ressort. On donne à la cinquième le nom de Hlng-puu : c'est comme la chambre criminelle de l'empire. Ses arrêts de mort ne s'exécutenfenéanmoins qu'après avoir été confirmés par l'empereur. I^ Sixième et dernière , appelée Cong-pou , préside à tous les travaux publics , à l'entretien des palais de l'empereur , des temples , des arcs de triomphe , des digues , des ponts. La marine est aussi comprise dans son ressort. Chacune de ces cours souveraines se subdivise en plusieurs classes. On en compte jusqu'à quatorze dans celle des finances.
Quoique ces cours soient regardées comme souveraines , en ce qu'elles ont une autorité immédiate sur tous les tribunaux de provinces, elles sont elles-mêmes subordonnées au conseil de l'empereur. C'est le tribunal le plus absolu de l'empire. Toutes les affaires s'y décident en dernier ressort , et il n'y a point d'appel de ses jugements. Ce haut conseil, qui se tient en présence de l'empereur , n'est composé que de mandarins du premier ordre.
Chacune des cours souveraines est surveillée par un inspecteur qui assiste à toutes ses assemblées , pour rendre compte à l'empereur de toutes les délibérations , et l'avertir des maîversations qui pourraient s'y commettre. De semblables officiers sont chargés d'éclairer, dans les provinces, la conduite des magistrats , outre les visiteurs extraordinaires que la cour y envoie de tems en tems. Souvent même l'empereur visite en personne les provinces, pour s'instruire, par ses yeux, de la conduite des gouverneurs , et recevoir les plaintes du peuple contre les mandarins.
Les mandarins sont de deux espèces , les lettrés et les militaires. L'étude de l'histoire nationale , de la morale puisée dans les livres classiques (i), et des mathématiques, esfc
(i) La morale à la Cfiine se réduit à cinq points capitaux. Les devoirs respectifs des pères et des eafants, du prince et de ses sujets, du ma^i
la route qui conduit les lettrés au mandarinat , après avoir passé par certains grades , qui répondent à ceux que nous appelons de maître-ès-arts, de bachelier et de docteur, grades qui ne s'obtiennent qu'après avoir subi de rigoureux examens. Ces mandarins lettrés se partagent en neuf classes , qui for-' ment ensemble un nombre de treize à quatorze mille hommes. C'est dans les trois premières que l'empereur choisit les Colaa ou ministres d'état , les officiers des cours souveraines , les Tsong-iou ou gouverneurs-généraux de provinces , ceux des grandes villes , les trésoriers-généraux des provinces , et les vice-iois.
h(^s mandarins sont respectés à proportion des honneurs cju'on rend à l'empereur , dont on croit qu'ils représentent la majeslé. On les qualifie du nom de PÈRE en leur adressant la parole, et lorsqu'ils sont assis sur leur tribunal, on ne leur parle , comme à l'empereur , qu'à genoux. Jamais ils ne paraissent en public qu'avec l'appareil le plus imposant. (Quatre hommes , et quelquefois huit , les portent sur leurs épaules dans une chaise magnifiquement ornée , précédés des officiers de leur tribunal , qui marchent en ordre sur deux lignes. Les uns tiennent devant le mandarin un grand parascd de soie , les autres frappent sur un bassin de cuivre pour avertir le peuple de se ranger. Le peuple , à leur passage , s'arrête et reste debout en silence. Un mandarin doit être accessible à toute heure du jour et de la nuit. Jamais il ne peut déposer en public la gravité de son caractère. Ce n'est que dans l'intérieur de son palais qu'il peut se livrer aux divertissements de société. Pour écarter tout esprit de partialité, la loi ne permet à personne d'exercer les fonctions du mandarinat ni dans sa patrie , ni même dans sa province natale.
Il n'y a ni procureur, ni avocat en titre d'office à la Chine, Chacun y plaide sa cause en personne et se fait assister par tel patron qu'il juge à propos de choisir. La justice est sommaire. Le demandeur expose ses moyens par écrit , le défendeur y répond. Le premier fournit des contredits, l'autre y réplique, et le magistrat ensuite prononce.
