ROBERT LE FORT
Robert dit le Fort, à cause de sa valeur, et l'^Angevin, soit parce qu'Angers était le lieu de sa naissance , soit parce que cette ville fut le chef-lieu de la province dont il eut dans la suite le commandement , arrière-petit-fils de Childebrand , frère de Charles Martel, comme on l'a prouvé ci-devant, et fils de Théotbert , comte de Madrie , entre Evreux , Vernon et la Seine, étant devenu beau-frère de Pépin I^^ , roi d'Aquitaine, par le mariage d'Ingeltrude, sa sœur, avec ce prince , le servit avec succès dans les guerres qu'il eut à soutenir. Pépin étant mort sur la fin de l'an bSg, Robert épousa les intérêts de son neveu Pépin II. que l'empereur Louis le Débonnaire avait
Ï)rivé du royaume d'Aquitaine pour le donner à son fils Charles e Chauve. Mais ce dernier ayant depuis regagné Robert , lui donna, l'an 86 1 , au parlement de Compiégne , sous le titre de duché et marquisat de France , la province située entre la
CHRO^ÎOLOGIE HISTORIQUE DES DUCS DE FRANCE, 20(| Seine et la Loire, pour l'opposer aux Bretons. {Annal. Met. €t Berlin.) Ce n'était pas un département nouveau. On conserve au dépôt des chartres un diplôme de Charlemagne, contenant des privilèges accordés à Tabbaye de Saint-Denis , dans lequel il est fait mention d'une province située entre la Loire et la Seine. {Daniel, noui'elle édition , f^^m. 11, part. 2, p. 407.) Ce qu'il y eut de bizarre en cette rencontre, c'est qu'après la réconciliation de Robert avec Cbarles le Chauve, deux seigneurs français, Gontfroi et Gozfroi qui avaient été ses médiateurs auprès du roi , se jetèrent dads le parti du duc de Bretagne (Salomon) , ennemi de la France: tant ils étaient jaloux et irrités de ce qu'on leur avait préféré Robert pour ce gouvernement ! {Ann. Bcrtin.) Louis (le Bègue) , fils de Charles le Chauve, s'étant mis à la tèle des seigneurs révoltés contre le nouveau duc de France, avait obtenu de Salomon un corps «le troupes à la tête duquel il attaqua Robert , l'an <S62 ; et il le fit avec tant d'avantage que, l'ayant obligé de reculer, il entra dans la ville d'Angers, et la pilla. INIais Robert étant tombé sur les Bretons à leur retour, en tua deux cents des principaux et leur arracha le butin. Louis voulut prendre sa revanche, mais il fut mis en fuite par Robert. Salomon, cependant , traitait avec Weland , chef des Normands, pour acquérir les vaisseaux qu'il avait sur la Loire. Mais à peine les eut-il obtenus, qu'ils furent enlevés par Robert ; ce qui réduisit le duc de Bretagne à demander la paix Tannée suivante (86'^) au roi de France. {Annal. Bertin. Morice , Hist. de Brel. , tom. 1'='. ,
Vers le même tems , deux seigneurs , Acfrid , qu'on croit sans beaucoup de fondement être le même qui fut depuis comte de Bourges, et Etienne, avaient engagé le jeune Charles, autre fils de Charles le Chauve, à se révolter contre son père, Robert fit raison au monarque du premier de ces deux traîtres, qu il prit et amena dans un parlement que le roi tenait. Mais, content de lavoir humilié , il demanda sa grâce et l obtint. {Annal Ber tin.) Robert à peine était de retour de cette assemblée, qu'il fut obligé de marcher contre deux corps de Normands, retranchés dans les îles de la Loire , d'où ils faisaient des incursions dans TAnjou. Il détruisit entièrement, à un seul homme près, la première division ; mais il reçut en combat— tjnl contre la seconde une blessure qui le força k la retraite après avoir perdu quelques-uns de ses gens. Le coup qu'il avait reçu n'était point dangereux , et il guérit de sa blessure au bout de quelques jours. {Annal Berlin. j L'an 8H5 , il remporte une nouvelle victoire sur ces barbares dont il taille en pièces plus de cinq cents ; et s'étant emparé de leurs armes et
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de leurs étendards , il les envoie au roi Charles. L'année suî* vante (866) fut le terme de ses jours. Apprenant cpie les Normands ravagaient le Maine , il y vole , leur livre bataille près de Bisserte, et perd la vie dans la mêlée le aS juiliel. De sou mariage avec Adélaïde, veuve de Conrad, comte de Paris, il laissa Eudes, qui suit; Robert qui vient ensuite, et Richilde, femme de Richard, comte bénéficiaire de ïroyes. Robert le Fort mérita le litre de Machahée de son siècle ^ par sa valeur qu'il signala principalement contre les infidèles.
