EMPEREURS DU JAPON
XjE Japon , vaste pays, le plus reculé de l'Asie orientale , est nn assemblage d'un nombre presque infini d'îles sous un même souverain, dont les trois principales sont INiphon, Xico ou Sai- Svokf, située au sud-ouest de iSiphon, et Sicoco ou Sicokf, placée au midi entre les deux , qu'elle n'égale ni l'une ni l'aulre pour l'éteadue. Mais la plus considérable est Niphon , qu'on peut, à quelques égards, comparer a l'Angleterre. Hachée et coupée de la même manière que celle-ci , mais dans un plus haut degré, par des caps , des anses , de grandes bayes , elle présente sur la carte une circonférence très-irrégulièrc qu'il n'est guère possible de déterminer au juste. Klle s'étend depuis le 'à'M. degré 2i> m. de latitude jusqu'au 4i^- r et depuis le 146^. de longitude jusqu'au 160*. 3o m., en sorte qu'elle a environ deux cent cinquante lieues communes de France en longueur du sud-ouest au nord-est. Sa plus grande largeur est de cent cinquante lieues, et la moindre d'environ quarante. ï.e lac Otis, qui est dans le milieu de l'île , peut avoir Irente- « inq lieues de long sur sept à huit de large. Un détroit la sépare au nord-est de l'île de Jeso, dont on parlera ci-après.
Toutes les îles qui forment le Japon furent divisées, l'an Sqo de l'ère chrétienne, en sept grandes contrées qui, l'an 681 , furent partagées en soixante-six provinces ( et non pas quarantehuit seulement), auxquelles depuis on en ajouta deux autres après la conquête des îles d'Iki et de Tsnssima , dépendantes auparavant du royaume de Corée. Dans la suite des tems, on a eu recours à de jaouvelles subdivisions , et le nombre s'en est telle-
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^snt accru, qu'on disliiigue aujourd'hui six cent quatre districts
dans 1.^ Japon.
Outres ces iles et ces provinces, il y a quelques autres pays lus cloign.^s qui, à proprement par'er, n'appartiennent pas à empire dji Japon , quoiqu'ils reconnaissent l'empereur pour
leur souverain ou vivent sous sa protection. Ce sont,
i**. L'ile de Lequeo ou Liquuo , entre le Japon et l'île Formose,
2". TsiosEN, qui est la troisième et la plus basse partie de la Corée. Elle est gouvernée au nom de l'empereur par le prince de Iki et de ïsussima.
'à°. L'ile de Jeso , dont le gouvernement a été donné au prince de Matsumaï, qui a ses états particuliers dans la grande proviiice d'Ossu. Elle est fort grande, mais remplie de bois. Ses habita. ils, à demi -sauvages, ne vivent presque que de chasse et de pèche.
Le Japon est borné par des côtes escarpées et par une mer orageuse et semée d'écueils , qui, ayant d'ailleurs très-peu de fond, ne peut recevoir que de petits bâtiments. Il semble, dit Kâempfer, que la nature en rendant ces îles presque inacessibles et d'ailleurs pourvues de toutes les choses nécessaires et mêma agréables.! la vie, ait voulu en former un petit monde séparé et indépendant de tout le reste.
Le Japon doit moins à la nature sa fertilité qu'à l'industrie de ses habitants. Couvert de montagnes et d'un lerrein pierreux, tout, jusqu'aux rochers, y est mis en valeur. C'est par là
'ocners, y est mis en valeur, l^ es Ive population (i), il se suffit à lui
que, maigre son excessive poputation (^ij, Il se sutht a lui même sans le secours des autres nations. La nécessité rend sobres ses habitants. Le riz qu'ils cultivent avec un soin particulier et qui est le meilleur des Indes, les légumes, le poisson, dont les mers, les lacs et les rivières abondent, font leur nourriture ordinaire. Ils excellent dans les ouvrages de main , et surtout dans là fabrique de leur porcelaine (2) et dans celle des étoffes dont le pays fournit les matières.
(i) On compte au Japon treize mille villes, et neuf cent neuf mille huit cent cinquante-huit vill.i<;es, selon Kaerapfer.
{2) « Un voyageur . dit le P. Cliarlevoix ( //l'sf. du Tapon ^ tome I , >» page 19 ) , m'avait assure' qu'il ne se faisait point de porcelaine au » Japon, et que celle que nous connaissons en Europe sous ce nom, » et qui est si estimée, se lais ut à la Chine pour les J.ipotiais qui l'y » venaient acheter. Il est certain qu'ils y en achètent beaucoup ; maiar '» il ne l'es! pas moin> que cel'e qui porte le nom de Japon se iabriqut» ■» dans le Figen , la plus graudâ des iieiif provinces de Ximo. ( Xico.)
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Les trombes sont fréquentes dans les mers du Japon, et maiî-2^ heur aux vaisseaux sur lesquels ces colonnes d'eau viennent à^ crever. Les volcans ne sont guère moins communs dans plusieurs des îles de cet empire. Il en est un petit, voisin de Firando, qui a brûlé pendant plusieurs siècles. Un autre , visà-vis de Satsuma , jette continuellement du feu. Dans la province de Chieagen , une mine de charbon, qui s'est enflammée par la négligence des ouvriers , n'a point cessé de brûler depuis. On voit avec étonnement les flammes percer à travers les rieiges et les glaces qui couvrent certaines montagnes.