La noblesse n'étant point héréditaire à la Chine , excepté dans la famille de Confucius et dans la maison impériale , per^^
et de sa femme , de Tainé des enfants et de ses frères, et ceux de l'amitié et de la société. Cette partie est celle où les Chinois excellent Iç jjIus. et où jamais ils n'ont varie', tandis qu'en Europe elle a souffert e^ souffre encore de si mortelles atteintes par l'énorme différence des opinions.
DES EMPEREURS DE LA CHINE. ia5
fconne n'y a droit aux charges par sa naissance, et la route des honneurs est ouverte à tout homnie qui a des talents cultivés par l'étude.
Les mandarins de guerre, sur lesquels roule tout le gouvernement militaire , sont au nombre d'environ dix-huit mille hommes qui ont sous leurs ordres plus de sept cent mille hommes d'infanterie et environ deux cent mille cavaliers. Ces troupes sont divisées en plusieurs légions, chacune de dix mille soldats , partagées en compagnies de cent hommes chacune. Les fusils , les sabres, les flèches et les cuirasses, sont leurs armes. Les enseignes des troupes tartares sont jaunes , et les troupes chinoises en ont de vertes. La paie du soldat étant forte à la Chine, le service modéré, le mérite toujours récompensé, les enrôlements y sont faciles, parce que l'état militaire y est regardé par le peuple , comme l'un des plus honorables et des plus avantageux.
Avant l'arrivée des missionnaires, les Chinois, quoique adonnés, dès l'origine de leur monarchie , aux sciences naturelles, y avaient fait peu de progrès- Privés du commerce des nations savantes par la défense qui leur était faite de voyager chez elles, €t par la difficulté qu'elles avaient de pénétrer à la Chine, ils étaient réduits aux seules lumières de leur patrie , sans pouvoir y joindre celles qui pouvaient leur venir d'ailleurs. Il faut néanmoins convenir que, malgré cette privation , ils poussèrent les connaissances astronomiques assez loin pour être en état de calculer les mouvements respectifs du soleil et de la lune, et de prédire avec une certaine précision les éclipses de l'un et de l'autre de ces deux astres ; ce qui supposait la connaissance de l'arithmétique et de la géométrie, au moins élémentaires. Mais pour la physique , elle était chez eux, à l'arrivée des missionnaires, en pire état qu'elle ne se trouvait parmi nous, lorsque, dans l'étude de cette science, Aristote et les scholastiques étaient nos seuls guides. On ne peut exprimer combien fut grande l'admiration des Chinois à la vue des nouvelles expériences de pneumatique, d'hydrostatique, de statique, d'optique, de catoptrique , de perspective, qu'on leur fit voir, de même que des instruments dont nous nous servons pour la navigation , l'astronomie et la mécanique. Les montres, les horloges, les carillons, les orgues, les lanternes magiques, et autres curiosités , furent pour eux des choses entièrement neu' ves , et les obligèrent de convenir , malgré l'orgueil national , que les Européens , dont ils avaient à peine ouï parler, étaient parvenus à un degré d'intelligence fort supérieur au leur.
Quoique leur attachement à la vie les ait toujours portés à cultiver avec soin la médecine , il est cependant certain que
cette science est encore parmi eux Infectée des préjugés de l'an-^ cienne barbarie. L'horreur qu'ils ont pour les opérations analomlques, arrête les progrès qu'ils pourraient faire dans la connaissance du corps humain. On prétend néanmoins qu'ils ont connu, vers le même tems que nous, la circulation du sang; mais c'est de nous certainement qu'ils ont appris les conséquences qui résultent de cette théorie pour la pratique. 11 faut toutefois convenir que leurs médecins nous surpassent en un point, c'est dans la connaissance des différentes maladies et de leurs sièges par les divers battements du pouls. H est rare qu'ils se trompent à cet égard , et qu'ils ne connaissent pas sûrement par là , sans avoir interrogé le malade, ce qu'il y a à craindre ou à espérer pour lui. Il ne paraît pas qu'il soient encore fort avancé dans la chimie, ni qu'ils en fassent usage dans la composition de leurs médicaments.