EUDES
866. Eudes , fils aîné de Robert le Fort , lui succéda au duché de France. Les écrivains du tems ne lui donnent cependant que le titre de comte de Paris, dont il éîait revêtu, quoique très-jeune, du vivant de sou père, avec lecjucl il fut battu par les ISormands près de Melun , au coînmenrement de l'an 866. {Annal. Beifi'n.) Lolhaire , roi de lorraine, étant mort le 8 août 86g, le roi Charles le Chauve envoya, l'année suivante, au roi Louis le Germanique, son frère, à Francfort, une ambassade composée d'Eudes , évêque de Beau vais , et des comtes laudes et Hardouin , pour l'engager à partager amiablemenl entre eux les états de leur frère défunt. Il fallut bien des allées et des venues des ambassadeurs des deux
f>rlnces pour les amener à ce partage , qui fut enfin conclu e :i7 juillet de la même année , à Mosen sur la Meuse. (/fW.) Sigefrol , roi des Normands , étant venu faire le siège de Piiiis , en 885 , mil cette capitale dans le plus grand danger. Eudes, secondé par Robert, son frère, le comte Ragenaire , fiozlin , évêque de Paris, qui fit les fonctions de pasteur et de capitaine, et plusieurs autres braves, soutint avec toute la valeur imaginable les efforts des assiégeants. Deux assauts qu'ils donnèrent le 27 et le 28 novembre , furent sans effet. Mais ce double échec ne fit yioint lever le siège. Les Normands le continuèrent avec un redoublement de fureur. La force étant toujours contrebalancée par la force , Sigefroi appelle ia ruse à son secours. Pour surprendre Eudes , il lui fil proposer une entrevue qu'il accepta. Mais tandis qu'ils conféraient ensemble, Eudes s'aperçut que des soldats normands se coulaient l'un après l'autre dans des chemins creux. Se voyant investi , il met le sabre à la main, et se fait jour au travers des ennemis qui le poursuivirent jusque sur le bord du fossé. Les soldats de la (?;arnison sortirent sur eux dès qu'on eut reconnu la trahison, et les repoussèrent. Ceci arriva au commencement de l'an 886. F.udes, (virles prép.iratifs cpie firent ensuile les ennemis, jugea tju'ils se disposaient à donuer encore un assaut général, il ne su
Drs DUCS DE FRANCE. iH
découragea point , et prit de son coté toutes les mesures convenables pour une bonne di-Iense. Elle fut telle que partout ils éprouvèrent une résistance insurmontable. Celait contre Tavis de Sigefroi que s'était engagée celte nouvelle action , où grand nombre des siens périrent dans la Seine. Alors il quitta le siège et prit la route de la Frise. Mais une partie des Normands ayant refusé de le suivre, s'obstinèrent à rester devant la place, déterminés à la prendre ou à périr. La disette et la peste s'étant mises dans Pans, secondèrent leurs efforts, et leur faisaient espérer de s'en rendre bientôt maîtres. Eudes faisait cependant solliciter l'empereur Charles le Gros de venir à son secours. Ne recevant point de réponse satisfaisante, il part lui-même pour l'aller trouver en Germanie, laissant poiir commander en sa place, Ebies , abbé de Sainl-Germain-des-Prés , dont la valeur et l'habilele s'étaient déjà signalées en différentes occasions. A sou retour, il force les retranchements que les ennemis avaient élevés pour l'arrêter et rentre dans la ville, annonçant un secours amené par le comte Henri. Bientôt après , le comte parait avec uu faible renfort, et veut forcer le camp des Normands ; mais il tombe dans un piège qu'on lui avait préparé , et il y périt avec sa troupe. Fiers de ce succès, les ennemis donnèrent un dernier assaut, et déjà ils se croyaient maîtres de la tour où est aujourd'hui (lyëS) le grand (Jiâtelet , lorsqu'une sortie des Parisiens , inspirée par le désespoir , les força de reculer après avoir perdu un grand nombre des leurs. L'empereur arrive enfin dans le mois de novembre , et va se placer à la vue de la ville sur la montagne de Montmartre. Mais n'osant attaquer les retranchements des ennemis, il leur propose un traité de paix aussi avantageux pour eus. qu'ignominieux pour lui. Ils l'acceptent , et par là finit , l'an 'S!S6 , au bout d'un an pu treize mois , ce fameux siège qui couvrit de gloire le comte Eudes. L'empereur Charles le Gros ayant été déposé Tannée suivante dans la diète deTribur, Eudes se mit sur les rangs pour briguer le trône de France, regardé comme vacant par cette déposition. 11 prévalut, et fut élu roi par le plus grand nombre des seigneurs français. Ce prince mourut sans enfants , Tan 898, le i«'". janvier selon les Annales de Saint-Waast , le 6 du même mois suivant celles de Metz, à l'âge de quarante ans, dit le P. tienault. Il est inhumé à Saint-Denis. (Voyez les Rois de France.)