Parmi les eaux chaudes , qui ne sont nullement rares au Japon , il n'en est point de comparables à celles qui tombent en gros volumes d'une montagne escarpée dans le territoire d'Ariraa, qui fait parti de l'île de Xico. Outre leur extrême chaleur , elles sont d'une qualité si acre et si piquante, qu'elles s'insinuent jusqu'aux os ; elles pénètrent au travers du corps lorsqu'on les jette dessus à grosses ondées. C'est là qu'on menait les Chrétiens pour les contraindre par ce cruel supplice de renoncer à la vraie religion ; mais leurs persécuteurs , pour faire durer leurs souffrances, leur arrosaient seulement quelques parties du corps , sans jamais en jeter sur la tête , de peur qu'ils ne mourussent trop tôt. D'autres fois ils les exposaient à la vapeur de cette eau qui est si infecte, qu'ils n'y pouvaient résister trois jours entiers. Alors on les retirait, et un n^édecin leur donnait des remèdes pour les fortifier, afin qu'ils pussent endurer de nouveaux tourments. (D. Vaissèle , Geogr. tom. IV.)
Les vers à soie ne sont pas d'un moindre produit au Japon qu'à laChine,et peut-être les Japonais l'emportent-ils sur les Chinois pour la manière de la mettre en œuvre. On admire en Europe les étoffes tissues de soie , d'or et d'argent , qu'on y apporte du Japon. Le coton et le chanvre croissent aussi , de même que l'arbrisseau du thé , dans plusieurs provinces de cet empire. Un arbre particulier au Japon est le kassi , qui a la forme du mûrier et croît avec une vitesse surprenante. Son ccorce sert à faire du papier , des cordes et même des étoffes. Le Japon a , de même que la Chine , l'arbre du vernis , et
n La matière dont on la forme est une argile blanchâtre qui se tire en
» grande quantité du voisinage d'Urisino et de Sunwota . sur les mon-
» tagnes qui n'en sont pas fort éloigne'es , et en quelques autres en-
* droits de cette même province. Quoique celte argile soit uaturel-
j» lenient fort nette, il faut encore la pétrir et la bien laver, avant
» que de la rendre transparente, et l'on assure qve ce travail est si pé-
» nible , quil a fondé un proverbe qui dit que /es os humains sorti
*• un des ingrédients (fui entrent dans la porcelaine. »
DES EMPEREURS DU JAPOX. l'ij
il en a même de plusieurs espèces , dont la meilleure est l'étrusi de Jamalro. «A la cour, dit Kiempfer, et à la table » m<";me de l'empereur, les ustensiles vernissés sont préférés »> à ceux d'or et d'argent. >> I/arbre du camphre y est cultivé avec autant de succès que dans l'île de Sumatra. Le chêne du Japon a l'avantage de produire un gland qui, étant bouilli, est excellent à manger. Mais cet arbre n'y est pas aussi commun que le sapin et le cvprès. C'est avec ceux-ci que l'on construit les vaisseaux et les maisons.
Mais la plus grande richesse du Japon consiste dans les minéraux et les métaux. Le cuivre et l'élain , que ses mines fournissent, approchent pour labeanté, lorsqu'ils sont épures, «le l'or et de l'argent (i). Peu de personnes ignorent Tesllme qu'on fait de l'acier du Japon , et de l'habileté avec laquelle on l'y emploie pour en fabricpjer des sabres et d'autres instruments tranchants. Les mines de quelques provinces fournissent l'or et largent avec assez d'abondance. Les jaspes , les agates, les cornalines, se tirent des entrailles de plusieurs montagnes. Les plongeurs s'enrichissent à la pèche des huîtres qui renferment les perles. I^'ambre gris se recueille sur plusieurs rivages de la mer; mais il se trouve principalement , dit Kaempfer , dans les intestins d'une espèce de baleines. Des îles entières sont pétries de soufre. Les coquillages que nous admirons le plus en Europe sont méprises au Japon, parce qu'ils y sont comiTiuns, Parlons maintenant de ses principales villes.
Dans l'île de Nlphon , Meaco, qui était autrefois la capitale de l'empire , est encore aujourd'hui l'entrepôt de toutes les manufactures et marchandises du Japon. Avant l'affreux tremblement de terre qu'elle éprouva le 29 octobre de l'an i-3o, on y comptait plus de six cent mille âmes. Ses rues 6ont étroites, mais régulières, et les maisons petites quoiqu'à deux étages. Le bols, l'argile et la chaux sont les matéria-ix qu'on y eraiplole pour bâtir. Mais le palais du dairo est vaste et magnifique; on le. dit même couvert de lames d'or, c'est^ ■à-dire vraisemblablement de tuiles vernissées en or. Osaca , à treize lieues de Meaco , est appelé au Japon /e théâtre des plaisirs et des dlverlissemenls. Ce qui rend cette ville florissante par sort commerce , c'est sa situation sur la rivière de Jédogava à laquelle
(i) Les ustensiles , dit Kaempfer , les crochets , les crampons dont on se sert pour les bâtiments et les vaisseaux, et tous les autres instruments qui sont de fer dans les autres pays , sont de cuivre et d'airain au Japon.