A les en croire , ils sont les inventeurs de la musique : mais dans le vrai, ils n'en connaissent ni les principes, ni les règles. Ils n'ont pas même l'idée de l'harmonie. La diversité des parties, et le contraste des voix et des instruments qui charment nos oreilles , tout cela choque celles des Chinois , qui le traitent de désordre et de cacophonie ridicule. Quant à la mélodie, ils passent de la tierce à la quinte ou à l'octave , et ignorent l'art àes semi-tons. Ils n'ont point de notes, ni d'autres figures pour exprimer la diversité des tons; et cet art ne s'apprend chez eux que par routine. Un jour, l'empereur Kang-hi ayant joué devant deux missionnaires (Grimaldi et Pereira) un air chinois, le second prit ses tablettes , et, ayant noté l'air, il l'exécuta aussitôt. L'empereur surpris , lui demanda comment il avait appris en si peu de tems un air , que ses plus habiles musiciens n'étalent en état d'exécuter qu'après une longue élude et quantité de répétitions. Le missionnaire répondit que les Européens avalent trouvé l'art de marquer les sons sur le papier , au moyen de certains caractères dont ils se servaient ; et pour le convamcre qu'il n'avançait rien qui ne fut vrai , il fit le même essai sur d'autres airs , qu'il joua sur le champ , après les avoir notés. L'empereur fut si frappé de la beauté de cette invention, qu'il institua une académie de musique, dont il confia la dirccllon à l'un de ses fils. (^ HisL mod. , tom. L)
Mais la partie la plus pénible des études chez les Chinois , est la connaissance du langage et l'art de l'écriture. La langue chinoise, qui n'a qu'environ trois cent trente mots, tous monosyllabes indéclinables, sait néanmoins tellement en varier le sens par les différentes inflexions de la voix , et tellement les combiner, qu'ils lui suffisent pour exprimer toutes les pensées avec clarté et dans toi» les genres de style. Son alphabet, outc©
DES EMPEREURS DE LA tHlNE. tàf
tela, est beaucoup plus court que le nôtre; car les lettres b ^ d^ u ,, X e/ z ne s'y rencontrent point. Il n'en est pas de même de récriture dont les caractères montent, suivant quelques-» uns, jusqu'à quatre- vingt mille, et selon quelques autres, à cinquante-quatre mille quatre cent neuf. Mais il suffit, pour écrire correctement, d en connaître dix mille. Cette écriture est originairement hiéroglyphique, c'est-à-dire qu'elle exprime les choses matérielles par des images, et les choses intellectuelles par des symboles. Mais depuis long-tems ces caractères sont presque réduits à de simples lignes diversement tracées. Les Chinois écrivent de droit à gauche , et leurs lignes sont perpendiculaires, et non pas, horizontales, comme celles des Européens. On connaît le papier de la Chine, dont l invention est antérieure à celle du notre. Trop mince pour admettre l'écriture sur la page et le revers , il ne la re«5oit que d'un côté , et exige de plus une encre particulière, qui ne s'emploie qu'avec le pinceau (i).
L'art de rimprimerie est ancien à la Chine, et continue de s'y exécuter avec des caractères immobiles , gravés sur des planches de bols. Pourquoi , dit-on , n'ont-ils pas adopté nos caractères mobiles de fonte , qui feraient un bien plus bel effet ? La réponse se tire de la prodigieuse multitude de leurs caractères , qui exigeraient une dépense énorme pour être fondus en métal, demanderaient un atelier immense pour être logés en autant de casses, et causeraient aux ouvriers le plus grand embarras, pour les tirer chacun a propos pour la composition (2) Au reste , les Chinois n'ont pas absolument rejeté la manière dont on imprime en Europe. Ils ont des caractères
(1) « Quoiqu'on se serve communément du pinceau pour écrire , » il y a cependant des Tartares qui emploient une espèce de plume » faite de bambou , et taillée à-peu-près comme les plumes d Europe. » Mai* parce que le papier de la Chine est sans alun et fort mince , le » pinceau chinois est pUis commode que la plume. » ( Du Ha'de. ) En se servant de celle-ci , les Chinois doivenloécessairement employer une encre semblable à la PÔlre.