ROBERT. If.
898. Robert , second fds de Robert le Fart , succi'da au roi Eudes , son frère, dans le duché de France. Il avait contribu'.^ avec lui à la défense de Paris contre les Normands; et iiiuJes,
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étant monté sur le Irôno , lui avait donné pour s» récompense le comté de Poitiers. Mais Adémar , dit Abbon dans son poëme, lui envia ce don et s'empara du comté :
Nam libuit régi dare propugnacula fralrî Rotberto Pic lavis, Ademaro tamenhaud sic j Nempe sibi cepit , plus se quia diligit illo.
Robert , après la mort d'Eudes , étant venu trouver le roi Charles le Simple, lui fit hommage du duché de France, et s'en retourna satisfait de la manière dont il avait été accueilli. (Ann. Vedast.) Il continua sous ce règne de défendre la France contre les Normands. Les chroniques d'Angers, de Verdun et de Fleuri, parlent surtout d'une expédition qu'il fil en gii, avec Itichard , duc de Bourgogne, et Fbles, comte de Poitiers, pour chasser ces barbares du pays Chartrain qu'ils désolaient. iLlIe fut heureuse, et dans un combat qu'ils leur livrèrent, le 20 juillet, devant Chartres qu'ils assiégeaient, ils en couchèrent six mille huit cents sur la place. Cependant , malgré les avantages que les Franc^'ais remportaient de tems en lems sur les ISoîTiîajids, Robert fut des premiers à conseiller au roi Charles d'entrfr en accommodement avec eux, et se chargea de la négoci;ition. Déjà Francon était en pourparler avec Rollon , leur chef, pour l'amener à la foi chrétienne. Le duc et le prélat Avant chacun obtenu de lui ce qu'ils désiraient pour le bien de l'état et de la religion , Rollon , l'an 912 , reçut le baptême où Robert lui servit de parrain et lui donna son nom. Maître par son traité de la portion delà Neuslrie, qu'on a depuis appelée Normandie , Rollon demeura constamment fidèle au roi de France. Robert tenta vainement , quelque tems après, de l'entraîner dans la ligue qu'il avait formée avec Raoul , son gendre, iils de Richard, duc de Bourgogne, et d'autres seigneurs, contre Charles dont ils étaient mécontents. Fidèle à ses engagements , Rollon ne voulut jamais se départir de la foi qu'il avait jurée à son souverain. Robert , sans être ébranlé par ce refus , continua de cabalcr en secret jusqu'à ce que sa partie fut assez bien liée pour faire éclater sa révolte. Se trouvant assez fort, l'an 920, pour lever le masque, il osa reprocher au roi, «lans une assemblée qui se tint à Soissons , l'indolence de sa conduite et l'aveugle confiance qu'il avait en son ministre Haganon dont l'insolence soulevait tous les grands. Les partisans de Robert , qui l'accompagnaient , rompant aussitôt avec lui chacun une paille qu'ils axaient a la main , la jettent pour m;ir(pier au roi qu'ils renoncent à son obéissance. Tel était l'usage parmi les vassaux, lorsqu'ils voulaient s'affranchir de la tttépciidance de leurs suzerains, et paimi les personnes lices en-
DES DUCS DE Ï-RANCÈ. ai3
semble, lorsqu'elles voulaient se séparer. De là le proverbe encore usité parmi nous , rompre la paille , pour signifier une rupture entre amis. On allait procéder à l'élection d'un nouveau roi; mais un comte, nommé Hugues, élevant la voix, remontra à l'assemblée le danger d'une démarche si précipitée ; et il le fit avec tant de force, qu'il obtint pour Charles un délai d'un an, pendant lequel on continuerait de lui obéir, sous la promesse qu'il fit de renvoyer Haganon et de changer de conduite. Voilà ce que raconte Adémar de Chabanais. Mais ce récit paraît fabuleux à dom Bouquet et à d'autres critiques. Ce qui est certain , c'est qu'il ne s'accorde pas avec Frodoard, dont l'autorité semble devoir l'emporter. Selon ce dernier, Hervé , archevêque de Reims , voyant que les seigneurs avaient abandonné Charles dans l'assemblée de Soissons, le prit et l'emmena dans ses terres où il le garda l'espace de sept mois , après quoi, l'ayant réconcilié avec les mécontents , il le rétablit sur le trône. La fidélité d'Hervé ne fut pas néanmoins à l'épreuve des injures. Charles , peu de tems après , lui ayant ôté la charge de grand chancelier du royaume pour en revêtir l'archevêque de Trêves, l'aliéna de son service par ce trait d'ingratitude. (D. Buiiq. , tom. Vni , p. i63, n.) Le monarque ne révoltait pas moins les autres prélats et seigneurs en manquant aux engagements qu'il avait pris avec eux. On était surtout irrité du rappel de Haganon qu'il comblait de nouvelles faveurs.
