HUGUES LE GRAND
€^2.^. Hugues, à qui ses exploits, ou peut-être sa taille, ont méiité le surnom de Grand, appelé aussi quelquefois le Blajsc
DES DUCS DE rPiAMCE. Ûl5
par nos chroniqueurs, à cause de son teint, et I'AbbÉ, parce qu'il tenait en commcnde les a'ob.ives de Saint-Germaln-des- Pres, de Saint Denis, de Sainte Martin de Tours , et de Saint- Riquier, était à la bataille où péril le roi Kobert, son père. Sans être déconcerté par ce revers, il se mit à la tête de l'arixiée , et arracha la victoire à Charles qu'il mit en fuite. {Frodoard.) il ne tenait alors qu'à lui de se faire roi de France. 11 consulta là-dessus hmme , sa sœur, femme de Raoul , duc de Bourgogne, et lui demanda qui de son mari ou de lui elle aimerait mieux pour roi. J'aimerais mieux , répondit-elle, boiseries genoux démon mari que ceux de mon frère. Celte réponse le détermina, dit Glaber, à faire proclamer roi le duc, son beau-frère. Raoul, suivant Frodoard , lui donna le Mans pour reconnaître ce gage de son amitié. Les Normands des îles de la Loire continuaient toujours leurs brigandages. Hugues et Herbert, comte de Vcrmandois, marchent contre eux l'an 9117, et les tiennent assiégés l'espace de cinq semaines. Mais ne voyant point de jour à pouvoir les forcer, ils composent avec eux, et leur abandonnent le pa}S Nantais, en exigeant des otages pour assurer la paix. Herbert n'était pas d'un caractère à pouvoir conserver long-tems srs amis. Fourbe , inquiet , et sacrifiant à ses intérêts les droits les plus sacrés, il commença, l'an 929. à se brouiller avec Huguc , comme il avait déjà fait avec Raoul. Le monarque et le duc ne cessèrent presque pas depuis ce tems d'être en guerre avec lui , jusqu'à la mort du premier, arrivée le i5 janvier de l'an 9 >6. Hugues alors s'étant concerté avec les seigneurs les mieux intei r. tionnés, députe en Angleterre Guillaume, archevêque de Sens, pour faire revenir Louis, fils de Charles, que sa mère Ogive, après l'emprisonnement de son époux, y avait emmené. L'avant obtenu, il va le recevoir à Boulogne, accompagné d'a.itrcs princes , le place sur le trône de son père, et le fait sacrer, le 19 juin gSB, à Laon , qui devint le lieu de sa résidence. Hugues, pendant la première année de ce nouveau règne, exerça proprement Tauloriied'unrégentsans enavoir letitre. Mais, dés l'année suivante , Louis secoua le joug de la tutelle , et tiL venir sa mère d'Angleterre à Laon , pour partager en quelque sorte avec elle le gouvernement. Hugues congédié, se réconcilie avec Herbert. Ces deux hommes s'etant ligués contre le roi , lui enlèvent de force, l'an 9')iS, le château de Pierrepont, en Picardie, aidés par Giselbert , duc de Lorraine, qui était venu les joindre devant cette place. {Frodoard.)
Hu2;ues, au commencement de l'année suivante, s'étant rendu
' avec Herbert auprès de Guillaume Longue-épée , duc de Nor-
ïQânJie , ces trois princes font un traite d'alliance contre, le
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roi. Louis employa, pour le rompre, l'autorilé des évêques ,' armés de l'excommunication. Hugues, ébranlé par ces foudres, consentit à demeurer en paix jusqu'au premier juill< t. Mais sa réconciliation avec Louis était si peu sincère, que ce monarque étant venu le trouver en 940 , il ne daigna pas répondre à cet honneur, et l'obligea de s'en retourner à Laon , sans 1 avoir vu. Il accompagna, peu de tems après, ses deux alliés, renforcés par la jonction de plusieurs évêques de France et de Bourgogne, au siège de Reims. L'objet de celte expédition était de chasser l'archevêque Artaud, pour mettre à sa place le comte de Vermandois. La ville se défendit si mal, qu'Artaud, le sixième jour du siège, se voyant presque universellement abandonné, fut obligé de prendre la fuite. (/Z//^?. ) Menacé , peu de tems après, d'être assiégé dans Laon par Hugues et Herbert, Louis, au lieu de les attendre, se met en route pour la Bourgogne, avec l'archevêque Artaud et lloger, (pi'il avait fait comte de Laon. Il apprend à Vitri qne la place est effectivement assiégée, et rassemble de toutes parts des troupes pour aller la défendre. Le duc et le comte , a la nouvelle de sa marche , viennent à sa rencontre; et , Fayant surpris dans le Porcean , ils le mettent en fuite , après lui avoir tué quelques-uns des siens. Le siège de Laon fut lepris quelque tems après , et ensuite abandonné. Hugues avait épousé, l'an gBB, une des sœurs d'Olton I , roi de Germanie. Cette alliance, par les secours qu'elle lui procurait , le rendait supérieur de beaucoup en forces à son souverain , dont il ne reconnaissait plus même l'autorité , depuis qu'avec le comte de Vermandois il avait fait hommage au monar(|ue allemand. I.,ouis , poussé à bout par ces rebelles? agissait en même tems par ses envoyés auprès du pape et auprès du roi de (iermanie, pour les faire rentrer dans le devoir. Otton inclinait à la paix; mais il \oulut que le duc de Normandie en fût le médiateur. Elle se conclut enfin Tan 94^^, dans une entrevue que les deux rois eurent au pied des Vosges, lorsque les deux armées ennemies étaient en présence. Le duc de France et le comte de Vermandois qui assistèrent à la conférence, ayant été déchargés par Oiton du serment de fidélité qu lis lui avaient prête, retournèrent sous l'obéissance de h'ur légitime souverain , et l'ordre par là fut rétabli. Herbert étant moi t Taiinée suivante, Hugues le Grand travailla lui-même à la paix tics enlaiits de ce comte avec le roi de France , et surtout de larclievcque Hugues . que ce monarque voulait chasser du siège de Reims , comme un usurpateur. Il y réussit, et obtint pour lui-même, outre la confirmation du duché de France, dont U élail revêtu , la totalité
bES DUtS ttE FRANCE, Sî^
•4a clùcKé (îe Bourgogne, dont il ne possédait qu'une partie. Le roi lui fit l'honneur , la mome année, de le choisir pour parrain d'une fiUe qui venait de lui naître.