(2) Il est vrai que la méthode chinoise est sujette à quelques încon— Ténients , vu la nécessité où l'on se trouve de multiplier les planchée sans pouvoir remettre en œuvre les caractères que l'on a gravés. Mais d'un autre côté, il faut considérer que la matière de ces planches n'est pas chère ; que le graveur chinois travaille presque aussi vite que l'imprimeur européen ; qu'enfin, lorsque l'ouvrage est gravé en entier de cette manière, on n'en tire que le nombre d'exemplaires qu'on veut, suivant le dél)it , sans être exposé , comme nos libraires le sont tous les jours, à ne vendre qu'iuie très-petite partie des exemplaires tirés, ( ffisi. Mod. )
laS CBSONOI.OGIE HISTORIQUE
mobiles dont on se sert en quelques occasions, principalement pour les ordonnances et pour la gazelle^ qui s'imprime chaque jour au palais (i).
Des censeurs qui n'entendent pas un mot de chinois, et qui n'ont jamais vu la Chine , prononcent hardiment du fond de leur cabinet, que le gonie poétique n'a point encore pénétré dans ce pays. Nous aimons mieux nous en rapporter aux savants missionnaires qui, étant parfaitement instruits de la langue, attestent que la Chine, comme l'Europe , enfante quelquefois de bonnes poésies , et citent pour exemple celles de l'empereur Kang-hi. Il est vrai que les drames chinois n'ont point la régularité des nôtres (2) ; mais en revanche , les mœurs y sont plus respectées, et la pudeur n'y est pas si souvent offensée qne dans c*;lles de rJLurope. Les mêmes détracteurs des Chinois leurs refusent la connaissance des règles du dessin et de la perspective dans la peinture, et cela d'après les buffets, les tablettes, les paravents, les piirasols, les porcelaines, et autres semblables ouvrages qui nous viennent de la Chine. Mais les missionnaires nous apprcnneni que les figures grotesques qu'on y aperçoit, ces magots, .linsi qu'on les appelle, sont les fidèles représentations des divinités chinoises. Les étoffes de soie et les vases de porcelaine qui nous viennent de la Chine, prouvent que l'aiguille et le pinceau y tracent aussi régulièrement qu'en Europe, les fleurs, les arbres , les fruits, les animaux, et que l'habileté de nos peintres n'égale pas celle des Chinois pour la beauté du coloris.
Mais la partie des arts où les Chinois l'emportent sur les autres nations, c'est l'agriculture, le premier et le plus important des arts. Leur semoir a été tiouvé si ingénieux et si utile, qu'il a été adopté en Europe. Ils ont uni leurs plaines autant qu'il a été possible , et ne leur ont ordinairement conservé que la pente qu'exigeait la facilité des arrosemenls y regardés avec raison comme un des plus grands moyens de l'agriculture. Mais qui n'admirera pas leurs coteaux générale-
(i) Cette gazette ne concerne que les affaires de la Chine. On y an-' rtonce les événements les plus reiuarquabits arrivés dans Tenipire ; les promotions des principaux oiTiciers, leur disgrâce, lorsqu'ils font encourue, et les causes qui l'ont produite; les mariages et les morts des personnes les plus distinguées, etc.
(2) il n'y a point de théâtre public à la Chine. Les comédiens vont jouer leurs pièces dans les maisons ou ils sont appelés. Chaque personnage , en paraissant sur la scène, commence par décliner son nom et ses qualités. L'action dans chaque pièce n'est pas renfermée dans l'es-pace d'un seul jour j mais embiasse quelquefois plusieurs années.
DES EMPEREURS DE LA. CHINE. I2g
tarent coupés en terrasses, soutenues par des murailles sèches? On y reçoit les pluies et les sources dans des réservoirs pratiqués avec intelligence. Souvent même l( g canaux et les rivières qui baignent le pied dune colline, en arrosent la cîme et la pente par un effet de cette industrie, dit ini écrivain récent, qui, simplifiant et multipliant les machines, a diminué le travail des bras, et fait avec deux hommes ce que mille ne peuvent pas faire ailleurs. Ces hauteurs , ajoute-^t-il . donnent ordinairement, par art, trois récoltes. A une espèce de radis qui fournit de l'huile, succède le colon, qui lui-même est remplacé par des patates.
Les Chinois, moins inveiitifs dans les autres arts , que les Européens, imitent facilement leurs ouvrages de main les plus délicats, soit de iTienuiserie , soit de sculpture, soit d'orfèvrerie , soit d'horlogerie.