L'abus régnait toujours de conférer les abbayes à des laïques. Charles venait de retirer celle de Chelles à Rothilde, sa maîtresse, belle- mère de Jiugues, fils de Robert, pour la donner à son favori. Hugues, piqué de ce traitement fait à une personne qui lui était chère, va trouver, avec quelques autres comtes , l'archevêque de Reims pour lui communiquer son ressentiment. Les factieux marchent à Laon pour y surprendre le roi qui s'y était retiré. Charles, à leur approche, s'enfuit avec Haganon jusqu'au-delà delà Meuse. Hugues, accompagné de deux mille hommes, le poursuit, et rencontre sur sa route Giselbert, duc de I orrai ne, qui vient se joindre à lui. Le duc Robert , instruit de ces mouvements , passe dans le Laonais , et de là rappelle son fils et le duc de Lorraine , dans l'intention de les faire concourir avec lui au rétablissement de la paix. (Fro~ r/oo/'f/.) Ses vues alors ne portaient donc pas sur le trône, comme le prétendent les modernes, puisqu'il voulait faire la fonction de p:-.cificateur. Charles était bien éloigné de ces dispositions. Ayant repassé la Meuse , il brûle et ravage les terres de l'église de iieims pour se venger de l'archevêque, et réduit en cendres le château de Hautnont. Raoul, duc de Lourgogne, et gendrr* de Robert, craignant pour son beau-père, se met en roule avec
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T>n corps de troupes pour wniir à son secours. Piobert , à son ap^
firochc, passe la Marne au-dessous d'Epernal, et campe à trois ieues de l'armée de Charles. On ouvre une conférence où les rlif'fs des df ux partis se trouvent , à l'exception de Charles et de Haganon. Elle dure une semaine sans aucun fruit. Hugues le î«ioir, frère de Raoul et deuxième fils de Richard, duc de Bourgogne, s'acheminait cependant pour venir renforcer Tarmée de Robert. Sur sa ronte, il rencontra Haganon qui pillait, avec deux cents hommes , les terres de l'église de Reims. Les ayant faits prisonniers, il les renvoie ignominieusement à pied, gardant pour lui leurs armes et leurs chevaux. Charles, voyant continuellement croître les forces de Robert , prend le parti de fuir une deuxième fois au-delà de la Meuse. Les factieux s'étant alors rendus à Sainl-Kenii de îieims, y proclame roi le duc Robert. Il est sacré, le aq ntin 022, par Waulirr, archevêque de Sens, pendant la maîadied'Hervé, archevêque de iÀeims, que la mortenleva trois jourd après. {Dam Bouq. , tora. VJH, pag. 2.S2.. B.) Charles, à la nouvelle de cette élection , accourt avec les Lorrains qu'il avait rassemblés, pour aller chercher son rival. Les comtes de Toulouse et d'Auvergne l'ayant joint sur la route , il rencontre l'armée des rebelles, campée dans la plaine de Soissons. Le combat s'en':^age le i5 juin 923. Uobort, qu'il était aisé de reconnaître à sa longue baibe grise qui sortait hors de son armure, tombe mort d'un coup de lance, que Charles lui porte à la bouche; d'autres disent d'un coup de hache que Fulbert, poric-lancey lui déchargea sur la tète. Quoi qu'il en soit, cet événement, comme on le verra dans un moment , n'assura pas la victoire à Charles- Robert avait épousé BÉAïRix, fille, suivant les chroniques d'Odoran, d'Aimoin et de Guillaume de Jumiège, d'Herbert I, comte de Verraandois, dont il eut Hugues, qui suit, etEmme, femme de Raoul , roi de France. Du Bouchet doime à Robert une seconde fille nommée Hildebrante, qu'il maria, dit-il, avec Herbert 11, comte de Vermandois, son cousin-germain, sans faire attention combien une pareille alliance était contraire aux mœurs de cetems là. Robert épousa en secondes noces RotiiîlDE, dont on a parlé ci-dessus, et de laquelle il ne paraît pas qu'il ait e-j d'enfants. Ceux qui la disent tante de Ciiarles le Simple se fondent sur une leçon vicieuse du texte de Frodoard. La vraie porte , dans le manuscrit du roi , qu'elle était amie ou maîtresse de ce prince, arnica et non umila.