Guillaume, duc de Normandie, le pacificateur de Iq France, «'était plus alors. Une insigne perfidie du comte de Flandre, l'avait enlevé de ce monde par un assassinat, le 17 décembre q42. Louis ^ à cette nouvelle-, emmena le jeune Richard , fils de ce duc , à Laon , sous prétexte de le mettre en sùrelé contre les mauvais desseins de ses ennemis , et dans le vrai , pour le retenir prisonnier; mais il fut adroitement joué, commô on le dira plus amplement ailleurs, par Osmond , gouverneuc du jeune duc , qui l'enleva et le conduisit chez liernard , <;omte de Senlis, son Oncle. Hugues le Grand, sollicité par Bernard, s'engagea d'abord à prendre la défense de son neveu, ^lais il manqua bientôt de parole sur l'offre que le roi lui fit de partager la Normandie , pourvu qu'ils réunissent leurs forces pour en faire la conquête. Le traité ayant été conclu en peu de jours, Louis se mit en marche avec ses troupes du côté de Rouen, tandis que Hugues avec les siennes, prenait la route de Bayeux. Les Normands , se croyant peidus, offrent au roi de le reconnaître, pourvu qu'il oblige Hugues à sortir de leur pays. L'offre est acceptée ; mais Louis , après l'aventure du gué d'Herluin. s'etant sauvé à liouen , où il fut retenu comme prisonnier, eut besoin de Hugues pour recouvrer sa liberté. Ce fut la reine Gerberge qui négocia cette affaire avec re duc. Il consentit et réussit à retirer le roi des mains des Normands , taais ce fut pour le mettre sous la garde de Thibaut , comte de Blois. La nouvelle captivité que celui-ci lui fit subir dura jusqu'à ce qu'il eût cède Laon à Hugues, qui le remit à Thibaut. (^Frodoard.) La reine Gerberge implorait cependant le secours d'Otton , roi de Germanie , son frère. Il entra en France avec trente-deux légions , et délivra le roi , son beaufrère. Louis, s'étant joint ensuite à lui, ravage le duché de France, comme un pays qui lui eût été étranger, prend la ville de Reims, d'où il , chasse l'archevêque Hugues, allié du duc, et va ensuite échouer devant Kouen , dont il ravage les environs. Otton quitte Louis après lui avoir remis les places qu'il avait prises , et regagne la Saxe. Louis et Hugues restèrent en état de guerre jusqu'à l'an 953. Ce lut alors que se consomiTia leur réconciliation à laquelle travaillaient , depuis trois ans , les évêques de Metz et de Cambrai , secondés par lîugucs le Noir et Conrad , duc de Lorraine.
La mort de Louis arrivée l'année suivante, semblait ouvrir !a route du trône à l'ambition de Hugues. Mais il trompa l'attente, du public en donnant ses soins avec Brunon , arche- IX. aa
âiS CUnONOLOGlE HlSTORIQtTE
vcque (le Cologne , pour y placer Lothaire , fils du roi défunt et neveu du prélat. L'autorllé qu'il acquit sous ce nouveau règne , fut celle d'un premier ministre. Mais il n'en jouit pas deux années pleines , étant mort à Dourdan sur Orge , le iB juin 956. il fut inhumé à Saint-Denis. {Chron. Floriac.) Hugues avait épousé , 1". Hedwige , fdle d'Edouard l'ancien, roi d'Angleterre; z°. Hatwiis ou Hatwide, dite aussi Edithe, fdle de llcnri l'Oiseleur; 3*». Judith, fille deRothilde, qui avait été maîtresse du roi Charles le Simple. Du second mariage, il eut trois fils et deux fdles i les fds sont Hugues Capet, qui suit ; Otton , duc de Bourgogne ; Henri , nommé Eudes par Frodoard , double nom dont Duchêne fait deux personnages. L'ainée des Hlles est Béatrix , femme de Frédéric , duc de la haute Lorraine ; Emme , la deuxième, fut mariée à Kichard, duc de Normandie. Hugues le Grand eut, de plus, de Raingarde , sa concubine, un fils naturel, nommé Héribert , qui fut ordonné évêque d'Auxerre , le 8 janvier 971, et mourut le 23 août 996. {Gall. Christ. No., tom. XÏl. ) (Voy. /ero* Jjouis d 'Outremer. )