Cette nation ayant chez elle toutes les choses nécessaires à la vie, pourrait aisément se passer, et s'est même passée longtems du commerce avec l'étranger. Mais chaque province ayant ses richesses et ses besoins, est obligée d'échanger son supertlu avec les autres, pour en tirer les choses qui lui manquent. Le père du Halde assure que le commerce qui se fait dans les diffé-» rentes provinces de la Chine, dont la plupart, comme on l'a déjà dit, équivalent à de grands royaumes, surpasse celui que font entre elles toutes les nations de l'Europe.
Le trafic extérieur des Chinois est incomparablement moins considérable à tous égards que celui qui se fait au-dedans. Canton, £mou-y, Ning-po , villes maritimes, sont les seules qui commercent avec l'étranger. Les Chinois , d'ailleurs , sont extrêmement bornés dans leurs navigations. Jamais ils ne passent le détroit de la Sonde. Les marchandises qu'ils portent à Siam et à Manille, sont des soies, des porcelaines, des habits, du thé; et, en échange, ils reçoivent à Manille, des piastres. Les chargements pour Batavia , consistent principalement en thé vert, en porcelaines, en drogues médicinales^ en feuilles d'or. Les retours se font en piastres, en épiceries, en bois de Sandal et de Brésil, en draps d'Europe. Au Janon, ils portent des drogues médicinales , des sucres, des cuirs, des étoffés de soie, des draps d'Europe; et ils en rapportent des porcelaines, des ouvrages de vernis, de l'or , du tombac et de l'acier. ( Hîst. mod. )
A la Chine, on ne fabrique point d'autres pièces de monnaie que des deniers en cuivre. Ils sont percés au milieu, et on les enfile comme des grains de chapelet. L'argent n'est point monnayé ; c'est le poids seul qui décide de sa valeur. L'or n'a cours dans le commerce que comme marchandise. Ala Chine , il est IX. 17
^3o CBRON^ÔLOGIÉ HISTORIQUE
à l'argent comme i est à lo , au lieu qu'en Europe ( 1787 ) y I* proportion de l'un et de l'autre métal, est de i à i5; ce qui fait que l'or de la Chine est fort recherché par les Européens.
L'habillement des hommes , à la Chine, consiste dans une longue vesle qui descend jusqu'à terre et dont un pan se replie sur lautre et s'y attache avec quatre ou cinq clous d'or oa d'argent, un peu éloignés les uns des autres. Les manches, Lirges auprès des épaules, vont en se rétrécissant jusqu au poignet, et se terminent en fer à cheval, qui leur couvre les mains. Ils se ceignent d'une large ceinture de soie, dont la couleur est jaune pour l'empereur et les princes du sang. Quel^ ques mandarins, par distinction, la portent rouge. Le peuple est communément vêtu de coton teint en noir ou en bleu. Les Chinois portent, en été , un caleçon de lin, et en hiver, des hauts-de-chausse de satin fourré de coton ou de soie écrue. « Ils se rouvrent , en été , d'une espèce de bonnet fait en w forme d'entonnoir: le dedans est doublé de satin ; le dessus M est couvert d'un rotin travaille très-finement. A la pointe » du bonnet est un gros flocon de crin rouge, qui se répand » jusque sur les bords. En hiver, ils portent un bonnet plus » chaud, bordé de zilx;line, ou d'hermine, ou de peau de n renard , dont le dessus est couvert d'un flocon de soie rouge, ï) Les gens de qualité et ceux qui sont au-dessus du commun, w ne paraissent en public que bottés. Quand ils vont à pied , j» ces bottes sont de salin , de soie, ou de toile de coton teinte j> en couleur, et assez justes au pied, sans talon ni genouil- » 1ère; pour le cheval, elles sont de cuir très-souple. Leurs » bas à bottes sont d'une étoffe pi(|uée et doublée de coton, et » montent plus haut que la botte, pour laisser voir le bord » qui est de velours ou de panne. Ils ont des chaussures plus » légères pour l'été. Un chinois qui fait des visites de consé- 1) quence , on qui païaît en public, a, sur les habits qui » couvrent la peau, une longue robe d'une étoffe de soie, assez » souvent bleue, attachée avec une ceinture, et sur le tout, M un petit habit noir ou violet , qui descend aux genoux , fort M ample et à manches larges et courtes. » {/înerd. chin.) Les robes des Chinoises sont fort longues. Elles n'ont que le visage découvert ; leurs mains sont toujours cachées sous des manches fort larges et si longues, qu'elles traîneraient à terre, si elles n'avaient soin de les relt-ver. On sait le soin qu'on prend dès leur naissance, de leur tenir les pieds serrés dans leurs souliers, de manière qu'elles peuvent à peine marcher.
« On ne consulte point (à la Chine) les inclinations des » f lofants, quand il s'a2;it de les unir par les liens du mariage. *> Le choix d'une épouse est réservé au père ou au plus proche
DES EMPEREURS DE LA CHINE. l3r
» parent de celui qu'on veut marier ; et c'est avec le père ou
» avec les parents de la fille qu'on convient du mariage et qu'on
>♦ passe le contrat : car il n'y a point de dot, à la Chine, pour
}> les filles , et la coutume est que les parents de l'époux futur
M conviennent, avec les parents de l'épouse, d'une certaine
»> somme qu'ils donneront pour arrêter le mariage , laquelle
» s'emploie à acheter les hahits et autres ustensiles, que la
f> mariée empcrte le jour de ses noces. C'est ce qui se pratique
» surtout parmi les personnes de basse condition ; car poi.ir
» ce qui est des grands, des lettrés et des personnes riches,
» ils dépensent beaucoup plus que ne valent les pré>ents qu'ils
» ont reçus Comme les personnes du sexe sont toujours
i> enfermées dans leurs appartements, et qu'il n'est pas permis
» aux hommes de les voir ni de les entretenir, les maiiages Tie
i> se contractent que sur le témoignage des parents de la fille
»> qu'on recherche, ou sur le portrait qu'en font de vieillis
» femmes, dont le métier est de s entremettre de ces sortes
» d'affaires Quand, par le moyen de ces entremetteuses, on
y> est convenu de tout , on passe le contrat , on délivre la
» somme arrêtée, et l'on se prépare à la célébration des noces.
j> Llles sont précédées de quelques cérémonies : les princi —
» pales consistent à envoyer, de part et d'autre , demander le
V nom de la fille et le nom de l'époux , qui doivent s'épouser, » et à faire aux parents des présents.... Lorsque le jour des u noces est venu , on enferme la fiancée dans une chaise mag- 3) nifiquement ornée : toute la dot qu'elle porte l'accompagne i) et la suit.... Un cortège de gens qui se louent l'accompagne » avec des torches et des flambeaux, même en plein midi. Sa » chaise est précédée de fifres, de haut-bois et de tambours, » suivie de ses parents et des amis particuliers de la famille }> Un domestique affidé garde la clef de la porte qui ferme la T> chaise, pour ne la donner qu'au mari. Celui-ci, magnifi— » quement vêtu, attend à sa porte Tepouse qu'on lui a choisie. i) Aussitôt qu'elle est arrivée , il reçoit la clef que lui reme» » le domestique , il ouvre avec empressement la chaise. C'est w alors que, s'il la voit pour la première fois , il juge de sa » bonne ou de sa mauvaise fortune. Il s'en trouve qui , me- X contents de leur sort , referment aussitôt la chaise ; et renii voient la fille à ses parents , aimant mieux perdre l'argene » cju'ils ont donné , que de faire une si mauvaise acquisition.... » Uès que l'épouse est .sortie de la chaise, l'époux se met à j* côté d'elle; ils passent tous deux ensemble dans une salle,
V et là ils font quatre révérences au Tien , et après en avoir » fait quelques autres aux parents de l'époux , on la remet w entre les mains des dames qu'on a invitées à ia cérémonie; j
iBa CHRONOLOGIE HISTORIQUE
» elles passent ce jonr-là toutes ensemble en divertissements i> et en festins, tandis que le nouveau marié régale ses amis, j) dans un autre appartement. » (Du Halde, tom. II, pag. 119 et suiv. )
On cslomnie les Chinois , si l'on en croit les missionnaires tie Pé-klng , en les accusant d'être les meurtriers de leurs enfants , comme Tétaient autrefois les Grecs et les Romains , lorsc|ue la pauvreté ne leur permet pas de les nourrir. Il est vrai qu'ils les exposent, disent ces apologistes , rnais c'est avec toutes les précautions nécessaires pour les mettre à l'abri de la dent des bétes carnacières, et des autres accidents qu'on peut prévoir. C'est ordinairement pendant la nuit qu'ils les exposent ^ assurés par l'expérience , que le jour ne se passera pas qu'ils ne soient recueillis par quelque passant. Il arrive même souvent que ces enfants sont adoptes par des personnes aisées, qui n'en t)nt point, et parviennent à une fortune, que leurs parents n'auraient pas été en état de leur procurer. Mais on ne peut nier , à moins de contredire les relations les plus authentiques , que les Chinois se croient permis d'étouffer à leur naissance les enfants dont le trop grand nombre leur est à charge.
Rien de plus irrégulier, et rien en même tems de plus varié qpe les jardins chinois. Plus ils s'éloignent de la symétrie des nôtres, plus ils se rapprochent de la nature dont ils imitent le beau désordre de toutes les manières imaginables. Ils présentent ordinairement trois sortes de scènes , les unes riantes ^ d'autres horribles, et d'autres enfin qu'on nomme enchantées. « Les Chinois se servent de divers artifices pour exciter la suri' prise. Quelquefois ils font passer sous terre une rivière ou un j> torrent rapide, qui , par son bruit turbulent , frappe l'oreille, i) sans qu'on puisse comprendre d'où il vient. D'autres fols ils )» disposent les rocs, les bâtiments et les autres objets qui en-» w trent dans 4a composition , de manière que le vent , passant « au travers des interstices et des concavités qui y sont ména- » gés pour cet effet, forme des sons étrangers et singuliers. Ils » mettent dans ces compositions les espèces les plus extraordli> naires d'arbres, de plantes et de fleurs; ils y forment des » échos artificiels et compliqués et y tiennent différentes sortes M d'oiseaux et d'animaux. Les scènes d'horreur présentent des » rocs suspendus, des cavernes obscures, d'impétueuses cata- » ractes qui se précipitent de tous les côtés du haut des mon- » tagnes. Les arbres sont difformes et semblent brisés par la M violence des tempêtes. Ici, l'on en volt de renversés qui Inter- « ceptent le cours des torrents, et paraisent avoir t-té emporté^ u par la fureur des eaux ; là , il semble que , frappés par la fou-
DES EMPEREURS DE LA CHINE, r33
M dre, ils ont été brûlés et fendus en pièces. Quelques uns des ij édifices sont en ruines, quelques autres consumés à demi par w le feu. Quelques chétives colonnes dispersées çà et là sur les i> montagnes semblent indiquer à la fois l'existence et la misère M des habitants. A ces scènes il en succède communément de » riantes. Les artistes chinois savent avec quelle force l'âme est >' agitée par les contrastes, et ils ne manquent jamais de ména- » ger des transitions subites et de frappantes oppositions de 5J formes , de couleurs et d'ombres. Aussi des vues bornées » vous font-ils passer à des perspectives étendues ; des objets » d'horreur, à des scènes agréables ; et des lacs et des rivières , " aux plaines, aux coteaux et aux bois. Aux couleîirs sombres »' et tristes ils en opposent de brillantes , et des formes simples w aux compliquées, distribuant , par un arrangement judicieux, V les diverses masses d'ombre et de lumière , de telle sorte que 3> la composition paraît distincte dans ses parties , et frappante » en son tout. » ( Anecd. chin. p. 3o6 et suiv. )
On a dit ci-devant que la population à la Chine surpasse de beaucoup celle de l'Europe. ISous en avons la preuve dans le dénombrement légal que l'empereur régnant fit faire dans toutes les provinces en l'^Gi. 11 monte à cent quatre-vingt-dixhuit millions deux cent quatorze mille cinq cent cinquante personnes. {Mém. concer. les Chinois, tom. II, p. 374- ) Le nombre c'est encore accru depuis. La seule famille impériale , depuis environ quatre-vingts ans qu'elle est sur le trône de la Chine, est composée de deux mille princes actuellement vi-^ yants (1787).